SALES GHOSTS !

27 ou 28 ? On s’interroge. Combien de nations seront-elles représentées dans le prochain parlement européen ? A propos des futurs élus britanniques, on parle de parlementaires fantômes. Mais les autres, sont-ils plus consistants ? 

Ce qui est reposant avec le parlement européen, c’est qu’une fois élu, on n’en entend plus parler pendant cinq ans. 

Sauf à l’occasion de l’un ou l’autre scandale – et il faut que ce soit du lourd. Comme « l’achat » de la voix d’une poignée de parlementaires par des lobbyistes. Ou les salaires versés aux assistants parlementaires du Front (Rassemblement) national français soupçonnés d’avoir travaillé pour leur parti sans savoir qu’ils étaient sur le payroll du Parlement.  

Remercions ces 751 élus qui nous laissent en paix, ne s’invectivent pas devant les caméras et les micros, ne cherchent pas de poux aux membres de la commission et du conseil et ne font surtout jamais de vagues. Ca vaut mieux. Les toitures du parlement européen ne sont pas très sûres. Le plafond de l’hémicycle de Strasbourg s’est effondré en 2008 sur les sièges des élus (heureusement absents). Alors, attention, danger ! Surtout, messieurs-dames, n’élevez pas la voix !

Avec une rémunération mensuelle de 8.757 €, les élus doivent provoquer quelques larmes d’envie à leurs collègues politiciens qui ont préféré siéger au conseil communal de Jehay-Bodegnée plutôt qu’à l’assemblée de Bruxelles-Strasbourg. 

Ne me faites pas dire que leur travail est inutile. Certainement pas. Beaucoup étudient, proposent, rédigent, occupent la tribune. Mais les règles sont ainsi faites que leurs textes péniblement votés après des semaines de discussions passent et repassent par la Commission, qui les modifie, les édulcore, les rend plus compliqués. Avec des exceptions qui fusent dans tous les sens pour ne pas déplaire aux uns ou aux autres. Puis, cette nouvelle version revient devant le parlement qui va les tricoter et détricoter, tiraillé par les intérêts des différents partis, des états membres et des lobbys qui pullulent autour d’eux comme des colonies de moustiques. A la fin, le travail poli ou pas part au Conseil des Ministres qui fera de toute façon de ce texte ce qu’il voudra. Ou le mettra à la poubelle. 

A chaque élection, il ne manque pas de candidats, d’hommes et de femmes politiques qui, la voix vibrante, nous annonce que voter pour le parlement européen, c’est sauver le continent, la paix, les générations futures, etc. Il est louable de mettre en lumière cette belle utopie, qu’on payé de deux guerres mondiales. Mais, à force de patiner, de se regarder le nombril et de tourner comme une toupie dans un labyrinthe, l’Europe finira par s’éteindre.

Resteront alors dans les enceintes du parlement fantôme, les spectres des derniers élus pour rire jaune.  

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LA TERRE EST PLATE

   Un groupe d’internautes a lancé il y a quelque temps sur les réseaux sociaux une plateforme pour soutenir le projet d’un scientifique qui prétend prouver que la terre est plate. 

  Avant de lui jeter la pierre, rappelons-nous que c’est la grandeur de la science de remettre sans cesse en question les soi-disant vérités établies.  

  Que ce « scientifique » soit peut-être gentiment fêlé suffit-il pour qu’il ait tort ? Je note qu’il est déjà suivi par des milliers d’internautes. Or, les citoyens ont de nos jours toujours raison.  

D’ailleurs, ce savant est déjà l’auteur d’autres découvertes révolutionnaires. Ainsi, c’est lui qui a établi que la Lune n’existe pas. Qu’elle n’est qu’un phénomène d’hypnotisme collectif de nature sexuelle, qui s’apparente à l’hystérie. La preuve est que seuls les amoureux sont persuadés de la présence de notre satellite dans le ciel. Alors qu’en science, il faut toujours privilégier la raison sur l’émotion. 

  Le retour à une conception plane de notre planète peut avoir des conséquences importantes sur l’avenir géopolitique. Imaginez la terre comme une table. Sur le dessus du plateau, l’Occident. Sur le dessous, la Chine et l’Iran. Il sera beaucoup plus facile d’éliminer toute source de conflit entre Occident et Orient si le recto et le verso se tournent le dos. 

Même considération à propos de l’environnement. 

