COMBIEN DE GOUVERNEMENTS Y A-T-IL DANS L’AVION ?

  On s’en était douté, Alexandre De Croo n’a pas fait long feu quand il a tenté de faire gérer la crise de la Covid par son gouvernement fédéral. Les caméras à peine éteintes après sa conférence de presse, le président de la région wallonne s’est empressé de tirer la couverture à lui sur le modèle Macronien « fiers Wallons, nous sommes en guerre !» 

Puis le président bruxellois (rappelez-moi le nom de ce type avec un bout de moustache dont on ne sait pas très bien à quoi il sert ?) qui a offert un numéro rappelant les meilleures heures du cabaret bruxellois, l’époque bénie de Bossemans et Coppenolle, se trompant dans les dates, mélangeant mesures obligatoires et recommandées, avant de se bagarrer avec des micros mal branchés. Hilarant ! Ca faisait du bien en cette période déprimante. Rudi, remettez-nous ça ! Côté spectacle, il n’y a plus que vous depuis que vous avez fermé théâtres et cinémas (qu’on croyait naïvement de la compétence de la Communauté française, comme les écoles, pourtant fermées dans certaines villes par les maïeurs). 

Vint enfin le gouvernement flamand. Obligé d’avaler son chapeau, lui qui affirmait que la Covid chinoise, réfugiée en Belgique, ne parlait que le français. Après avoir cru Jambon, les Flamands ont dû constater qu’il était cuit… 

  Dépouillé de ses compétences en matière de virus, d’écoles, d’ouverture des commerces, de couvre-feu, que reste-t-il encore au nouveau gouvernement, l’armée étant sur le flanc et la justice bientôt mise en sommeil ? 

  Reste les affaires étrangères. Or, voilà que la ministre en charge est à l’hôpital. On lui souhaite un rapide rétablissement. Mais on comprend qu’elle hésite à revenir. 

Pourtant, il n’y a plus qu’elle qui soit capable de faire respirer ce pauvre attelage fédéral. Et, il y a du pain sur la planche. Faisant semblant de maudire les Français, le Grand Mamamouchi clame que la Vache qui Rit n’entrera plus sur son territoire. Le gouvernement belge va-t-il aider nos amis français ? Encore raté : l’agriculture est une compétence régionale.   

La ministre des Affaires étrangères doit aussi trouver le moyen de se faire entendre dans le concert de louanges qui accueillera le nouveau président américain. On pourra toujours lui envoyer nos ministres-présidents pour l’aider à combattre la pandémie alors que l’administration Trump a peu à peu laissé éteindre les cinquante étoiles.

On peut également compter sur notre expertise pour conseiller Arméniens et Azéris à organiser le Haut-Karabagh sur le modèle de la Commission communautaire de Bruxelles-Capitale. Le temps que leurs dirigeants comprennent comment ça fonctionne, la population locale sera en paix pendant quelques années… 

  Non, amis fédéraux, ne perdez pas votre temps avec ce bête virus qui ne vous a rien fait. Alors qu’on vous attend sur le théâtre du monde…  

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FIAT LUX !

   Cette semaine, la lumière qui éblouit nous vient de Wallonie. Il suffit de deux hommes modestes, résolus et talentueux pour changer la donne. Cette région vouée aux gémonies resplendit grâce aux frères Dardenne, fêtés le week-end dernier à Lyon. 

Faire des films, une occupation futile ? Peut-être. Mais « Rosetta », cette jeune chômeuse sans futur a porté la Belgique au sommet, dans le monde entier. 

  Dans notre petit pays il s’en est trouvé pour faire la fine bouche devant leurs Palmes d’Or et autres récompenses prestigieuses. Comme le relevait Philippe Geluck : « Il y a un proverbe bruxellois qui dit que le clou qui dépasse appelle le marteau ». Chez nous, on se méfie du sommet des vagues alors qu’ailleurs, le clou qui dépasse, c’est un diamant. 

   Dans la plupart des pays du monde, tout repose sur un homme, une femme, une idée, une image. En Belgique, Modeste n’existe pas sans Pompon. Les choses essentielles ne fonctionnent que par deux.

