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LA NEF DES FOUS

Trump est fou ? Et alors ? L’histoire est pleine de rois fous, de présidents délirants. Ne le dites pas trop fort mais certains de ces dingues n’ont pas dirigé leur pays plus mal que d’autres soi-disant équilibrés. D’ailleurs, pour des chefs identifiés comme fous, combien d’autres dont on ne savait pas ou dont on préférait ne pas savoir qu’ils avaient une case en moins ?

De tous, Trump n’est pas jusqu’ici le plus atteint. Il n’y a qu’un an qu’il est aux manettes. Le pire est sans doute devant nous.

Certains se moquent de son manque de culture. Taisez-vous, malheureux ! Ne lui donnez pas des idées ! Cela vaut peut-être mieux pour l’avenir de l’humanité. S’il se met à consulter Wikipedia entre deux tweets rageurs, le risque est qu’il s’inspire de plus dingos que lui.

Parmi les meilleurs, le roi de Grande Bretagne George III, dont Nicholas Hytner a tiré un beau film dans les années nonante (adapté de la pièce d’Alan Bennett). Ce souverain dut à la fois affronter la révolution américaine, la crise économique et les guerres napoléoniennes. Autre chose que les bravades de la Corée du Nord. Pas étonnant qu’il ait fallu lui coller dare-dare un régent avant même qu’il ne se prenne pour Napoléon.

Autre bel exemple, le roi de France Charles VI, dit « le Fol » mais dénommé aussi « le Bien-Aimé » ce qui rappelle que les populations montrent une incontestable tendresse pour les fêlés. Le Bien-Aimé écrasa les Flamands à la bataille de Roosebeke où fut tué le chef de la révolte gantoise, Philippe van Artevelde. Au passage, le Fol détruisit par le feu Courtrai juste pour faire un exemple. Etrangement, ce n’est pas cet abominable forfait qui l’a fait entrer dans l’histoire de la folie mais le fait qu’il se mit un peu plus tard à tuer des hommes de son entourage dans une crise de parano. Bon conseil au président américain : bombardez Pyongyang si vous voulez passer vos nerfs mais épargnez vos conseillers si vous voulez éviter une procédure d’ « impeachment ».

Ajoutons à cette liste l’éphémère président français, Paul Deschanel (né à Schaerbeek) qui eut l’intelligence de renoncer à ses fonctions quelques semaines après avoir sauté d’un train en marche parce qu’il trouvait insupportable la chaleur de son compartiment. On ne sait si cette étrange réaction était liée à l’admiration de Deschanel pour Buster Keaton. De toute façon, on déconseillera évidemment au successeur d’Obama d’ouvrir un hublot dans Air Force One si un abus de tweets lui fait bouillir le crâne.

En Belgique, on n’a pas ce genre de soucis. Tout le monde le sait. Il n’y a pas un seul malade mental dans notre classe politique. Ouf !

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JE SUIS SAINT NICOLAS

A l’heure où j’écris, le suspense est total : Saint Nicolas sera-t-il en mesure cette année de descendre dans les cheminées des bambins de Belgique ? Rien n’est moins sûr. Dès son retour d’Afrique, le premier ministre va réunir le kern. D’ores et déjà, Jan Jambon, les jumelles à la main, scrute l’horizon. Celui-là, il n’arrête jamais de courir d’une calamité à l’autre. Quelle idée pour un nationaliste flamingant de s’égarer dans un gouvernement fédéral ! C’est l’enfer. Bart le lui avait dit. Mais il a voulu n’en faire qu’à sa tête.

Récit d’une catastrophe annoncée.

Comme on le sait, notre grand saint vient de Turquie, plus précisément de Patar d’où il voulait s’embarquer. Qu’il oublie le bateau. Le port, célèbre dans l’Antiquité, est devenu un marais. Les rennes ? Dans la Turquie d’Erdogan, les militaires tirent d’abord et réfléchissent ensuite. Dès que l’attelage se pointera dans le ciel immaculé de Lycie, les rennes se feront mitrailler comme de vulgaires partisans de Fethullah Gülen. Hop ! à la casserole !

