ELIO, JEAN-MARC ET LE ROBOT

     Pour former des gouvernements en Belgique, l’intelligence n’étant pas au pouvoir, pourquoi ne pas convier l’intelligence artificielle ? 

  Un robot c’est rapide, propre et sans état d’âme. 

   Un ministre IA dont les décisions seront approuvées par un groupe de robots placé dans les assemblées parlementaires quelque part au dessus de l’hémicycle, voilà qui devrait éviter les coups de sang, les claquements de porte et les Tweets intempestifs qui font sauter les gouvernements aussi facilement et bruyamment que les bouchons de champagne.

  Il faudra évidemment programmer les robots à agir pour le bien des citoyens, pour l’intérêt général. C’est ce qui fera la différence entre les robots et cette mystérieuse société civile pressée par les Ecolos d’aider Verts et Rouges à bâtir une majorité sans majorité. Et à étayer le bazar quand l’édifice sera sur le point de s’écrouler sous les coups des oppositions. 

  Le problème avec le projet de Jean-Marc Nollet et son coquelicot, c’est qu’il y a autant de représentants de la société civile et d’intérêts particuliers qu’il y a d’associations, d’organisations et de citoyens. Chaque civil pense à lui et non à la société ! 

  Un robot, lui, n’a pas de passé, pas de passif, pas d’amour ni de haine plus ou moins cachés. Il n’aime pas Charleroi plus que Liège ou le contraire et n’a pas besoin de favoriser plus Bastogne que Jehay-Bodegné. Son disque dur sera soigneusement nettoyé lorsqu’il entrera au gouvernement. Un représentant idéal de la société civile sans mémoire, sans attaches, sans amis. 

  Autre différence entre le coquelicot et le robot : pendant sa courte vie, cette fleur fragile ne nécessite aucun entretien. Alors que, dans la société informatique, tout bouge sans cesse. Les mises à jour sont permanentes. Et gare aux bugs ! Si en plein conseil des ministres, le ministre déclare brusquement « 404 not found », le gouvernement est bloqué jusqu’à l’arrivée du technicien. Pour peu qu’il vienne de Chine, la Wallonie risque de rester aux abonnés absents un certain temps…

   Reste à savoir qui va programmer les robots wallons. 

  Pas un Wallon. L’engin doit rester neutre. 

   Un Flamand ? Trop risqué : il risque de décider de l’arrêt immédiat des transferts flamands. 

   Alors qui ? Trump ? Xi Jinping ? Ca risque de coûter cher au budget wallon ! 

  Décidément, devant la complexité du labyrinthe belge, il n’y a qu’Elio et Jean-Marc qui soient capables de faire la programmation. Mais qu’ils laissent aux robots la faculté de s’auto-détruire. Ils en auront peut-être bien besoin. 

  « J’aime à penser que la lune est là même si je ne la regarde pas », écrivait Albert Einstein. Qui sait si on peut en dire autant de la Belgique ? Quand vous reviendrez de vos vacances au loin, sera-t-elle toujours là ? Allez, bonnes vacances !

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HONG KONG BLUES

  « J’ai besoin que quelqu’un me prête cinquante dollars et je pourrai quitter Hong Kong avec plaisir » chantait déjà Hoagy Carmichaël dans « Le Port de l’Angoisse » devant Humphrey Bogart et Lauren Bacall. 

  Pendant « l’âge d’or » de la colonie britannique puis depuis la restitution à la Chine du territoire, les habitants sont protégés par un système de libertés légales, politiques et financières (garanti jusqu’en 2047). Façon de conserver précieusement l’image d’indépendance de cette île-éponge qui, pendant près de quatre-vingts ans, a attiré les investisseurs du monde entier en faisant semblant de ne pas voir que leur argent était aussitôt investi pour développer la Chine rouge. 

  Mais le masque est sur le point de tomber. Peu à peu, l’étau se resserre sur le territoire supposé autonome. Le gouvernement chinois ayant créé d’autres centres financiers pour attirer les capitaux étrangers (à Shenzhen par exemple), l’ancienne colonie ne sera bientôt plus aussi utile. Les citoyens de l’île le sentent bien, leurs jours de liberté sont comptés. Lorsque le colonisateur britannique a renoncé à sa souveraineté sur le territoire, il ne l’a pas rendu libre mais l’a précipité aux mains d’un nouveau colonisateur. 