  Tintin et Milou, Dupond et Dupont, Bossemans et Coppenolle, Spirou et Fantasio, René et Georgette Magritte, les frères van Eyck, Delhaize Le Lion et Adolphe Delhaize, la Stella et la Maes. Le Standard et Anderlecht. Même quand on est seul, il faut faire croire qu’on est deux, ce qui explique la réussite d’Albert Frère. 

   En politique, l’équilibre du pays repose aussi sur le modèle duo, flamands-francophones, parité des ministres, doublement des familles politiques. Même les nationalistes flamands sont obligés d’aller par deux, le V.B. et la N-VA. Et, pour les vacances, on va à la mer ou dans les Ardennes. 

Quoi d’étonnant alors que notre plus fameux réalisateur de cinéma soit double ?  Luc et Jean-Pierre Dardenne, deux fois Palme d’Or, viennent d’être récompensés par le Prix Lumière pour l’ensemble de leur œuvre. 

Curieux paradoxe. Les « héros » ou « héroïnes » des deux frères sont des solitaires. Des jeunes femmes ou garçons luttant seuls, désespérément, contre le destin (Igor dans « La Promesse », Rosetta, Lorna, le jeune Ahmed ou Jenny, la femme médecin, rongé par le remords dans « La Fille Inconnue », mon préféré). 

L’homme seul apparaît comme une constante dès leur entrée dans la fiction. Falsch (dans le film qui porte ce nom et leur unique adaptation littéraire) est le seul survivant d’une famille décimée par la seconde guerre mondiale.

L’explication est-elle dans cette citation d’Ernest Bloch (dans leur documentaire « Pour que la guerre s’achève ») : « Ce sont des isolés qui commencèrent à protester » ? 

   Ce prix remet les pendules à l’heure, l’heure aux claquettes. Il rappelle dans cette période sombre que le cinéma, c’est la lumière, le rêve, la promesse d’un futur enchanté. Et un avertissement aux politiques : en cette période de perdition, rien de plus important que la culture.     

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L’ETAT PERD LA BOULE

     Un peu moins de deux ans après avoir enterré son dernier gouvernement de plein exercice, la Belgique a un nouvel exécutif. Hosanna ! Accouché dans la douleur, le nouveau-né est, d’après les médecins, vivant et viable (mais peut-on leur faire confiance ? Avec la pandémie, n’ont-ils pas la tête ailleurs ?) Restons prudents. Sans le père présumé, caché dans le placard avec son lion favori, gare aux maladies orphelines. Méfions-nous aussi de l’autisme et autres troubles de la communication entre sept parents qui depuis tant de mois refusaient de se parler.  

  L’avortement ? Chut ! Le petit vient de naître. N’allez pas le perturber avec ce genre de choses.

  Que trouve-t-on dans le couffin ? Rien que des beaux jouets : centrales nucléaires (pim, poum, paf !), réforme de ceci et de cela et plein de chèques pour s’acheter les plus beaux emplacements du Monopoly, un hôpital, une belle case prison, un palais de justice flambant neuf. Et le cadeau préféré de nos excellences, une nouvelle réforme de l’état. Waw ! Qu’est-ce qu’on va s’amuser pendant que tombe la pluie sur le plat pays ! 

   Remarquez, la réforme 5G ne va plus être votée en catimini comme par le passé, dans le secret des commissions parlementaires. Elle sera discutée par les académiques, experts, citoyens et qui veut. C’est dire comme ça va être facile de déformer une nouvelle fois cette pauvre Constitution déjà toute couturée. 

  Puisque chaque citoyen peut désormais jouer au législateur, la boîte aux suggestions est ouverte. Je vous en glisse deux. 

 La plus simple, supprimer la Constitution. 

A quoi bon, passer son temps depuis un demi-siècle à raturer, effacer, corriger, saigner, déchirer chaque article tous les cinq ans ? Les Anglais n’ont jamais eu de constitution. Leurs droits sont-ils moins respectés que les nôtres ? Ils ont même régionalisé le royaume sans faire exploser leur loi fondamentale. Une constitution fantôme, ce n’est pas un beau projet ?

Non. Je sens que ça ne vous plaît pas. Les Belges aiment chipoter, triturer, mégotter. D’accord. Alors, pourquoi ne pas limiter le nombre de ministres ? Moins ils seront, plus ils auront de travail et moins ils auront le temps de se manger le nez. Aujourd’hui, personne ne connait le nom de la plupart d’entre eux. Ils sont aussi gris et dispersés que leurs ministères. Pour redonner du lustre à la fonction, je propose de les loger tous ensemble, dans un seul lieu, l’Atomium. Neuf boules, neuf ministres, pas un de plus. 

