L’EUROPE, QUEL LEURRE ! 

 Dans un siècle, lorsque les touristes visiteront le musée de l’Europe, quels trésors verront-ils exposés ? Guidés par la voix de Charles Michel, reconstituée par IA, les visiteurs l’entendront expliquer pourquoi la première vitrine présente un bête fauteuil et un banal sofa. 

« Le souvenir d’une visite chez le grand chef turc. J’ai laissé le sofa à Madame van der Leyen qui était un peu fatiguée et souhaitait piquer un roupillon pendant que j’écoutais le président turc de l’époque, M. Erdogan, me raconter des salades. De toute façon, ça n’avait pas d’importance. L’Europe n’avait rien à dire en matière de politique étrangère. » 

Dans la seconde vitrine, sont pendues les photos d’un certain nombre de députés qui ont émargé au budget d’états lointains, Qatar, Maroc, Chine, Russie. Que d’argent dépensé en vain par des potentats qui s’imaginaient que leurs pauvres faisans avaient le pouvoir de vendre leur soupe à leurs collègues.   

  Dans la troisième vitrine, encore des fauteuils, 705 pour être précis, en modèle réduit. C’est le nombre de parlementaires qui siégeaient tantôt à Strasbourg, tantôt à Bruxelles, errant sur les routes tels les rois fainéants, avec cartons, assistants et secrétaires. Tout ce beau monde préparait longuement des textes qui, lorsqu’ils finissaient par être publiés, ne ressemblaient jamais à ceux qu’ils avaient votés. Car les projets étaient revus par la Commission, qui les modifiait, les édulcorait, les rendait plus compliqués, et les truffait d’exceptions pour éviter de déplaire aux uns ou aux autres. Avant que le parlement à nouveau les tricote et détricote, introduise les suggestions des lobbys qui pullulaient autour d’eux comme des colonies de moustiques. Avant de renvoyer le tout au Conseil des Ministres qui faisait de toute façon ce qu’il voulait. On lira sur les écrans accrochés au mur, des milliers de directives et de règlements qui ont ainsi été adoptés, en vingt-sept langues mais pas une seule compréhensible par les citoyens. Cent ans plus tard, soupire notre guide, on recherche encore désespérément la pierre de Rosette. 

 Et là, ce grand espace vide s’appelait l’Ukraine, c’était l’Europe et ce ne l’était pas. La Russie la tirait à elle tandis que nous nous disputions sur son sort. Finalement, on a rasé le pays, c’était plus simple, ainsi elle n’appartenait plus à personne. Nous aurions pu mettre plus d’énergie, de fonds et de célérité à la protéger et à lui donner tous les moyens de résister. Mais l’Europe n’avait rien à dire en matière de défense…

Alors que faisait ce fameux parlement ? demande un jeune visiteur. Ah ! Il a pris une série de règles en matière de dimension des poissons, notamment les directives 2019/2006 et 1224/2009.

Résultat, il n’y a plus de poissons dans nos océans…

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JUNIOR, LE ROBOT

   Une étude du CRISP a fait les comptes. Il n’y a jamais eu autant de (petit) fils – et filles – de dans la politique belge depuis l’instauration du suffrage universel. Au hasard, les De Croo, les Michel brothers, Maingain, Clerfayt, Bert Anciaux, Peter Van Rompuy, Patrick Dewael ou Freya Van den Bossche. La reproduction des hommes politiques de la précédente génération est devenue si intense que certains se demandent si elle est d’origine biologique. Y a-t-il un gène de ministre ou de député injecté chez tous ces marmots à la naissance et qui s’empare de leur cerveau, arrivés à l’âge adulte ? 

Quelques chercheurs ont émis une autre hypothèse : plusieurs de ces lardons seraient tout simplement des hologrammes. Thèse discutable à première vue même si parmi eux il y en a une série qui sont manifestement transparents. Mais ils n’apparaissent pas physiquement comme la copie de leur poupa. Heureusement quand on pense à la belle Freya…

D’autres scientifiques ont été plus loin : les fils et filles de auraient été créés par une intelligence artificielle. Les Michel par exemple n’existent qu’en apparence. On peut les toucher, ils ont l’air de manger et de parler comme à peu près les autres êtres humains (même s’ils se montrent parfois anormalement volubiles, un indice). Mais ils seraient fabriqués par une super IA, spécialement consacrée à garnir les bancs des assemblées parlementaires. Les hommes politiques belges sortants de ce moule seraient des produits expérimentaux, mis en vitrine, avant que l’entreprise ne se lance sur le marché mondial (en proposant de petits Trump, mini-Poutine, etc). 