Si l’un des côtés de la Terre est prêt à faire d’importants efforts pour préserver le climat et les espèces, et l’autre pas, tant pis pour ce qui se passe du côté obscur. On peut parfaitement envisager que le recto de la planète soit sauvegardé et son verso envahi par les mers et brûlé par le soleil. Sur une terre ronde, tout se tient. Les saletés des uns polluent les fleuves, les mers et le ciel des autres. Alors que sur une terre plate, c’est chacun chez soi.  

   Une terre plate présente aussi de grands avantages dans la lutte contre l’immigration. Ce qui explique le Tweet récent de Théo Francken qui soutient la théorie de la terre plate en rappelant qu’elle était la règle au Moyen âge, à l’époque bénie des cathédrales, comme il l’appelle. 

En effet, les candidats à l’exil qui vivent en dessous de la plaque planétaire ne pourront plus arriver chez nous par mer. Ils devront creuser des tunnels pour essayer de débouler de ce côté du monde. Outre la difficulté technique pour eux, il sera évidemment beaucoup plus facile pour nous de guetter leur arrivée et de les repousser.

On a tort de ricaner devant les théories nouvelles qu’on croit d’abord utopiques. Personne n’avait imaginé qu’un gouvernement présidé par un socialiste allait chambouler le régime du chômage. Ou qu’un premier ministre libéral allait fermer les yeux sur le renvoi de réfugiés soudanais avec l’aide des services secrets de cet odieux pays. Alors, pourquoi la terre serait-elle toujours ronde ? 

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L’ARCHE DE NOE. EPISODE 21

   Le sommet international sur la biodiversité qui s’est tenu le week-end dernier à Metz a une fois de plus accouché d’une souris. Si maigre que même le chat n’en veut pas. 

  Plusieurs chefs d’état avancent de timides solutions pour faire face aux désastres annoncés, la disparition des espèces. Ainsi, le ministre président wallon a courageusement proposé de les parquer à Pairi Daiza mais son homologue flamand a aussitôt protesté. D’où l’idée de procéder comme pour la bibliothèque universitaire de Louvain : les mâles en Flandre et les femelles en Wallonie (ou le contraire). Pour la reproduction ? Faudra un accord de coopération entre les régions… 

Une autre idée, radicale il est vrai, paraît plus sérieuse. Refaire le coup de l’arche de Noé. 

  Combinant les avantages du vieux monde (l’idée d’un bateau de survie) et le nouveau (les ressources de la technologie), nos ingénieurs sont en mesure de construire un super-rafiot, un radeau de la Méduse modèle XXL, climatisé contre le réchauffement climatique, qui permettra de conserver vivants deux exemplaires de chaque race pour les débarquer lorsque la planète aura recommencé à respirer, c’est-à-dire quand tous les êtres vivants, restés en rade, auront été éradiqués. 

Pour choisir les passagers ? On procèdera par tirage au sort. C’est la mode. 

Monsieur Fourmi et sa dame, un lion, une lionne, une bête à Bon Dieu et… comment appelle-t-on sa femelle ? Une bonne déesse ? La Bible ne le dit pas.  

Pour la race humaine, ce ne devrait pas être plus compliqué. Même si j’entends déjà les débats. Pourquoi lui et pas moi ? Je suis plus jeune, plus riche, plus beau, en meilleure santé ou plus intelligent, plus fertile, etc. 

 Il faudra donc un homme et une femme. Pas deux. 

Mais quelle femme ? Pas de scientifique. On ne se mettra jamais d’accord sur la discipline nécessaire pour reprendre la civilisation à zéro, vu que la science n’est pas pour rien dans l’échec de celle qui s’achève. Une cinéaste serait précieuse pour assurer l’héritage de la vie d’avant et refabriquer notre identité après mais sans électricité, inutile de s’attarder. 

Reste alors à désigner une chef d’état capable de réorganiser le bazar après le débarquement, quand la terre se sera débarrassée des dernières traces du déluge. Angela Merkel ? Bravo mais elle n’a plus l’âge de procréer. Elizabeth II non plus mais elle a l’avantage d’être immortelle. Cependant, le bordel qui règne en Grande Bretagne n’est pas vraiment une pub pour vanter ses capacités de pacifier le chaos. 

  Je suggèrerais plutôt une jeune immigrée. Elle a l’expérience des abominations qu’elle a fuies, des conditions horribles dans lesquelles nous l’avons accueillie. Elle n’a pas peur de l’eau ni du mal de mer. Oui, c’est sans doute le meilleur choix pour relancer l’espèce humaine. 