En cas de crise, on bloque l’ascenseur jusqu’à ce qu’elle soit apaisée. Sans eau et sans nourriture, ça ne traînera pas. Ou alors, ils se mangeront entre eux. Ce qui permettra de sérieuses économies, après tout ce qu’on a dépensé pour que le nourrisson accepte d’apparaître.  

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LE MONDE A PART

   Deux infos rafraichissantes cette semaine sonnent symboliquement le signal que le temps du « Tout au Covid » commence à s’estomper et que les medias vont enfin recommencer à traiter de choses sérieuses. On commençait à se lasser des exploits de ce fichu virus ! 

  La condamnation de José Happart pour une misérable affaire de corruption mêlant terrain privé de sa « bonne amie » et commandes publiques rappelle avec soulagement la victoire du cher monde d’avant sur l’étouffant monde à part – dont nous sortons peu à peu. Ces bonnes vieilles affaires à la belge, qui ont souvent entouré les achats d’armes ou d’hélicoptères, la construction de villas au soleil ou de pipe-lines plus ou moins puants. 

  Prouvant que la justice a remis son bandeau sur les yeux – tout en le gardant sur la bouche-, le député-bourgmestre Jean-Charles Luperto s’est retrouvé lui aussi devant les tribunaux pour une pathétique affaire d’outrage public devant mineur dans les toilettes d’un resto-route – la poésie fout le camp, Villon/ Ya qu’ du néant sous du néon, chantait Léo Ferré, un jour où il passait par là… 

   Politique et argent et bonnes mœurs. Qui se plaindra que la vie reprend peu à peu son cours normal ? 

Même la vie démocratique revient dans l’actualité. Avec le déconfinement, voilà le retour des élections. D’accord, c’est un retour en demi-teinte pour le dire poliment. Puisqu’elles ne sont organisées pour le moment qu’en république du Burundi. Mais, signe réconfortant, dans les conditions du monde d’avant c’est-à-dire après une campagne monopolisée par le pouvoir qui a tout fait pour mettre l’opposition KO et sans la présence d’observateurs étrangers (c’est le coup de mains du corona aux autorités en place).

   Pendant ce temps, chez nous, les partis politiques sortent aussi de leur léthargie. Faisant assaut de petites phrases, de confidences aux journalistes et de rumeurs assassines pour rappeler aux citoyens qu’ils ne croient surtout pas que l’harmonie apparente du monde à part, due à la lutte contre la pandémie, va se poursuivre longtemps encore. L’union nationale, le « on se serre les coudes», les déclarations unanimes flamands-francophones y compris sur des matières régionalisées, c’est bientôt fini. On va se remettre à discutailler ferme entre PS et N-VA, CD&V et MR. Tranquillisez-vous, braves gens, il n’y aura rien de nouveau sous le soleil. Et, si vous ne pouvez pas encore vous promener sur les plages de la Costa Brava ou les quais de Venise, même pas profiter du balcon de votre appartement de Blankenberge,  vous retrouvez déjà le plaisir d’entendre Bart De Wever croquer le nez de Paul Magnette qui griffe gentiment GL Bouchez, lequel essaye de retrouver le nom du président du CD&V pour lui glisser une peau de banane sous le pied. Ah ! Ce cher monde d’avant, comme on avait envie de le retrouver. Comme on est effaré de le revoir…

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ELIO, JEAN-MARC ET LE ROBOT

     Pour former des gouvernements en Belgique, l’intelligence n’étant pas au pouvoir, pourquoi ne pas convier l’intelligence artificielle ? 

  Un robot c’est rapide, propre et sans état d’âme. 

   Un ministre IA dont les décisions seront approuvées par un groupe de robots placé dans les assemblées parlementaires quelque part au dessus de l’hémicycle, voilà qui devrait éviter les coups de sang, les claquements de porte et les Tweets intempestifs qui font sauter les gouvernements aussi facilement et bruyamment que les bouchons de champagne.

  Il faudra évidemment programmer les robots à agir pour le bien des citoyens, pour l’intérêt général. C’est ce qui fera la différence entre les robots et cette mystérieuse société civile pressée par les Ecolos d’aider Verts et Rouges à bâtir une majorité sans majorité. Et à étayer le bazar quand l’édifice sera sur le point de s’écrouler sous les coups des oppositions. 

