UNE DECOUVERTE MAJEURE

    Sans viser le Prix Nobel de physique ou de médecine, la découverte que j’ai faite pendant l’épidémie de Corona-virus mérite plus d’attention et de curiosité que celles qu’ont montrées les chefs de la police et le ministre de l’Intérieur après la mort de Jozef Chovanec dans les locaux de la police aéroportuaire de Charleroi. 

  Je me plaignais depuis des années du comportement erratique de ma montre bracelet favorite. Malgré mes exhortations, elle s’arrêtait systématiquement deux fois par jour. Aucun horloger n’a jamais réussi à expliquer le phénomène. Jusqu’au premier jour du confinement, où cette montre a soudain renoncé à ses caprices. Depuis, elle me donne fidèlement l’heure exacte jour et nuit sans plus reprendre son souffle dans la montée ni m’abandonner en rase campagne.  

  Une seule explication à cette réparation miraculeuse : la Covid 19. En voyez-vous une autre ? Je suis tout prêt à croire à une intervention divine ou à celle de Saint Eloi (le saint patron des horlogers) mais pourquoi ces braves gens auraient-il attendu le débarquement du virus chinois pour prendre ma montre en mains ? Ecartons aussi le hasard. « Plus on prête attention aux coïncidences, plus elles se produisent » a écrit Nabokov.  

  Cet événement scientifique me conduit à penser que ce fameux virus tant décrié a peut-être d’autres effets bénéfiques. Et qu’il faut bien réfléchir avant de tenter à tout prix de l’éliminer.

  Tenez, les interventions policières. Obligé de respecter les distances barrières, quel policier, même violent (il y en a dans notre royaume idyllique me dit-on), oserait encore mettre sa santé en danger en caressant de trop près la bouche ou le cou d’un suspect, au risque d’être infecté par les postillons d’un client dont il tente de couper le quiqui ? 

Et le Mouvement Me Too ? Terminé ! Vous êtes tranquilles, les filles ! Aussi longtemps que se propage le Corona, les femmes seront à l’abri des mâles assoiffés de câlins abusifs. Le masque rend le baiser aussi appétissant que l’ingestion d’un vieux morceau de carton mouillé et l’effleurement de la peau féminine ressemble désormais à une tentative de suicide ou de meurtre.  

  A l’école, on se plaignait depuis des lustres des classes trop peuplées et des locaux trop exigus. Il a suffi de l’arrivée de la petite bêbête chinoise pour que tout se décoince. En une seule rentrée scolaire, les enfants bénéficient chacun d’une bulle qui leur permet de respirer à une distance respectable de leurs petits camarades et on a trouvé soudain des locaux pour multiplier les classes.  

  Seule ombre au tableau, comme l’écrivait Albert Camus, « l’honnête homme, celui qui n’infecte presque personne, c’est celui qui a le moins de distraction possible »…

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POLAR AU TEMPS DU VIRUS

On imagine déjà la littérature issue de l’épidémie et du confinement. Sombres histoires de familles, groupées autour du père qui a refusé l’hospitalisation et qui s’éteint doucement devant la télévision allumée, histoire de couples dont la détresse est exacerbée par le huis-clos, ou dans un genre plus aventureux, comment rejoindre son amant ou sa maîtresse de l’autre côté de la ville en déjouant les nombreux contrôles de police. 

Et à quoi ressemblera le polar à l’heure du corona ? 

Le commissaire Tillieux est obligé de rester chez lui, alors qu’il a besoin de l’ambiance du commissariat, l’odeur des clopes et du café bouilli. La réunion quotidienne se fait par Skype. La moitié de l’équipe est incapable de se brancher. L’autre s’occupe des enfants et des commissions. De toute façon, Tillieux n’entend rien: le jeune voisin, guitariste débutant, fait ses gammes d’un côté du palier. De l’autre, un bricoleur fou s’acharne sur sa perceuse électrique. 

   « Allo, chef ? Le corps d’une femme, Parc royal.

– J’arrive. Ne touchez à rien. 

 Devant le kiosque à musique, un corps apparemment sans vie, entouré de trois flics. En respectant la distance réglementaire, on n’aperçoit pas de traces de sang ou de coups. Le commissaire fait appel à un médecin qui explique qu’il ne consulte que par téléphone. « Envoyez-moi une photo » soupire-t-il devant l’insistance de Tillieux.

– Ca va vous permettre de prendre son pouls ? 

