TOP JOB

Et de se battre comme des jeunes chiots pour décrocher un « top job » … 

Pour parader à la tête du carrousel européen, c’est à qui décrochera la floche. Ursula von der Leyen est prête à enterrer le pacte vert et à s’associer à la redoutable diablesse de Meloni (la descendante du parti de Mussolini) pour sauver son beau fauteuil de présidente, avec la même absence de scrupules que le minable Eric Ciotti en France pour garder son siège en donnant le baiser de la mort aux descendants du parti de Jean-Marie Le Pen. Mais que donner en échange ? Pour vendre son âme, il faut en avoir une…

On nous avait répété qu’après la chute du Mur de Berlin, les idéologies étaient mortes. Mais à ce point… Macron avait habilement joué sur ce registre en 2017 en prétendant qu’il n’y avait plus ni droite ni gauche – mais seulement lui. Sept ans plus tard, on se rend compte des dégâts. 

Les citoyens ont envie et besoin d’un souffle et pas seulement de réformes socio-économiques. Ce qui est une des explications du succès des partis qui agitent des programmes irréalisables et catastrophiques pour leur pays mais qui donnent aux électeurs l’impression que leur monde va changer : expulsion des immigrés, haine des autres, c’est la rengaine la plus facile à susurrer pour se faire élire, Vlaams Belang, Front national, PVV, AfD, Fidesz, Fratelli d’Italia. Que la recette est simple, saperlipopette !   

Ce n’est donc pas pour mettre en œuvre des idées nouvelles que l’on s’arrache les top jobs dans la capitale de l’Europe. Dire qu’il y a même des candidats qui se disputent âprement pour succéder à Charles Michel ! Or, à part l’impressionnante mention sur leur carte de visite de « président » à quoi a donc servi le job de notre ex-Premier ? A tenir l’agenda des réunions des chefs d’état (vous êtes libre vendredi prochain ? Ah ! Mais le président lituanien est au baptême de son fils et le premier ministre allemand en visite en Corée. Jeudi alors ? Non, Macron fait une conférence de presse). Et à voyager interminablement tout au long de la planète pour figurer sur la photo qui sera oubliée deux jours plus tard. Que retiendra-t-on de la présidence de ce pauvre Michel, sinon le sofagate ? 

Ursula von der Leyen avait bien commencé, bien mieux que ses deux piètres prédécesseurs, mais que de renoncements à la fin pour se faire réélire… Ne parlons pas de Josep Borrell, le « haut représentant pour les affaires étrangères » qui n’a pas contribué à régler une seule des crises de son quinquennat, même la réunification de Chypre, pourtant état européen toujours déchiré par l’occupation turque. 

Top Gun sert à former des pilotes, ce qui devient utile par les temps qui courent. Mais décrocher des top jobs, à quoi ça sert s’ils ne permettent pas de sauver la planète, même pas la vie d’un seul homme ?

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20000 BACI

Pourquoi j’aime l’Italie ? Parce que Claudia Cardinale, Sophie Loren, Lucia Bosè, Ottavia Piccolo, Stefania Sandrelli, Giulietta Masina, Valeria Bruni-Tedeschi. 

  Pourquoi je n’aime pas l’Italie ? Parce qu’une bonne partie des Italiens ont élu et aimé Berlusconi pendant vingt ans.

Pourquoi j’aime l’Italie ? A cause des 24.000 baci d’Adriano Celentano, de Paolo Conte, de  Verdi et Puccini et que l’italien est la plus belle langue du monde. 

Pourquoi je n’aime pas l’Italie ? Parce qu’une bonne partie des Italiens ont élu et revendiqué Mussolini pendant vingt ans.  

Pourquoi j’aime l’Italie ? Parce que c’est le plus beau pays du monde, parce que la Toscane, les Pouilles, l’Ombrie, Turin, Naples ou Rome, parce que sa botte plonge dans la mer jusqu’à la taille et qu’on y mange 1.300 sortes différentes de pâtes.

Pourquoi je n’aime pas l’Italie ? Parce que ses promoteurs dévorés par la soif de l’argent, le cynisme et la corruption ont dévasté des villes entières, rasé des campagnes magnifiques, pour les remplacer par du béton.

