PASS OU IMPASSE

Vax ou anti-vax ? Le gouvernement bruxellois, comme d’habitude, ne se prononce pas. Il est aux abonnés vaxsents. 

Donc, faute d’avoir réussi à piquer tous ses citoyens et citoyennes, il a choisi la solution du désespoir, le pass, le papier, la paperasse. Transformant le personnel des restaus et des bistrots, des cinémas et des discothèques en autant de flics. 

L’idée de les autoriser à passer les menottes aux clients récalcitrants ou distraits qui tentent de forcer la porte de leurs établissements sans le précieux sésame est encore à l’étude. Sur le modèle des lois canadiennes ou américaines qui autorisent chaque citoyen témoin d’un délit à procéder lui-même à l’arrestation du criminel. 

Mais le diable est dans les détails. Ce qu’a négligé le président Vervoort (Rudi pour les dames), encore tout surpris d’avoir réussi à faire adopter une décision par son gouvernement hétéroclite et parti faire la sieste après un tel effort. 

D’abord, il y a les Flamands. Eux qui sont si fiers d’être vaccinés à 90 %, trouvent humiliants de devoir exhiber leur pass-partout. On va donc les exempter pour éviter une guerre communautaire. Mais comment distinguer un Flamand d’un autre quidam ? Depuis la bataille des éperons d’or, tout le monde a appris à l’école à prononcer « schild en vriend ».

Les fonctionnaires européens considèrent que la réglementation bruxelloise ne les concerne pas. Ils sont « extra-bruxellois ». Itou pour les diplomates étrangers. Le personnel hospitalier et de soins affirme qu’il a déjà subi assez de restrictions et fourni assez d’efforts. Les policiers aussi. Comme les caissières des grandes surfaces qui n’ont jamais arrêté le travail. Et les profs, les taximen, les porteurs de repas, les allumeurs de réverbères, les vendeurs de parapluie et les employés du gaz. 

   Quelques bourgmestres ont montré leur mécontentement de découvrir cette mesure prise par le gouvernement régional sans concertation. Et l’autonomie communale, vous en faites quoi ? Le pass, d’accord. Mais à condition qu’il soit délivré par l’administration communale. Ce qui obligerait le citoyen à emporter le pass européen, celui de la région et les dix-neuf pass communaux pour circuler dans la capitale.

On devine le casse-tête pour les conducteurs de tram, obligés d’arrêter leur véhicule en quittant une commune pour vérifier si tous ses passagers sont autorisés à entrer sur le territoire voisin. 

Dans certains endroits, la résistance s’organise comme à l’époque de la prohibition aux Etats-Unis. On voit déjà s’ouvrir des gargotes clandestines où l’on sert de l’américain-frites et de la gueuze grenadine sans le moindre code-barre. Des adresses que l’on se refile discrètement, où l’on ne pénètre qu’en prononçant le mot de passe. Hier, c’était « Johnson & Johnson ». Aujourd’hui, « Jansen en Janssen ». Bon appétit ! 

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COMMENT CA MARCHE LE XXI ème SIECLE ?

  La rentrée est difficile pour le gouvernement wallon après l’été calamiteux des inondations et du covid. Mais celle des talibans est bien pire, y songez-vous ? Eux qui ne peuvent même pas faire appel au gouvernement fédéral et au gouvernement flamand pour leur donner un petit coup de main. A personne à l’heure actuelle. Même leurs anciens alliés regardent ailleurs.   

Certes, les talibans ont réussi à envahir l’Afghanistan en deux coups de cuiller à pot. Mais, après cinquante ans de guerre, si les extra-terrestres avaient débarqué à Kandahar, Mazar-e-Charif ou Kaboul, ils seraient eux aussi entrés comme dans du beurre et auraient été accueillis avec la même résignation et la même apathie par une population épuisée par un demi-siècle d’invasions étrangères avec son flot de corruption et d’absence de gouvernance. 

Mais, depuis qu’ils occupent les immeubles, les tapis et les allées du pouvoir, ils sont drôlement embêtés les talibans. Car tous ceux qui se sont enfuis, fonctionnaires, techniciens, experts, diplômés en tout genre, sont partis sans leur laisser le moindre mode d’emploi même des aspirateurs. 

 Pour agiter leurs armes et grommeler quelques sourates du Coran, les talibans sont parfaits mais pour le reste, aussi perdus que moi devant une boîte de lego. Et l’application Itsme, je ne vous dis pas. 