   Dans un roman publié il y a deux ans, « Hong Kong Blues » (éd. Genèse), j’évoquais la grande mélancolie des habitants du « Port aux Parfums » pendant que la violence commençait à couver dans le territoire. « No future », telle est la seule perspective de ses habitants. Qui vivent la fin de leur monde entre fièvre technologique et immobilière et nostalgie de l’esprit suranné et de la culture vintage british.

 La révolution des parapluies en 2014 avait déjà mis en cause le système hypocrite de désignation des dirigeants de l’île, manipulée directement par Pékin. Mais surtout, les jeunes Chinois de Hong Kong (qui rejettent la Chine continentale surtout depuis la main mise de Xi Jinping) n’avaient pour seule perspective que de quitter l’île pour rejoindre l’Australie, le Canada, la France ou les Etats-Unis. Les jeunes filles en mettant le grappin sur des expatriés occidentaux dont elles espèrent qu’ils les ramèneront dans leurs valises. Et les jeunes gens en proposant leurs services (notamment de traders) dans les places financières de l’ouest.

  Après les manifestations d’il y a cinq ans qui dénonçaient l’effritement de la démocratie politique, les nouvelles démonstrations où les habitants sont venus en masse (plus de deux millions de personnes dans les rues) montrent la fragilité des institutions judiciaires de Hong Kong soi-disant indépendantes. 

   Aujourd’hui, ce n’est plus du cinéma. Le Port aux Parfums est devenu le Port de l’Angoisse mais les fantômes de Bogey et de Lauren Bacall se sont évanouis. 

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LE COMBAT DES CHEFS (COQS)

   D’habitude, les compétitions de type Top Chef se présentent comme un simple crochet. Le vainqueur occupe la plus haute marche du podium suivi des autres lauréats. 

En Belgique, c’est beaucoup plus compliqué. Le jeu oppose quatre équipes qui travaillent chacune dans leur coin mais qui, à un moment, vont devoir mélanger leurs plats tout en ne les mêlant pas. Je vous ai prévenu, un vrai casse-tête. Qu’on appelle un waterzooi de pigeons. 

  Dans l’équipe des Coqs, le chef est italien. Il a pris pour aboyeur un prolétaire et comme commis un gars vert comme une salade mais gai comme un pinson (que sa couleur ne vous coupe surtout pas l’appétit !) 

   Les débuts sont un peu pénibles. Car la brigade se divise sur le plat à réaliser pour décrocher la timbale. Le chef tient à des pâtes aux asperges. Non, coupe le prolétaire. C’est un légume d’aristo ! Et un aphrodisiaque destiné à détourner les prolos de leurs combats. Le commis suggère le risotto de quinoa aux légumes anciens. Ce qui le fait envoyer fissa par les autres à la plonge. 

Pourquoi pas des pâtes au curry et à la basilique ? suggère un des serveurs. Non, s’écrient en chœur les trois membres de l’équipe : le CDH est dans l’opposition ! Qu’il y reste !  

Le prolétaire tape sur la cuisinière (se brûlant au passage). Ca suffit, ces discussions ! Entre camarades, on mange des boulettes. Un poing c’est tout. Et servies gratuitement, svp. Basta cosi, Elio! 

  Dans l’équipe des lions, ce n’est pas non plus la fiesta. Ils sont cinq à se marcher sur les pieds. Et qui ne comprennent rien à ce que dit le chef, vu qu’il s’obstine à parler en latin. 

   « Teneo lupus auribus » signifie pourtant « je tiens le loup par les oreilles », façon élégante pour lui d’annoncer à la brigade qu’il essaye de tenir les fachos hors de sa cuisine. 

Il faut dire que les loups mis à part, les autres membres de l’équipe ne font pas le poids. L’un est aveugle (il n’a pas vu venir la raclette qu’il a pris sur la figure le jour des élections) et l’autre est sourd. Quant au commis vert, il est bien le seul à vouloir bannir la viande faisandée de la recette. 

  La troisième équipe, qui affiche un iris un peu décoloré sur son tablier, est la plus discrète. Elle a choisi un plat sans saveur, sans sel, sans épices et sans sauce croyant éviter ainsi l’indigestion. 

Celle qui guette la dernière équipe, la plus divisée des quatre. D’avance, elle a annoncé que la cuisson sera lente, très lente. Pour s’assurer d’une basse température dans l’office. Composer cette quatrième brigade est très compliqué vu que ses membres viennent tour à tour des autres équipes et qu’ils arrivent en ordre dispersé, chacun avec un morceau du plat qu’il a cuisiné dans son coin. Ce qui promet une sacrée ratatouille ! 