Reste l’avion ? Oui, mais. Pour quitter l’Anatolie, il faut désormais montrer patte blanche. Pour le dire brièvement, on vous cirez les pompes d’Erdogan ou les ennuis vous dégringolent sur la tête.

Saint Nicolas ne semble pas terriblement hallal. Pour le dire autrement, il n’a pas le profil d’un électeur moyen de l’AKP. Il a plutôt l’air d’un ténor d’opéra enroulé dans le rideau de scène. Or, les artistes, le régime s’en méfie. Comme des intellectuels, des journalistes, des chômeurs, des femmes, etc.

Seul moyen alors pour Saint Nicolas d’arriver à temps, embarquer clandestinement sur une de ces coquilles de noix qui font la traversée vers l’Europe. Avec le risque que les autres passagers, Syriens, Somaliens, opposants turcs, jettent à l’eau ce vieux barbu, qui prend tellement de place avec ses gros sacs pleins de cadeaux et de douceurs alors qu’eux ont tout abandonné sur la grève.

On voit le risque pour le gouvernement. Si le patron des écoliers est jeté dans les geôles turques, qu’il coule en Méditerranée ou que les douaniers grecs ou italiens l’enferment comme un vulgaire réfugié dans un de leurs camps immondes, qui gâtera les petits dans la nuit du 5 décembre ? Père Fouettard ?

Charles Michel, qui avait réussi à fermer la porte aux questions communautaires, va voir celles-ci rentrer par la fenêtre ou plutôt par la cheminée.

En effet, le maître de la Flandre, Bart De Wever, soutient mordicus le maintien de la tradition du Zwarte Piet. Alors que tout ce qui compte de politiquement correct au sud demande son interdiction.

Ne reste qu’une solution avant que le gouvernement ne saute : embarquer Saint Nicolas dans la valise diplomatique. Et ne pas oublier de percer des trous pour qu’il arrive plus ou moins en bon état !

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EN MÊME TEMPS

Pendant la campagne présidentielle, on s’est beaucoup moqué du tic d’Emmanuel Macron, truffant ses discours de « en même temps ». Qui trop embrasse mal étreint, prédisait-on. Il dit tout et son contraire ! Or, l’expression de Macron était peut-être tout simplement la traduction française de la formule qu’on enseigne dans les écoles de commerce et de gestion : privilégiez le « win-win ».

Le win-win est devenu le remède à tous nos maux, plus seulement dans la vente d’aspirateurs. En politique, Churchill avait galvanisé la population britannique face aux nazis en promettant « du sang et des larmes ». Depuis, cette méthode est passée de mode et détruit qui ose l’employer. On a vu le sort des politiciens grecs quand ils ont tenté de convaincre leurs citoyens de se serrer la ceinture et le reste avec un revolver (euro-allemand) sur la tempe. Balayés. Comme Gorbatchev avec sa « glasnost » lorsqu’il a voulu rendre le régime communiste transparent. En voyant à quoi ressemblait vraiment leur société et leur économie, les Russes l’ont immédiatement éliminé, lui et son parti.

De nos jours, il faut que l’électeur se sente gagnant pour que l’homme ou la femme politique le soit aussi. C’est ça le truc magique de Macron. Les riches vont être plus riches et vous, les pauvres, vous le deviendrez aussi grâce au ruissellement d’or d’en haut vers en bas.

Cette même théorie qu’il tente de fourguer maintenant aux Allemands. Plus de pouvoir aux autorités européennes, c’est « en même temps » plus de prospérité pour tous les pays de l’Union. Ce qu’on traduit à Berlin par : plus de taxes en Allemagne, plus d’argent allemand se perd dans les poches trouées des états du sud et de l’est de l’Union.

La formule du « en même temps » gagnant s’est mondialisée. En Birmanie, les dictateurs militaires ont réussi « en même temps » à glisser Aung San Suu Kyi au gouvernement et à poursuivre la répression cruelle des Rohyngias.

En Arabie saoudite, les femmes ont désormais le droit de conduire leur bagnole mais, en même temps, l’obligation de porter le niqab – la preuve va être assez vite apportée que les femmes tuent plus que les hommes au volant.