  Dès qu’ils ont « récupéré » l’aéroport de la capitale, ils se sont rendus compte de l’immensité de la tâche. Le Coran a tout prévu sauf comment faire décoller et atterrir un avion. Encore moins à le réparer. Sacrés imams qui leur ont fourré dans la tête que tout est dans Le Livre ! Encore raté ! A peine ont-ils chassé les mécréants de leurs terres qu’ils sont obligés de les supplier de revenir. A coup de dollars. Même ceux et celles (ô horreur) qui connaissent le fonctionnement des caisses des boutiques Duty Free au fond du grand hall. Et du tableau d’affichage des vols en permanente mise à jour. Afficher un verset du livre sacré permet de s’envoler vers le ciel, pas d’embarquer pour Oman ou Bruxelles. Or, ils ont beau supplier le Très-Haut, c’est silence radio (d’ailleurs le mode d’emploi de la radio a lui aussi disparu.)

L’eau, l’électricité, les feux rouges, l’informatique de la police, de l’administration, de l’armée, tout va être à l’arrêt jusqu’à ce que des spécialistes étrangers acceptent de s’en occuper. A moins qu’ils ne puissent le faire par télétravail depuis Dinant ou Virton, ce qui réglerait deux problèmes en même temps, le fonctionnement de l’administration afghane et le redressement économique de la Wallonie. Pour le payement, pas de souci. Car, comme le dit la sourate 17 : « Nous accordons abondamment à tous. Et les dons de ton Seigneur ne sont refusés à personne. » (Une sourate qu’appliquait déjà l’administration américaine…)

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OSEZ JOSEPHINE

   D’accord, on a connu des étés plus roses, moins maladifs, plus secs et moins politiquement affreux, mais, avec la fin de ces vacances pourries accompagné de ses nécros glaçantes, tout commence peut-être à changer. Cette fois, au lieu de se lamenter, on va danser avec la mort, grâce à l’arrivée de Joséphine Baker au Panthéon (« Entre ici, Joséphine… ! ») 

La princesse TamTam aurait peut-être préféré reposer au soleil sous un beau bananier. Elle risque de ne pas beaucoup rigoler au milieu de ce paquet de vieilles barbes. Mais elle se consolera dans les bras d’Alexandre Dumas qui lui racontera des histoires sans fin, écrites par ses « nègres », ou avec Zola, qui avait aussi la langue bien pendue et souvent ricanante. Elle aura également des choses à partager avec Félix Eboué, gouverneur du Tchad en 1940 (et premier Noir à cette fonction) qui rallia le général de Gaulle dès l’appel du 18 juin, libérant ainsi le premier territoire de la France libre. 

En revanche, pas un seul jazzman pour accompagner son blues. Même pas un musicien. Mais bon, quand elle était déchaînée, elle valait un orchestre à elle toute seule. Qui incarnait mieux qu’elle la liberté ? Car elle a tout osé, Joséphine, la liberté sexuelle, celle des mœurs, des femmes, des Noirs, des immigrés, du combat contre le fascisme. Elle a lutté contre les Allemands, défié leurs espions et défilé aux côtés de Martin Luther King. 

Dans cette époque qui a l’air d’avoir perdu ses repères, d’avoir laissé tomber les bras, voilà qu’elle nous rappelle soudain la valeur, l’importance de se battre. 

Tout ça a une autre allure que le soi-disant combat pour les femmes, mené au même moment par l’inénarrable secrétaire d’état de Bruxelles, Pascal Smets. Qui a pris la décision ô combien audacieuse de remplacer les Journées du Patrimoine par les Heritage Days (en anglais de cuisine). Lorsqu’il a découvert que le « pater » du mot était d’origine mâle, son sang révolutionnaire, politiquement correct, féministe et égalitaire n’a fait qu’un tour. 

A moins que, parlant d’héritage, on se soit trompé ? Que notre homme politique a voulu sexualiser, en utilisant le mot « héritage », les sages journées des 18 et 19 septembre prochain. En faisant référence à ce que Goncourt écrivait de Victor Hugo (autre pensionnaire du Panthéon), parlant de « ses folies pour les femmes, de l’héritage d’érotisme qu’il tient de son grand-père et de son père ». Ce qui nous ramène d’une façon un peu tordue à notre sublime artiste franco-américaine. Tel serait le lien entre Joséphine Baker et Pascal Smets ? Entre Paris et Bruxelles ? 