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LE FOND DE L’ERE EST FRAIS

La « belle harmonie », le nom de la nouvelle ère nippone sonne comme la fanfare de Moulinsart ! Allez, santé ! Les Japonais s’y connaissent en airs qui soulèvent les peuples. L’intronisation de l’empereur Naruhito annonce, parait-il, une nouvelle ére de paix.
Soyons prudents. En matière d’ère, les comiques ne connaissent qu’une réplique, éculée : « dans quel état, j’erre ». Et ceux qui ont de la mémoire se souviennent avec effroi du règne de l’empereur Hiro-Hito, le grand-père du nouveau Mikado qui avait mené le pays à la deuxième guerre mondiale, aux invasions, aux atrocités et aux massacres. Son ère à lui s’appelait l’ère de « la paix éclairée ». Ce qui laisse penser qu’au Japon, c’est comme chez nous, les slogans politiques peuvent être dangereusement trompeurs.
Reste que le nouvel empereur n’a aucun pouvoir politique et qu’il a une tête sympathique !
Il ne faut pas se cacher que changer d’ère fait toujours plaisir. C’est la mode, ces derniers temps. Chez nos voisins français, on est passé, l’air de rien, du vieux monde au nouveau. Sans qu’on sache très bien qui est neuf et qui est lessivé. Nettoyer à chaque élection nos assemblées parlementaires et les vider de leurs vieux abonnés, donne l’illusion, pendant un certain temps, d’une grande bouffée d’air frais.
Mais c’est fou ce que les nouvelles têtes (à claques) se mettent vite à ressembler aux anciennes.
Votre quotidien favori a calculé qu’aux prochaines élections fédérales, vous découvrirez plus de 72 % de nouvelles binettes sur les listes des partis francophones.
Il y a deux ans, après la victoire d’Emmanuel Macron, l’assemblée nationale française a été complètement renouvelée avec une majorité de nouveaux élus venus de la « société civile ». Depuis, la France n’a jamais connu une telle révolte de cette même société civile ! Méfions-nous donc du mirage des changements d’ère. Ils peuvent se transformer en courants d’air. Et les refroidissements finissent parfois par être fatals.
Ce qui justifie le succès des mesures pour renforcer l’isolation. Maggie De Block l’a bien compris en chargeant l’Office des étrangers d’isoler les maisons unifamiliales du Centre 127 bis, façon de contourner l’arrêt du Conseil d’état qui interdisait d’y enfermer des enfants, exposés à la pollution sonore de l’aéroport de Zaventem. Ce qui illustre la célèbre formule du Guépard de Lampedusa : « Tout changer pour que tout reste pareil ». Vous avez dit changement d’ère ?

PS : Pensée émue pour Serge Moureaux, disparu cette semaine. Un exemple d’intégrité politique, de force de conviction. Un homme qui croyait que la politique peut déplacer les montagnes et qui l’a parfois prouvé, notamment au service de l’indépendance de l’Algérie mais plus tard aussi à l’agglomération de Bruxelles.

PESTE SOIT DE L’OPINION PUBLIQUE !