La présence de Mathieu Michel au secrétariat d’état chargé de la Digitalisation est un signe. De son poste, il dispose des moyens de surveiller le parfait fonctionnement des robots familiaux. Et surtout de prévenir les bugs. Mais les machines ne sont pas infaillibles (lui non plus). Ainsi, le départ anticipé de son frère Charles de la présidence du Conseil des Ministres européens pour laisser le fauteuil à Orban résulte sans doute d’une grave erreur technique. BSoD Code 0x00000124 (erreur non corrigible). 

On lui pardonnera. L’IA est encore à ses balbutiements, à sa période d’essai. Les robots enfantés par le père Michel aussi. 

Ce qui est effrayant avec cette théorie c’est que l’IA pourrait aussi ressusciter des morts. Après neuf gouvernements, la Belgique s’est crue enfin été débarrassée de Wilfried Martens. Or, cette invention diabolique peut nous le ramener frais et fringant avec pour perspective cinq, dix, cent nouveaux gouvernements Martens. Et d’autres cauchemars, avec de faux Dehaene ou des Jean Gol rebricolés pour l’éternité. 

Au secours, Mathieu Michel, détruis-nous tout cette ferraille avant que nous ne devenions fous !   

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UK-REINE DU BAL

   Quel rôle va jouer Alexander De Croo à la tête de l’Europe – dont Charles Michel guette les faux pas en ricanant, lui qui se voit déjà califtje à la place du califtje après les prochaines élections ? Depuis qu’il occupe le 16, on a plus admiré notre charmant Alexandre dans l’habit de notaire (comme ses derniers prédécesseurs) que sur le fier destrier de Jeanne d’Arc fonçant sus aux méchants, sabre au clair. Façon sans doute de ne pas se brûler alors qu’il doit composer avec une majorité de toutes les couleurs qui refusent de se mélanger.

   Mais, devenu patron du vieux continent, placé sous les spots et en tête de distribution pour six mois, ne va-t-il pas enfin casser l’armure ? Cesser de jouer les gentils toujours d’accord avec tout le monde ? De l’audace, pour une fois, de l’audace ! 

   Voici une proposition qui bousculerait la routine. De Croo vient de répéter l’importance du soutien à l’Ukraine et sa volonté d’accélérer son intégration dans l’Union. Alors, qu’il y aille franchement, que, dans un geste spectaculaire, il cède à mi-mandat son sceptre au président Zelensky ! 

Le premier Ukrainien devenant président du conseil européen, avouez, ça aurait une fameuse allure. Imaginez la tête de Poutine, qui pensait que son ami Orban va succéder à ce brave De Croo, en voyant sur son écran se dérouler la cérémonie de passation des pouvoirs et son meilleur ennemi adoubé devant les vingt-sept chefs d’état et les députés européens. 

   Je ne vous dis non plus pas la surprise interloquée de ses alliés, Xi Jinping en tête, obligés de recevoir Zelensky en qualité de nouveau chef du conseil européen et devoir composer avec la plus tragique victime de ses amis russes.

   Dans la foulée, on pourrait développer cette proposition au-delà d’un semestre. En organisant des sessions du Parlement européen à Kiev, mieux encore à Odessa ? Avouez, la vue sur la mer Noire aurait une autre allure que sur les embouteillages du tunnel Loi. Cela ne devrait pas trop perturber les élus qui ont déjà l’habitude de voyager, comme jadis les rois fainéants, entre Bruxelles et Strasbourg. 

Autre déplacement recommandé, celui de la FN. Pourquoi prendre tous les risques et dépenser tant de carburant pour transporter sur le champ de bataille nos armes et munitions d’Herstal à Kharkiv alors qu’il suffit de déménager la FN directement sur place ? Les Ukrainiens auraient enfin de quoi répliquer aux bombardements incessants, eux dont les troupes, gelées jusqu’à la moëlle, se trouvent de plus en plus démunies des armes que nous leur avons promises et qui font si cruellement défaut.