On peut aussi se dire que Macron célèbre la femme avec Joséphine Baker et le gouvernement bruxellois avec l’effacement du patrimoine…  On a les combats féministes qu’on peut.  

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21 COMME SI ON Y ETAIT

  21 a commencé dans une joyeuse effervescence avec l’installation du président Biden (et de la vice-présidente Kamala Harris) et la mise à feu de la campagne de vaccination.

Deux fléaux allaient disparaître en même temps, la covid 19 et le président Trump.

Las ! Six mois plus tard, l’avenir reste plus flou qu’on ne l’espérait. Malgré une organisation remarquable, en tout cas en Belgique, la vaccination n’a pas réussi à éliminer l’angoisse du virusissime et de ses vilains variants (sales gosses, va !) Pendant ce temps, voilà que Trump pointe à nouveau le bout du nez. Façon de lancer un nouvel épisode de Retour vers le futur. 

On espérait pourtant beaucoup de 21, un chiffre magique aux Etats-Unis, l’âge où l’on peut acheter une arme à feu, des munitions et consommer de l’alcool. C’est aussi le vingt et unième amendement de la Constitution qui a aboli la prohibition de l’alcool. Santé à tous et toutes !

Mais aucun savant, même pas le professeur Raoult, n’a réussi jusqu’ici à établir un lien entre la consommation de boissons alcoolisées et la disparition du virus. Désolé pour les supporters de football… 

Autre bégaiement. On s’attendait à célébrer à l’occasion de Pâques puis des grandes vacances la fin de la pandémie. Mais la fiesta reste en pointillé. On remettra une fois de plus la libération à plus tard. Comment faire alors si on veut à tout prix éviter Blankenberge et Durbuy et passer les frontières ? On improvisera jour après jour et on zigzaguera entre zones oranges devenant brusquement rouges pour se diriger vers une zone blanche en évitant un cluster intermédiaire. Un jeu de pistes qui constituera une excellente animation pour les enfants, chargés de garder en permanence l’œil sur la carte d’Europe du site des Affaires étrangères (dès qu’on leur donne un écran, ils sont contents). « A gauche, papa, à gauche. Faut éviter Metz, en train de basculer en zone interdite, et faire le détour par Vichy ! » Puis prendre le maquis pour ne pas foncer droit dans une zone contaminée… Qu’est-ce qu’on va s’amuser cet été sur les routes ! 

PS : n’oubliez pas les livres dans votre trousse de secours. Deux excellents romans policiers à dévorer dans votre refuge : « Terra Alta » de Javier Cercas. Une enquête dans les terres arides de Catalogne par un des meilleurs écrivains espagnols, qui a rendu la mémoire de la guerre civile. Dans un autre genre, la délicieuse série de Nadine Monfils (deux titres parus) qui envoie surréalistiquement René et Georgette Magritte enquêter d’abord à Bruxelles puis à Knokke dans une Belgique ancienne imaginaire mais poétique et drôle. Et un faux polar, « Au soleil, la nuit ». L’histoire d’une jeune prof à la fin des sixties qui part en rando dans le grand Nord, où elle disparaît… Très beau récit de Rose-Marie François. 

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ADIEU MONDE CRUEL !

  Une enquête vient d’être ouverte en France après l’effacement des comptes en crypto-monnaie des fonds confiés par des investisseurs à un gestionnaire de fortune. Une seconde a suffi pour que toutes les économies de leurs clients disparaissent dans un grand trou noir. 

   Le GIEC annonce un avenir post-apocalyptique pour ceux qui peuplent notre pauvre planète bleue, qui va, selon ces experts, changer de couleur : demain, la Terre sera la nouvelle planète rouge. Mais nous serons peu nombreux à assister à la disparition de toute vie actuelle, promettent les joyeux drilles du GIEC, imprégnés manifestement des textes bibliques. A la veille des vacances, on se retiendra donc de chanter : « les cahiers au feu et les profs au milieu » !  

   Le point commun entre ces deux infos : l’effacement. Voilà donc la pire menace qui plane sur notre époque, nos civilisations. 

   La disparition des supports physiques, papier ou film, met en danger la conservation de la mémoire. Même les archives papier sont systématiquement détruites après avoir été numérisées. 