Je me demande souvent, moi qui n’ai jamais été sondé, quelle est la véritable intention de ceux qui prennent le temps de répondre aux instituts d’opinion : avouent-ils franchement leurs intentions de vote ou s’amusent-ils à agiter un tissu rouge sous le nez des partis traditionnels ? Juste pour le plaisir de contempler le désordre et l’affolement qu’ils ont provoqués.
Que les Belges déclarent leur attachement aux voitures de société, aux vacances lointaines, via l’avion, et aux fermettes dans le Brabant wallon ou flamand, là où n’existent ni bus ni train, et qu’ils annoncent en même temps vouloir porter Ecolo ou le PTB à la tête du pays, voilà qui étonnera seulement ceux qui ne comprennent rien aux Belges, à leur amour pour la poésie, de préférence absurde, leur goût de la contradiction et leur amour de la dérision.
Pourtant, certains hommes et femmes politiques s’y laissent prendre. Ils pensent vraiment que les électeurs sont prêts à signer un programme qui bouleversera leur vie. Et de surenchérir dans la dernière ligne droite en accumulant des promesses vertes-vertes ou rouges-rouges, selon le quartier.
Remarquez, ils ont partout le même réflexe. Comme l’a dit un syndicaliste français ébahi et dégoûté, le gouvernement Macron a accordé en quelques semaines plus de cadeaux aux Français que ce que les syndicats réclament vainement depuis trente ans. Juste pour apaiser le soulèvement très médiatique d’une poignée d’excités venus du fond des provinces oubliées.
Le brusque sursaut écologique de la plupart des partis traditionnels vient aussi de leur surprise devant la détermination de ces milliers de jeunes qui ont défilé dans les rues.
C’est peut-être cela qui est nouveau : manifester sert soudain à quelque chose.
Pendant des dizaines d’années, des milliers de gens ont battu le pavé, sous la pluie, contre la politique d’immigration – ou les immigrés-, l’installation d’armes nucléaires à Kleine Brogel, pour sauver la justice, contre l’austérité, pour les pensions, etc. Sans émouvoir nos représentants. Mais, depuis quelques mois, les choses bougent. Ils ont l’air d’entendre quand on gueule sur la voie publique. En tout cas lorsque les sondages font trembler leurs sièges et que les élections sont proches.
Car voilà la date limite du jeu : le 26 mai. Après, c’est tranquillos pour cinq ans.
Depuis que toutes les élections ont été groupées (sauf les communales), une fois le dimanche maudit passé, les élus peuvent recommencer à faire la nique à ceux qui s’agitent sous leurs fenêtres.
Ce qui devrait encourager ceux qui réclament le droit pour les citoyens de taper sur les doigts des élus entre deux élections. Gardons cependant à l’esprit ce que dit Shakespeare : « Peste soit de l’opinion publique ! Un homme vous l’endosse à l’endroit aussi bien qu’à l’envers ! »

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ELOGE DE LA LENTEUR

La Pâque juive célèbre la longue traversée du désert du Sinaï par le peuple juif qui s’est défait de ses chaînes pour rejoindre la terre promise après un désagréable séjour comme esclaves en Egypte.
Quarante ans qu’ils ont erré au milieu des sables alors qu’aujourd’hui, en bus, de Charm el-Cheik à Tel Aviv, le voyage dure environ 10 heures par la route 90. Avec restauration aux étapes et musique de votre choix dans les écouteurs. Où l’on voit la supériorité du GPS sur la Bible et de la technologie moderne sur les vieux papiers.
Pour mettre tant d’années à parcourir ces quelques centaines de kilomètres, Moïse a dû tourner en rond comme égaré dans un labyrinthe et pas un peu. N’est-il pas étonnant que personne parmi les voyageurs qui le suivaient ne se soit rendu compte que leur guide était absolument nul ? Quel charisme devait avoir ce chef pour éviter la moindre rébellion. Vous me direz qu’à voir la longueur de certains règnes récents, ceux des présidents algérien et soudanais par exemple, on s’aperçoit que même au vingt et unième siècle, on peut mener les citoyens en bateau et à la dérive pendant longtemps.
Et Dieu, que faisait-il pendant tout ce temps ? Il n’aurait pas pu donner un petit coup de mains à ce troupeau en détresse qui ne cessait de le célébrer ? Une fois débarrassé des tables de la loi, Il a abandonné son peuple à son triste sort aussi sec et coupé la ligne. Considérant qu’il avait de la lecture pour les longues soirées d’hiver dans le désert. C’est fou que, tout au long de l’Histoire, Il soit systématiquement occupé ailleurs quand on a besoin de Lui.
D’un autre côté, qu’aurait gagné au change le peuple élu si Moïse avait eu le sens de l’orientation ? S’il avait débarqué à bon port quelques jours après que la troupe ait quitté les terres du pharaon plutôt que quarante ans plus tard ? Dans ce cas, personne n’aurait parlé de cette épopée, jamais elle ne serait devenue un mythe. Elle n’aurait pas été le ciment de plusieurs civilisations. Inspiré penseurs, artistes, philosophes.
A son arrivée en Canaan, Moïse aurait été remplacé par un jeune ambitieux comme l’a été Churchill, désavoué par les électeurs une fois la guerre gagnée. Les Tables de la loi auraient été vite oubliées dans un coin. Et personne n’aurait entendu parler de la Bible ! Un bouquin qui reste un tel best-seller tant de milliers d’années après avoir été écrit, dites-moi si ça ne valait pas quarante ans d’errance ?
De plus, personne n’aurait songé à fêter ce voyage dément. Il n’y aurait jamais eu ni Pâque ni Pâques, pas d’œufs en chocolat, pas de congés scolaires pour célébrer cette errance survenue il y a près de trois mille cinq cents ans.
Comme quoi, la lenteur parfois, ça a du bon !

