DENEUVE, AU SECOURS !

  Voilà le président Macron au pied du mur, contraint de chercher en quelques heures une solution à l’épouvantable casse-tête qu’il a provoqué. Repérer l’échelle de secours qui lui permettra d’échapper à la porte de sortie. 

 Dès dimanche soir, il sera confronté au dilemme le plus funeste depuis son entrée à l’Elysée, la nomination d’un gouvernement capable d’obtenir la confiance de la nouvelle assemblée parlementaire. 

Un facho à Matignon ? Non, plutôt s’exiler sur les bords de la mer Noire. Mélenchon ? Ciotti ? Plutôt choisir le Guignol du théâtre du parc du Luxembourg ! Dans ses propres troupes, il ne reste rien ni personne qui puisse recueillir les suffrages de l’assemblée.  

Toujours attiré par les idées astucieuses, Emmanuel Macron s’est écrié « Bon sang ! Mais c’est bien sûr » quand son gourou préféré lui a suggéré un subterfuge pour échapper à l’épouvantable classe politique française que les électeurs lui ont façonnée. Tourne-toi vers la culture, ô Jupiter, lui a-t-il soufflé. C’est ce que la France a de plus beau. Et c’est un remède sans égal à la politique. Une fois de plus, c’est la culture qui sauvera la France du K.O. et lui redonnera une âme.

Pensez donc. Avec Catherine Deneuve au ministère des Pensions, la nouvelle réforme qui fixera l’âge de la retraite à quatre-vingts ans passera comme une lettre à la poste. Sofia Aram en porte-parole fermera le bec de tous les imbéciles. On peut aussi songer à Brigitte Macron à l’éducation quand on voit ce qu’elle a fait de son Emmanuel. 

N’oublions pas l’aide de quelques brillantes bi-nationales, Virginie Effira ou Charline Vanhoenacker, pour faire taire les remugles maussades contre les étrangers. A moins de faire venir de Belgique un homme de gauche pour rassurer les xénophobes les plus agités, Conner Rousseau.

On devra se passer évidemment de quelques absents qui auraient pris une belle place dans le tableau, Victor Hugo ou Albert Camus. On regrettera aussi que le président Macron ait fait entrer Joséphine Baker au Panthéon. Elle aurait fait une première ministre éblouissante. Pourquoi pas désigner alors Kamel Daoud qui connait bien les pays au bord de la guerre civile et qui a réécrit « L’étranger » façon vingt et unième siècle ?  

Complétons le panel avec Adriana Karembeu aux sports, Carla Bruni aux affaires étrangères, assistée de la rédaction de Charlie-Hebdo tout spécialement chargée des relations avec le monde musulman. 

Avec pareille équipe, on est assuré de voir la France repartir comme en 40 (heu non, plutôt en 44…)

En proposant pareil remaniement, nul doute que le président Macron pourra proclamer fièrement Fluctuat nec mergitur (« Il est battu par les flots mais ne sombre pas ») – la devise de la ville de Paris…   

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CA SENT LE SAPIN

   Sobriété nous susurre-t-on sur tous les tons. Fêter Noël aux bougies, ça a toujours été exquis et tendre. Mais cette joyeuse tradition suffira-t-elle à contenir les assauts furieux des fournisseurs d’énergie et autres commerçants qui jonglent avec les étiquettes ? Sans compter notre légère culpabilité chaque fois qu’on pousse au hasard sur un bouton, auto, ascenseur, micro-ondes, télé, tablettes, chargeurs. Ah oui, oublions le ski à Noël ou les plages scintillantes de l’océan Indien, qui, on veut bien le croire, ne sont pas pour rien dans la disparition de milliers d’espèces. 

Jadis, on se promenait dans les rues les nuits de décembre et on comptait sur nos doigts les sapins illuminés à travers les fenêtres. Tous ces sapins étaient à nous, ce qui dispensait nos parents d’en acheter un. 