Chez nous, aussi le « en même temps » a été adopté par le gouvernement Michel. « Nous menons une politique migratoire ferme mais humaine » a déclaré le premier ministre devant un portrait de Théo Francken, entouré de bougies. « Humaine » parce que nous ouvrons nos parcs aux réfugiés. Et ferme puisque, avec l’arrivée de l’automne, nous les renvoyons dans les prisons du Soudan chauffées aux fers rouges.

Pourquoi Charles Michel n’appliquerait pas aussi cette règle à son secrétaire d’état ? Humain : il ne renvoie pas Théo en Flandre. Ferme : il intervertit ses fonctions avec celles de Pieter De Crem. Pieter qui ?

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CRIS ET CHUCHOTEMENTS

Après l’explosion, le pire est le silence. Le silence, c’est le néant. Il faut refuser le silence, ne pas le laisser s’installer de peur qu’il nous étouffe comme dans un linceul. Maintenant, nous avons besoin de bruit, de musique, de paroles. Du doux murmure des baisers, des mots d’amour, du froissement coquin des tissus. Pas d’invectiver, d’asséner, de sermonner. Non. Mettons-nous à chuchoter, susurrer, gazouiller, caresser, et rire. Surtout rire. Le rire est le propre de l’homme. De l’homme civilisé. L’antidote de la barbarie. Rester debout, droit, face au vandale et ne se plier que pour rire.

« Je jouissais de ce rire comme un chien à qui l’on a donné des coups mais qui reçoit maintenant des caresses » (Joyce Carol Oates), ce qui n’est pas sans rappeler « Je me hâte de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais).

Du bruit comme s’il en pleuvait, s’il vous plaît ! Il faut chanter, se parler, dans toutes les langues de la terre, parler avec les mains et les yeux, se faire du pied (mais doucement, j’ai de nouvelles chaussures !) Mais il faut arrêter de parler de mort, de deuil. Le deuil sied à Electre, pas à Manneken Pis !

Vous allez voir de quoi on est capable, en Belgique, quand on nous bouscule. On va même cesser de se disputer – un court moment- et se parler entre nous, comme si on était enfin tous bilingues, multilingues et cosmopolites et qu’on avait des choses à se dire et surtout à accepter d’entendre. On va débattre ce qui signifie que, pour une fois, on va se mettre à écouter les autres. Bon, après, bien sûr, on reprendra nos habitudes comme un cheval finit toujours par retourner à son écurie même si son maître le maltraite. Mais, autant profiter de ce court moment sans obscénités, sans diktats, sans injures. Un entracte où on n’entendra plus des politiciens qui n’ont rien compris à la démocratie nous asséner leurs petites phrases mortifères genre « Mon cœur saigne » ou  « Je pense qu’il n’y a pas de minorité francophone en Flandre, il y a des immigrants qui doivent s’adapter. On demande cela à des Marocains, des Turcs. On ne leur dit pas: ‘Vous êtes nombreux, donc l’arabe va devenir une langue officielle. » On oubliera aussi « Quand les dégoûtés s’en vont, restent les dégoûtants ». Les auteurs de ces « bons mots » sont un Wallon, un Flamand, un Bruxellois.

Je vous parie qu’on va dialoguer, échanger des mots, des feintes, des vannes, réagir par des sourires. On va se sentir complices, se rendre compte que, on avait failli l’oublier, on est drôlement proches les uns des autres, on aime la même confiture, on partage la même mayonnaise sur les frites, on a la même opinion du Standard, les mêmes préjugés à l’égard du fisc, des flics et des fonctionnaires. La même ironie vis-à-vis des Français et des Hollandais. Et de nous-mêmes. La preuve que nous ne sommes pas seulement un pays; nous sommes aussi une nation. Pas seulement dans la dérision. Mais aussi dans le dérisoire.

