ELOGE DU RIEN

A quoi ressemble la planète Terre en ce début 2020 ? 

Le Moyen Orient ? A feu et à sang. En Iran, au Yemen, en Syrie, on se bousille à tour de bras, on se kalachnikove joyeusement comme si on distribuait en cadeaux à la sortie des supermarchés de la région des armes et des munitions au lieu de caramels mous. Avec la bénédiction divine.  

De l’autre côté de la planète, en Australie, pas besoin de pétards pour ravager la plus grande île du cinquième continent. Devenue la vitrine du réchauffement climatique grandeur nature. Un avant-goût de ce qui nous attend à Coxyde ou à Bastogne lorsque l’été reviendra chez nous ? 

C’est le feu de l’enfer ! prophétisent quelques gourous illuminés, toujours prêts à placer Dieu au milieu des catastrophes. Remarquez qu’on a beau invoquer le Seigneur, soit il est sourd (vu son âge, on peut lui pardonner), soit il s’en fout (il y a tant d’autres planètes où on l’appelle à l’aide). En tout cas, face aux incendies, vaut mieux utiliser les pompiers que les crucifix. L’’eau bénite n’a jamais réussi à apaiser les flammes.  

En Amérique latine ? Le continent craque de partout alors que l’on pensait la démocratie remise en selle après tant d’années de souffrances sous d’épouvantables dictatures militaires. Mais non, les régimes, la société, se disloquent au Brésil, en Bolivie, au Venezuela, en Argentine, au Nicaragua, Guatemala. Arrêtons là le triste bilan de l’Amérique hispanique et fuyons vers le Nord. Si on nous laisse entrer, nous y trouverons le plus absurde, le plus arrogant et le plus dangereux président des Etats-Unis. 

Face à lui, Poutine a l’allure d’un dirigeant rationnel, intelligent et diplomate…

La répression en Chine, le triste état des révolutions arabes en Egypte, en Algérie. La Lybie en pleine guerre civile. 

Et on se plaint ? On déplore de ne pas avoir de gouvernement ? De regarder le carrousel politique tourner sans fin telle la grande roue devant le Palais de Justice en ruine ? 

Cessons de nous lamenter ! D’agiter ce cliché « la nature a horreur du vide ». Au contraire, sortons les drapeaux et félicitons nos hommes et femmes politiques qui ont la délicatesse de ne pas nous imposer leur présence et leur pouvoir. Pas de chef, pas de manifs, la paix. Le 16 rue de la loi transformé en palais des courants d’air. Bravo ! Ne pleurez pas avec ceux qui gémissent de ne pas être gouvernés. Regardez le reste de la planète et poussez un grand soupir de soulagement. Un gouvernement qui n’est que du vide, c’est une autre façon de gérer la chose publique. 

Les enseignants avaient montré l’exemple. Quel cours est plus passionnant, plus suivi par les enfants, moins terrorisant à l’heure des examens que le fameux cours de rien ?  

Du cours de rien au gouvernement des fantômes, célébrons la Belgique, une fois de plus été à l’avant-garde.  

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GIL & JAUNE

Quelle mouche a donc piqué Monsieur et Madame Gil & Jaune de se les geler en plein hiver, en installant un campement de fortune, la nuit devant une station service déserte, au milieu de nulle part, sur une route du Hainaut ou de Liège, en se frottant leurs petites mains glacées devant un brasero qui peut les faire exploser à tout moment ?

Après avoir interrogé des psychiatres, des sociologues, des politologues tous éminents experts qui avouaient leur incompréhension devant cet étrange phénomène, qui rappelle les suicides collectifs des membres de certaines sectes, je crois avoir élucidé la cause du mal : le couple Gil & Jaune est fan de TF1.

Non pas d’un bête épisode de Téléréalité explorant les limites de la résistance humaine, ni d’un jeu concours récompensant le geste le plus bête de l’année. Non du très sérieux journal télévisé.

TF1 n’ayant à ce jour belgiciser que ses pubs et non ses infos, ce pauvre couple a cru comprendre que la Belgique n’existe plus, qu’il vit désormais dans un département français, situé au-delà de Risquons-Tout, la bien nommée. Un territoire sur lequel s’applique la loi française.