  Le problème avec le projet de Jean-Marc Nollet et son coquelicot, c’est qu’il y a autant de représentants de la société civile et d’intérêts particuliers qu’il y a d’associations, d’organisations et de citoyens. Chaque civil pense à lui et non à la société ! 

  Un robot, lui, n’a pas de passé, pas de passif, pas d’amour ni de haine plus ou moins cachés. Il n’aime pas Charleroi plus que Liège ou le contraire et n’a pas besoin de favoriser plus Bastogne que Jehay-Bodegné. Son disque dur sera soigneusement nettoyé lorsqu’il entrera au gouvernement. Un représentant idéal de la société civile sans mémoire, sans attaches, sans amis. 

  Autre différence entre le coquelicot et le robot : pendant sa courte vie, cette fleur fragile ne nécessite aucun entretien. Alors que, dans la société informatique, tout bouge sans cesse. Les mises à jour sont permanentes. Et gare aux bugs ! Si en plein conseil des ministres, le ministre déclare brusquement « 404 not found », le gouvernement est bloqué jusqu’à l’arrivée du technicien. Pour peu qu’il vienne de Chine, la Wallonie risque de rester aux abonnés absents un certain temps…

   Reste à savoir qui va programmer les robots wallons. 

  Pas un Wallon. L’engin doit rester neutre. 

   Un Flamand ? Trop risqué : il risque de décider de l’arrêt immédiat des transferts flamands. 

   Alors qui ? Trump ? Xi Jinping ? Ca risque de coûter cher au budget wallon ! 

  Décidément, devant la complexité du labyrinthe belge, il n’y a qu’Elio et Jean-Marc qui soient capables de faire la programmation. Mais qu’ils laissent aux robots la faculté de s’auto-détruire. Ils en auront peut-être bien besoin. 

  « J’aime à penser que la lune est là même si je ne la regarde pas », écrivait Albert Einstein. Qui sait si on peut en dire autant de la Belgique ? Quand vous reviendrez de vos vacances au loin, sera-t-elle toujours là ? Allez, bonnes vacances !

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PESTE SOIT DE L’OPINION PUBLIQUE !

Je me demande souvent, moi qui n’ai jamais été sondé, quelle est la véritable intention de ceux qui prennent le temps de répondre aux instituts d’opinion : avouent-ils franchement leurs intentions de vote ou s’amusent-ils à agiter un tissu rouge sous le nez des partis traditionnels ? Juste pour le plaisir de contempler le désordre et l’affolement qu’ils ont provoqués.
Que les Belges déclarent leur attachement aux voitures de société, aux vacances lointaines, via l’avion, et aux fermettes dans le Brabant wallon ou flamand, là où n’existent ni bus ni train, et qu’ils annoncent en même temps vouloir porter Ecolo ou le PTB à la tête du pays, voilà qui étonnera seulement ceux qui ne comprennent rien aux Belges, à leur amour pour la poésie, de préférence absurde, leur goût de la contradiction et leur amour de la dérision.
Pourtant, certains hommes et femmes politiques s’y laissent prendre. Ils pensent vraiment que les électeurs sont prêts à signer un programme qui bouleversera leur vie. Et de surenchérir dans la dernière ligne droite en accumulant des promesses vertes-vertes ou rouges-rouges, selon le quartier.
Remarquez, ils ont partout le même réflexe. Comme l’a dit un syndicaliste français ébahi et dégoûté, le gouvernement Macron a accordé en quelques semaines plus de cadeaux aux Français que ce que les syndicats réclament vainement depuis trente ans. Juste pour apaiser le soulèvement très médiatique d’une poignée d’excités venus du fond des provinces oubliées.
Le brusque sursaut écologique de la plupart des partis traditionnels vient aussi de leur surprise devant la détermination de ces milliers de jeunes qui ont défilé dans les rues.
C’est peut-être cela qui est nouveau : manifester sert soudain à quelque chose.
Pendant des dizaines d’années, des milliers de gens ont battu le pavé, sous la pluie, contre la politique d’immigration – ou les immigrés-, l’installation d’armes nucléaires à Kleine Brogel, pour sauver la justice, contre l’austérité, pour les pensions, etc. Sans émouvoir nos représentants. Mais, depuis quelques mois, les choses bougent. Ils ont l’air d’entendre quand on gueule sur la voie publique. En tout cas lorsque les sondages font trembler leurs sièges et que les élections sont proches.
Car voilà la date limite du jeu : le 26 mai. Après, c’est tranquillos pour cinq ans.
Depuis que toutes les élections ont été groupées (sauf les communales), une fois le dimanche maudit passé, les élus peuvent recommencer à faire la nique à ceux qui s’agitent sous leurs fenêtres.
Ce qui devrait encourager ceux qui réclament le droit pour les citoyens de taper sur les doigts des élus entre deux élections. Gardons cependant à l’esprit ce que dit Shakespeare : « Peste soit de l’opinion publique ! Un homme vous l’endosse à l’endroit aussi bien qu’à l’envers ! »

