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LA VIE EST UN ROMAN

Commençons par un jeu. Qui a dit : « Si c’était vrai, cela ne pourrait pas être faux. Et, en admettant que ce fût vrai, cela ne serait pas faux. Mais, comme ce n’est pas vrai, c’est faux » ?

Est-ce Paul Furlan devant sa collection de casseroles ? Stephane Moreau au sujet de ses juteuses rémunérations dans Publifin et officines annexes ? Ou Benoît Hamon à propos de ses contorsions sur l’égalité entre hommes et femmes ou le port du voile dans la région dont il est député ?

La réponse est : Lewis Carroll dans « Alice au Pays des Merveilles » (publié en 1865). Un livre si riche qu’il peut aussi se lire comme un pamphlet sur l’art de discourir de nos politiciens, leur soif du pouvoir, leur folie et leur arrogance. Quand la Reine s’écrie à tout bout de champ : « Qu’on lui coupe la tête ! » le lecteur d’aujourd’hui ne pensera-t-il aussitôt à Trump, Erdogan ou Poutine ?

Et lorsque la Duchesse dit avec un grognement rauque : « Si chacun s’occupait de ses affaires, le monde n’en irait que mieux », ne songe-t-on pas automatiquement une fois de plus à Donald Trump mais aussi à Marine Le Pen ou aux rodomontades de notre secrétaire d’état Théo Francken ?

Il ne faut pas croire que les artistes sont des devins, des émules de madame Soleil. Ils lisent  beaucoup mais rarement dans le marc de café. Ce sont les politiciens qui, à court d’idées cherchent désespérément dans les bouquins, les B.D. et les scénarios quoi dire de neuf à leurs pauvres électeurs. Et qui s’efforcent de ressembler de plus en plus à des personnages de roman ou de films.

Regardez Trump à nouveau. Dans son discours d’investiture, il n’a pas n’hésité à glisser des phrases directement puisées dans les dialogues du film « Batman » de Christopher Nolan.  C’est la harangue de Bane, le méchant du film, qu’il plagie, lorsqu’il s’engage à  transférer le pouvoir de Washington « pour le donner, à vous, le Peuple ! »
On comprend que les ventes de l’angoissant roman de George Orwell « 1984 », qui avaient déjà été boostées par les révélations de Snowden sur l’existence des systèmes mondiaux d’espionnage, aient explosé depuis l’élection du quarante-cinquième président. Il existe en effet une correspondance troublante entre les déclarations de sa conseillère, Kellyanne Conway qui défend l’idée qu’il existe des « faits alternatifs », une autre vérité que la vérité, et G. Orwell lorsqu’un de ses personnages s’écrie : « Le Parti vous dit de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’est son commandement ultime, et le plus essentiel.”

Peut-on suggérer que la légende sous les photos officielles du nouveau patron de la Maison Blanche soit « Ceci n’est pas un président » ? Ce serait un excellent apport de l’art belge à la nouvelle politique américaine.

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ZOMBIES. LE RETOUR

Ce sont les esclaves qui ont apporté jadis dans les Caraïbes le culte des morts vivants, ces êtres maléfiques et terrifiants qui s’en prennent avec violence aux humains. Mais il ne faut pas croire que les zombies ne hantent que l’île d’Haïti. Une partie d’entre eux sont restés dans la brousse où ils continuent d’errer, de faire peur et de persécuter les êtres vivants qui ont le malheur de tomber sous leur coupe. Dans l’ouest du Congo, on les appelle les  Mvumbi et les Nsumbi. Dans la province du Bandundu, le peuple Kongo les désigne en tremblant sous le nom de Nzambi ou de Nzumbi.

Jusqu’ici, on ne les apercevait que dans les campagnes, la nuit, où ils s’en prenaient aux audacieux qui osaient défier la lune et le sommeil. Voilà qu’ils gagnent les villes. Leur équipée spectaculaire et sanglante sur Kinshasa a provoqué d’épouvantables massacres. Se faisant passer pour des membres des troupes présidentielles ou se déguisant en militaires, ils se sont jetés sauvagement sur les manifestants, des civils, des citoyens, qui défilaient sans armes pour faire respecter la loi et la constitution congolaise.

Personne ne peut penser que les troupes régulières d’un président qui se prétend démocratiquement élu se soient comportés avec une telle barbarie. Seuls des Mvumbi et des Nzumbi sont capables de telles atrocités. Ou alors, il faut croire que le président Kabila, victime d’un terrible sorcier, s’est transformé lui-même en zombie, ce que son comportement suggère de plus en plus régulièrement.