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CITES SANS VOILES

En France, ce sont les gilets jaunes qui se pavanent sur les ronds-points. Avant de passer le week-end dans la grande ville voisine ou dans la capitale pour casser quelques vitrines, histoire de se faire entendre des téléspectateurs distraits qui ont raté le récit de leurs passionnantes prestations sur une voirie provinciale.
En Iran, ce sont des femmes cheveux au vent qui osent s’afficher sur des ronds-points de Téhéran pour dénoncer l’obligation de porter le voile. Là, aucune télévision ne relaye leurs revendications. Et ces femmes ne mettent rien en danger ni personne, sinon leur propre vie. Pour sauver celles des autres. Et la civilisation iranienne.
Chez nous, certains luttent pour la « liberté » des femmes (jamais des hommes) de porter le voile. On aimerait les entendre de temps en temps dénoncer la situation faite aux femmes en Iran et soutenir leur droit de dire non. Tiens, pourquoi pas une grande protestation internationale pour saluer Me Nasrine Sotoudeh, l’avocate emblématique de plusieurs de ces femmes, qui vient d’être condamnée en audience secrète, où elle n’était pas présente et à une date inconnue à près de quarante ans de prison ainsi qu’à 148 coups de fouet ?
Rêvons un peu. Et si les femmes décidaient de se dévoiler pendant un mois et de défiler en agitant leur voile ôtée en solidarité avec N. Sotoudeh ?
Ca aurait une autre gueule que de voir les troupeaux de gilets jaune moutonner dans les rues le samedi. Et autrement plus de signification.
En Iran, avoir défendu ces femmes qui ont osé montrer leur chevelure a été considéré comme une « incitation à la débauche ». Protester comme elle l’a fait pour l’abolition de la peine de mort comme une « atteinte à l’ordre public ».
Le métier d’avocat y est drôlement plus périlleux qu’en Belgique où un avocat peut impunément menacer le jury d’assises chargé de juger un terroriste avant de passer tranquillement et impunément à l’affaire suivante. Il paraît qu’on appelle ça la liberté d’expression de l’avocat. Décidément, on ne peut s’empêcher de trouver cette notion parfois fourre-tout…
« Il y a en Iran des forces ouvertes vers le progrès et nous en tenons compte » disait sans rire notre premier ministre Charles Michel après un entretien avec le président iranien Rohani il y a quelques mois. On se frotte les yeux après avoir cherché où et qui sont ces mystérieuses « forces ouvertes vers le progrès » qui se promèneraient encore en liberté dans les rues de Téhéran. Peut-être notre premier ministre pourrait-il se rendre à la prison d’Evin pour recueillir le témoignage de Madame Sotoudeh ? Ce serait assurément un excellent prétexte pour un voyage à Téhéran.

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LE CLOWN EST ROI

Malgré les ricanements de certains observateurs, le prochain président de l’Ukraine devrait s’appeler Volodymyr Zelenski (n’oubliez pas les deux « y » si vous lui adressez un mail de félicitation). Est-ce si choquant de voir un comique devenir chef d’état ?
Coluche, qui a été un moment tenté de se présenter à la présidence française, répondait à ceux qui s’offusquaient qu’un clown puisse passer du Café de la Gare à l’Elysée : « Je ferai aimablement remarquer aux hommes politiques qui me prennent pour un rigolo que ce n’est pas moi qui ai commencé ».
Le calcul des électeurs ukrainiens est facile à comprendre. Depuis la fin de l’URSS, ils avaient tout essayé : un président maffieux, un copain-copain des Russes et un ennemi juré de l’armée rouge. Sans obtenir autre chose que la perte de la Crimée et une guéguerre sans fin dans le Donbass.
Alors, pourquoi ne pas tenter le rire ?
Imaginez la première rencontre du nouveau président avec l’hôte du Kremlin. Si, face à Volodymyr, Poutine ne peut se retenir, qu’il laisse tomber son masque de Buster Keaton, s’esclaffe en se tenant les côtes et réclame une autre blague, encore et encore, la guerre froide est terminée entre les deux voisins. On s’embrasse et c’est reparti comme en 40 (si on ose dire).
Le rire pour retisser les fils de la politique ? L’exemple italien n’est pas encourageant, il est vrai. Depuis qu’il est arrivé aux affaires, le Mouvement Cinq Etoiles semble jouer un remake de « Affreux, sales et méchants » mais en oubliant que le film de Scola était une comédie. Peut-être que Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement, qui a été acteur pour Comencini et Dino Risi, a eu tort de quitter la scène pour laisser le spectacle aux mains de figurants sans talent et sans gags.
Pourquoi s’offusquer de l’arrivée d’un clown en politique ?
Si Charlot avait vraiment remplacé le Dictateur, le vingtième siècle n’aurait pas été le plus sanglant de l’histoire depuis la disparition des dinosaures.
Et les lois de la république de Freedonia, lorsque Groucho Marx en prend les commandes dans « Soupe aux canards », sont à peine moins folles que celles que discutent les parlementaires britanniques à propos de la sortie de l’Union européenne.
Être sérieux ne paye plus en politique. Les gens n’ont plus confiance dans les projets, les promesses, les discours.
Ils préfèrent les agitateurs qui leur balancent des vannes et rivalisent dans la démesure. Des Docteur Folamour, qui font peur et rire en même temps. Trump et Kim Jong-un, en duo avec nez rouge, claquettes et répliques ridicules. Voilà les héros de notre temps. La La Land version planétaire…
Tout ça pour dire que Charles Michel sait maintenant quel est le seul moyen de sauver sa peau. 

