L’INFORMATURC ROYAL

   Depuis la disparition de Laurel & Hardy puis de Jerry Lewis & Dean Martin, les duos n’ont plus la cote. Ceux d’aujourd’hui ont perdu la recette magique qui assurait le succès de leurs glorieux prédécesseurs. 

   Trois trios d’informateurs royaux sans le moindre applaudissement. Et, avait-on jamais vu ça : des acteurs qui demandent eux-mêmes des bis et des prolongations et non le public ? 

  Certains songent pourtant à prolonger l’expérience en lançant le couple De Wever-Magnette. Inutile. Il ne fera pas plus recette que leurs collègues même si ces deux-là ont plus de gags à leur répertoire. 

   Les temps ont changé. On est à l’ère du stand-up. Un homme seul pour assurer le spectacle. Ca tombe bien, on en a un justement sous la main, qui présente toutes les qualités requises, plein de surprises, indépendant de tous et surtout de son parti qui vient de le lâcher. Un esprit libre, qui préfère regarder au-delà de nos frontières ; jusqu’au bout de la Méditerranée plutôt que de se racrapoter sur nos misérables hameaux. Voilà qui nous changera de tous ces politiciens, englués dans leurs petites phrases, leurs tabous et leurs totems. Vous l’avez deviné, Emir Kir, voilà le prochain informateur idéal. 

   A poor lonesome cowboy far away from home.  

  Très ferré dans les innombrables qualités du Mamamouchi d’Ankara, Emir pourra suggérer, pour redresser le pays, quelques-unes des belles réformes qu’Erdogan a apportées à la Turquie, un gouvernement inamovible pour des années sinon des siècles, un chef de gouvernement respecté –sous peine d’emprisonnement-, une presse aux ordres. 

  Evidemment, les qualités de la Turquie de l’AKP s’accompagnent de quelques inconvénients collatéraux. La Turquie accueille quatre millions de réfugiés (nous avions en décembre, 2243 demandeurs de protection internationale), la Belgique compte trente-cinq prisons, la Turquie près de quatre cents. Mais, elles sont sans doute mieux fréquentées car il y entre plus d’intellectuels, de profs et de journalistes qu’il n’en reste en liberté. 

   Il ne faut pas se cacher aussi qu’en Turquie erre un nombre considérable de loups gris, que là-bas tout le monde, dit-on, peut fréquenter sans se faire contaminer (est-ce possible ?) De toute façon, il suffit pour s’en prémunir chez nous de suivre les prescriptions du bourgmestre d’Ixelles, Christos Doulkeridis, qui déconseille vivement aux écoles de laisser les enfants s’approcher des bêtes sauvages. Evidemment, l’homme n’est peut-être pas très objectif puisque sa famille, d’origine grecque, a fui jadis les Ottomans…

   Sorti par la porte de la Maison du Peuple, Emir Kir pourrait ainsi rentrer par la cheminée (du Palais). 

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SCHILD EN VRIEND

   A présent que la gauche et la droite ont disparu (même à la SNCF et dans le métro parisien où l’on est de gauche puisqu’on fait la grève et de droite car on défend des privilèges exorbitants), on a remplacé les bons vieux slogans militants (« bande de fascistes ») par les expressions politiquement correctes (« Les gilets jaunes avec nous ! »)

  On ne dit plus vacances de Noël mais d’hiver, droits de l’homme mais droits humains, Ramadan en péril mais jeûne en danger, bourgmestre socialiste compromis avec l’extrême droite turque mais homme politique bruxellois issu de la diversité.

  « Tintin au Congo » ne convient plus aux enfants, à réserver aux adultes avertis, doit être versé dans « l’enfer » des bibliothèques, avec quelques centaines d’autres classiques où l’on peut repérer des expressions racistes ou pires (au hasard, Dickens, Simenon, Agatha Christie, Wagner, Céline, Kipling, etc, sans compter évidemment la Bible et le Coran). 

 On doit pratiquer l’« écriture inclusive » car mieux vaut rendre un texte incompréhensible que laisser deviner qu’un mâle blanc tient la plume.  

L’usage du mot « Noir » est déconseillé. Mais, pourquoi l’expression « Black » est-elle branchée ?  

