VIEUX COUCOUS

   Venu de Madrid et en route pour Lisbonne, le président Zelensky a fait escale à Bruxelles au début de cette semaine. C’est le problème des vols low cost : la compagnie ne choisit pas la ligne la plus directe mais l’escale la moins chère. Petite compensation, l’éminent passager a été autorisé à quitter la cabine pendant quelques heures, le temps de faire un peu de shopping dans le centre de la ville et de serrer la pince d’Alexandre De Croo, qui lui offre comme à chacun de ses voyages son plus charmant sourire – pas grand-chose de plus, sorry mais on est un peu serré pour le moment – et de saluer le roi Philippe qui a suggéré de livrer à l’Ukraine l’ensemble des plantes carnivores des serres de Laeken, une arme que les Russes ne sont pas préparés à affronter. 

Question shopping, le président ukrainien a découvert que la Belgique est la patrie de la seconde main et de la brocante. Après l’envoi des casques des militaires à la retraite ainsi que le brol qui encombre le musée de l’Armée en liquidation et qu’on ne savait où ranger, notre redoutable ministre de la Défense, Ludivine De Donder, a promis voilà des lunes le sacrifice suprême de livrer quelques-uns de nos F-16. Mais seulement lorsque nous aurons reçu nos nouveaux joujoux, des F-35 (commandés il y a six ans). 

Pourquoi ne pas livrer immédiatement ces nouveaux appareils à l’Ukraine ? Ah non ! Nos jets flambant neufs doivent protéger notre sol national. Tiens ? Je croyais naïvement que c’était justement l’Ukraine qui assurait la défense de l’Europe contre notre principal ennemi. Et à quel prix ! Contre qui allons-nous alors lancer nos avions flambant neufs ? Contre le Vlaams Belang, la seule force qui menace notre territoire ?  

Contentons-nous donc des F-16 a soupiré Zelensky. Je peux les emporter là, tout de suite ? Justement on m’attend à Zaventem. 

Désolé, a tranché Ludivine. Bien sûr, ils sont à vous. Mais il faut d’abord qu’on les retrouve et qu’on les reconstitue. On ne sait plus très bien où on les a fourrés. Depuis le temps, vous pensez. Et puis, il faut remettre les pièces en place.  Mais, ne vous en faites pas, on est des grands spécialistes du puzzle dans notre pays.

Quand ? A qui vous offre un cadeau, on ne se montre pas aussi insistant, M. Zelensky. Un peu de savoir-vivre, je vous prie. Voyons l’agenda. On a besoin de quelques appareils pour le défilé du 21 juillet, puis pour les fêtes du passage à l’an neuf, puis pour saluer la constitution du nouveau gouvernement, ce qui soi dit au passage peut prendre du temps, beaucoup de temps. Mais après, s’il reste encore quelqu’un de vivant dans votre coin, ce qui reste des F 16 est à vous. Pour le kérosène, le plus proche fournisseur, ça tombe bien, ce sont vos voisins, les Russes. On dit merci qui ?   

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GIL & JAUNE

Quelle mouche a donc piqué Monsieur et Madame Gil & Jaune de se les geler en plein hiver, en installant un campement de fortune, la nuit devant une station service déserte, au milieu de nulle part, sur une route du Hainaut ou de Liège, en se frottant leurs petites mains glacées devant un brasero qui peut les faire exploser à tout moment ?

Après avoir interrogé des psychiatres, des sociologues, des politologues tous éminents experts qui avouaient leur incompréhension devant cet étrange phénomène, qui rappelle les suicides collectifs des membres de certaines sectes, je crois avoir élucidé la cause du mal : le couple Gil & Jaune est fan de TF1.

Non pas d’un bête épisode de Téléréalité explorant les limites de la résistance humaine, ni d’un jeu concours récompensant le geste le plus bête de l’année. Non du très sérieux journal télévisé.

TF1 n’ayant à ce jour belgiciser que ses pubs et non ses infos, ce pauvre couple a cru comprendre que la Belgique n’existe plus, qu’il vit désormais dans un département français, situé au-delà de Risquons-Tout, la bien nommée. Un territoire sur lequel s’applique la loi française.

Les images montrant brièvement le président Macron avec le roi Philippe et Charles Michel pouvaient laisser croire à une passation de pouvoirs. Eh bien, détrompez-vous, Chers Gil & Jaune, il n’en est rien. Bart De Wever s’est battu comme un beau diable pour empêcher ce coup de force et garantir l’indépendance de notre royaume. Les lois françaises s’arrêtent à la frontière, comme jadis le nuage de Tchernobyl.

La surtaxe carburant, censée contribuer à la lutte contre la pollution, n’est pas applicable en Belgique. Et elle ne risque pas de l’être, pas plus que toutes autres mesures en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, tant que notre petit royaume comptera autant de ministres chargés de l’environnement qu’il y a de portefeuilles à distribuer entre mandataires politiques. Ce n’est pas la première fois. On se rappelle des cafouillages lors de la COP 21 à Paris, où la Belgique a été incapable de s’entendre sur la répartition des efforts entre régions (ce qui lui a valu de recevoir le « Prix Fossile du Jour ») et il y a quelques semaines lors de la signature d’une déclaration commune des trois pays du Benelux dont la Belgique a fait retirer à la dernière minute, d’après plusieurs ONG, les objectifs climatiques chiffrés à long terme pourtant convenus pendant les négociations, rendant cet accord un pur vœu pieux.

Il faut sauver Gil & Jaune. Les empêcher de poursuivre leurs dangereux bivouacs dans le froid et les émanations de pétrole. Car les soins qu’ils vont faire rembourser par la sécurité sociale, avec les taxes de qui, on va les payer, croyez-vous ?

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