On peut aussi éviter facilement l’achat de cadeaux, qui de toute façon ne plaisent que quelques jours, parfois quelques heures, sinon quelques minutes. Une idée, réemballer ceux des fêtes précédentes qui traînent dans l’appartement et que les enfants ont oubliés depuis longtemps. En les déballant, ils seront aussi émerveillés que devant des neufs. D’autant que Saint Nicolas a déjà frappé fort…

Dans l’art d’accommoder les restes, on peut aussi réutiliser d’autres merveilles oubliées. Tenez, les pères Fouettard par exemple que les Saint Nicolas ont dû licencier, histoire de ne pas heurter les sensibilités. Il y a bien trois ans qu’ils sont chômeurs. Donc bientôt à la rue s’il faut en croire le nouveau président du CD&V (l’esprit de Noël new wave des sociaux-chrétiens flamands). Où ils iront rejoindre ces milliers de demandeurs d’asile qui errent dans les villes belges, illuminées, joyeuses et accueillantes. 

Manifestement, les autorités testent sur eux la survie sans chauffage, sans toit et sans électricité. 

Dans l’art d’accommoder les restes, il y a également tous ces anciens ministres, ces sénateurs suspendus dans le vide depuis que la haute assemblée a quasi-disparu, les greffiers et ex-députés wallons (qui distribuent les cadeaux en veux-tu en voilà), tous ces hommes et femmes politiques qui après un petit tour sous les spots sont retournés dans l’ombre. Voilà autant de cadeaux pas très chers et qui peuvent impressionner ceux à qui on les offre. Pour ta Noël, mon chéri, je t’offre l’ancienne ministre des Transports. Elle pourra t’aider à remettre sur rail ton vieux train électrique. 

Reste enfin quelques diables rouges qui, un peu rafistolés, peuvent encore servir à condition de ne pas les faire courir trop vite dans le froid.

Heureusement qu’avec l’approche des élections, il y a de plus en plus d’électricité dans l’air et que celle-là est gratuite !  

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QATAR-STROPHE EN PRIME

  Pour faire face à l’inflation et à l’accélération de la hausse des prix, le gouvernement a comme toujours réussi à trouver la parade. Pas de hausse de salaire, ce serait donner raison à la gauche, pas de blocage de l’index, ce serait donner des gages à la droite. Mais d’accord pour une prime. Une seule, qui sera versée le jour de la Saint Glin-Glin, avant minuit.  

Une prime pour tous, y compris Saint Nicolas ? Ne faisons surtout pas simple. La prime serait octroyée uniquement aux employés, pas aux fonctionnaires, travaillant dans des entreprises qui ont fait le plein de pognon cette année et qui s’en vantent. A condition qu’elles affichent cette santé éclatante dans leurs bilans (autrement dit qu’elles n’aient pas évacué leurs bénéfices ailleurs dans le monde), qu’elles se mettent d’accord avec les syndicats par secteur puis par entreprise, puis par travailleur et par travailleuse à parts égales avec un pourcentage réduit mais significatif pour les transgenres et autres.  

Quand enfin l’heureux gagnant de la prime recevra son chèque, attention, pas question de le claquer n’importe comment. Il ne pourra le dépenser que pour des achats déterminés par le gouvernement, par exemple pour assister à un match des Diables rouges, mais pas pour se payer des vacances sur la Riviera ou commander les mémoires de Roberto Martinez.   

Si l’on tente de mettre en pratique toutes ces règles byzantines, on se rend compte qu’à ce jour une seule entreprise est qualifiée automatiquement pour payer des primes à ses travailleurs, l’Union belge de football. Une prime soi-dit en passant légèrement supérieure au montant de 750 € prévu par le gouvernement. 

Malgré leurs prestations qatar-strophiques, les Diables rouges sont en effet à peu près les seuls travailleurs qui remplissent toutes les cases. Ce n’est peut-être pas un Hazard que le gouvernement ait voulu favoriser notre équipe qui a tant contribué en cette fin d’année 2022 à valoriser l’image de puissance de notre pays dans le monde. 

L’Union belge de foot est, selon les termes du projet de loi, une entreprise qui affiche sans honte des bénéfices « exceptionnels ». Elle ne doit pas négocier avec un syndicat et n’est pas tenue de veiller à assurer une égalité de genre entre ses travailleurs. Donc habilité à distribuer la prime. 