 Or, qu’un « bug » informatique bloque d’un coup la toile et hop ! tout redevient page blanche. Un auteur de science-fiction nous racontera un jour les avatars d’un groupe de hackers maladroits, des Pieds Nickelés de l’ère informatique, qui auront poussé sur le mauvais bouton ou créé d’épouvantables virus informatiques qui, échappant à leur contrôle, dévoreront toutes les données sur leur passage. 

Les profs d’histoire du futur passeront directement de l’enseignement du vingtième siècle à celui du vingt deuxième siècle, expliquant à leurs étudiants que ce qui s’est passé pendant cette grande parenthèse reste un mystère aussi profond que la disparition des dinosaures ou l’état de l’univers avant le Big Bang. 

   Tout ce qu’on écrit, filme, lois, décisions, la naissance et la mort, tout est gravé sur des disques durs, stocké dans le cloud. Un coup de vent et tout disparaît…

Le mouvement est d’autant plus irrésistible -sinon irréversible- que l’effacement de la mémoire s’inscrit dans l’air du temps. Il n’est pas seulement un risque technique. On s’est mis à vivre dans le moment présent, sans passé, sans futur. La mémoire de l’histoire et des histoires est passée de mode. 

Ce qui se reflète dans le succès des réseaux sociaux : la photo, le commentaire sont déjà oubliés quelques heures plus tard. Seules l’image ou le propos choquants subsistent un peu avant de se perdre sous d’autres propos scandaleux bien vite oubliés eux aussi. Tout ce qui a été posté redevient poussières. 

Si jadis on collectionnait les livres, les disques, les films, on ne collectionnera jamais les données. 

« La distinction entre le passé, le présent et le futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle » disait Einstein. Donc, soyons fous et bonnes vacances !

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BRUXELLES, MA BELLE …

Pour sa première visite sur le vieux continent, le président Biden a choisi une seule étape. Mais doit-on se réjouir que Bruxelles s’affiche comme capitale de l’Europe ?

Cette désignation ne figure pourtant pas dans le traité de Rome de 1957. On a souvent accusé le gouvernement belge de l’époque de sa passivité et de son manque d’initiative pour expliquer cette carence dans l’acte fondateur. Ne faut-il pas plutôt se demander si le premier ministre Achille Van Acker et son ministre des Affaires étrangères, Paul-Henri Spaak, ont eu la prescience de ce qui attendait notre bonne ville le jour où elle paraderait comme le nombril de l’Europe.

Dans l’opinion publique, aucune ville n’a acquis plus mauvaise réputation que notre pauvre cité. Tout ce qui va mal, déplaît, ne fonctionne pas, ce n’est jamais la faute des chefs d’état réunis en Conseil ni celle de la Commission, encore moins du Parlement. C’est toujours la « faute à Bruxelles ». 

Un Bruxelles imaginaire puisque ni ses habitants, ni même les autorités en surnombre qui gèrent la Région et la ville n’ont la moindre influence sur ces fameuses décisions, règlements, directives, qui pointent Bruxelles en bouc-émissaire de toutes les frustrations politiques du continent.

Pour les Bruxellois, l’Europe a le visage d’une série de citadelles inaccessibles coupées de la vraie vie dans lesquelles travaillent des fonctionnaires qui n’ont aucun lien avec les citoyens du cru et qui sont enviés ou détestés pour leurs privilèges, notamment fiscaux. 

La seule image que les Bruxellois ont de ce « Bruxelles » que l’Europe maudit, ce sont ces tours sans âme, ces quartiers déserts la nuit (et les mois de covid), ces forêts de béton glauque, qui ont éliminé des quartiers entiers du Bruxelles d’avant. L’Europe, ce sont aussi les embouteillages inextricables que provoque chaque sommet ou chaque visite d’un hôte soi-disant prestigieux. (Et là, on est injuste car les responsables régionaux de la mobilité sont largement responsables de ces blocages et de la guerre entre utilisateurs des voies publiques, socialistes et verts se disputant les électeurs « doux »  à coup de mesures contre l’auto et pour le vélo sans aucune coordination, sans plan de circulation, sans cohérence sinon de brandir leurs trophées : j’ai osé imposer le 30 km, j’ai fait circuler les cyclistes dans les sens uniques, j’ai fait des piétonniers, j’ai fermé des rues, fait s’écrouler des tunnels, j’ai beaucoup embêté les automobilistes, etc).

