COP 65 ET DEMI

  Voilà que se profile la COP 65 et demi. Pour la première fois, elle se réunit dans l’espace. Il faut dire qu’il n’y a plus beaucoup de villes sur terre capables d’accueillir la grand-messe du climat. Après soixante-cinq COP organisées aux quatre coins de la planète, au cours desquels les mêmes participants ont répété les mêmes discours, est née l’idée de regarder les questions climatiques d’en haut. En contemplant l’ex-planète bleue (devenue orange), on espère que les dirigeants politiques éprouveront un électro-choc salutaire. Qui permettra enfin de sauver ce qui peut encore l’être. Pas grand-chose pour être honnête. L’étendue des dégâts, je ne vous dis pas. Vous pleureriez toutes les larmes de votre corps si la sècheresse n’avait pas supprimé les glandes lacrymales chez les nouveau-nés depuis trois générations. En contrepartie, on observe que certains naissent avec des palmes. Les lois de Darwin sont impitoyables…

L’humanité sur le point de retourner à la mer d’où elle est sortie jadis ? Après tout, les cétacés avaient déjà abandonné la terre ferme pour retourner aux océans et ils nous disent en être assez satisfaits. Faut parfois voir le verre à moitié plein…

Pour la première fois, c’est la Belgique qui joue l’hôte de la COP, ou plutôt ce qu’il reste de notre pays, qui tient tout entier dans l’immense station spatiale Brol, lancée juste avant que le signal de Botrange, qui était devenu notre capitale au fur et à mesure de la montée des eaux, soit à son tour couvert par la mer. 

La mise sur pied de la conférence a été un sacré casse-tête. Lors de son lancement, Brol a été soigneusement divisé entre les trois ex-régions (la communauté allemande a eu droit à un placard mais avec hublot). Pas moyen de s’accorder sur le lieu des réunions plénières. Les Flamands exigeaient qu’elles se tiennent dans leur somptueux auditoire sous peine de larguer les modules wallons et bruxellois – qui sont alimentés, il est vrai, par les Flamands. Les négociations risquant de prendre plus de temps que le réchauffement climatique, la vieille Greta Thunberg, toujours vaillante malgré la disparition de la Scandinavie, a fini par taper du poing sur la table. Quand elle a lancé, ses petites lèvres serrées, « How dare you ? » en dardant son regard de feu, tout le monde a obtempéré. 

Après, ça a été le chaos. Chaque continent, chaque pays, exigeant d’être sauvé en priorité. 

  « L’Afrique avant la France, vous rigolez ? » s’est exclamé le président Justin-Léon Zemmour jr, aussitôt expulsé à l’unanimité du vaisseau spatial. 

On a fini par signer un compromis. En redescendant sur terre, on lancerait sur les eaux un navire, sorte d’Arche de Noé, où prendraient place deux citoyens et citoyennes par pays. 

La Flandre exige deux places pour elle seule, dit le président flamand avant d’être à son tour jeté dans l’espace. 

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CHER EMMANUEL / CHER CHARLES

Cher Emmanuel,

Ce petit mot pour saluer votre prestation de l’autre soir. Vous avez réussi en douze minutes à faire sauter les règles budgétaires européennes qui forment la base même de la monnaie unique et qui étranglent la plupart de vos voisins sans que vos petits déshérités ne vous en remercient. Au contraire. Ils prennent vos annonces pour la misérable aumône d’un fêtard à un SDF. Il ne vous reste plus qu’à quitter l’euro. C’est Madame Le Pen qui va en tirer une tête quand vous annoncerez que vous revenez au franc français !

Cher Charles,

Un conseil pour éviter la contagion dans votre beau pays: soignez vos Témoins de Jéhovah et autres membres de l’Armée du Salut. Ils ont beaucoup de points communs avec la Troupe des Gilets Jaunes de chez nous. Ils défilent en se lamentant sur leur sort, lancent des imprécations contre ceux qui détiennent le pouvoir sur terre tout en promettant un avenir meilleur grâce aux interventions de l’au-delà. Entre temps, ils mendient. C’est toujours ça de gagné (pour eux, pas pour moi). La seule différence entre ces groupes, c’est que les envoyés du Ciel sonnent poliment aux portes sans même encombrer les trottoirs alors que les miens bloquent les rues et démolissent les centres-villes. La France a peut-être eu tort de devenir un pays laïc.

Cher Emmanuel,

Je vous envie : vous n’êtes soutenu que par un seul parti (et encore, il est traversé de doutes), les media vous rejettent, la grande majorité de vos concitoyens vous conspuent mais personne ne peut vous obliger à rendre le pouvoir. Vous êtes solidement installé à l’Elysée jusqu’en 2022 alors que moi, j’ai le soutien de trois partis, la presse est plutôt sympathique, personne ne défile dans les rues pour me couper la tête et je me retrouve au tapis. Si vous pouviez me glisser le mode d’emploi ?

Cher Charles,

C’est moi au contraire qui vous envie. En France, quelques centaines de pauvres types bloquent çà-et-là des ronds-points et tout l’hexagone médiatique leur fait la fête en répercutant en direct permanent le moindre de leur borborygme alors que chez vous, plus de soixante mille citoyens défilent pour le climat sans que vous ne vous sentiez obligé même de respecter les engagements que vous avez pris lors de la COP 21 à Paris.
On dit que la source de tous mes maux vient de ce que je concentre trop de pouvoirs entre mes mains. Pour desserrer la pression, j’envisage de transférer une partie de mes compétences aux régions et de reconnaître leurs langues. Diviser pour régner vaut mieux que l’union fait la force.


Cher Emmanuel,

Prenez garde, malheureux ! Avec trois régions, trois communautés et je ne sais plus combien de gouvernements, chacun n’en fait qu’à sa tête (et se moque de la mienne).

Cher Charles,

Et si on appelait Angela à l’aide ?

Cher Emmanuel,

Plutôt Poutine !

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