Pourquoi j’aime l’Italie ? Parce que le cinéma italien a été le plus créatif, le plus tendre, le plus drôle de l’après-guerre jusqu’à ce que Berlusconi s’empare des commandes de l’audiovisuel de la péninsule, à cause des œuvres folles de Fellini, des comédies douces amères de Dino Risi, de Mario Monicelli, que Vittorio Gassman, Alberto Sordi, Marcello Mastroianni, Nino Manfredi et toutes les dames déjà citées ont incarné à la perfection des modèles d’humanité, de tendresse, des personnages pleins de défauts et de tendresse, d’aspiration et de défaillances, qu’en s’identifiant à eux pendant deux heures, on s’est senti plus vivants, plus heureux. Et qu’on croise les doigts pour que Nanni Moretti, continue longtemps encore à nous enchanter. 

Pourquoi je n’aime pas l’Italie ? Parce que la télé italienne, propriété privée de Berlusconi, a détruit toutes ces valeurs, balayé cette poésie, banni l’humour, imposé la vulgarité, le bling-bling et le bunga-bunga. 

Pourquoi je n’aime pas l’Italie ? Parce que Berlusconi a, le premier en Europe, coupé le cordon sanitaire et ramené les fascistes au pouvoir, détruit de l’intérieur les valeurs de la démocratie, ce qui a conduit à une première ministre issue du moule mussolinien et à ses comparses, Salvini et tutti quanti. 

Pourquoi j’aime l’Italie ? Parce que le fascisme n’a jamais été mieux combattu que par les Italiens, notamment ses écrivains, Ignazio Silone, Natalia Ginzburg, Primo Levi ou Carlo Levi (dont le récit de l’exil forcé au fond de la Campanie est une parfaite radiographie du mal mussolinien), parce que Mario Soldati et Lampedusa (« Le Guépard »), deux des plus magnifiques écrivains du siècle dernier. Et parce que l’Italie a donné à la Belgique quelques-uns de ses meilleurs citoyens et citoyennes, dont la reine Paola.

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LES ENFANTS MAUDITS DE NAPOLEON

  Il y a un mystère Napoléon. Pourquoi Hitler, Staline, Gengis Khan sont-ils définitivement considérés comme des monstres sanguinaires mais pas Napoléon ?

  Un peu partout dans le monde, des clubs, des écrivains, des collectionneurs continuent d’alimenter le culte du vaincu de Waterloo. Je suis certain que Napoléon a plus de fans qu’Einstein, Martin Luther King et Louis Pasteur réunis. 

  Cette semaine encore, un admirateur russe de l’empereur, historien honorable, a manifesté son enthousiasme pour le grand homme en découpant en morceaux sa compagne – elle-même groupie de Napoléon- en autant de morceaux que l’avait fait leur héros avec l’Europe il y a deux siècles. 

  Ce qui montre les dégâts que peut engendrer une dictature pourtant battue et éliminée de la carte politique longtemps après sa disparition. Il n’y a pas qu’à Saint-Pétersbourg que la folie des tyrans de la belle époque continue de contaminer nos contemporains, un peu comme la maladie qui a frappé les archéologues découvrant le tombeau de Toutânkhamon avant de tomber comme des mouches. 

 On voit ces temps-ci l’effloraison des graines semées par les régimes les plus odieux de l’histoire.

Qui aurait pu penser que le premier parti d’Italie clamerait son admiration pour Mussolini alors que ses électeurs ont été bercés par des cinéastes, des écrivains, qui ont démonté l’horreur de ce régime et les dégâts qu’il a causés pas seulement sur les âmes, mais même sur l’économie du pays ? Bassani, Silone, Ginzburg, Primo Levi, Carlo Levi, Monicelli, de Sica, les Taviani, réveillez-vous, ils sont devenus fous !  

Et voyez les dernières élections en Allemagne, en Espagne.  

 Ainsi que chez nous, en Flandre, où a vu débarquer au parlement une tripotée de jeunes néo-fascistes, la bouche en coeur. Pour les combattre, le nouveau ministre-président (qui s’est approprié le portefeuille de la culture) n’a rien trouvé de mieux que d’étouffer financièrement artistes et créateurs. Ces artistes qui ont fait briller la Flandre dans toute l’Europe. Le « canon » flamand brandi il y a quelques semaines est déjà dans les patates ! Seul espoir, que ses collègues ne se laissent pas enfumer par le Jambon ! 

    Avec l’accélération de l’amnésie politique, on n’ose pas imaginer à quoi ressemblera le deuxième mandat du président Trump ! Pour autant que la littérature serve encore à réveiller les lecteurs, on conseillera de lire cette joyeuse et terrifiante uchronie de Philip Roth « Le Complot contre l’Amérique ». 

On en profitera pour vous faire acheter aussi le plus beau roman italien de cette année, « Tous, sauf moi » de Francesca Melandri, superbe plongée dans le Rome actuel (confrontée à l’immigration) avec en parallèle le souvenir de la conquête barbare de l’Ethiopie par les troupes du Duce. Le tout à glisser sous le sapin !  