Etrangement, on n’a jamais repoussé Gabriel Matzneff dans l’enfer des bibliothèques ni le personnage dans une cellule. Peut-être parce qu’il ne faisait  pas vraiment de la littérature mais qu’il avait des amis respectables. Salut les copains ! 

Être pédophile n’était pas politiquement incorrect mais la censure, si. Reste que l’on peut s’étonner que personne n’ait pris la défense des enfants dont il a abusés publiquement, certainement pas la justice. Ni son éditeur qui, on le suppose, ne perdait pas son temps à lire son ennuyeux journal. 

 Le plus difficile ces temps-ci c’est le politiquement incorrect vert. Après les incendies en Australie et les prévisions apocalyptiques du GIEC, fini de rigoler avec le climat, l’écologie. Pas question de se moquer de mesures parfois mesquines ou ridicules si elles sont prises au nom du sauvetage de la planète.

 Peut-être qu’on ne sauvera pas les ours blancs ni les koalas, à cause des sceptiques et des cyniques, mais on défendra jusqu’au bout, même quand on aura les pieds dans l’eau et les vêtements en feu, l’obligation de dire « schild en vriend » avec le bon accent. Politiquement correct jusqu’à l’apocalypse…  

Mais il y a encore des bonnes nouvelles. Cette semaine un geste fort venu de Grande-Bretagne. La reine elle-même accepte de briser les chaînes qui l’unissent à son petit-fils favori, Harry, en l’autorisant à vivre ses rêves loin du royal cérémonial. 

Malgré les risques d’initiatives politiquement incorrects du gamin, qui n’en est pas à une incartade près. 

Sacrée Elizabeth II. Elle nous ravira toujours ! 

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ELOGE DU RIEN

A quoi ressemble la planète Terre en ce début 2020 ? 

Le Moyen Orient ? A feu et à sang. En Iran, au Yemen, en Syrie, on se bousille à tour de bras, on se kalachnikove joyeusement comme si on distribuait en cadeaux à la sortie des supermarchés de la région des armes et des munitions au lieu de caramels mous. Avec la bénédiction divine.  

De l’autre côté de la planète, en Australie, pas besoin de pétards pour ravager la plus grande île du cinquième continent. Devenue la vitrine du réchauffement climatique grandeur nature. Un avant-goût de ce qui nous attend à Coxyde ou à Bastogne lorsque l’été reviendra chez nous ? 

C’est le feu de l’enfer ! prophétisent quelques gourous illuminés, toujours prêts à placer Dieu au milieu des catastrophes. Remarquez qu’on a beau invoquer le Seigneur, soit il est sourd (vu son âge, on peut lui pardonner), soit il s’en fout (il y a tant d’autres planètes où on l’appelle à l’aide). En tout cas, face aux incendies, vaut mieux utiliser les pompiers que les crucifix. L’’eau bénite n’a jamais réussi à apaiser les flammes.  

En Amérique latine ? Le continent craque de partout alors que l’on pensait la démocratie remise en selle après tant d’années de souffrances sous d’épouvantables dictatures militaires. Mais non, les régimes, la société, se disloquent au Brésil, en Bolivie, au Venezuela, en Argentine, au Nicaragua, Guatemala. Arrêtons là le triste bilan de l’Amérique hispanique et fuyons vers le Nord. Si on nous laisse entrer, nous y trouverons le plus absurde, le plus arrogant et le plus dangereux président des Etats-Unis. 

Face à lui, Poutine a l’allure d’un dirigeant rationnel, intelligent et diplomate…

La répression en Chine, le triste état des révolutions arabes en Egypte, en Algérie. La Lybie en pleine guerre civile. 

Et on se plaint ? On déplore de ne pas avoir de gouvernement ? De regarder le carrousel politique tourner sans fin telle la grande roue devant le Palais de Justice en ruine ? 

Cessons de nous lamenter ! D’agiter ce cliché « la nature a horreur du vide ». Au contraire, sortons les drapeaux et félicitons nos hommes et femmes politiques qui ont la délicatesse de ne pas nous imposer leur présence et leur pouvoir. Pas de chef, pas de manifs, la paix. Le 16 rue de la loi transformé en palais des courants d’air. Bravo ! Ne pleurez pas avec ceux qui gémissent de ne pas être gouvernés. Regardez le reste de la planète et poussez un grand soupir de soulagement. Un gouvernement qui n’est que du vide, c’est une autre façon de gérer la chose publique. 