Reste à déterminer comment ? A parts égales ? Ou en proportion du temps de jeu de chacun, ce qui privera de chèque ceux qui ont fait le voyage mais qui sont restés sur le banc ? 

On peut laisser les Diables en discuter entre eux. Chacun sait que le diable est dans les détails. Et on a vu qu’il règne dans les vestiaires la même cohésion, le même enthousiasme et le même dynamisme chaleureux sinon affectueux qu’entre les membres du gouvernement d’Alexandre De Croo. 

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FUME C’EST DU BELGE !

  Inutile de vous décrire la consternation d’Emmanuel Macron en apprenant que Jean-Luc Dehaene est mort en 2014 à Quimper.

  Son ami Charles Michel lui a tant vanté les talents du Démineur qu’il ne voyait que lui pour bricoler vite fait, plus ou moins bien fait, un accord entre des partis qui se haïssent, le temps d’arriver au bout de son nouveau mandat (plus que cinq ans).  

   N’est-ce pas ainsi que la Belgique est gouvernée ? En faisant ministres des gens qui s’invectivaient la veille et se proclamaient ennemis irréductibles. Juste le genre de montage dont Macron a besoin. 

   Il y a une autre possibilité, a soufflé notre décidément très écouté ex-Premier. Gouverner sans réunir le Parlement. Ne vous faites pas tant de soucis. Le bazar avance tout seul. Tenez le gouvernement Leterme, battu aux élections, a continué sans la moindre manifestation d’opposition ni politique ni dans la rue, à gouverner le pays pendant 589 jours depuis sa chute. Et moi-même, a ajouté fièrement Michel junior, j’ai continué tranquillement comme si rien n’était alors que mon principal partenaire avait claqué la porte. 

Gouverner en se moquant du Parlement. On a fait plusieurs fois un procès en arrogance à Macron, on a dit qu’il n’acceptait de dialoguer qu’avec un seul partenaire, son miroir. Mais ça, non, il n’osait pas. Peut-être que s’il y avait un roi au-dessus de moi, je pourrais tenter le coup mais on n’a pas le temps de rétablir la monarchie (même si les Français sont mûrs pour l’accueillir. Ce serait drôlement plus emballant qu’une sixième république). 

Bref, ce qu’il cherche le pauvre Macron, c’est un nouveau Démineur, un pro de la politique mais indépendant des partis en présence, et qui parle français. Qui d’autre qu’un politicien belge ? 

Son premier choix, Bart De Wever. Un type capable de demander l’indépendance de sa région mais de gérer le gouvernement fédéral sans état d’âme. Mais notre castar a fait la fine bouche en constatant qu’il n’y avait qu’une poignée de régionalistes. Avec dix élus à placer en priorité, on ne va pas loin, a-t-il conclu avant de décliner l’offre du président français. Magnette ne voulait pas trahir ses camarades français, Nollet ses amis verts, le président du Vlaams Belang mettait comme condition préalable la garantie que Marine Le Pen serait enterrée au Panthéon après sa mort. Il s’est finalement résigné à appeler Raoul Hedebouw. Mais ses préalables lui ont fait lever les cheveux : l’indexation automatique des salaires ? Vous êtes fou ? L’obligation pour les députés d’abandonner l’essentiel de leur allocation parlementaire à leur parti ? Qui est prêt à ça ? 

Finalement, il a dû revenir à son constat de départ : seul le roi des Belges pouvait tirer de cette situation pourrie un gouvernement d’ennemis prêts à travailler ensemble. Au Palais, on prétend ne rien savoir.    

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TÊTE DE TURC

   Une partie des personnels des hôpitaux (surtout francophones) ont manifesté mardi dernier contre l’obligation vaccinale. Soulagement ce jour-là pour les patients des établissements de soins : les soignants non vaccinés étaient dans la rue, pas à leur chevet. 

   Le gouvernement se demande comment éviter la disparition d’une partie des blouses blanches après le vote de la loi sur la vaccination obligatoire. C’est simple : il suffit de faire défiler les anti-vax tous les jours, ce qui évitera leur licenciement si décrié tout en préservant les malades de l’infection.  

    Peu auparavant, les syndicats défilaient pour le pouvoir d’achat et quelques jours plus tôt, c’était la maréchaussée qui battait le pavé. 