Prenons garde à ce qu’écrivait Alexandre Zinoviev : “La tragédie russe a ceci de spécifique que d’abord elle suscite le rire, ensuite l’horreur, et enfin une indifférence obtuse.”

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SOFAGATE – SAISON 2

Erdogan contraint à un second tour, quelle mauvaise nouvelle pour les parlementaires wallons. Empêtrés dans le Fauteuilgate, ils espéraient liquider vite fait-bien fait tout ce mobilier clinquant, doré, somptueux qu’ils avaient commandé à une société amie pour le fourguer au président turc, qui a un besoin urgent de fauteuils confortables. Tapes à l’œil de préférence. Une fois réélu, il verra en effet défiler à Ankara les représentants de la communauté internationale, venus lui rendre hommage comme ils le font souvent quand un homme a réussi à montrer qu’il est le plus castard de tous. Pas question alors pour le président Erdogan de se retrouver comme il y a deux ans sans même une chaise de cuisine à offrir à la présidente de la commission européenne. On pourrait évidemment suggérer à M. Michel, qui ne voyage qu’en jet privé depuis qu’il a été couronné Charles roi de l’Europe, d’emporter un siège avec lui plutôt que de piquer celui du grand vizir sous le nez de sa collègue. Mais les autorités européennes risquent de refuser de couvrir cette nouvelle dépense somptuaire. 

  L’ancien président du parlement wallon et son greffier, qui font des efforts méritoires pour se faire pardonner leurs extravagances, se remuent sans compter (compter n’a jamais été leur spécialité) pour aider le Parlement à se débarrasser de leurs casseroles. 

  Après la tentative de céder le nouveau mobilier d’apparat à la Turquie (deux millions d’euros), ils tentent de revendre aussi le tunnel qu’ils ont fait construire pour que les députés ne se mouillent pas leurs petits souliers vernis. Mais l’ouvrage est difficile à liquider (trois millions d’euros). 

Au beau temps du mur de Berlin, ils auraient trouvé plein d’amateurs pour acquérir leur beau tunnel. Mais aujourd’hui à qui le refiler ? Aux migrants sud-américains qui pourront ainsi se glisser sous la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis ? Graisser la patte d’un patrouilleur américain, même de toute une brigade, est beaucoup moins cher. 

Aux Turcs à nouveau ? Pour ouvrir un passage souterrain avec l’Ukraine à l’abri de la mitraille russe ? C’est une idée mais elle se heurte à un obstacle politique. Le président Erdogan préférant s’afficher avec son collègue Poutine qu’avec son voisin Zelensky, il voudra éviter les amers reproches du président russe si certains utilisent le tunnel wallon pour convoyer des armes vers les Ukrainiens. Non merci ! Vos meubles, d’accord mais le tunnel, gardez-le ! Moi, je préfère garder son amitié.   

Resterait alors, en désespoir de cause, à vendre les parlementaires eux-mêmes pour combler les déficits. Petite consolation. Les excellences wallonnes pourront se rendre à Istamboul par l’Orient-Express. Mais, attention, si les meubles sont magnifiques, ils sont vissés au plancher ! 

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SESAME, OUVRE-TOI !

Selon un rapport signé par Jonathan Holslag, prof de relations internationales à la VUB, le développement d’Alibaba près de Liège, l’Amazone chinois, ne profite qu’aux entreprises chinoises. Quelle surprise ! Alibaba n’est donc pas la caverne aux trésors promise à la Wallonie par Charles Michel, alors premier ministre, lors de l’inauguration des locaux liégeois de l’entreprise qui s’écriait « C’est un jour historique ! » « Une situation win-win ! » avait-il même lancé dans un discours très route du soi… 

Reprenant ainsi le vocabulaire utilisé par les Chinois eux-mêmes dont « la stratégie win-win » leur sert de justificatif notamment en Afrique pour vidanger les richesses des pays sur lesquels ils lorgnent.  

On passera charitablement sur le fait que l’accord avec le géant chinois a été signé en décembre 2018 par le CEO de Liège Airport, qui s’est retrouvé inculpé quatre ans plus tard pour trafic d’influence, corruption et détournement. Il serait scandaleux de lier ces deux informations. 