Les enseignants avaient montré l’exemple. Quel cours est plus passionnant, plus suivi par les enfants, moins terrorisant à l’heure des examens que le fameux cours de rien ?  

Du cours de rien au gouvernement des fantômes, célébrons la Belgique, une fois de plus été à l’avant-garde.  

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CE N’EST PAS EN 20 QU’ON CRIE DANS LES RUES !

  Que sait-on déjà de 2020, sinon que l’année a commencé dans le brouillard ?

   Seule certitude à l’agenda, le cocktail organisé à Washington au soir du 3 novembre pour fêter le nouveau président des Etats-Unis. Mais bien malin qui pourra deviner le nom de l’heureux invitant et des invités. Sauf un, Kim Jong-un. Il a déjà promis d’être présent auprès de son ami Donald dont il est certain de la victoire (car il n’a jamais entendu parler d’une élection dont on ne connait pas le résultat à l’avance). Il viendra avec un cadeau explosif et une nouvelle coupe de cheveux. Comme Kim a peur de l’avion et qu’il ne se déplace qu’en train blindé, il compte se mettre en route dans les prochains jours. Rien d’imprévu à attendre donc de sa part. Surtout rien d’imprévu.  

 C’est ça le problème des tyrans, ils sont incapables d’offrir de temps en temps une surprise à leurs peuples. On sait déjà qu’il n’y aura pas de chinoiseries électorales en Chine, que les lendemains seront byzantins en Turquie et les résultats électoraux déjà imprimés en Russie comme en Iran. Mauvais calcul, messieurs. Les gens ont besoin d’air frais depuis qu’ils ont pris conscience que la planète a commencé dangereusement à se réchauffer.

   Vous ne vous êtes pas aperçus que ça bouge drôlement depuis quelque temps ?  Pas vu tous ces hommes, ces femmes, ces enfants qui se sont mis à descendre dans les rues ? Du Chili au Soudan, de Hong Kong à Bruxelles, d’Alger à Paris, les causes semblent différentes, climat, misère, liberté et démocratie ou bêtement prix du diesel. Mais elles ont confusément le même point commun : une méfiance grandissante dans le fonctionnement des institutions de leur pays, dans leurs dirigeants, et leur capacité à désembourber la société. 

   Lorsque Carlos Ghosn s’enfuit de Tokyo parce qu’il se méfie – non sans raison- de l’indépendance de la justice japonaise, il est dans l’air du temps. Mais il a peut-être choisi une dangereuse destination parce qu’à Beyrouth aussi, ça tangue, ça tangue, ça tangue énormément ! 

   A sa place, j’embarquerais au plus vite, toutes voiles dehors, avec Greta Thunberg. Pour sillonner les océans avant que leurs flots ne recouvrent à nouveau les continents. Vous imaginez cette belle image, l’ancien patron tout puissant de Renault-Nissan-Mitsubishi errant sur l’Atlantique sans une goutte de pétrole – sauf une petite bouteille nécessaire pour se lisser les cheveux- en compagnie de la petite sirène de Stockholm! 

   Pendant la longue traversée, Greta aura le temps de rattraper son année sabbatique. Carlos  lui refilera ses cours de l’Ecole Polytechnique. En échange, elle lui apprendra le ba-ba des règles de protection de la planète. Ainsi que l’art de maîtriser les medias. 

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CHAMPAGNE OU KIDI-BUL ?

  Tout le monde se prépare aux fêtes mais pas tous de la même façon. Petit tour chez les puissants du royaume.  

Chez Elio D., on se frotte les mains. Le fils prodige a jeté l’éponge. C’est pas demain la veille qu’on effacera des tablettes le joli nom du dernier premier ministre socialiste wallon. Le dernier et peut-être l’ultime comme le lui a promis Père Noël – dont les promesses n’engagent que ceux qui y croient. 

Chez Paul M., on débouche aussi le Kidi-Bul. Pendant un mois de mission royale, le fiston a prouvé, à défaut de mettre sur pied un gouvernement, qu’il était désormais le seul chef rouge et même qu’il occupait tout l’espace francophone. 