    Et demain ? Les fans frustrés par la fermeture des discothèques, les pompiers lassés d’arroser les manifestants, les taximen et uberistes à tour de rôle, les employés et fonctionnaires fatigués du télétravail, les profs dont les classes ferment un jour sur deux, les élèves qui étouffent sous le masque. Même l’association des St Nicolas proteste après l’annulation de la Party qui était prévue le week-end dernier au Sportpaleis d’Anvers et qui devait rassembler 100.000 personnes (ne vous frottez pas les yeux, il y en a autant qui se presse au marché de Noël dans le centre de Bruxelles sans que les autorités ne s’en inquiètent). 

   Les Grecs ne sont pas en reste : ils se proposent de saisir le parlement européen afin que l’on oblige tous ceux qui utilisent les lettres de leur alphabet pour désigner les nouveaux variants du Covid-19 de payer des royalties. Habile façon de renflouer le budget de leur pauvre pays. En échange, promettent-ils, ils accueilleront enfin décemment les réfugiés qui s’entassent dans des camps à côtés desquels les favelas apparaissent comme des quartiers chics. Mais, méfiance, rappelons-nous ce que faisait dire Virgile à un des personnages de l’Enéide : « Je me méfie des Grecs même lorsqu’ils promettent des cadeaux » …

   Drôle d’époque où tous les mécontents ont trouvé leur tête de Turc. Tout ce qui nous tombe dessus, c’est la faute du gouvernement ou du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, pourquoi pas du ministre du Budget wallon, en tout cas des dirigeants politiques de notre abracadabrant pays. C’est vrai que manifester dans les rues de Bruxelles contre ce sacré virus (« Covid, bas les pattes ! Tu as eu notre peau, nous aurons la tienne ! ») risque de rester sans effet vu sa compréhension limitée du français et du néerlandais.  

   De Croo et son équipe paraissent donc avoir le profil idéal pour continuer à jouer les Guignols jusqu’à ce que ce brave coronavirus veuille bien aller se promener sur une autre planète…

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L’ETAT PERD LA BOULE

     Un peu moins de deux ans après avoir enterré son dernier gouvernement de plein exercice, la Belgique a un nouvel exécutif. Hosanna ! Accouché dans la douleur, le nouveau-né est, d’après les médecins, vivant et viable (mais peut-on leur faire confiance ? Avec la pandémie, n’ont-ils pas la tête ailleurs ?) Restons prudents. Sans le père présumé, caché dans le placard avec son lion favori, gare aux maladies orphelines. Méfions-nous aussi de l’autisme et autres troubles de la communication entre sept parents qui depuis tant de mois refusaient de se parler.  

  L’avortement ? Chut ! Le petit vient de naître. N’allez pas le perturber avec ce genre de choses.

  Que trouve-t-on dans le couffin ? Rien que des beaux jouets : centrales nucléaires (pim, poum, paf !), réforme de ceci et de cela et plein de chèques pour s’acheter les plus beaux emplacements du Monopoly, un hôpital, une belle case prison, un palais de justice flambant neuf. Et le cadeau préféré de nos excellences, une nouvelle réforme de l’état. Waw ! Qu’est-ce qu’on va s’amuser pendant que tombe la pluie sur le plat pays ! 

   Remarquez, la réforme 5G ne va plus être votée en catimini comme par le passé, dans le secret des commissions parlementaires. Elle sera discutée par les académiques, experts, citoyens et qui veut. C’est dire comme ça va être facile de déformer une nouvelle fois cette pauvre Constitution déjà toute couturée. 

  Puisque chaque citoyen peut désormais jouer au législateur, la boîte aux suggestions est ouverte. Je vous en glisse deux. 

 La plus simple, supprimer la Constitution. 

A quoi bon, passer son temps depuis un demi-siècle à raturer, effacer, corriger, saigner, déchirer chaque article tous les cinq ans ? Les Anglais n’ont jamais eu de constitution. Leurs droits sont-ils moins respectés que les nôtres ? Ils ont même régionalisé le royaume sans faire exploser leur loi fondamentale. Une constitution fantôme, ce n’est pas un beau projet ?