On évitera aussi de rappeler les mises en garde d’une carte blanche signée à l’époque par de nombreux chercheurs et artistes (publiée dans votre quotidien favori). Qui s’inquiétait notamment que rien dans les accords avec Alibaba n’excluait l’importation des produits provenant des camps de travail chinois, soulignait les conséquences du trafic aérien et routier engendré par cette installation en termes de pollution et déplorait la suppression de centaines d’hectares d’excellentes terres agricoles de la province. 

Alibaba, ce sont des emplois pour les Wallons ! répliquaient les dirigeants de la Région et du gouvernement. Ils n’avaient sans doute pas lu le blog de Jack Ma, le patron d’Alibaba à l’époque qui avertissait : « travailler, selon la règle des « 9,9,6 », est un immense bonheur (soit de 9 heures à 21 heures six jours sur sept). Si vous souhaitez rejoindre Alibaba, vous devez être prêt à travailler douze heures par jour. Sinon pourquoi vous donner la peine de vous joindre à nous ? »

La personnalité de Jack Ma avait de quoi fasciner. Et il était devenu un des chouchous des stars des affaires et de la politique qui s’affichent chaque année au Forum économique de Davos. Deuxième fortune de Chine, Ma avait fait de son entreprise la plus puissante du commerce en ligne mondial avec Amazone, et flirtait avec le parti communiste (dont il était membre) avant que, patatras ! tout s’effondre, quelques mois à peine après avoir signé avec les Belges l’installation d’Alibaba à Bierset. L’encre à peine sèche, Ma perd brutalement la direction de son groupe, puis il est obligé de vendre ses parts avant de disparaître mystérieusement pendant quelques mois. D’après le Financial Times, il aurait fini par se réfugier au Japon l’an dernier. 

Encore une conséquence du mal wallon ?      

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FUME C’EST DU BELGE !

  Inutile de vous décrire la consternation d’Emmanuel Macron en apprenant que Jean-Luc Dehaene est mort en 2014 à Quimper.

  Son ami Charles Michel lui a tant vanté les talents du Démineur qu’il ne voyait que lui pour bricoler vite fait, plus ou moins bien fait, un accord entre des partis qui se haïssent, le temps d’arriver au bout de son nouveau mandat (plus que cinq ans).  

   N’est-ce pas ainsi que la Belgique est gouvernée ? En faisant ministres des gens qui s’invectivaient la veille et se proclamaient ennemis irréductibles. Juste le genre de montage dont Macron a besoin. 

   Il y a une autre possibilité, a soufflé notre décidément très écouté ex-Premier. Gouverner sans réunir le Parlement. Ne vous faites pas tant de soucis. Le bazar avance tout seul. Tenez le gouvernement Leterme, battu aux élections, a continué sans la moindre manifestation d’opposition ni politique ni dans la rue, à gouverner le pays pendant 589 jours depuis sa chute. Et moi-même, a ajouté fièrement Michel junior, j’ai continué tranquillement comme si rien n’était alors que mon principal partenaire avait claqué la porte. 

Gouverner en se moquant du Parlement. On a fait plusieurs fois un procès en arrogance à Macron, on a dit qu’il n’acceptait de dialoguer qu’avec un seul partenaire, son miroir. Mais ça, non, il n’osait pas. Peut-être que s’il y avait un roi au-dessus de moi, je pourrais tenter le coup mais on n’a pas le temps de rétablir la monarchie (même si les Français sont mûrs pour l’accueillir. Ce serait drôlement plus emballant qu’une sixième république). 

Bref, ce qu’il cherche le pauvre Macron, c’est un nouveau Démineur, un pro de la politique mais indépendant des partis en présence, et qui parle français. Qui d’autre qu’un politicien belge ? 