  On ne sait qui va mettre bon ordre dans ce chaos. Mais une chose est sûre : Cave canem ! 

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DOLCE VITA

  Avec un à-propos qui mérite d’être salué, les dirigeants militaires du Soudan ont célébré trente ans après jour pour jour l’anniversaire de la remise en ordre de la place Tian’Anmen. En massacrant des dizaines de civils sans armes, qui tels de candides Chinois, attendaient sur une place de Khartoum le retour de la démocratie. 

  Notre ancien secrétaire d’état Théo Francken a dû être rassuré. Il avait choisi les bons interlocuteurs pour négocier le renvoi dans leur pays de réfugiés soudanais qui fuyaient la répression du régime et avaient eu la bête idée de se nicher en Belgique. 

  Les Algériens feraient bien de prendre garde à ce qui vient de se passer au Soudan. Les militaires, surtout dans les pays où ils ont pris le contrôle de la vie politique et économique, n’aiment pas être dérangés pendant leur sieste. 

 Un film et un livre nous rappellent deux autres affrontements de ce genre qui n’ont pas servi de leçon. 

Le film est signé Nanni Moretti. Dans « Santiago, Italia », il plonge sa caméra dans les événements du 11 septembre 1973, lorsque l’armée chilienne, sous la direction du général Pinochet, a effacé dans le sang les institutions démocratiques et « suicidé » le président Allende. Moretti s’attarde particulièrement sur tous ces survivants que les Italiens ont fait échapper à la mort. On apprend ainsi que l’ambassade d’Italie à Santiago a accueilli des centaines de réfugiés, que les autorités italiennes (tous partis confondus) se sont battues pour exfiltrer de la capitale chilienne, les faisant échapper à la violence de l’ordre nouveau, pour les faire venir dans la péninsule. 

Tous partis confondus. Vous entendez ça, messieurs Francken et Van Grieken ? Vous vous en souvenez, M. Salvini ? 

La compassion, la solidarité, voilà ce qui fait la différence entre l’Italie d’alors et celle d’aujourd’hui, explique Nanni Moretti. Et l’horreur des réseaux sociaux ajoute-t-il (dans une interview à l’Express). 

 Le livre qui évoque un autre moment de la furie militaire contre des civils impuissants nous vient aussi d’Italie. « Tous, sauf moi » de Francesca Melandri (Gallimard). 

Dans ce roman foisonnant et passionnant, F. Melandri évoque non seulement la violence terrifiante que l’armée italienne fasciste a fait régner sur l’Ethiopie lorsqu’elle l’a envahie en 1937, mais aussi la « terreur rouge » du régime mis en place par le dictateur Mengistu avec l’aide de l’armée après l’éviction et l’assassinat du vieil empereur Hailé Sélassié en 1974. Une terreur qui n’a rien à envier à celle des Khmers rouges au Cambodge exactement à la même époque.  

  Un cinéaste, une écrivain s’effacent devant l’Histoire pour que l’Histoire ne s’efface pas. 

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LES HABITS NEUFS DE L’ORDRE NOUVEAU

  Malgré leur grande imagination, on a l’impression que nos hommes et femmes politiques, sonnés par le dimanche électoral noir de noir, peinent cette fois à trouver leur inspiration dans les trésors du surréalisme. 

 Alors, aidons-les un peu. 

  Le plus épineux obstacle à une réconciliation des deux communautés du pays vient de ce que de part et d’autre de la frontière linguistique, chacun regarde son voisin comme un territoire ennemi. Et ses habitants comme des péquenots. Faut donc faire bouger les lignes, obliger ceux qui se regardent en chiens de faïence à quitter leurs positions. En les attirant les uns vers les autres avec des cadeaux imprévus. 

  Ainsi, pourquoi ne pas offrir la présidence de la région wallonne à Bart De Wever ou même à Dries Van Langenhove, le petit canaillou qui anime les sympathiques sauteries du mouvement facho « Schild & Vrienden » ? 

  Bart ou Dries, dans leur nouvel habit, obligé de réorganiser les intercommunales wallonnes, à mettre de l’ordre dans les TEC (l’ordre, ils connaissent ça, non ?), réparer les routes du sud du pays, à assister aux matchs du Standard en hurlant avec les supporters rouches chaque fois que les Liégeois marqueront contre l’Antwerp, la Gantoise et Bruges, à vanter lors de l’inauguration de la Foire de Libramont les vaches blanc, bleues, belges (belges !!), voilà autant d’idées audacieuses susceptibles d’apporter un souffle frais dans le sud du pays et à décoincer ce qui paralyse le développement de la Wallonie. 