Les images montrant brièvement le président Macron avec le roi Philippe et Charles Michel pouvaient laisser croire à une passation de pouvoirs. Eh bien, détrompez-vous, Chers Gil & Jaune, il n’en est rien. Bart De Wever s’est battu comme un beau diable pour empêcher ce coup de force et garantir l’indépendance de notre royaume. Les lois françaises s’arrêtent à la frontière, comme jadis le nuage de Tchernobyl.

La surtaxe carburant, censée contribuer à la lutte contre la pollution, n’est pas applicable en Belgique. Et elle ne risque pas de l’être, pas plus que toutes autres mesures en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, tant que notre petit royaume comptera autant de ministres chargés de l’environnement qu’il y a de portefeuilles à distribuer entre mandataires politiques. Ce n’est pas la première fois. On se rappelle des cafouillages lors de la COP 21 à Paris, où la Belgique a été incapable de s’entendre sur la répartition des efforts entre régions (ce qui lui a valu de recevoir le « Prix Fossile du Jour ») et il y a quelques semaines lors de la signature d’une déclaration commune des trois pays du Benelux dont la Belgique a fait retirer à la dernière minute, d’après plusieurs ONG, les objectifs climatiques chiffrés à long terme pourtant convenus pendant les négociations, rendant cet accord un pur vœu pieux.

Il faut sauver Gil & Jaune. Les empêcher de poursuivre leurs dangereux bivouacs dans le froid et les émanations de pétrole. Car les soins qu’ils vont faire rembourser par la sécurité sociale, avec les taxes de qui, on va les payer, croyez-vous ?

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LA PISTE AUX ETOILES

José Manuel Barroso vient de faire ses adieux à un parlement européen plus vide qu’un terminus des TEC un jour de grève. En le voyant une dernière fois remuer sa bouche, ses bras et beaucoup d’air, je trouvais qu’il me rappelait furieusement le Monsieur Loyal qui présentait le spectacle dans les petits cirques de mon enfance. Essayant désespérément de faire croire que les deux lions miteux qui erraient l’oreille basse sur la piste étaient de redoutables bêtes sauvages à peine débarquées de la savane pour effrayer les petits enfants comme moi. Quand l’équilibriste était vraiment trop maladroit – ou trop saoul- il lançait l’orchestre badaboum ! et racontait des histoires, façon de détourner notre attention. Et il s’empressait de faire évacuer les clowns qui n’avaient fait rire personne pour laisser la place au dresseur de puces savantes.

Comme Mr Loyal, Barroso a passé en revue avec tambour et trompettes, les dix années de sa présidence. Quel talent pour faire passer ses misérables échecs pour de brillantes réussites. Et on applaudit !

Dix années ravageuses pour l’emploi. Le social n’étant pas ou si peu de la compétence de l’Union, on suppose que c’est pour ça qu’il n’a pas prononcé le mot chômage. Ce sera pour les artistes de la nouvelle distribution. En piste, Marianne Thyssen !

La crise ? Ah ! Groz katastroff mais c’est la faute aux Américains. Au suivant !

Le réchauffement climatique ? C’est la faute aux Chinois. Au suivant !

La montée des nationalismes et des néo-fascistes pendant ses deux mandats ? Que me reprochez-vous là ? En Suisse et en Norvège aussi, la peste brune est de retour… Pas non plus le problème de l’Europe.

L’effondrement de l’appétit pour un destin européen commun ? Le rejet par les jeunes de l’Europe ? Barroso ne s’en était même pas rendu compte. Là-haut sur son estrade, tout près de l’orchestre, Mr Loyal n’entend pas les cris du public.

Faut ajouter que sa troupe a largement puisé ses éclopés, bras cassés et autres vieux rescapés dans d’autres cirques en faillite. Le clown blanc, Herman Van Rompuy n’a pas réussi à dérider l’assistance une seule fois. Et l’auguste, la pourtant joyeuse Catherine Ashton, n’a fait rire que Vladimir Poutine, ce qui est idiot, vu qu’il n’a pas payé son ticket.

L’Europe voulait du souffle. Elle a eu une baudruche. Son erreur a sans doute été de moisir avec de vieilles attractions au lieu de mettre l’imagination au pouvoir. Plutôt que de s’inspirer de vieux cirques malades, il aurait dû regarder le cirque Plume pour se réinventer dans la légèreté, le musée Guggenheim de Bilbao pour redonner des ailes aux villes endormies…

Et si c’était les choses inutiles qui allaient sauver l’Europe ? La seule chose que les autres continents nous envient.

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