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TRESSES, ETC

 Que la vie était paisible lorsque la terre était plate et que le soleil et les autres planètes tournaient autour de la terre ! Il a fallu que Copernic puis Galilée jouent aux quilles pour que tout le système solaire se transforme en bowling géant et que les problèmes commencent à s’accumuler. Vous remarquerez que la naissance de l’imprimerie coïncide, à vingt ans près, avec celle de Copernic. Ce n’est pas un hasard. Le désordre du monde n’est-il pas, pour un certain nombre de gens, la conséquence du développement des media ?

   Galilée ne s’y est pas trompé. Il est passé à la postérité pour avoir lancé la première punch line qui a fait le tour du monde : « Et pourtant, elle tourne… » 

   La mondialisation d’une info – ou d’une opinion – bien avant la création d’internet et des réseaux sociaux…

   Depuis ces déclarations maudites, la planète bleue s’est mise à foncer à plus de 107.000 km /h. et le soleil à plus de 700.000 km/h. 

   Pourquoi s’étonner alors qu’ici-bas, les gens sont devenus fous, violents, déprimés, déséquilibrés ? 

   On dit souvent que les medias ont une lourde responsabilité dans la perception que nous avons des excès qui se commettent dans le monde et qu’ils contribuent à les accentuer. Hitler, Mussolini, Staline auraient-ils jamais emporté l’adhésion de leurs peuples sans leurs services de propagande machiavéliques ? S’ils n’avaient pas été filmés par des chaînes de télé en continu, relayés par des réseaux sociaux hystériques, les gilets jaunes auraient-ils réussi à manifester semaine après semaine depuis près d’un an ? Trump aurait-il été élu s’il n’était pas déjà une star du petit écran ? 

    Ceci pour dire que les braves Demotte et Bourgeois auront un gros effort à faire pour exister. Pour l’instant, ils sont largement écrasés par Shakira et Katy Perry, respectivement 52 millions de fans et 22 millions de followers. Oufti ! 

  Mais les medias ont, c’est vrai, la tentation de mettre en avant ce qui ne va pas en considérant que des informations positives n’intéresseront pas leurs lecteurs, auditeurs ou spectateurs. Or, un même sujet peut être traité de façon dramatique ou constructive. Pourquoi croit-on que les citoyens préfèrent le masque du tragique ? 

Prenons le cas de Greta Thunberg, représentée de façon systématique tirant la gueule en invectivant les responsables politiques. Il y a une autre façon de parler d’elle. Oublier cette histoire polémique du climat, qui fout les jetons, et plutôt mettre en avant le fait qu’une ado suédoise s’exprime aussi bien et aussi facilement en anglais. Quel exemple pour les jeunes wallons et bruxellois qui prétendent avoir tant de mal à assimiler la seconde langue nationale.

Le don des langues n’entre tout de même pas par les tresses, si ? 

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KIRK FOR EVER

Happy Birthday, Kirk ! Né de parents immigrés, qui ne parlaient pas un mot d’anglais à leur arrivée aux Etats-Unis, Kirk Douglas restera pour l’éternité le modèle de l’Américain idéal, prêt à se battre seul contre tous pour la liberté, la démocratie, la tolérance, la culture. Il a lui-même produit plusieurs des meilleurs films dans lesquels il incarne ce genre de personnage, prêt à tout pour défendre ses valeurs, Spartacus, Les Sentiers de la Gloire, Règlement de comptes à OK Corral.

Pour l’éternité ? Pas sûr. Kirk qui ? me demandait une jeune avocate quand j’évoquais les Sentiers de la Gloire. Et de quels Sentiers parles-tu ?

Pendant la campagne électorale, Kirk Douglas, qui s’est battu contre Trump a raconté qu’il se rappelait des réactions de beaucoup de gens à l’arrivée d’Hitler au pouvoir (il avait seize ans). « Pendant près d’une décennie, on s’était moqué de lui. On le considérait comme un bouffon dont le nationalisme haineux n’emporterait jamais l’adhésion d’un peuple instruit et civilisé. » Or, voilà qu’en entendant un discours prononcé par Trump dans l’Arizona, ses mots lui ont fait « froid dans le dos, à lui, et à sa femme, Anne, qui a grandi en Allemagne, des mots qui semblaient tout droit sortis de 1933 ».