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HOMMAGE BÊTE ET MECHANT

On dirait qu’ils s’y sont tous mis en ce début d’année pour rendre hommage aux dessinateurs assassinés de « Charlie-Hebdo ». La fiesta est universelle. Jugez plutôt. La Corée du Nord donne des leçons à Bruxelles en organisant un super feu d’artifices à faire pâlir d’envie Chinois et Japonais. En Arabie saoudite, la fête des rois se célèbre en vidant les prisons devant des pelotons d’exécution. Cherchez la fève ! En Iran, en jetant dans le feu tout ce qui ressemble de près ou de loin à un Wahabite. Chef d’états occidentaux cherchent dans la région islamistes modérés. Prière de s’adresser à la rédaction de « Charlie-Hebdo »…

Un peu plus loin, les Syriens s’enfuient de leur terre ravagée par leur président dément et ses fous furieux d’adversaires pour se réfugier à Molenbeek en bateau pendant que les Molenbeekois s’enfuient de Belgique, fuyant les menaces d’explosion du pays annoncées par une ministre flamande délirante, pour se réfugier en Syrie et en armoire. De l’autre côté de l’Atlantique, des fous de la gâchette terrorisent les Etats-Unis alors que les représentants des survivants au Congrès proclament qu’il faut protéger le sacré port d’armes. Président cherche sénateurs sains d’esprit. S’adresser à…

Vous imaginez comme Cabu, Charb ou Honorez auraient mouillé leurs feutres pour croquer pareils sujets ! Ils ne sauraient pas où donner du crayon…

Ajoutez-y le procès intenté par le grand mamamouchi turc, Recep Erdogan, le plus modéré  des Islamistes, à l’imam, tout aussi moderato cantabile, Fethullah Gülen. Population locale cherche Kemal Atatürk désespérément…

Comme toujours, il ne faut pas aller très loin pour alimenter les humoristes. Un petit pays d’Europe suffit à lui tout seul à remplir le quota quand le reste du monde s’assoupit. En Belgique, on n’a que l’embarras du choix. Au hasard, pour se mettre en train, il suffit d’essayer d’expliquer comment se déroule chez nous une grève du rail. De suivre sur une carte le parcours d’un train en grève autour de Bruxelles alors que les voies passent tous les quelques kilomètres la frontière linguistique, d’une région à l’autre. On tentera de raconter dans la foulée comment les syndicats qui sont face au gouvernement le plus à droite depuis cinquante ans réussissent à se faire eux-mêmes imploser. La maladie du kamikaze, décidément, est gravement contagieuse même loin des mosquées. On épinglera aussi cette « bonne idée » d’un ministre N-VA qui veut donner des cours aux réfugiés pour leur apprendre à respecter les femmes de chez nous. Et quid des Belges pur-jus-pur-souche ? Sont-ils donc tous féministes, galants et délicats ? Pour avoir une réponse objective et illustrée consultez votre collection de journaux bêtes et méchants…

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TROIS GLOIRES NATIONALES

On n’est jamais prophète en son pays. Cette formule désignait jusqu’ici les artistes et les savants. L’écrivain ou le cinéaste belge, dit-on souvent, doit sa réputation à Paris ou Amsterdam. Le scientifique si ses travaux sont honorés en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Complexe ou excès de modestie, en Belgique, on ne devient une référence que paré de cette consécration étrangère. Mieux encore, si on est mort.

Grâce à quelques députés bruxellois, on découvre que le dicton vaut aussi pour les hommes politiques. Qui connaissait jusqu’ici le nom de Sevket Temiz, Koyuncu Hasan et Emin Özkara, sinon leur maman, leur épicier et Emir Kir ?

On avait sans doute tort car, d’après diverses sources, M. Temiz nie depuis plusieurs années le génocide arménien dont il avait combattu le projet de reconnaissance par le Sénat. Il est aussi l’auteur d’un Tweet qui laisse perplexe : « Le bon musulman modéré est-il la version moderne du bon nègre ? » Dans un autre, il proclame son attachement à la liberté d’expression. On suppose qu’il veut dire que nier le génocide arménien est une opinion qui mérite d’être respectée au même titre par exemple que nier l’existence des chambres à gaz comme vient encore de le faire une autre de nos glorieuses (ex) éminences, Laurent Louis devant le tribunal correctionnel de Bruxelles ?

Malgré leurs nobles combats, la malédiction belge avait empêché ces hommes d’état fantômes de sortir de l’ombre jusqu’à ce que, ô divine providence, la presse turque, autrement plus futée que la nôtre pour repérer les élites politiques belges a porté ces trois hommes au pinacle et célébré leur courage. Le fait d’armes du trio Temiz, Hasan et Özkara ? Avoir persuadé le président du parlement bruxellois d’éviter de prononcer le mot « génocide » lors de la commémoration du centième anniversaire de l’élimination des Arméniens par le gouvernement turc de l’époque et avoir réussi à empêcher le respect d’une minute de silence à cette occasion. Ce dont le joyeux trio se réjouit bruyamment en répercutant sur Facebook les messages de félicitations venus de la presse libre d’Ankara.