Pendant ce temps, Paul Magnette, nommé à la tête du gouvernement flamand mobilisera ses concitoyens pour défier l’Oncle Sam. Et l’on rêve déjà du prochain sommet Magnette-Trump arbitré par le président nord-coréen. A l’emploi flamand, on appellera Raoul Hedebouw pour gérer l’arrivée des milliers de nouveaux immigrés destinés à pallier le manque de main d’œuvre dans la partie plate du pays. 

Seul risque de ce projet : on ne peut exclure que, comme tant de nouveaux convertis, certaines de ces personnalités « déplacées » prennent leur mandat trop à cœur. 

Ses nouvelles fonctions lui tournant la tête, on ne peut exclure que Bart De Wever demande le rattachement de la Wallonie à la France en hurlant depuis le perron de Liège « Vive la Wallonie libre ! » Et Frédéric Daerden, nommé aux Finances, organiser fiévreusement le décrochage de la Flandre de l’euro au profit d’une nouvelle monnaie noire et jaune, le « goedendag ». 

Reste le plus difficile : aérer aussi l’esprit d’un certain nombre de jeunes qui ont manifestement forcé sur les jeux vidéos et pas assez sur les cours d’histoire. Peut-être la VRT pourrait-elle repasser sa passionnante série « L’Ordre Nouveau » de Maurice De Wilde, dont le contenu a manifestement échappé à quelques jeunes votants distraits dimanche dernier.  

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SALES GHOSTS !

27 ou 28 ? On s’interroge. Combien de nations seront-elles représentées dans le prochain parlement européen ? A propos des futurs élus britanniques, on parle de parlementaires fantômes. Mais les autres, sont-ils plus consistants ? 

Ce qui est reposant avec le parlement européen, c’est qu’une fois élu, on n’en entend plus parler pendant cinq ans. 

Sauf à l’occasion de l’un ou l’autre scandale – et il faut que ce soit du lourd. Comme « l’achat » de la voix d’une poignée de parlementaires par des lobbyistes. Ou les salaires versés aux assistants parlementaires du Front (Rassemblement) national français soupçonnés d’avoir travaillé pour leur parti sans savoir qu’ils étaient sur le payroll du Parlement.  

Remercions ces 751 élus qui nous laissent en paix, ne s’invectivent pas devant les caméras et les micros, ne cherchent pas de poux aux membres de la commission et du conseil et ne font surtout jamais de vagues. Ca vaut mieux. Les toitures du parlement européen ne sont pas très sûres. Le plafond de l’hémicycle de Strasbourg s’est effondré en 2008 sur les sièges des élus (heureusement absents). Alors, attention, danger ! Surtout, messieurs-dames, n’élevez pas la voix !

Avec une rémunération mensuelle de 8.757 €, les élus doivent provoquer quelques larmes d’envie à leurs collègues politiciens qui ont préféré siéger au conseil communal de Jehay-Bodegnée plutôt qu’à l’assemblée de Bruxelles-Strasbourg. 

Ne me faites pas dire que leur travail est inutile. Certainement pas. Beaucoup étudient, proposent, rédigent, occupent la tribune. Mais les règles sont ainsi faites que leurs textes péniblement votés après des semaines de discussions passent et repassent par la Commission, qui les modifie, les édulcore, les rend plus compliqués. Avec des exceptions qui fusent dans tous les sens pour ne pas déplaire aux uns ou aux autres. Puis, cette nouvelle version revient devant le parlement qui va les tricoter et détricoter, tiraillé par les intérêts des différents partis, des états membres et des lobbys qui pullulent autour d’eux comme des colonies de moustiques. A la fin, le travail poli ou pas part au Conseil des Ministres qui fera de toute façon de ce texte ce qu’il voudra. Ou le mettra à la poubelle. 

A chaque élection, il ne manque pas de candidats, d’hommes et de femmes politiques qui, la voix vibrante, nous annonce que voter pour le parlement européen, c’est sauver le continent, la paix, les générations futures, etc. Il est louable de mettre en lumière cette belle utopie, qu’on payé de deux guerres mondiales. Mais, à force de patiner, de se regarder le nombril et de tourner comme une toupie dans un labyrinthe, l’Europe finira par s’éteindre.

Resteront alors dans les enceintes du parlement fantôme, les spectres des derniers élus pour rire jaune.  