Rue de Naples, avec l’arrivée du fils prodigue, on se prépare à tuer le veau gras. Grâce à lui, les Bleus ont retrouvé leurs couleurs. Président, informateur, tout s’emballe. Dans la foulée, il a déjà promis au roi de glisser sous son sapin, un gouvernement pesé, emballé (cadeau) et ficelé. Georges L.B. en sera à la fois le premier, comme son papa Charles M., et le vice-premier et ministre des affaires étrangères, comme son oncle Didier. 

Il a tellement d’énergie, ce Georges, que, si on le retient pas, il est prêt à occuper tous les autres postes, puisque ses collègues font tant de manières. A moins que Théo Francken, qu’il avait si aimablement invité à Mons, soit d’accord de prendre en charge quelques maroquins (si j’ose dire). 

Il faut cependant préciser que, comme le prévoient les règles de la vente par correspondance, si le cadeau ne lui convient pas, le roi peut le renvoyer dans les huit jours – sans frais.  

Dans les chaumières du nord, on fait grise mine. Il fait froid et on compte ses sous. Père Noël va devoir se serrer la ceinture et peut-être manger ses rennes. 

Après leurs maigres résultats de mai dernier, ce n’est la fête ni chez les Bleus ni chez les Oranges. Les dotations publiques ont fondu au soleil de la fin du printemps. Certes, quelques-uns de leurs champions peuvent redevenir des excellences – ce qui éveille des vocations. Mais le bazar fédéral ne pourra pas absorber beaucoup de ces désœuvrés. Alors, comment assurer la survie des autres ? Les faire loger provisoirement dans les villas flambant neuves du Vlaams B ? Ou dans les chambres inoccupées du parti frère ami-ennemi, la N-VA, qui n’est pas sorti non plus très sémillant du joli mois de mai et dont une partie des occupants regarde ailleurs –très à droite- pour être sûrs de décrocher un hébergement après la prochaine élection ?  

Personne n’a manifestement envie de se dévouer pour ouvrir le bal avant les douze coups de minuit. De peur de se casser une patte. Mais, qu’ils se rappellent ce film (dans lequel les personnages ne pouvaient quitter la piste de danse) au titre prémonitoire : « On achève bien les chevaux ».

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UNE TRANCHE DE PISA

   Quelle idée saugrenue d’avoir publié les résultats de l’enquête Pisa sur l’état des connaissances de nos ados juste avant le passage de Saint Nicolas ! 

  C’est un peu comme le black Friday organisé fin novembre, qui a pour effet de tuer les soldes de janvier.

  Franchement, nos ados ne sont pas des champions de la lecture – ni des maths, ni des sciences. La Belgique occupe le dix-huitième rang de ce fameux classement, bien après les Estoniens, juste avant les Français, pas très futés non plus. 

  Si le grand saint a pris connaissance du document, que voulez-vous qu’il fasse ? Sinon renoncer à se glisser dans beaucoup de cheminées du royaume pour laisser la place à son méchant acolyte, le père Fouettard. 

Au lieu de chocolats et autres douceurs, les malheureux bambins vont recevoir des livres, journaux, revues, tous imprimés sur papier, bêrk ! juste ce qu’ils détestent. Lire est considéré comme une perte de temps par 40% des garçons (26 % des filles). Obliger les enfants à lire est autrement plus efficace que le fouet ! m’a confié Zwarte Piet.  

  Reste à sélectionner les bouquins du Père Fouettard. 

  Sous le titre « Le bonheur de lire », la Fédération Wallonie-Bruxelles publie une liste de recommandations qui changent habituellement des auteurs repoussoirs que certains profs s’obstinent  à imposer. Des livres qui leur feront découvrir le plaisir de lire – à condition que les enseignants renoncent à cette manie d’imposer aux élèves la rédaction d’une fiche de lecture. Laissez-les jouir ! 