De qui alors Kabila jr est-il la réincarnation ? On n’a que l’embarras du choix. L’histoire congolaise n’est faite que de violences. Celle d’une partie des colonisateurs belges dès qu’ils se sont emparés de cette terre merveilleuse. Mais, dès l’indépendance et depuis, un certain nombre de personnages se sont empressé de jouer eux aussi aux monstres, de tuer sans états d’âme pour le profit, le pouvoir ou même pour le plaisir. Allez comprendre la psychologie d’un mort-vivant….

Mobutu a été gagné par la fièvre zombie dès qu’il est monté sur le trône. Le pouvoir est une maladie mortelle et contagieuse. Ses successeurs l’ont prouvé. Ainsi que les barbares qui ravagent l’est du Congo ou les génocidaires hutus installés au Congo.

Ne nous voilons pas la face, à l’heure de la mondialisation, les morts-vivants traversent les continents aussi facilement que les fonds de pension, les multinationales et l’ex-commissaire européenne Neelie Kroes. Ils sont partout, au Moyen Orient, derrière les attentats terroristes chez nous,  excitant les fous de la gâchette aux USA.

Méfions-nous de Trump et de Sarkozy. Avant de leur donner le code de l’arme atomique, exigeons qu’une commission médicale les examine pour vérifier s’ils ne sont pas déjà des morts-vivants comme le murmurent certains initiés.

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VACANCE(S)

Alors que les estivants se lancent sur les routes, beaucoup de citoyens ont du mal à partir en vacances. Il y a ceux qui n’en ont pas les moyens, ceux qui n’en ont pas envie et ceux qui en ont assez. Et qui préfèrent le crier chez eux que sur les plages dorées. Cette année, la mode n’est plus de construire des châteaux de sable mais de les abattre. D’Istanbul à Rio, les bords de mer sentent le gaz lacrymogène plutôt que la barbe à papa.

On a l’impression un peu partout que c’est le pouvoir qui est en vacance…

Les vrais héros s’en vont, laissant derrière eux le même vide mélancolique qu’une villégiature à la fin de l’été. Après Mandela, qui va nous remuer les méninges, bousculer les règles et nous faire rêver de changer la vie ? Barroso, Hollande, Cameron ? Merci ! Dans le rôle de G.O., même le club Med’ a une meilleure politique de recrutement.

Au lieu de boucler un budget de plus en plus désespéré, nos ministres ne profiteraient-ils pas de la trêve estivale pour tenter de retrouver des couleurs ?

Après avoir échoué à réglementer le commerce des armes et le n’importe quoi en matière climatique, Obama est parti se ressourcer en Afrique.

Où envoyer nos excellences ? Les détours de Didier Reynders par le Congo n’ayant pas laissé beaucoup de traces, mieux vaut pour lui (et les Congolais) qu’il change de destination. Un petit saut en Russie ? Il pourra demander à Poutine, qui a l’expérience de vider ses successeurs, le mode d’emploi pour se débarrasser gentiment du p’tit Michel pendant que celui-ci bronze ailleurs et reprendre la tête de son business sans faire de vagues.

Kris Peeters, qui a tout l’avenir de la Flandre et peut-être de la Belgique sur les épaules, aurait jadis eu intérêt à suivre le tour de France. Pour apprendre comment lancer une échappée, à quel moment lâcher ses poursuivants et écraser son plus féroce adversaire dans la dernière ligne droite. Hélas, depuis les progrès des contrôles anti-dopage, quel gâchis ! Il n’y a plus moyen de s’inspirer des rois de la petite reine sur la meilleure façon de l’emporter.

A Bart De Wever, on conseillera de faire pour une fois une infidélité aux Autrichiens et de se promener au Soudan. L’exemple le plus récent de séparation d’une nation en deux états. On ne doute pas qu’au retour de son voyage, il militera activement contre toute tentative de scission du royaume…

A Elio Di Rupo, enfin, on suggérera un détour par l’île de Pâques. Ce qui rend le site si fascinant, c’est moins le regard sombre des gigantesques statues (contemplaient-elles leur feuille d’impôt ?) que leur aspect inachevé. Transformer en attraction touristique merveilleuse un chantier perpétuel, ça c’est un beau projet d’avenir pour le pays…

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LES ETOILES, SO WHAT ?