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LA NEF DES FOUS

Trump est fou ? Et alors ? L’histoire est pleine de rois fous, de présidents délirants. Ne le dites pas trop fort mais certains de ces dingues n’ont pas dirigé leur pays plus mal que d’autres soi-disant équilibrés. D’ailleurs, pour des chefs identifiés comme fous, combien d’autres dont on ne savait pas ou dont on préférait ne pas savoir qu’ils avaient une case en moins ?

De tous, Trump n’est pas jusqu’ici le plus atteint. Il n’y a qu’un an qu’il est aux manettes. Le pire est sans doute devant nous.

Certains se moquent de son manque de culture. Taisez-vous, malheureux ! Ne lui donnez pas des idées ! Cela vaut peut-être mieux pour l’avenir de l’humanité. S’il se met à consulter Wikipedia entre deux tweets rageurs, le risque est qu’il s’inspire de plus dingos que lui.

Parmi les meilleurs, le roi de Grande Bretagne George III, dont Nicholas Hytner a tiré un beau film dans les années nonante (adapté de la pièce d’Alan Bennett). Ce souverain dut à la fois affronter la révolution américaine, la crise économique et les guerres napoléoniennes. Autre chose que les bravades de la Corée du Nord. Pas étonnant qu’il ait fallu lui coller dare-dare un régent avant même qu’il ne se prenne pour Napoléon.

Autre bel exemple, le roi de France Charles VI, dit « le Fol » mais dénommé aussi « le Bien-Aimé » ce qui rappelle que les populations montrent une incontestable tendresse pour les fêlés. Le Bien-Aimé écrasa les Flamands à la bataille de Roosebeke où fut tué le chef de la révolte gantoise, Philippe van Artevelde. Au passage, le Fol détruisit par le feu Courtrai juste pour faire un exemple. Etrangement, ce n’est pas cet abominable forfait qui l’a fait entrer dans l’histoire de la folie mais le fait qu’il se mit un peu plus tard à tuer des hommes de son entourage dans une crise de parano. Bon conseil au président américain : bombardez Pyongyang si vous voulez passer vos nerfs mais épargnez vos conseillers si vous voulez éviter une procédure d’ « impeachment ».

Ajoutons à cette liste l’éphémère président français, Paul Deschanel (né à Schaerbeek) qui eut l’intelligence de renoncer à ses fonctions quelques semaines après avoir sauté d’un train en marche parce qu’il trouvait insupportable la chaleur de son compartiment. On ne sait si cette étrange réaction était liée à l’admiration de Deschanel pour Buster Keaton. De toute façon, on déconseillera évidemment au successeur d’Obama d’ouvrir un hublot dans Air Force One si un abus de tweets lui fait bouillir le crâne.

En Belgique, on n’a pas ce genre de soucis. Tout le monde le sait. Il n’y a pas un seul malade mental dans notre classe politique. Ouf !

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JE SUIS SAINT NICOLAS

A l’heure où j’écris, le suspense est total : Saint Nicolas sera-t-il en mesure cette année de descendre dans les cheminées des bambins de Belgique ? Rien n’est moins sûr. Dès son retour d’Afrique, le premier ministre va réunir le kern. D’ores et déjà, Jan Jambon, les jumelles à la main, scrute l’horizon. Celui-là, il n’arrête jamais de courir d’une calamité à l’autre. Quelle idée pour un nationaliste flamingant de s’égarer dans un gouvernement fédéral ! C’est l’enfer. Bart le lui avait dit. Mais il a voulu n’en faire qu’à sa tête.