Parmi les suggestions (qui feront aussi le bonheur des parents), Joyce Carol Oates, Gaël Faye (Petit Pays), passé avec talent du slam à ce témoignage très fort de son enfance au Burundi ou la splendide prose de la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, « Americanah » qui raconte avec dérision son arrivée et son séjour aux Etats-Unis. On retrouve aussi le superbe roman de science-fiction « apocalyptique », drôle, émouvant, passionnant « Station Eleven » de la Canadienne Emily St John Mandel et celui de Robert Charles Wilson, « Spin », qui décrit les effets de ce mystérieux filet qui entoure notre planète…

Bel exemple pour faire aimer la littérature que « La Reine des Lectrices » d’Alan Bennett ou comment la reine Elisabeth II s’est vue obligée d’emprunter un livre au bibliobus qui stationnait devant le cuisines de son palais… 

Fort heureusement, le polar est aussi à l’affiche, notamment avec la trilogie du Millenium de Stieg Larsson, celle sur le Berlin nazi du très britannique Philippe Kerr ou l’ « Epouse disparue » de Leif Davidsen, peut-être le plus passionnant auteur du Nord (pourtant ils se bousculent) qui souvent comme ici place ses intrigues dans une Russie en pleine déliquescence.  

Si, après ça, vos gniards préfèrent quand même chocolat et jeux vidéos, c’est à désespérer de l’avenir de l’humanité !

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LES VOIX DU PEUPLE SONT IMPENETRABLES

Devant la carence et le désarroi des dirigeants politique de notre charmante mais bien compliquée petite patrie, certains beaux esprits ont trouvé le truc pour désembourber enfin l’attelage fédéral, bon sang mais c’est bien sûr, l’appel au peuple ! Ce peuple qui a toujours raison, suffit de voir comment il s’est exprimé en mai dernier. 

 Va donc pour le référendum ! Puisque plusieurs précédents montrent combien il est utile pour dénouer des situations politiques difficiles : le Brexit en Grande-Bretagne, l’indépendance de la Catalogne, l’adhésion au traité de Maastricht au Danemark (où il fallut voter deux fois pour forcer les citoyens à changer d’avis !) Ah oui, voilà autant de consultations où le peuple a montré aux politiques le chemin à suivre : droit dans le gouffre ! 

 Le truc de faire parler le peuple est ancien. Sans remonter au déluge, Napoléon III déjà a fait appel au plébiscite permettant aux Français de renoncer à la démocratie parlementaire et de confier les pleins pouvoirs sans contrôle au ci-devant. Hitler a fait de même en 1934, adoubé führer par le peuple à une majorité enviée même par Staline…

Alors, la sagesse populaire pour sortir de l’impasse, pardon, les amis ! 

Un de ces jours, Trump va aussi sortir un referendum de sa manche : le mur avec le Mexique, l’arrêt de l’immigration, la paix avec la Corée du Nord ou l’affrontement avec la Chine, n’importe quoi pour se remettre en selle. 

Les partisans d’un referendum en Belgique connaissent d’avance le résultat, nous assurent-ils. Les Belges – on veut dire les Flamands – partisans de la séparation sont très minoritaires. Alors, pourquoi les consulter ?

Le vrai problème, oublient-ils d’ajouter, c’est que souvent le peuple souverain répond à une autre question que celle qui lui a été posée. Il dit juste non à celui qui l’a interrogé. Comme lors du referendum français de 1969 sur la régionalisation qui a entraîné la démission du président de Gaulle. Ou celui sur la constitution européenne de 2005 rejeté tant par les Français que par les Hollandais, tous réfractaires à leurs dirigeants plus qu’à l’Europe. 

Croit-on qu’on va résoudre l’énigme Belgique par oui ou par non ? 

Et si on pose une autre question, on risque d’être surpris. Voulez-vous un gouvernement fédéral ? Non évidemment à une écrasante majorité dans les trois régions du pays. 

Souhaitez-vous le confédéralisme ? Faudrait une bibliothèque entière pour expliquer la signification de cette notion introuvable. 

Seule une question mérite d’être posée aux Belges : souhaitez-vous que vos enfants soient bilingues ? Qu’ils parlent aussi parfaitement français que néerlandais ? 

Voilà l’avenir de la Belgique, du moins si l’enseignement reçoit les moyens nécessaires pour fabriquer de vrais citoyens et un peuple civilisé. 

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SI TU NE VAS PAS A MONTAIGNE …

    Et si on me foutait la paix ? Voilà comment Montaigne a réagi, j’en suis sûr, en apprenant que des experts voulaient fouiller son cercueil et analyser ses restes pour vérifier… Vérifier quoi au juste ? Que sa dépouille est celle du magnifique philosophe humaniste bordelais ? Et après ? Même si c’est lui qui repose dans ce tombeau depuis 1592, la Montaigne accouchera d’une souris. Parce que ça leur apportera quoi au juste aux admirateurs des « Essais » ? Croient-ils qu’il se redressera pour ajouter un chapitre inédit plein de cette sagesse dont nous avons bien besoin, il est vrai ? 