Ces visiteurs internationaux qui paradent à Bruxelles, ne croyez pas que l’on peut les voir. Il faut les protéger par des bataillons de flics de l’amour que voudraient leur manifester les Bruxellois. Idéalement, les eurocrates rêveraient que Bruxelles soit vidée de ses résidents depuis que l’Europe a décidé de l’occuper, comme les Khmers rouges ont repoussé les habitants de leur capitale dans les campagnes. Le problème, c’est qu’il n’y a plus de campagne en Belgique… 

Et que les artères de notre prestigieuse capitale sont tellement sous pression grâce à notre exemplaire politique de mobilité que même si des extra-terrestres hostiles débarquent à Bruxelles, évacuer la ville durera trois mois. Ce qui est sans danger, il est vrai, s’il apparaît que ces extra-terrestres n’ont envie que de bouffer des cuisses d’eurocrates… 

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LE MONDE INVISIBLE D’APRES

L’histoire de l’art contemporain a bousculé bien des certitudes et fait voler en éclats les lois de l’esthétique, du bon goût et même du mauvais. Après la vespasienne de Marcel Duchamp, les monochromes de Malevitch et de ses successeurs (précédés trente ans plus tôt par ce dessin tout blanc d’Alphonse Allais intitulé Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige et cette feuille noire intitulée Combat de nègres dans une cave, pendant la nuit). Plus près de nous, on a pu admirer l’œuvre auto-détruite de Bansky. Et voici le bout de la route, Io sono, œuvre invisible de Salvatore Garau. Posée sur un carré d’herbe délimité par un ruban blanc, elle s’est vendue à 15.000 €. Cet artiste sarde est entré dans l’histoire de l’art en réussissant le degré ultime de l’illusion. L’œuvre existe puisque je vous le dis. Croyez-moi sur paroles et passez à la caisse avec de l’argent bien visible, s’il vous plaît. Jusqu’ici le Sarde dîne à l’huile. Il pourra désormais l’accompagner de champagne.  

Cette ingénieuse idée pourrait inspirer d’autres domaines que l’art. Et régler plusieurs questions jusqu’ici insolubles. Ainsi du voile. Plutôt que de discuter sans fin sur le droit de porter ou non l’hidjab dans les services publics, tout le monde devrait se trouver d’accord pour autoriser le port du voile dès lors qu’il est invisible (mais garanti par le vendeur, promis, juré, si je mens je vais en enfer). 

Il n’y a pas que les cheveux des filles qui font débat. Certaines écoles veulent obliger les adolescentes à porter une « tenue correcte ». Mais qui pourra reprocher à une étudiante vêtue de vêtements invisibles un décolleté trop audacieux, un top à brides, un top à col bateau ou un T-Shirt remontant au-dessus du nombril ? 

L’œuvre invisible peut aussi changer le monde politique. On se plaint de vivre des mois parfois des années sans gouvernement ou avec des ministres en affaires courantes. Fini cet aveu d’échec. Il suffit de nommer, dès le lendemain des élections, un gouvernement fantôme. Vous pensez qu’il fonctionnera moins bien que ces coalitions hétéroclites de partis dont les programmes sont si contradictoires qu’ils ne peuvent jamais être mis en œuvre ? 

Ce système est d’ailleurs déjà expérimenté dans la Région de Bruxelles depuis plusieurs années. Où l’on se réjouit d’avoir un ministre-président invisible et des ministres inexistants. Après un tel succès, on peut étendre ce système au reste du pays et même à l’Europe. La présidente de la Commission et le président du Conseil, en visite officielle, n’auront plus de problèmes protocolaires quand ils s’assoiront tous les deux sur des chaises invisibles puis prononceront des discours creux.  

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DU VENT DANS LES VOILES

   Dès que l’on parle du voile, on se prend le pied dedans et on s’étale. On l’a encore vu ces derniers jours à la suite d’une querelle hypocrite sur l’opportunité pour la STIB de faire appel d’une décision rendue par le tribunal du travail. Une femme voilée doit-elle conduire en cheveux comme disait Madame Chapeau ? Ou peut-elle rester couverte ? Jef, het voile is af ! Ding, ding !