Une autre prouesse mérite d’être saluée : grâce à ces trois députés, c’est la deuxième fois en onze ans d’existence, que la presse (y compris étrangère) se fait l’écho de ce qui se passe dans cette assemblée. La première fois, c’était lorsqu’elle avait décidé d’agrandir son bâtiment en occupant la boutique voisine, un magasin de farce et attrapes…

Avec un petit effort, les députés régionaux bruxellois pourraient dans l’avenir enlever leurs faux nez et, grâce à leur baguette magique, sortir de leurs chapeaux quelques mesures pour améliorer la vie dans la capitale que les Bruxellois attendent vainement depuis longtemps.

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L’OR SE BARRE

Comme tout le reste, certains sports disparaissent en douce des tablettes olympiques. Pourquoi ? Mystère. A la trappe : le dressage des chevaux, le tir à la corde, le croquet, le criquet, la crosse, la pelote basque, le tir à aux pigeons ou le tandem à vélo.

A Rio en 2016, on annonce la disparition d’un des rares sports où la Belgique pouvait encore espérer décrocher l’or, la fraude fiscale.

Sauf à rêver que dans cinq ans, la Suisse, Monaco ou mieux le Liechtenstein soient désignés pour organiser les Jeux, on peut craindre que cette discipline va tomber à son tour aux oubliettes. Ou que, comme le tir aux pigeons, il ne s’exerce plus qu’en petit comité (non olympique), loin des foules, de la gloire et des récompenses. Si l’on ne peut plus toucher ni intérêts ni dividendes des investissements auxquels on a consenti pour être le meilleur au monde, à quoi bon encore concourir ?

Pendant des années pourtant, la fraude fiscale a été chez nous non seulement un sport reconnu mais surtout une activité largement populaire. Le train des petits porteurs partait plusieurs fois par jour de la gare du Luxembourg devant une foule ravie. Ne restent plus aujourd’hui que les restaurateurs pour tenter un dernier baroud d’honneur mais leurs lamentations ne remuent plus personne. Laissez-nous notre noir, crient-ils dans le désert. En vain.

Il est d’ailleurs assez piquant que l’administration fiscale ait baptisé de « boîte noire » la caisse « intelligente » qui enregistre leurs opérations alors que ce mot désignait jusqu’ici le tiroir dans lequel le taulier glissait les billets ni vus ni connus…

Votre journal favori a passé en revue cette semaine la liste de plusieurs de nos médaillés qui ont fait jadis la fierté de notre sport national. C’était peut-être une erreur de donner aux jeunes de si beaux exemples de réussite et de gloire d’artistes ou d’entrepreneurs partis de rien et devenus des vedettes dans leur domaine.

Heureusement, il nous reste quelques héros étrangers, venus notamment de France, attirés par l’expérience de nos coachs, la facilité de développer chez nous leur sport favori, sans compter, en cas de fatigue, la possibilité de trouver facilement quelques gouttes de pot belge.

Reste aussi un tas d’entreprises et de sociétés, surtout parmi les plus opulentes, qui poursuivent le plus légalement du monde cette grande tradition séculaire avec la bénédiction de nos autorités fiscales. On peut même parler d’un véritable sponsoring de leur part puisque certains bénéficiaires du « ruling » ont pu exonérer 90 % de leurs bénéfices en principe taxables.

Allez ! Les supporters ont encore de beaux jours devant eux. «  Waar is da feestje? Hier is da feestje.» «Tous ensemble tous ensemble hey hey hey !»

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BELGIQUE : LE REVE

En France, on grince des dents. En Belgique, on ricane mais discrètement. Depuis que, sur les excellents conseils de son collègue Johnny Halliday, Bernard Arnault s’est avisé qu’il était Belge.

Contrairement à ce que prétendent quelques persifleurs folliculaires (bientôt sous les verrous), Bernard Arnault ne demande pas la naturalisation belge. Il est Belge !