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HEURE D’ETE

Tous les six mois, c’est la même rengaine à propos du changement d’heure. Et les mêmes plaintes. Faut-il avancer ou pas sa montre ? Il n’y a que les gilets jaunes et Alain Destexhe qui n’ont pas encore pris position. Pourtant, une heure en plus, une heure en moins, est-ce vraiment important ? Plutôt que cet ajustement rikiki, on aurait pu profiter du passage à l’heure d’été pour réaliser une vraie métamorphose. Les citoyens ont envie d’une révolution, d’un grand chamboulement ? C’est l’occasion ou jamais.
Ainsi, au lieu de reculer de soixante secondes à peine l’aiguille de l’horloge ce week-end, si l’on s’offrait d’un coup douze heures en plus ?
Vous vous réveillez à sept heures du matin ? Il est sept heures du soir. Cadeau d’une journée. Plus besoin de prendre le bus ou le métro, de vous farcir votre chef de bureau, de vous abîmer les yeux devant votre écran, il est sept heures du soir, vous dis-je. Déjà presque l’heure de « Demain nous appartient » sur TF1. Justement, demain, même programme : douze heures de bonus.
Car tant qu’à changer d’heure, pourquoi ne pas le faire tous les jours ?
Vivre sa vie à partir de sept heures du soir, ça trouble sérieusement les perspectives. Les magasins sont fermés, c’est vrai. Mais pas les bars. En sortant de l’établissement, la vie semble soudain tellement plus rose, la lune plus proche. Et les emmerdes, abandonnées sur le comptoir.
Au bureau, c’est calme plat. Seules quelques femmes de ménage s’agitent un peu, bercées par le doux ronronnement des aspirateurs. Dieu que c’est reposant ! Plus de mails, de portes qui claquent, d’urgence. Rien à faire sinon aider une débutante à changer le sac de l’aspirateur.
Faites l’essai : dans la nuit, tout ce qui paraît en journée si important, si agaçant, si essentiel, se fond dans l’obscurité. Le temps dilaté étire ce que vous faites ou dites.
Le parlement wallon ne peut plus siéger ? Pendant la journée, c’est un coup de tonnerre, un événement historique. La nuit, juste une économie d’énergie.
Quand, emporté par son discours, le patron du MR qualifie ses adversaires de « national-socialistes », on sacre, on peste, on met en cause le soleil qui lui a donné un sacré coup sur le cerveau. La nuit, ce n’est juste qu’un cauchemar.
L’avantage de la nuit, c’est qu’il n’existe pas de plans foireux – l’expression favorite de votre patron chaque fois que vous lui présentez un nouveau projet. A l’heure du rêve, tout est possible. Vous avez le droit de vivre enfin toutes ces vies dont un bête quotidien, une stupide routine vous ont privés. Vous êtes beau ou belle, séduisant.
Et si vous êtes politicien, vous pouvez, en attendant l’aube, vous prendre pour Lincoln ou J.F. Kennedy.
C’est vrai qu’ils ont fini brutalement mais ça, c’était après que le soleil se soit levé. Il suffit de prolonger la nuit définitivement.

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