 Le toubib raccroche. Cinq autres font de même. Prenant son courage à une main, notre héros pose l’autre sur le cou de la jeune femme. Les policiers le félicitent mais reculent de dix mètres. Un cadavre plus un flic bientôt contaminé, c’est trop pour de simples figurants.

  Dans le sac de la dame, on a trouvé son adresse. Tillieux et ses deux adjoints, venus en trois voitures, sonnent chez ses voisins. Personne n’accepte d’ouvrir. « Instructions du gouvernement ! » grondent-ils. 

   Une femme finit par répondre à Tillieux en hurlant derrière sa porte fermée. 

   « Evelyne Bonnadieu ? Morte ? Ca ne m’étonne pas. J’avais déjà averti par lettre anonyme qu’elle était de moralité douteuse. Hier, je l’ai vue embrasser un homme dans l’escalier. Sur la bouche, monsieur le commissaire. Dégoûtant ! »

   Le roman tourne au thriller. On retrouve les jours suivants cinq autres corps de plus en plus mutilés dans les parcs fermés de la capitale. Mais comment mener l’enquête au temps du corona ? Les membres de la police scientifique sont aux abonnés absents. Les flics locaux indisponibles, ils patrouillent pour empêcher les promeneurs de s’asseoir dans les parcs. Personne n’ose toucher les corps, encore moins les vêtements couverts de sang. Les dossiers des éventuels suspects sont au fond des armoires de commissariats, inaccessibles, comme le palais de justice.  

  Le virus a aussi bouleversé l’art du polar… 

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LE VERT EST DANS LE FRUIT

  Le pangolin, une race menacée d’extinction par la chasse que lui livrent frénétiquement les amateurs de ses étranges écailles, a trouvé la parade : le coronavirus. Brave petit mammifère qui serait à l’origine de l’épidémie. 

  De son côté, la tomate elle aussi en a marre que les humains la mettent à toutes les sauces. En réaction, elle a développé elle aussi un virus, le BRFV, qui décolore les fruits, les déforme et les couvre de marbrure. Ce germe ne serait pas transmissible à l’homme. Mais qui aurait envie de croquer dans une tomate qui a l’aspect d’un zombie ? 

  Dans les forêts, les scolytes (espèces de coléoptères) sont à leur tour devenus fous. Eux qui ne s’attaquaient qu’au bois mort s’en prennent désormais aux arbres vivants – notamment aux épicéas wallons- réaction, paraît-il, au réchauffement climatique. 

 La nature devient folle, voilà enfin une explication scientifique au mal qui a atteint aussi les démocraties et les détruit de l’intérieur. Elections à répétition en Espagne, en Israël – bientôt sans doute en Belgique. Montée des extrêmes. Impossibilité de former un gouvernement. La faute aux désordres causés à l’environnement, à une maladie devenue épidémique ?  

  C’est aux sciences exactes qu’il faut demander un remède à notre blocage institutionnel, à l’anémie du compromis à la belge, plus aux sciences humaines. 

  En le regardant au microscope, on comprend mieux l’étrange rigidité du CD&V qui rappelle la dégradation des tomates infectées par le BRFV ou la propagation du COVID- 9. 

  L’ancien parti dominant de la vie politique belge a fondu comme neige au soleil (déjà un effet du réchauffement climatique ?) et ses membres se mangent entre eux, comme pris de folie anthropophage. De plus, ils se collent à leur principal concurrent, qui leur a pourtant piqué l’essentiel de leurs électeurs, telle une plante parasite, comme s’ils essayaient de sucer leur ami-ennemi pour se redonner une bouffée de tonus. Sans aucune précaution contre les virus du parti séparatiste.

  Et comment expliquer les inimitiés des ex-partis frères libéraux et socialistes autrement que par le désordre climatique et l’apparition de nouveaux virus ?

  Le socialiste flamand qui oserait prendre la défense de Paul Magnette après qu’il ait dit simplement non à la N-VA serait considéré comme dangereusement infecté par les bactéries wallonnes. Et gare au libéral flamand qui ne prendrait pas ses distances avec les déclarations d’amour à une Belgique plus unitaire de Georges-Louis Bouchez. Il serait aussitôt placé en quarantaine, un masque sur la bouche, le temps d’être soigné ou de périr.  

   C’est une chance que les soins de santé soient restés compétence fédérale. Le même remède de cheval aux politiciens du nord comme du sud, cela va peut-être sauver le pays mais gare aux dérapages budgétaires !

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