Parmi les réactions absurdes, celle de la co-présidente d’Ecolo affirmant qu’il fallait s’incliner puisque la décision faisait jurisprudence. Oubliant qu’il existe une cour d’appel puis une cour de cassation… 

Mais est-ce vraiment au juge de prendre une décision de principe sur le port du voile dans les services publics ? Ou plutôt au Parlement ? Qui freine des quatre fers, sachant que dans cette affaire, on est assuré, quoi qu’on dise, de recevoir des baffes sur le coin de la fiole. 

Autre poussée écologique polémique : la nomination par la secrétaire d’état Groen, Sarah Schiltz, d’une commissaire voilée à l’égalité des chances hommes-femmes. Que va faire cette commissaire comme première mesure d’égalité, enlever son voile ou exiger que tous les hommes soient désormais voilés ?  

Tenez, le député Dallemagne, devenu en une interview l’équivalent de Marine Le Pen et de Tom Van Grieken réunis. Alors qu’il essayait d’expliquer qu’il y a une sacrée différence entre le signe religieux choisi librement par la femme et celui qui lui est imposé par sa famille, son entourage. Horreur ! Voilons-nous plutôt le visage que d’évoquer ce cas de figure ! Se poser pareille question serait de l’anti-islamisme primaire comme de se demander pourquoi la femme doit être voilée et pas l’homme ou pourquoi il faut se solidariser avec les femmes saoudiennes ou iraniennes qui tirent le voile (au péril de leur vie) et en même temps avec ceux qui veulent l’imposer aux femmes belges.  

Dans un essai écrit d’une plume aussi ironique et légère que ses romans, Fouad Laroui vient de publier un « Plaidoyer pour les Arabes » (éditions Mialet-Barreau), qui devrait éclairer les uns et les autres.

Laroui commence par souligner ce que le monde doit aux savants et poètes arabes du IXème au XII ème siècle, de Grenade à Bagdad. Qui ont posé les bases des mathématiques modernes, de la cosmogonie et même de la théorie des espèces (une sacrée claque pour certains imans d’aujourd’hui). Mais, constate-t-il, l’enseignement occidental a complètement occulté cet apport extraordinaire.  

Ensuite, Laroui se demande ce que sont devenus les descendants de ces esprits universels, pourquoi les Arabes ont raté le tournant de la modernité des XVIIème et XVIII ème siècle, fondements du monde contemporain. Un sacré retard dû notamment à une sclérose de la pensée, tournée vers des préceptes religieux pris au pied de la lettre et un étouffement de la pensée et de la science, du doute et du questionnement.  

Pourquoi certaines femmes veulent à tout prix porter le voile ? Elles vous répondront sans doute : par respect envers Dieu. Mais ce Dieu veut-il que les femmes travaillent ? Et spécialement à la STIB ? 

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IL EST PASSE PAR ICI, IL REPASSERA PAR LA

 Z’avez pas vu Jürgen?/ Oh la la la la la/ Où est donc passé ce chien ?/Je le cherche partout/
Où est donc passé ce chien ?/Il va me rendre fou/Où est donc passé ce chien ?/ Oh, ça y est, je le vois/Veux-tu venir ici ?/ Je ne le répéterai pas/Veux-tu venir ici ?/ Sale bête, va/ Oh, il est reparti/Où est donc passé ce chien ?/ 

Cher Nino Ferrer, qui avait déjà lu dans une boule de cristal comment un seul chien fou allait rendre dingue toute l’armée belge…

Déjà moquée par une autre comptine plus ancienne et tout aussi visionnaire : Il court, il court, le furet du bois joli/ Il est passé par ici/ Il repassera par là / Le furet est bien caché/ Le furet du bois, mesdames/ Pourras-tu le retrouver ?

Ah ! Si on pouvait en rire…

Le héros solitaire qui défie l’autorité et la ridiculise a toujours eu la faveur du public. Thyl Ulenspiegel, Robin des Bois, Rambo. Ainsi que Charlot et les autres personnages de Mac Sennett dans les burlesques américains. Qu’est-ce qu’on riait de voir ridiculisés les « cops » qui tombaient comme les quilles d’un bowling. 

Mais, avec Jürgen, rien à faire. Le rire se glace. Pas moyen d’applaudir, même pas d’esquisser un sourire. Cette fois, on a juste envie d’encourager les bidasses et les poulagas et d’espérer qu’ils parviennent à le coincer. Alors, qu’est-ce qui a changé ? 

Charlot, Robin des Bois, même Rambo sont des images rêvées du citoyen anonyme face au pouvoir. Un citoyen un peu naïf, mais bon, honnête, impuissant face à l’injustice. 