Son premier choix, Bart De Wever. Un type capable de demander l’indépendance de sa région mais de gérer le gouvernement fédéral sans état d’âme. Mais notre castar a fait la fine bouche en constatant qu’il n’y avait qu’une poignée de régionalistes. Avec dix élus à placer en priorité, on ne va pas loin, a-t-il conclu avant de décliner l’offre du président français. Magnette ne voulait pas trahir ses camarades français, Nollet ses amis verts, le président du Vlaams Belang mettait comme condition préalable la garantie que Marine Le Pen serait enterrée au Panthéon après sa mort. Il s’est finalement résigné à appeler Raoul Hedebouw. Mais ses préalables lui ont fait lever les cheveux : l’indexation automatique des salaires ? Vous êtes fou ? L’obligation pour les députés d’abandonner l’essentiel de leur allocation parlementaire à leur parti ? Qui est prêt à ça ? 

Finalement, il a dû revenir à son constat de départ : seul le roi des Belges pouvait tirer de cette situation pourrie un gouvernement d’ennemis prêts à travailler ensemble. Au Palais, on prétend ne rien savoir.    

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COMMENT J’AI APPRIS A NE PAS M’EN FAIRE…

    Le meilleur film de Stanley Kubrick, Dr Folamour était sous-titré « Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe atomique ». Dans la dernière scène du film, l’un des pilotes d’un B-52 lancé vers la Russie chevauche, tel un cavalier de rodéo, la bombe atomique qu’il vient de lâcher sur l’URSS. Et tout s’achève dans une lueur aveuglante.  

   Comme quoi, on peut rire de tout (et jusqu’à la dernière minute).

  J’espère que le président Poutine en est conscient lui qui, d’après ses photos, semble incapable de desserrer les dents. Allez, Vlad, une petite risette… Mais il ne comprend peut-être pas les sketches de Volodymyr Zelensky, époque stand-up, qui sont diffusés en ukrainien non sous-titrés sur des réseaux sociaux désormais inaccessibles aux citoyens russes depuis que le pays s’est enfermé dans une bulle médiatique étanche. Question que les téléspectateurs et les internautes n’aillent pas rigoler avec d’autres comiques que ceux désignés par décret du Kremlin. Le « retour » de l’Ukraine dans le giron russe ne présente pas que des désavantages : le public de Zelensky (revenu à son premier métier) devrait beaucoup s’élargir. 

  Entre Russes et Américains, on n’en est pas (encore) à se balancer des bombes atomiques sur la figure mais, comme le montre le film de Kubrick, un incident en entraînant un autre, le mécanisme de déclenchement d’une guerre nucléaire peut se dérouler bêtement et de façon irréversible (ce que raconte aussi le tout dernier roman de Ken Follett « Pour rien au monde », récit d’une guerre nucléaire contre la Chine survenant à la suite d’un enchaînement involontaire). 

  On veut croire qu’un seul homme ne détient pas le pouvoir d’appuyer sur Le bouton qui déclenche l’apocalypse, ni à l’est ni à l’ouest. Sinon, une simple erreur (Vlad qui souffre cette nuit-là d’insomnie croit allumer sa lampe de chevet mais il se trompe de bouton) et la lumière s’éteint définitivement. On imagine qu’il faut le passage par une procédure gérée par trois ou quatre généraux pour actionner le mécanisme fatal. On se dit que l’un d’eux, voyant la redoutable lampe rouge s’allumer, aura la présence d’esprit d’appeler un médecin psychiatre. On veut l’espérer en tout cas. En priant pour qu’il en soit de même aussi à Washington. Car ce n’est pas seulement au Kremlin que les nerfs peuvent lâcher. 

   En cas de véritable alerte nucléaire, comment réagira l’Europe ? Charles Michel devra en délibérer avec Ursula von der Leyen s’il trouve la clé du placard où l’on range les chaises des visiteurs. Quant aux ministres du gouvernement belge, après s’être concertés avec leurs vingt-sept homologues puis les gouvernements des régions et des communautés, ils devront attendre la réunion des congrès des sept partis de la coalition pour accorder leurs violons… 

Faites la bombe, pas la guerre.

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UN MOMENT D’EGAREMENT

   On pense à tort que les cours suprêmes (nos cours constitutionnelle et de cassation par exemple) sont des tours d’ivoire occupées par des êtres sans émotion qui ne connaissent du droit que des règles abstraites, des juges distants qui appliquent la loi sans mettre la main dans le cambouis, sans avoir égard aux faits, au contenu des affaires qui leur sont soumises, aux parties en litige. 