Jamais entendu Arnault chanter les Filles du bord de mer ? Et avec l’accent, s.v.p. !

Voilà pourquoi il quitte la France. Ce n’est pas Hollande qui le chasse en Belgique. C’est son vrai pays qui l’appelle. Ecoutez-le compter, le plat pays qui est le mien. Tendez l’oreille. Il est des nôtres. Il sait compter en belche, Arnault. Septante millions d’euros. Combien ? Nonante millions d’euros. Ah ! C’est mieux !  Neuf cent nonante millions d’euros. Là, le compte est rond.

Mais neuf cent nonante millions pour qui ? pour quoi ? Que doit-il acheter pour prouver ses racines ?

Une usine de gaufres, comme son pote Albert Frère ? Ce serait un investissement tellement belge. Hélas, le business des gaufres, c’est fini depuis que son principal homme sandwich, Bart De Wever, a renoncé à se vendre en 3-D et qu’il fait l’apologie des salades et des carottes râpées.

Les banques, l’électricité, l’édition de BD ? Aux mains des Français. La bière ? Chez les Brésiliens. La sidérurgie ? Liquidée par les Indiens. GB-Carrefour ? Déjà dans son escarcelle.

Quoi ? Il n’y a rien, vraiment rien, à se mettre sous la dent dans ce pays ?

Si. Reste une entreprise dont la croissance est dix fois celle de la Chine. La N-VA.

Après la veuve Cliquot, pourquoi Arnault ne s’offrirait-il pas Jambon ? Aucune entreprise n’est plus rentable que celle-là ! Elle le sera encore davantage, boostée par le talent d’un entrepreneur aussi madré que Bernard Arnault. Bien sûr, l’alliance Arnault-De Wever obligera chacun des partenaires à mettre un peu d’eau dans son vin. Arnault devra quitter son magnifique refuge d’Uccle pour s’établir au-dessus d’une taverne du port d’Anvers et les pontes de la N-VA accepter d’être managés en français.

Un autre danger guette Arnault s’il dynamise encore la N-VA. On l’appelle le plan B.

Un virus sournois qui peut faire exploser tout son projet. Et qui se révélera d’autant plus actif que la N-VA sera puissante.

Le jour où elle aura pris le pouvoir, la Belgique explosera. Et tous les efforts du pauvre Bernard, seront réduits à néant. Là, il aura l’air malin avec son beau passeport sentant le plastic frais lorsque sa propre entreprise annoncera la fin du pays. Et qu’en écho, les anciens départements du sud retourneront à la France. Avec lui dans les bagages, évidemment …

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MARKETMAN

Depuis des mois, les politiciens occidentaux tremblent à la seule invocation de son nom. « Le marché ». Il fait et surtout défait les gouvernements, fait imploser les états, démantèle les lois, transforme en une nuit des dispositifs législatifs que des années de palabres n’avaient pas réussi à faire bouger.

Mais qui est donc ce terrible Superman qui fait plier la planète ?

Superman, la comparaison est idoine. Dans la vie de tous les jours, le célèbre super-héros n’est pas cet extravagant personnage habillé d’oripeaux ridicules et doté de super pouvoirs. Clark – tel est son nom – est juste un brave journaliste myope et un peu maladroit qui se cogne dans les meubles et est incapable de redresser une armoire bancale.

Or, si le monsieur du marché ressemble à Superman, cela signifie qu’il ressemble aussi à Clark.

Le jour, Marketman balaye d’un revers de souris d’ordinateur le chef de la troisième économie d’Europe, oblige le président français à passer week-ends et soirées avec Frau Angela Merkel plutôt qu’à pouponner avec la sublime Carla Bruni, abandonnée seule avec les biberons.

Mais, la nuit, notre super-héros laisse tomber la veste. Il redevient le brave gars, bon voisin, bon père de famille, qui tond le gazon, aide ses enfants à terminer leurs devoirs, chante une berceuse au petit dernier qui a du mal à s’endormir et lit le journal à son épouse pendant qu’elle fait la vaisselle (c’est sa limite : on n’est pas très féministe chez les Marketman, désolé, chères lectrices !)