« Un peuple instruit et civilisé ». Retenez ces mots. Il y a quelques jours, un professeur de sciences politiques de l’ULB m’a avoué qu’une partie de ses étudiants n’a jamais entendu parler de Mussolini et certains même de Hitler. Heureusement que cette chère Pisa a interrogé les ados de quinze ans plutôt que des étudiants universitaires, sinon quelle serait la place de la Belgique dans son classement ?

Emmanuel Macron a dangereusement surestimé les électeurs français en s’écriant : « cette primaire, c’est OK Corral ! » A part les vieux abonnés du Ciné-club de Minuit, qui l’aura compris ? J’exagère ? Reprenez une tranche du rapport Pisa. L’état des connaissances de nos jeunes est dur à digérer même pour la sémillante ministre par Marie-Martine « Belles Crolles » Schyns qui croit fermement en l’avenir de l’humanité en générale et des jeunes pousses wallonnes de quinze ans en particulier.    

Mais, la matière grise semble dans nos régions suivre la pente dangereuse de nos matières premières : la veine s’épuise. Savoir qui est Kirk Douglas ne sert à rien. Pas plus que d’avoir une idée sur la Blitz-carrière du Führer. Pour la plupart d’entre nous, les maths ne servent pas non plus à grand-chose. Ni la théorie des quanta ou le tableau de Mendeleïev. Pas plus que ceux de Picasso ou de Hopper. Sauf que c’est avec tous ces savoirs et ces émotions inutiles qu’on fabrique « un peuple instruit et civilisé ». Un être humain, c’est beaucoup d’eau, une goutte de vin et plein de choses inutiles. Sans ces choses inutiles, il devient un robot.

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POURQUOI J’AIME L’ITALIE

  Je peux vous dire pourquoi j’aime les socialistes wallons, les marches militaires, les films d’horreur muets allemands et les polars mexicains. Mais pourquoi j’aime l’Italie …

Faisant le bilan des années de dictature, juste après la guerre, Elsa Morante écrivait : « Mussolini est un homme médiocre, une brute, étranger à la culture, à l’éloquence vulgaire et facile ». Les comparaisons historiques sont toujours inexactes et trompeuses mais n’est-il pas troublant que Berlusconi ait répété pendant la campagne électorale, en célébrant la journée de l’Holocauste, qu’il y a beaucoup de bonnes choses dans les réalisations du Duce ?

Morante disait aussi : Le peuple italien s’est-il rendu compte des crimes de son chef ? Bien sûr, presque toujours le peuple italien est prêt à donner ses voix à celui qui a la plus forte voix plutôt qu’à la justice. Si on lui demande de faire le choix« entre son intérêt personnel et son devoir, même en sachant ce qui doit être son devoir », il choisit toujours son intérêt. « Un peuple qui tolère les crimes de celui qui est à sa tête, concluait-elle, devient complice de ces crimes. »

Et pourtant, même si j’adore la Morante et que je n’oublie pas près d’un quart de siècle de fascisme, j’aime l’Italie.

On dit souvent que les dirigeants d’un pays sont à l’image de ses habitants. L’histoire de l’Italie d’après-guerre est elle aussi inquiétante, d’Andreotti à Berlusconi. Au point qu’on peut se demander si les Italiens n’ont pas choisi de faire mentir le cliché en se donnant des chefs qui ne sont pas leurs miroirs mais leurs repoussoirs, comme dans le théâtre de marionnettes, justement une spécialité locale, l’opera dei pupi. Les hommes politiques italiens ne ressemblent-ils pas aux fantoccini, les marionnettes à fil, maniées en coulisses par leurs montreurs ?

Dans un pays aussi morcelé que l’Italie, aux pouvoirs encore plus éclatés que la Belgique, n’est-ce pas plutôt la culture qui est le reflet de son peuple ? Et sa cuisine ? Et ses paysages ? Vu à travers son cinéma, l’Italie a tout de même une sacrée gueule quand elle prend le masque de Nanni Moretti ou de Vittorio Gassman, de Mastroiani ou de Sordi. Ou celles de ses sublimissimes stars, Stefania Sandrelli (ah !), Monica Vitti (ah !), la Masina, la Martinelli, la Massari. Au passage, allez donc admirer la magie du cinéma italien dans le plus dingue musée du cinéma du monde à Turin.
L’air a une autre saveur à Rome, les églises un charme délirant à Lecce et à Notto. Et je préfère éviter les clichés à propos de Venise. Ils sont tous en dessous de la vérité. Même la pluie y est plus douce que le vin.

PS : le plus fantasque mais peut-être le plus pertinent et passionnant romancier italien, lisez Mario Soldati, dont les éditions du Promeneur sont en train de rééditer toute l’œuvre.

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