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LA TERRE EST PLATE

   Un groupe d’internautes a lancé il y a quelque temps sur les réseaux sociaux une plateforme pour soutenir le projet d’un scientifique qui prétend prouver que la terre est plate. 

  Avant de lui jeter la pierre, rappelons-nous que c’est la grandeur de la science de remettre sans cesse en question les soi-disant vérités établies.  

  Que ce « scientifique » soit peut-être gentiment fêlé suffit-il pour qu’il ait tort ? Je note qu’il est déjà suivi par des milliers d’internautes. Or, les citoyens ont de nos jours toujours raison.  

D’ailleurs, ce savant est déjà l’auteur d’autres découvertes révolutionnaires. Ainsi, c’est lui qui a établi que la Lune n’existe pas. Qu’elle n’est qu’un phénomène d’hypnotisme collectif de nature sexuelle, qui s’apparente à l’hystérie. La preuve est que seuls les amoureux sont persuadés de la présence de notre satellite dans le ciel. Alors qu’en science, il faut toujours privilégier la raison sur l’émotion. 

  Le retour à une conception plane de notre planète peut avoir des conséquences importantes sur l’avenir géopolitique. Imaginez la terre comme une table. Sur le dessus du plateau, l’Occident. Sur le dessous, la Chine et l’Iran. Il sera beaucoup plus facile d’éliminer toute source de conflit entre Occident et Orient si le recto et le verso se tournent le dos. 

Même considération à propos de l’environnement. 

Si l’un des côtés de la Terre est prêt à faire d’importants efforts pour préserver le climat et les espèces, et l’autre pas, tant pis pour ce qui se passe du côté obscur. On peut parfaitement envisager que le recto de la planète soit sauvegardé et son verso envahi par les mers et brûlé par le soleil. Sur une terre ronde, tout se tient. Les saletés des uns polluent les fleuves, les mers et le ciel des autres. Alors que sur une terre plate, c’est chacun chez soi.  

   Une terre plate présente aussi de grands avantages dans la lutte contre l’immigration. Ce qui explique le Tweet récent de Théo Francken qui soutient la théorie de la terre plate en rappelant qu’elle était la règle au Moyen âge, à l’époque bénie des cathédrales, comme il l’appelle. 

En effet, les candidats à l’exil qui vivent en dessous de la plaque planétaire ne pourront plus arriver chez nous par mer. Ils devront creuser des tunnels pour essayer de débouler de ce côté du monde. Outre la difficulté technique pour eux, il sera évidemment beaucoup plus facile pour nous de guetter leur arrivée et de les repousser.

On a tort de ricaner devant les théories nouvelles qu’on croit d’abord utopiques. Personne n’avait imaginé qu’un gouvernement présidé par un socialiste allait chambouler le régime du chômage. Ou qu’un premier ministre libéral allait fermer les yeux sur le renvoi de réfugiés soudanais avec l’aide des services secrets de cet odieux pays. Alors, pourquoi la terre serait-elle toujours ronde ? 

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L’ARCHE DE NOE. EPISODE 21

   Le sommet international sur la biodiversité qui s’est tenu le week-end dernier à Metz a une fois de plus accouché d’une souris. Si maigre que même le chat n’en veut pas. 

  Plusieurs chefs d’état avancent de timides solutions pour faire face aux désastres annoncés, la disparition des espèces. Ainsi, le ministre président wallon a courageusement proposé de les parquer à Pairi Daiza mais son homologue flamand a aussitôt protesté. D’où l’idée de procéder comme pour la bibliothèque universitaire de Louvain : les mâles en Flandre et les femelles en Wallonie (ou le contraire). Pour la reproduction ? Faudra un accord de coopération entre les régions… 

Une autre idée, radicale il est vrai, paraît plus sérieuse. Refaire le coup de l’arche de Noé. 

  Combinant les avantages du vieux monde (l’idée d’un bateau de survie) et le nouveau (les ressources de la technologie), nos ingénieurs sont en mesure de construire un super-rafiot, un radeau de la Méduse modèle XXL, climatisé contre le réchauffement climatique, qui permettra de conserver vivants deux exemplaires de chaque race pour les débarquer lorsque la planète aura recommencé à respirer, c’est-à-dire quand tous les êtres vivants, restés en rade, auront été éradiqués. 

Pour choisir les passagers ? On procèdera par tirage au sort. C’est la mode. 

Monsieur Fourmi et sa dame, un lion, une lionne, une bête à Bon Dieu et… comment appelle-t-on sa femelle ? Une bonne déesse ? La Bible ne le dit pas.  