Récit d’une catastrophe annoncée.

Comme on le sait, notre grand saint vient de Turquie, plus précisément de Patar d’où il voulait s’embarquer. Qu’il oublie le bateau. Le port, célèbre dans l’Antiquité, est devenu un marais. Les rennes ? Dans la Turquie d’Erdogan, les militaires tirent d’abord et réfléchissent ensuite. Dès que l’attelage se pointera dans le ciel immaculé de Lycie, les rennes se feront mitrailler comme de vulgaires partisans de Fethullah Gülen. Hop ! à la casserole !

Reste l’avion ? Oui, mais. Pour quitter l’Anatolie, il faut désormais montrer patte blanche. Pour le dire brièvement, on vous cirez les pompes d’Erdogan ou les ennuis vous dégringolent sur la tête.

Saint Nicolas ne semble pas terriblement hallal. Pour le dire autrement, il n’a pas le profil d’un électeur moyen de l’AKP. Il a plutôt l’air d’un ténor d’opéra enroulé dans le rideau de scène. Or, les artistes, le régime s’en méfie. Comme des intellectuels, des journalistes, des chômeurs, des femmes, etc.

Seul moyen alors pour Saint Nicolas d’arriver à temps, embarquer clandestinement sur une de ces coquilles de noix qui font la traversée vers l’Europe. Avec le risque que les autres passagers, Syriens, Somaliens, opposants turcs, jettent à l’eau ce vieux barbu, qui prend tellement de place avec ses gros sacs pleins de cadeaux et de douceurs alors qu’eux ont tout abandonné sur la grève.

On voit le risque pour le gouvernement. Si le patron des écoliers est jeté dans les geôles turques, qu’il coule en Méditerranée ou que les douaniers grecs ou italiens l’enferment comme un vulgaire réfugié dans un de leurs camps immondes, qui gâtera les petits dans la nuit du 5 décembre ? Père Fouettard ?

Charles Michel, qui avait réussi à fermer la porte aux questions communautaires, va voir celles-ci rentrer par la fenêtre ou plutôt par la cheminée.

En effet, le maître de la Flandre, Bart De Wever, soutient mordicus le maintien de la tradition du Zwarte Piet. Alors que tout ce qui compte de politiquement correct au sud demande son interdiction.

Ne reste qu’une solution avant que le gouvernement ne saute : embarquer Saint Nicolas dans la valise diplomatique. Et ne pas oublier de percer des trous pour qu’il arrive plus ou moins en bon état !

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EN MÊME TEMPS

Pendant la campagne présidentielle, on s’est beaucoup moqué du tic d’Emmanuel Macron, truffant ses discours de « en même temps ». Qui trop embrasse mal étreint, prédisait-on. Il dit tout et son contraire ! Or, l’expression de Macron était peut-être tout simplement la traduction française de la formule qu’on enseigne dans les écoles de commerce et de gestion : privilégiez le « win-win ».

Le win-win est devenu le remède à tous nos maux, plus seulement dans la vente d’aspirateurs. En politique, Churchill avait galvanisé la population britannique face aux nazis en promettant « du sang et des larmes ». Depuis, cette méthode est passée de mode et détruit qui ose l’employer. On a vu le sort des politiciens grecs quand ils ont tenté de convaincre leurs citoyens de se serrer la ceinture et le reste avec un revolver (euro-allemand) sur la tempe. Balayés. Comme Gorbatchev avec sa « glasnost » lorsqu’il a voulu rendre le régime communiste transparent. En voyant à quoi ressemblait vraiment leur société et leur économie, les Russes l’ont immédiatement éliminé, lui et son parti.

De nos jours, il faut que l’électeur se sente gagnant pour que l’homme ou la femme politique le soit aussi. C’est ça le truc magique de Macron. Les riches vont être plus riches et vous, les pauvres, vous le deviendrez aussi grâce au ruissellement d’or d’en haut vers en bas.

Cette même théorie qu’il tente de fourguer maintenant aux Allemands. Plus de pouvoir aux autorités européennes, c’est « en même temps » plus de prospérité pour tous les pays de l’Union. Ce qu’on traduit à Berlin par : plus de taxes en Allemagne, plus d’argent allemand se perd dans les poches trouées des états du sud et de l’est de l’Union.