D’après Shakespeare, « La faute n’est pas dans les étoiles mais en nous ». Répliques fameuse de « Jules César », une de ses innombrables analyses au scalpel du pouvoir.

Mais alors, cet astéroïde qui s’approche de la terre à toutes pompes au risque de la percuter ? Notre faute, comme le reste ? Comme l’économie grecque qui ressemble à cause de nous aux poubelles d’un HLM de la banlieue parisienne, les comptes de la Dexia qui ressemblent au viaduc de Vilvorde vu du du train, le gouvernement italien qui ressemble aux négociateurs fédéraux belges enfermés Dieu sait où apparemment pour l’éternité. Si ça se trouve, ils se sont embarqués dans une capsule spatiale. En route vers l’astéroïde ? Pour l’empêcher de se fracasser sur notre bonne vieille planète ? Pour sacrifier leur vie afin de sauver la nôtre ?

On peut rêver… D’ailleurs,  « nous sommes faits de la même étoffe que les rêves » (toujours Shakespeare). Et, j’imagine, Elio, Wouter, Charles et les autres, itou. Quoique. De temps en temps, on se demande s’ils ne sont pas des extra-terrestres. Déjà qu’ils sont tout verts et que leur parole est à peu près aussi compréhensible et audible que celle des Martiens. Il faut vraiment qu’ils vivent sur une autre planète pour ignorer à ce point ce qui se passe en Belgique, en Europe, dans le monde et même dans notre système solaire.

A propos d’étoiles, il y en a une autre qui va bientôt briller au firmament, celle du champignon atomique que nous préparent, d’après l’agence de l’énergie nucléaire, les fous de Dieu à Téhéran. Et, à en croire leurs déclarations matamoresques, leurs ennemis israéliens.

Qu’on se débarrasse d’un même coup de deux gouvernements insensés, ce n’est pas nous qui allons nous plaindre, nous qui avons réussi à nous en passer depuis un an et demi.

Mais que ces boutefeux fassent le sale boulot de faire sauter la planète à la place de l’astéroïde, juste pour le plaisir de donner raison à Shakespeare, non !

D’ailleurs, comme tout auteur le Barde a dit tout et son contraire. « La faute n’est pas dans les étoiles » a-t-il écrit pour lancer quelques années plus tard, « Ce sont les étoiles, les étoiles là-haut, qui gouvernent notre existence» (Le Roi Lear).
Entre temps, ceux qui vivent quelque part au fond de l’univers, s’ils regardent l’agitation qui règne sur notre petit astre en prime-time sur leur télé juste avant le dîner, ils doivent bien s’amuser et faire exploser l’audimat.

Alain Bereboom

PS : puisqu’on parle de l’état du pouvoir, allez donc voir « L’exercice de l’état », superbe tragi-comédie sur ceux qui nous gouvernent ou ce qu’il en reste, dans une réalisation raffinée et nerveuse de Pierre Schoeller, magnifiquement interprété notamment par Olivier Gourmet et Michel Blanc.

 