Pour la race humaine, ce ne devrait pas être plus compliqué. Même si j’entends déjà les débats. Pourquoi lui et pas moi ? Je suis plus jeune, plus riche, plus beau, en meilleure santé ou plus intelligent, plus fertile, etc. 

 Il faudra donc un homme et une femme. Pas deux. 

Mais quelle femme ? Pas de scientifique. On ne se mettra jamais d’accord sur la discipline nécessaire pour reprendre la civilisation à zéro, vu que la science n’est pas pour rien dans l’échec de celle qui s’achève. Une cinéaste serait précieuse pour assurer l’héritage de la vie d’avant et refabriquer notre identité après mais sans électricité, inutile de s’attarder. 

Reste alors à désigner une chef d’état capable de réorganiser le bazar après le débarquement, quand la terre se sera débarrassée des dernières traces du déluge. Angela Merkel ? Bravo mais elle n’a plus l’âge de procréer. Elizabeth II non plus mais elle a l’avantage d’être immortelle. Cependant, le bordel qui règne en Grande Bretagne n’est pas vraiment une pub pour vanter ses capacités de pacifier le chaos. 

  Je suggèrerais plutôt une jeune immigrée. Elle a l’expérience des abominations qu’elle a fuies, des conditions horribles dans lesquelles nous l’avons accueillie. Elle n’a pas peur de l’eau ni du mal de mer. Oui, c’est sans doute le meilleur choix pour relancer l’espèce humaine. 

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LE FOND DE L’ERE EST FRAIS

La « belle harmonie », le nom de la nouvelle ère nippone sonne comme la fanfare de Moulinsart ! Allez, santé ! Les Japonais s’y connaissent en airs qui soulèvent les peuples. L’intronisation de l’empereur Naruhito annonce, parait-il, une nouvelle ére de paix.
Soyons prudents. En matière d’ère, les comiques ne connaissent qu’une réplique, éculée : « dans quel état, j’erre ». Et ceux qui ont de la mémoire se souviennent avec effroi du règne de l’empereur Hiro-Hito, le grand-père du nouveau Mikado qui avait mené le pays à la deuxième guerre mondiale, aux invasions, aux atrocités et aux massacres. Son ère à lui s’appelait l’ère de « la paix éclairée ». Ce qui laisse penser qu’au Japon, c’est comme chez nous, les slogans politiques peuvent être dangereusement trompeurs.
Reste que le nouvel empereur n’a aucun pouvoir politique et qu’il a une tête sympathique !
Il ne faut pas se cacher que changer d’ère fait toujours plaisir. C’est la mode, ces derniers temps. Chez nos voisins français, on est passé, l’air de rien, du vieux monde au nouveau. Sans qu’on sache très bien qui est neuf et qui est lessivé. Nettoyer à chaque élection nos assemblées parlementaires et les vider de leurs vieux abonnés, donne l’illusion, pendant un certain temps, d’une grande bouffée d’air frais.
Mais c’est fou ce que les nouvelles têtes (à claques) se mettent vite à ressembler aux anciennes.
Votre quotidien favori a calculé qu’aux prochaines élections fédérales, vous découvrirez plus de 72 % de nouvelles binettes sur les listes des partis francophones.
Il y a deux ans, après la victoire d’Emmanuel Macron, l’assemblée nationale française a été complètement renouvelée avec une majorité de nouveaux élus venus de la « société civile ». Depuis, la France n’a jamais connu une telle révolte de cette même société civile ! Méfions-nous donc du mirage des changements d’ère. Ils peuvent se transformer en courants d’air. Et les refroidissements finissent parfois par être fatals.
Ce qui justifie le succès des mesures pour renforcer l’isolation. Maggie De Block l’a bien compris en chargeant l’Office des étrangers d’isoler les maisons unifamiliales du Centre 127 bis, façon de contourner l’arrêt du Conseil d’état qui interdisait d’y enfermer des enfants, exposés à la pollution sonore de l’aéroport de Zaventem. Ce qui illustre la célèbre formule du Guépard de Lampedusa : « Tout changer pour que tout reste pareil ». Vous avez dit changement d’ère ?

PS : Pensée émue pour Serge Moureaux, disparu cette semaine. Un exemple d’intégrité politique, de force de conviction. Un homme qui croyait que la politique peut déplacer les montagnes et qui l’a parfois prouvé, notamment au service de l’indépendance de l’Algérie mais plus tard aussi à l’agglomération de Bruxelles.