 Pourtant, les grands arrêts de la cour suprême des Etats-Unis illustrent depuis longtemps le rôle politique de l’élite des juges. On leur doit la libéralisation de l’avortement ou la lutte contre la ségrégation raciale. Et l’on comprend l’inquiétude de beaucoup d’Américains après les nominations faites par le président Trump qui pourraient entraîner de dramatiques revirements de jurisprudence. 

  Chez nous aussi, sous couvert d’objectivité ou de formalisme, nos cours suprêmes sont intervenues dans des débats qu’on croyait réservés aux tribunaux ordinaires ou aux instances politiques. Rappelons-nous de l’«arrêt spaghetti » rendu par notre cour de cassation (le dessaisissement du juge d’instruction de l’affaire Dutroux). Ainsi que d’arrêts où la cour constitutionnelle a jeté aux orties des lois votées par le parlement sous le prétexte passe-partout qu’elles n’étaient pas en phase avec son interprétation parfois très personnelle de la convention des droits de l’homme. 

La Cour de cassation française vient de démontrer aussi, dans l’affaire Sarah Halimi, que le caractère soi-disant formaliste et abstrait de ses arrêts est un leurre en consacrant l’irresponsabilité pénale du meurtrier de Madame Halimi. Irresponsable parce qu’il avait consommé du cannabis alors que, dans un arrêt précédent, elle avait affirmé au contraire que la consommation de drogue était une circonstance aggravante du crime et non une cause d’abolition du discernement.  

On voit que les cours suprêmes zigzaguent, se contredisent, selon les affaires qui lui sont soumises. Donnant la fâcheuse impression de jouer à pile ou face selon les parties en cause. Ce qui explique que certains soupçonnent des relents d’antisémitisme des hauts magistrats français dans l’affaire Halimi.

Selon les cas, s’il faut suivre la cour de cassation de France, un moment d’égarement provoquera une tempête ou sera considéré comme un détail sans importance.  

Un tweet raciste ? Une main baladeuse ? Dira-t-on que l’homme avait un instant perdu son discernement ? 

Dans le même ordre d’idées, Charles Michel s’emparant de la seule chaise disponible à côté du grand mufti Erdogan pendant qu’Ursula von der Leyen se débrouillait avec le sofa ? Ce moment d’égarement du président, détail ou scandale ? 

On a le sentiment que ces temps-ci, certaines juridictions ont la tentation de céder elles aussi à des moments d’égarement…

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AVEC SABENA, VOUS Y SERIEZ DEJA …

    Qu’on puisse à nouveau voyager sans fausses invitations ou d’hypocrites raisons impérieuses, qui n’en réjouira ? Mais, dans le monde d’après qui réapparaît timidement, profitons-en pour changer nos habitudes. D’ailleurs Neckermann a mis la clé sous le paillasson. Sea, sex and sun, c’est de l’histoire ancienne. Il faut trouver des destinations, des attractions nouvelles.

Parmi les suggestions originales, pourquoi pas Ankara ? La Turquie vient d’ouvrir aux touristes avec beaucoup d’opportunisme le palais où Erdogan a reçu il y a quelques jours les plus hautes autorités européennes. Dans la salle où s’est déroulée la rencontre, vous pourrez vous faire photographier dans le célèbre sofa où s’est allongée Ursula von der Leyen ou poser votre postérieur dans la chaise dorée où le président du conseil s’était empressé de déposer le sien. On vous prêtera même des mannequins représentant Charles et Ursula que vous pourrez disposer selon votre imagination.

Pour rendre la visite plus excitante encore, l’Ode à la Joie, l’air européen, est diffusé en musique de fond. Chaque fois qu’elle s’arrête, les visiteurs sont obligés de s’asseoir. Il y en a toujours un qui reste bêtement debout. Et qui est condamné à payer double tarif.  

Autre destination excitante, Fukushima. La pandémie ayant épuisé les budgets, le gouvernement japonais n’a plus les moyens d’entretenir les piscines de retenue des eaux contaminées par la centrale nucléaire déglinguée de l’île. D’où la décision de déverser ces eaux dans la mer. 