Non. Je sens que ça ne vous plaît pas. Les Belges aiment chipoter, triturer, mégotter. D’accord. Alors, pourquoi ne pas limiter le nombre de ministres ? Moins ils seront, plus ils auront de travail et moins ils auront le temps de se manger le nez. Aujourd’hui, personne ne connait le nom de la plupart d’entre eux. Ils sont aussi gris et dispersés que leurs ministères. Pour redonner du lustre à la fonction, je propose de les loger tous ensemble, dans un seul lieu, l’Atomium. Neuf boules, neuf ministres, pas un de plus. 

En cas de crise, on bloque l’ascenseur jusqu’à ce qu’elle soit apaisée. Sans eau et sans nourriture, ça ne traînera pas. Ou alors, ils se mangeront entre eux. Ce qui permettra de sérieuses économies, après tout ce qu’on a dépensé pour que le nourrisson accepte d’apparaître.  

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L’INFORMATURC ROYAL

   Depuis la disparition de Laurel & Hardy puis de Jerry Lewis & Dean Martin, les duos n’ont plus la cote. Ceux d’aujourd’hui ont perdu la recette magique qui assurait le succès de leurs glorieux prédécesseurs. 

   Trois trios d’informateurs royaux sans le moindre applaudissement. Et, avait-on jamais vu ça : des acteurs qui demandent eux-mêmes des bis et des prolongations et non le public ? 

  Certains songent pourtant à prolonger l’expérience en lançant le couple De Wever-Magnette. Inutile. Il ne fera pas plus recette que leurs collègues même si ces deux-là ont plus de gags à leur répertoire. 

   Les temps ont changé. On est à l’ère du stand-up. Un homme seul pour assurer le spectacle. Ca tombe bien, on en a un justement sous la main, qui présente toutes les qualités requises, plein de surprises, indépendant de tous et surtout de son parti qui vient de le lâcher. Un esprit libre, qui préfère regarder au-delà de nos frontières ; jusqu’au bout de la Méditerranée plutôt que de se racrapoter sur nos misérables hameaux. Voilà qui nous changera de tous ces politiciens, englués dans leurs petites phrases, leurs tabous et leurs totems. Vous l’avez deviné, Emir Kir, voilà le prochain informateur idéal. 

   A poor lonesome cowboy far away from home.  

  Très ferré dans les innombrables qualités du Mamamouchi d’Ankara, Emir pourra suggérer, pour redresser le pays, quelques-unes des belles réformes qu’Erdogan a apportées à la Turquie, un gouvernement inamovible pour des années sinon des siècles, un chef de gouvernement respecté –sous peine d’emprisonnement-, une presse aux ordres. 

  Evidemment, les qualités de la Turquie de l’AKP s’accompagnent de quelques inconvénients collatéraux. La Turquie accueille quatre millions de réfugiés (nous avions en décembre, 2243 demandeurs de protection internationale), la Belgique compte trente-cinq prisons, la Turquie près de quatre cents. Mais, elles sont sans doute mieux fréquentées car il y entre plus d’intellectuels, de profs et de journalistes qu’il n’en reste en liberté. 

   Il ne faut pas se cacher aussi qu’en Turquie erre un nombre considérable de loups gris, que là-bas tout le monde, dit-on, peut fréquenter sans se faire contaminer (est-ce possible ?) De toute façon, il suffit pour s’en prémunir chez nous de suivre les prescriptions du bourgmestre d’Ixelles, Christos Doulkeridis, qui déconseille vivement aux écoles de laisser les enfants s’approcher des bêtes sauvages. Evidemment, l’homme n’est peut-être pas très objectif puisque sa famille, d’origine grecque, a fui jadis les Ottomans…

   Sorti par la porte de la Maison du Peuple, Emir Kir pourrait ainsi rentrer par la cheminée (du Palais). 

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HOMMAGE A LA CATALOGNE

  Avant d’écrire « 1984 » (qui terrifie par son incroyable actualité), George Orwell avait participé à la guerre d’Espagne, plus particulièrement aux batailles livrées en Catalogne en 1936-37 face aux troupes franquistes. Ceux qui s’intéressent à l’actualité politique catalane feraient bien de se plonger dans son « Hommage à la Catalogne » (republié chez 10/18) qui livre encore quelques clés pour comprendre cette région singulière et ses rapports avec le reste de l’Espagne.