La formule du « en même temps » gagnant s’est mondialisée. En Birmanie, les dictateurs militaires ont réussi « en même temps » à glisser Aung San Suu Kyi au gouvernement et à poursuivre la répression cruelle des Rohyngias.

En Arabie saoudite, les femmes ont désormais le droit de conduire leur bagnole mais, en même temps, l’obligation de porter le niqab – la preuve va être assez vite apportée que les femmes tuent plus que les hommes au volant.

Chez nous, aussi le « en même temps » a été adopté par le gouvernement Michel. « Nous menons une politique migratoire ferme mais humaine » a déclaré le premier ministre devant un portrait de Théo Francken, entouré de bougies. « Humaine » parce que nous ouvrons nos parcs aux réfugiés. Et ferme puisque, avec l’arrivée de l’automne, nous les renvoyons dans les prisons du Soudan chauffées aux fers rouges.

Pourquoi Charles Michel n’appliquerait pas aussi cette règle à son secrétaire d’état ? Humain : il ne renvoie pas Théo en Flandre. Ferme : il intervertit ses fonctions avec celles de Pieter De Crem. Pieter qui ?

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CRIS ET CHUCHOTEMENTS

Après l’explosion, le pire est le silence. Le silence, c’est le néant. Il faut refuser le silence, ne pas le laisser s’installer de peur qu’il nous étouffe comme dans un linceul. Maintenant, nous avons besoin de bruit, de musique, de paroles. Du doux murmure des baisers, des mots d’amour, du froissement coquin des tissus. Pas d’invectiver, d’asséner, de sermonner. Non. Mettons-nous à chuchoter, susurrer, gazouiller, caresser, et rire. Surtout rire. Le rire est le propre de l’homme. De l’homme civilisé. L’antidote de la barbarie. Rester debout, droit, face au vandale et ne se plier que pour rire.

« Je jouissais de ce rire comme un chien à qui l’on a donné des coups mais qui reçoit maintenant des caresses » (Joyce Carol Oates), ce qui n’est pas sans rappeler « Je me hâte de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais).

Du bruit comme s’il en pleuvait, s’il vous plaît ! Il faut chanter, se parler, dans toutes les langues de la terre, parler avec les mains et les yeux, se faire du pied (mais doucement, j’ai de nouvelles chaussures !) Mais il faut arrêter de parler de mort, de deuil. Le deuil sied à Electre, pas à Manneken Pis !

Vous allez voir de quoi on est capable, en Belgique, quand on nous bouscule. On va même cesser de se disputer – un court moment- et se parler entre nous, comme si on était enfin tous bilingues, multilingues et cosmopolites et qu’on avait des choses à se dire et surtout à accepter d’entendre. On va débattre ce qui signifie que, pour une fois, on va se mettre à écouter les autres. Bon, après, bien sûr, on reprendra nos habitudes comme un cheval finit toujours par retourner à son écurie même si son maître le maltraite. Mais, autant profiter de ce court moment sans obscénités, sans diktats, sans injures. Un entracte où on n’entendra plus des politiciens qui n’ont rien compris à la démocratie nous asséner leurs petites phrases mortifères genre « Mon cœur saigne » ou  « Je pense qu’il n’y a pas de minorité francophone en Flandre, il y a des immigrants qui doivent s’adapter. On demande cela à des Marocains, des Turcs. On ne leur dit pas: ‘Vous êtes nombreux, donc l’arabe va devenir une langue officielle. » On oubliera aussi « Quand les dégoûtés s’en vont, restent les dégoûtants ». Les auteurs de ces « bons mots » sont un Wallon, un Flamand, un Bruxellois.

Je vous parie qu’on va dialoguer, échanger des mots, des feintes, des vannes, réagir par des sourires. On va se sentir complices, se rendre compte que, on avait failli l’oublier, on est drôlement proches les uns des autres, on aime la même confiture, on partage la même mayonnaise sur les frites, on a la même opinion du Standard, les mêmes préjugés à l’égard du fisc, des flics et des fonctionnaires. La même ironie vis-à-vis des Français et des Hollandais. Et de nous-mêmes. La preuve que nous ne sommes pas seulement un pays; nous sommes aussi une nation. Pas seulement dans la dérision. Mais aussi dans le dérisoire.

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