  Peu d’écrivains ont laissé autant de traces que Montaigne. Les fondements de la Lumières, la première place donnée à l’individu, on lit tout ça dans ses « Essais ». « Chaque homme porte la forme entière, de l’humaine condition ». Une réflexion qui résonne d’une singulière actualité dans le climat de violence, d’intolérance et d’égarement que nous traversons. 

   Il faut lire et faire lire ses écrits. Mais pourquoi chambouler son tombeau ? Il y a peu de chance que son intelligence soit transmise à celui qui posera la main sur sa pierre funéraire. 

Dans notre époque où tout est devenu virtuel, la place du corps a de moins en moins d’importance. A fortiori s’il n’en reste plus grand-chose… 

Certes, les hommes de Neandertal déjà enterraient et vénéraient leurs anciens. Mais ils n’étaient pas sept milliards. Depuis, on préfère de plus en plus la crémation. Et honorer virtuellement les défunts. Le business ne perdant jamais le nord, on peut à présent entretenir ad vitam aeternam un site qui perpétue le souvenir et les meilleures photos de votre cher disparu. 

Les écrits et les images aussi ont perdu toute réalité. Les films ne se tournent plus sur pellicule. Seul leur « signal » est conservé. Avec le risque que dans quelques années, dans quelques siècles, on ne pourra plus déchiffrer les œuvres numérisées d’aujourd’hui parce que la langue dans laquelle elles ont été conservées aura disparu, qu’il n’y aura plus de programme de transfert. 

On peut lire le code d’Hammurabi rédigé il y a quatre mille ans ou contemplé les dessins laissés par nos ancêtres dans les cavernes. Mais les générations futures ne pourront plus parcourir les écrits publiés aujourd’hui sur internet, ni visionner « Une affaire de famille » ou « Hors normes ». Restera heureusement Montaigne, imprimé sur papier ! Lequel constatait que « La plupart de nos occupations sont comiques. Le monde entier joue la comédie »… 

Ps : A propos des morts, allez voir un film magnifique, fort, tendu et émouvant, « Nuestras Madres » de Cesar Diaz, l’histoire d’un jeune technicien légiste chargé d’identifier les morts victimes de la répression militaire de la fin du siècle dernier au Guatemala. Dignité, douleur et féminisme que ce bel ode aux mères et aux femmes.     

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LES ENFANTS MAUDITS DE NAPOLEON

  Il y a un mystère Napoléon. Pourquoi Hitler, Staline, Gengis Khan sont-ils définitivement considérés comme des monstres sanguinaires mais pas Napoléon ?

  Un peu partout dans le monde, des clubs, des écrivains, des collectionneurs continuent d’alimenter le culte du vaincu de Waterloo. Je suis certain que Napoléon a plus de fans qu’Einstein, Martin Luther King et Louis Pasteur réunis. 

  Cette semaine encore, un admirateur russe de l’empereur, historien honorable, a manifesté son enthousiasme pour le grand homme en découpant en morceaux sa compagne – elle-même groupie de Napoléon- en autant de morceaux que l’avait fait leur héros avec l’Europe il y a deux siècles. 

  Ce qui montre les dégâts que peut engendrer une dictature pourtant battue et éliminée de la carte politique longtemps après sa disparition. Il n’y a pas qu’à Saint-Pétersbourg que la folie des tyrans de la belle époque continue de contaminer nos contemporains, un peu comme la maladie qui a frappé les archéologues découvrant le tombeau de Toutânkhamon avant de tomber comme des mouches. 

 On voit ces temps-ci l’effloraison des graines semées par les régimes les plus odieux de l’histoire.

Qui aurait pu penser que le premier parti d’Italie clamerait son admiration pour Mussolini alors que ses électeurs ont été bercés par des cinéastes, des écrivains, qui ont démonté l’horreur de ce régime et les dégâts qu’il a causés pas seulement sur les âmes, mais même sur l’économie du pays ? Bassani, Silone, Ginzburg, Primo Levi, Carlo Levi, Monicelli, de Sica, les Taviani, réveillez-vous, ils sont devenus fous !  