Ainsi, cette phrase : « Dans cette guerre, on eût dit que c’était toujours à qui manquerait l’autre ». N’est-ce pas un résumé laconique mais implacable de l’incompréhension historique entre l’Espagne et sa région la plus remuante et de l’échec des gouvernements successifs de Madrid et de sa justice ? 

Un pouvoir central qui privilégie systématiquement à la politique de la main tendue celle de la main sur la figure. 

L’Espagne, devenue en quelques années, une des plus belles démocraties d’Europe, a réussi à vaincre et à effacer cinquante années de dictature puis la terreur des têtes brûlées de l’ETA. Or, voilà que sa justice prononce une condamnation qui semble, vue d’ici, purement politique, ce qui rappelle d’atroces souvenirs. C’est surtout un terrible aveu de faiblesse, d’incapacité à dialoguer avec des leaders élus, qui représentent la majorité au parlement de leur région. Des leaders qui n’ont pas de sang sur les mains, qui n’ont pas appelé à la violence et qui ont mené un combat discutable mais avec des moyens démocratiques. On pourrait qualifier les Catalans d’égoïstes. Une région riche qui ne veut pas se montrer solidaires du reste du pays, cela nous rappelle quelque chose. Mais il faut aussi se souvenir de l’importance en Catalogne des idées anarchistes, comme le souligne encore G. Orwell (ces anarchistes qui furent décimés à la fois par les franquistes et par les communistes staliniens). 

Que la plus grande majorité des citoyens espagnols (et près de la moitié des Catalans) s’oppose à la sécession de la Catalogne aurait dû donner la force aux gouvernements espagnols de négocier avec les indépendantistes. Au lieu de quoi, ils ont choisi la voie aveugle de la répression puis de la prison qui ne va mener qu’à l’escalade et à la violence. 

L’incapacité des gouvernements menés tant par le parti Populaire conservateur que par les socialistes s’explique en partie par l’extrême faiblesse des majorités dont disposaient d’abord M. Rajoy puis P. Sànchez. Incapables de la moindre audace, sans marge de manœuvre politique et sans doute sans vision. 

Prenons-y garde. Comme en Belgique, c’est la démocratie qui est en danger lorsque le pouvoir doit sans arrêt courir sur sa droite puis sur sa gauche puis sur son centre pour simplement exister. 

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ELIO, JEAN-MARC ET LE ROBOT

     Pour former des gouvernements en Belgique, l’intelligence n’étant pas au pouvoir, pourquoi ne pas convier l’intelligence artificielle ? 

  Un robot c’est rapide, propre et sans état d’âme. 

   Un ministre IA dont les décisions seront approuvées par un groupe de robots placé dans les assemblées parlementaires quelque part au dessus de l’hémicycle, voilà qui devrait éviter les coups de sang, les claquements de porte et les Tweets intempestifs qui font sauter les gouvernements aussi facilement et bruyamment que les bouchons de champagne.

  Il faudra évidemment programmer les robots à agir pour le bien des citoyens, pour l’intérêt général. C’est ce qui fera la différence entre les robots et cette mystérieuse société civile pressée par les Ecolos d’aider Verts et Rouges à bâtir une majorité sans majorité. Et à étayer le bazar quand l’édifice sera sur le point de s’écrouler sous les coups des oppositions. 

  Le problème avec le projet de Jean-Marc Nollet et son coquelicot, c’est qu’il y a autant de représentants de la société civile et d’intérêts particuliers qu’il y a d’associations, d’organisations et de citoyens. Chaque civil pense à lui et non à la société ! 

  Un robot, lui, n’a pas de passé, pas de passif, pas d’amour ni de haine plus ou moins cachés. Il n’aime pas Charleroi plus que Liège ou le contraire et n’a pas besoin de favoriser plus Bastogne que Jehay-Bodegné. Son disque dur sera soigneusement nettoyé lorsqu’il entrera au gouvernement. Un représentant idéal de la société civile sans mémoire, sans attaches, sans amis. 