En voilà une idée ingénieuse pour attirer les curieux du monde entier ! On devine l’attrait de ce spectacle pour les casse-cous, toujours en recherche de sensations nouvelles et de défis débiles. Se faire immortaliser sous un million de tonnes d’eau, c’est autrement plus spectaculaire que la traversée des chutes du Niagara dans un tonneau ou des chutes du Zambèze sur un fil. En plus, l’eau de Fukushima scintille de mille feux même dans la nuit – votre peau aussi après la baignade et pendant quelques centaines de milliers d’années ! 

Cerise sur le gâteau, avaler du strontium-90 et du cesium-137, tous les gourmets vous le diront, c’est autrement plus capiteux et plus enivrant que du saké. 

La Belgique pourrait profiter de l’ouverture des frontières pour attirer les touristes étrangers. Et les séduire avec la richesse des collections de ses musées. Mais, surprise, ils sont fermés. Après le musée d’art moderne, dans les caisses depuis des années, le gouvernement refusant de financer un bâtiment pour l’accueillir, c’est maintenant le musée d’art ancien qui ferme faute de budget pour payer le personnel…

Qu’on ne s’étonne pas alors que les visiteurs préfèrent s’offrir Ankara ou Fukushima…    

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HEURE D’ETE

Tous les six mois, c’est la même rengaine à propos du changement d’heure. Et les mêmes plaintes. Faut-il avancer ou pas sa montre ? Il n’y a que les gilets jaunes et Alain Destexhe qui n’ont pas encore pris position. Pourtant, une heure en plus, une heure en moins, est-ce vraiment important ? Plutôt que cet ajustement rikiki, on aurait pu profiter du passage à l’heure d’été pour réaliser une vraie métamorphose. Les citoyens ont envie d’une révolution, d’un grand chamboulement ? C’est l’occasion ou jamais.
Ainsi, au lieu de reculer de soixante secondes à peine l’aiguille de l’horloge ce week-end, si l’on s’offrait d’un coup douze heures en plus ?
Vous vous réveillez à sept heures du matin ? Il est sept heures du soir. Cadeau d’une journée. Plus besoin de prendre le bus ou le métro, de vous farcir votre chef de bureau, de vous abîmer les yeux devant votre écran, il est sept heures du soir, vous dis-je. Déjà presque l’heure de « Demain nous appartient » sur TF1. Justement, demain, même programme : douze heures de bonus.
Car tant qu’à changer d’heure, pourquoi ne pas le faire tous les jours ?
Vivre sa vie à partir de sept heures du soir, ça trouble sérieusement les perspectives. Les magasins sont fermés, c’est vrai. Mais pas les bars. En sortant de l’établissement, la vie semble soudain tellement plus rose, la lune plus proche. Et les emmerdes, abandonnées sur le comptoir.
Au bureau, c’est calme plat. Seules quelques femmes de ménage s’agitent un peu, bercées par le doux ronronnement des aspirateurs. Dieu que c’est reposant ! Plus de mails, de portes qui claquent, d’urgence. Rien à faire sinon aider une débutante à changer le sac de l’aspirateur.
Faites l’essai : dans la nuit, tout ce qui paraît en journée si important, si agaçant, si essentiel, se fond dans l’obscurité. Le temps dilaté étire ce que vous faites ou dites.
Le parlement wallon ne peut plus siéger ? Pendant la journée, c’est un coup de tonnerre, un événement historique. La nuit, juste une économie d’énergie.
Quand, emporté par son discours, le patron du MR qualifie ses adversaires de « national-socialistes », on sacre, on peste, on met en cause le soleil qui lui a donné un sacré coup sur le cerveau. La nuit, ce n’est juste qu’un cauchemar.
L’avantage de la nuit, c’est qu’il n’existe pas de plans foireux – l’expression favorite de votre patron chaque fois que vous lui présentez un nouveau projet. A l’heure du rêve, tout est possible. Vous avez le droit de vivre enfin toutes ces vies dont un bête quotidien, une stupide routine vous ont privés. Vous êtes beau ou belle, séduisant.
Et si vous êtes politicien, vous pouvez, en attendant l’aube, vous prendre pour Lincoln ou J.F. Kennedy.
C’est vrai qu’ils ont fini brutalement mais ça, c’était après que le soleil se soit levé. Il suffit de prolonger la nuit définitivement.

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