Et voyez les dernières élections en Allemagne, en Espagne.  

 Ainsi que chez nous, en Flandre, où a vu débarquer au parlement une tripotée de jeunes néo-fascistes, la bouche en coeur. Pour les combattre, le nouveau ministre-président (qui s’est approprié le portefeuille de la culture) n’a rien trouvé de mieux que d’étouffer financièrement artistes et créateurs. Ces artistes qui ont fait briller la Flandre dans toute l’Europe. Le « canon » flamand brandi il y a quelques semaines est déjà dans les patates ! Seul espoir, que ses collègues ne se laissent pas enfumer par le Jambon ! 

    Avec l’accélération de l’amnésie politique, on n’ose pas imaginer à quoi ressemblera le deuxième mandat du président Trump ! Pour autant que la littérature serve encore à réveiller les lecteurs, on conseillera de lire cette joyeuse et terrifiante uchronie de Philip Roth « Le Complot contre l’Amérique ». 

On en profitera pour vous faire acheter aussi le plus beau roman italien de cette année, « Tous, sauf moi » de Francesca Melandri, superbe plongée dans le Rome actuel (confrontée à l’immigration) avec en parallèle le souvenir de la conquête barbare de l’Ethiopie par les troupes du Duce. Le tout à glisser sous le sapin !  

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MURMURES

Ce que l’on criait en 1989 est devenu murmure trente ans plus tard. Et ce que l’on crie aujourd’hui était à peine balbutiant à la fin des années quatre-vingts.  

 A l’époque, l’Europe aspirait plus que tout aux droits de l’homme. Plus qu’aux revendications sociales et économiques, plus qu’aux exigences éthiques. Liberté ! clamaient les manifestants de Berlin, Prague, Varsovie, Budapest, Bucarest, qui ont réussi l’impensable, la disparition du communisme en trois coups de cuiller à pot ! (Tandis que leurs camarades chinois se faisaient tailler menu sur la place Tienanmen.)  

 A présent, les droits de l’homme semblent passés de mode. Il est même de bon ton chez certains de faire la fine bouche devant ceux qu’ils qualifient de « droit-de-l’hommistes », expression dégueulasse qui justifie le cynisme au nom du soi-disant réalisme. Parmi ces beaux esprits, on trouve pêle-mêle des hommes de droite comme Zemmour ou Nicolas Sarkozy, autant que de gauche tels Badiou, Védrine ou Chevènement. 

   Même notre Ligue des Droits de l’Homme a choisi de masquer ce concept devenu honteux. Elle s’est transformée l’an dernier en Ligue des « Droits humains » (oubliant l’étymologie latine du mot homo, qui n’est pas le mâle, qu’on désignait par le mot vir ! O tempora ! O mores ! ) 

 Ah ! Le mur du politiquement correct, voilà la notion en vogue trente ans après la victoire de la liberté. On doit cacher « Tintin au Congo », effacer la cigarette du portait de Malraux sur les timbres français, fabriquer une orthographe masc.fém. grotesque, éviter toute référence aux vraies merveilles de la civilisation européenne sur les billets d’euros pour ne froisser personne et ne pas remuer l’histoire. 

La caricature est aussi passée au purgatoire. Elle doit éviter d’être « trop », sous peine de ne plus être publiée (le New York Times a supprimé le dessin politique) ou même sous peine de mort. « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » disait Pierre Desproges – juste avant la chute du mur, tiens. Trente ans plus tard, n’importe qui peut vous empêcher de rire tout simplement. 

  Le mur de Berlin est tombé, hourrah ! Mais, ne vous en êtes-vous pas aperçu, vous qui faites la fiesta ? il a été reconstruit un peu plus loin, aux frontières de l’Europe. Lorsque l’Union s’est ouverte à la plupart des pays libérés du joug soviétique, on a accueilli leurs citoyens à bras ouverts. Depuis, leurs dirigeants sont parmi les plus acharnés à repousser ceux d’ailleurs, chassés vers notre paradis par la guerre, la barbarie ou la misère. Voilà la seule politique pour laquelle les Européens sont unis : fermer nos frontières.

   L’argent qui servait à réunifier notre continent il y a trente ans sert maintenant à entretenir des prisons. 

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