  Autre différence entre le coquelicot et le robot : pendant sa courte vie, cette fleur fragile ne nécessite aucun entretien. Alors que, dans la société informatique, tout bouge sans cesse. Les mises à jour sont permanentes. Et gare aux bugs ! Si en plein conseil des ministres, le ministre déclare brusquement « 404 not found », le gouvernement est bloqué jusqu’à l’arrivée du technicien. Pour peu qu’il vienne de Chine, la Wallonie risque de rester aux abonnés absents un certain temps…

   Reste à savoir qui va programmer les robots wallons. 

  Pas un Wallon. L’engin doit rester neutre. 

   Un Flamand ? Trop risqué : il risque de décider de l’arrêt immédiat des transferts flamands. 

   Alors qui ? Trump ? Xi Jinping ? Ca risque de coûter cher au budget wallon ! 

  Décidément, devant la complexité du labyrinthe belge, il n’y a qu’Elio et Jean-Marc qui soient capables de faire la programmation. Mais qu’ils laissent aux robots la faculté de s’auto-détruire. Ils en auront peut-être bien besoin. 

  « J’aime à penser que la lune est là même si je ne la regarde pas », écrivait Albert Einstein. Qui sait si on peut en dire autant de la Belgique ? Quand vous reviendrez de vos vacances au loin, sera-t-elle toujours là ? Allez, bonnes vacances !

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LES CAHIERS AU FEU ET LE CO2 AU MILIEU !

Lorsque la Belgique a navigué jadis sans gouvernement pendant un an et demi, régnait un étrange sentiment d’allégresse et de liberté –sauf dans les milieux politiques. Une atmosphère d’école buissonnière genre « les cahiers au feu et le prof au milieu » !
Rien de commun avec « l’ambiance gilets jaunes » qui agite la France. Là, les manifestants se battent contre les politiques pour leur arracher le pouvoir. Le « peuple » (c’est-à-dire eux) réclame le droit de voter ou de modifier les lois, renvoyer les parlementaires dont la tête ne leur revient pas, tout décider par référendum et son contraire.
Chez nous, rien de tel. Les citoyens n’avaient aucune envie de toucher aux manettes du pouvoir. Au contraire. Ils voulaient simplement respirer et fêter l’arrêt de cette sacrée machine à pondre lois, décrets et arrêtés jour et nuit.
Or, voilà que certains déplorent ces jours-ci un nouveau blocage de la machine à voter tout et n’importe quoi.
C’est le printemps, messieurs-dames ! Respirez un peu ! Profitez du soleil ! Oubliez vos sacrés textes pleins de principes à l’article 1er que personne n’appliquera d’autant qu’ils sont farcis d’exceptions à l’article 2.
A propos de soleil, justement. Dans la poubelle, si elle n’est pas vidée entre temps, les successeurs tout frais élus en mai prochain trouveront le brouillon d’une loi climat. Après des mois de manifestations et les discours pour une fois unanimes des politiques sur l’air de « je vous ai compris ! » et bravo à notre belle jeunesse-responsable-qui-prend-son-destin-en-mains, ça fait vilaine tache en pleine campagne électorale.
Mais qui pouvait sérieusement imaginer que le parlement fédéral allait voter un texte consistant sur un sujet que la réforme de l’état a dispersé entre toutes les entités de ce pauvre pays ?
Ils étaient si fiers nos constituants d’avoir voté un art 7 bis qui dispose que « dans l’exercice de leurs compétences respectives, l’État fédéral, les communautés et les régions poursuivent les objectifs d’un développement durable, dans ses dimensions sociale, économique et environnementale, en tenant compte de la solidarité entre les générations. »
Un texte qui sonne aussi creux que « tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin ». Car il annonce d’emblée la couleur : « selon leurs compétences respectives » signifie qu’en matière d’environnement, tout le monde est compétent donc personne ne l’est. Dans un pays dont la superficie est à peu près celle de la Bourgogne, il n’est pas possible d’arrêter un plan climat sans mettre d’accord dix-sept assemblées et gouvernements.
Ne reste plus qu’à attendre la montée des eaux pour avancer enfin sur le sujet. Une fois que les assemblées auront été noyées, il sera plus facile de se mettre d’accord entre survivants …

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