Ce qui fait froid dans le dos avec Mister J. c’est qu’il n’a que l’apparence d’un preux solitaire. Il est le pion d’un groupe à nouveau puissant, effrayant, une image moche mais un reflet ressemblant de cette extrême droite, tapie derrière le miroir. Dont il prétend porter les « idées » obscures.

Ces mouvements qui pointent dangereusement le bout du nez, Schild & Vrienden, le Vlaams Belang, pour donner quelques références belges (auxquels il faut ajouter évidemment leurs homologues innombrables partout en Europe, souvent élus) et leurs fans qui déversent leur fiel délirant sur les réseaux sociaux. 

Jürgen n’est pas le vengeur solitaire. Il représente une forme d’autorité, celle de son groupe. L’homme – ou la femme- qu’on a envie d’applaudir, c’est le héros solitaire qui parviendra à le débusquer et à le mettre hors d’état de nuire. Car, pour l’instant, quelle pub pour l’extrême droite ! 

Où se cache Mister J. ? A la différence des héros de fiction, Jürgen n’a que l’embarras du choix. Conseiller stratégique d’Alexandre Loukachenko, chef d’état-major du Hamas, instructeur des milices ukrainiennes russophones du Donbass. Ou en Afrique, où les mercenaires belges ont toujours été accueillis à portefeuille ouvert.

Vivement que Thyl revienne mettre du désordre dans sa région. Et un peu plus de facéties…    

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LA PLUIE FAIT DES CLAQUETTES

  Jadis, les vieux grognons disaient des jeunes troublions « il leur faudrait une bonne guerre ! » 

  Maintenant, alors que le feu brûle un peu partout sur la planète, on a envie de crier aux excités de tous poils et de toutes religions : « Il leur faudrait une bonne drache ! »

   Au lieu de gémir d’un mois de mai pourri, de terrasses ouvertes aux quatre vents, où il est interdit de se protéger même derrière du plexi, consolez-vous en regardant ce qui se passe dans les régions où le soleil tape dur sur le crâne et où la météo est uniformément bleue, Palestine et Israël, Arabie saoudite et Yémen, Birmanie, Afghanistan, j’en passe et des meilleures destinations exotiques… 

   Et saluez la drache et le vent en songeant qu’il est difficile d’envoyer des missiles sur son voisin quand on est obligé de s’accrocher des deux mains à son parapluie ou courir pour se mettre à l’abri…

   De là à conclure que le réchauffement climatique a aussi un effet néfaste sur les relations entre des états jusqu’ici en paix, il n’y a qu’un pas. Songez aux conséquences politique périlleuses qu’il y aurait pour des nations froides et pluvieuses, donc paisibles, de se transformer en fournaises. Vive la drache ! Voilà un argument supplémentaire qui justifie que l’on se batte pour le climat. Certains écologistes devraient y songer, revenir à leurs fondamentaux et lutter pour la préservation de la planète plutôt que se lancer dans des surenchères électorales et se battre pour que les femmes restent voilées dans les administrations publiques (racontez ça aux femmes iraniennes ou arabes, vous verrez comme ça leur fera plaisir) ou pour faire l’apologie d’organisations terroristes au Proche Orient.

   A ce propos, revenons au ciel… On a l’impression quand il est couvert que les dieux se préoccupent moins de ce qui se passe chez nous quand des voiles épais de nuages leur obscurcissent la vue. Et on s’en réjouit ! 

« Un petit coin de parapluie contre un coin de paradis » chantait jadis Georges Brassens. Aïe ! Cette proposition indécente, me souffle-t-on, n’est plus politiquement correcte… 

Vaux mieux ne pas parler du Proche Orient, ni des relations hommes-femmes. La vie devient difficile pour les chroniqueurs même s’ils ont cru choisir un sujet neutre et de saison, la pluie !  

PS : la pluie est le moment idéal pour plonger dans les livres oubliés de votre bibliothèque rêvée. Question pluie, Graham Greene en connaissait un rayon, lui qui nous entraînait dans des pays tropicaux où la drache est chaude et moite (lire notamment « La Saison des Pluies »). Ajoutez-y « L’inondation » de Zamiatine. Et pour vous sécher, rien ne vaut « L’amour en saison sèche » de Shelby Foote, récemment réédité. 

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