CAHIERS DU CINEMA

Le Festival de Cannes célèbre cette semaine quelques classiques d’une étonnante actualité:
« Brève rencontre » : après une brève rencontre avec Gordon Brown, Nick Clegg, leader des libéraux-démocrates s’est empressé de signer une alliance avec les tories… sous le titre « Les liaisons dangereuses ». Churchill, reviens, ils sont devenus fous !
« Le Monstre est vivant » : à l’occasion de l’anniversaire de la fin de la « guerre patriotique », la Russie ressort des marais les portraits de Staline. Reste à effacer les goulags et à brûler livres, films et images des atrocités du p’tit père des peuples. Au secours, Eltsine, ils sont devenus fous !
« Retour vers le Futur » où Olivier Deleuze ressort tel le Belge du tombeau pour refonder le parti Ecolo ; ça promet : assemblées libres incompréhensibles, motions kilométriques recyclables sur papier recyclé, dirigeants de Suez reconduits (en vélo) à la frontière. Comme au temps où les jeunes verts ne priaient pas Jésus. Seigneur, reviens, Javaux est devenu fou !
« Divorce à l’italienne » : Berlusconi vient d’être condamné à payer une pension alimentaire de trois cent mille euros par mois à son ex-épouse Veronica. Supprimer le divorce en Italie, quelle idée folle ! Véronica claque la porte; Fini, son autre épouse, prépare ses malles. Andreotti, reviens, ils sont devenus fous !
« Edouard aux mains d’argent ». Toutes les tentatives pour scinder B.H.V. ayant lamentablement échoué, la botte secrète de la nouvelle majorité, s’appelle Edouard. En deux coups de ciseaux, ses mains d’argent auront vite fait de nous découper ça et on n’en parlera plus ! Dehaene, reviens, ils sont devenus fous !
« L’Impossible Monsieur Bébé » : le casting politique belge s’est spécialisé dans les fils de… (De Croo, Michel, De Gucht, Mathot, etc.) Des génériques qui évoquent la fiction de la « belle époque ». Façon de nous faire prendre les vessies pour des lanternes.
« Vol au-dessus d’un nid de coucous » : l’effondrement des bourses l’a démontré, le pouvoir financier est aux mains d’une bande de zinzins qui jongle avec les zéros aussi facilement qu’un ministre grec. Le « Casino Royale » ressemble de plus en plus à un décor de cinéma abandonné dans les sables. Si l’on songeait à remplacer le Monopoly par un autre jeu de société ? Le Meccano par exemple.
« L’Homme qui voulut être roi ». Les temps sont durs pour les givrés de pouvoir. Brown, Leterme, Merkel, Balkenende, Papandreou, Sarkozy. Ils promettaient les merveilles de la face cachée de la Lune avant de reconnaître qu’elle n’était qu’une triste copie de celle que nous contemplons depuis longtemps : désolée et glacée. S’ils s’intéressaient vraiment à « La vie des autres », peut-être nous sortiraient-ils enfin du « Grand Sommeil ».

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LES SENTIERS DE LA GLOIRE

On ne finira donc jamais de pleurer le départ d’Herman Van Rompuy ? En quelques mois, ce petit homme discret aura réussi à pacifier le pays, faire oublier la crise financière, celle de la planète et, plus fort que tout, l’existence de B.H.V.
Voilà qu’on apprend en plus que nous avons laissé échapper le premier ministre le plus cultivé, poétique et intellectuel de l’après-guerre. A la fois Superman, Brautigan et Robert Aron.
Qu’allons-nous devenir alors que son successeur a choisi plutôt de s’illustrer comme supporter d’une équipe de football en perdition – forcément en perdition?
Imaginons un instant l’histoire inversée : Van Rompuy hantant les travées du Standard en hurlant son amour désespéré des « Rouches » et Yves Leterme discourant sur l’enseignement d’Emmanuel Mounier et des autres « personnalistes » de l’Ordre Nouveau, ces « nouveaux intellectuels » des années trente hésitant entre gauche chrétienne et anti-modernisme réactionnaire ?
Leterme serait-il alors devenu président de l’Europe et Van Rompuy, le Gerald Ford de la politique belge ? Pas sûr…
Notre star politique a eu la prudence de ne pas mettre trop en avant ses goûts philosophiques alors qu’Yveke, qui veut toujours tout faire trop bien, n’aurait pas manqué de souligner son admiration pour Robert Aron et Arnaud Dandieu qui, dans leur livre « Le cancer américain », démolissent le modèle de civilisation nord-américain : « Les Etats-Unis doivent apparaître comme un organisme artificiel et morbide » dont l’esprit souffre « d’une crise de conscience et de virilité ». Ambiance.
A part la référence à la virilité qui devrait l’intéresser, on doute que Sarkozy eût déployé autant d’énergie à soutenir la candidature d’Yveke qu’il a mis à défendre notre discrète éminence.
Yveke n’aurait pas manqué aussi de rappeler, ce que Herman a eu la délicatesse de taire, que ses maîtres, Alexandre Marc ou Robert Aron ont été d’ardents fédéralistes européens. Comme Denis de Rougemont, un des premiers militants de la cause écologiste. Malgré le concert assourdissant de Copenhague, il ne faut pas croire que le message écologique soit plus populaire que le fédéralisme auprès de la plupart des chefs d’états européens.
De son côté, Herman footballeur n’aurait sans doute pas mis le même enthousiasme que notre pauvre Leterme à se faire photographier, revêtu de la défroque des Rouches, entre les frères D’Onofrio et le délicat Axel Witsel. Il aurait attendu la fin de la saison pour décider quelle équipe avait ses préférences.
Ce qui prouve que le véritable maître à penser de notre Herman, quoi qu’il dise, est en fait le roi de Syldavie, Ottokar IV, dont on connaît la devise en forme de haïku : « Eih bennet, eih blavet ».

Alain Berenboom
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