« Epargne-moi les pages de la Bourse, Marketman ! »

« Bien sûr, dear. Que veux-tu que je te lise ? Un tremblement de terre a ravagé les côtes de… »

« Tais-toi ! Je déteste les histoires horribles ! »

« Alors, les derniers exploits de DSK ? »

« Tu sais que je n’aime pas les histoires sordides, Marketman. Il n’y a vraiment rien d’autre dans ton canard de plus politiquement correct ? »

« Ah, si ! Un nouvel épisode de ton feuilleton préféré, dear. »

« Chouette ! Les aventures de Super-Elio ? C’est vrai, j’adore ! Alors, qu’est-ce que mon super-héros favori a trouvé aujourd’hui ? Les rebondissements qu’il imagine sont toujours plus renversants ! Comment fait-il ? C’est vraiment un super héros ! »

« Un super-héros, lui ? Voyons ! Ses intrigues tournent en rond depuis plus d’un an et demi! » (soupir de Marketman).

Vous vous demandiez pourquoi la Belgique a échappé jusqu’ici aux terribles déflagrations qui ont ravagé ses voisins, pourtant bien plus puissants qu’elle ? Pourquoi les agences de notation n’ont pas dégradé notre note, la même que celle des Etats-Unis ? Pourquoi le marché ne spécule pas sur le défaut de notre pays ?

La réponse est simple : pour plaire à son épouse bien aimée, Marketman ne peut toucher à la Belgique.

Mais, attention, rappelons-nous que souvent femme varie…

LA BELGIQUE A L’INDEX

N’ayant pas d’autres chats à fouetter, la Commission européenne s’est avisée que notre système d’indexation des salaires devrait être réformé. Il paraît que les (maigres) augmentations de salaires résultant de la hausse de l’indice doivent davantage refléter les développements de la productivité du travail et de la compétitivité (je cite le communiqué glorieusement anonyme de la commission car quel fonctionnaire oserait signer ce charabia et puis faire face à sa petite famille en rentrant du bureau ?)
Traduit en langue belge, cela signifie : si votre entreprise ne fait pas de plantureux bénéfices et qu’en plus vous ne vous défoncez pas pour que votre patron s’offre de super bonus en fin d’année, oubliez que le prix du sucre, des pâtes et du pain a encore augmenté. Votre salaire est bloqué jusqu’à ce que les Chinois, dans un grand geste de bonté, décident de se retirer du marché et de ne plus envoyer leurs saloperies à prix bridés dans nos grandes surfaces.
Les Chinois ? Oui. C’est la faute aux Chinois si nous vous conseillons de couper les salaires de vos travailleurs, affirme la Commission. Tout ça, précise le technocrate letton ou finnois de service vient de ce que « la Belgique est spécialisée dans les produits à faible contenu technologique, soumis à une forte concurrence des pays à bas salaires. »
Faible contenu technologique, kèzaco ? Ca veut dire qu’on fait le zouave ? Et la Wallonie et son plan Marshall, dédié aux « pôles de compétitivité », à la recherche, aux nouvelles « technologies de l’environnement » ? Et la Flandre, ses start-up et sa Sillicone Valley, c’est aussi faire le zouave ? Et nos footballeurs que le monde nous envie ? Et le Standard qu’on s’arrache à coups de millions ? Et nos créateurs qui s’illustrent partout dans le monde ? Les auteurs de Loft qui réalisent un remake à Hollywood, Luc Taymans à la Biennale de Venise, Weyergans à l’Académie française, les frères Dardenne, Jaco Van Dormael, Marion Hansel, Cécile de France ou Benoit Poelvoorde, nos créateurs de mode, nos chorégraphes appelés du monde entier, tous ces artistes sont-ils aussi « soumis à la forte concurrence des bas salaires » ? Et c’est pour ça que les salaires de nos travailleurs doivent être bloqués ? Et l’index gelé ?
Vous savez où vous pouvez vous le mettre votre index ? Sur votre tempe et puis tourner dans un sens puis dans l’autre.
Pendant que la Grèce, l’Espagne, l’Irlande et le Portugal s’enfonçaient dans la mouise, que faisait l’Europe ? Quelles mesures a-t-elle prises pour prévenir ces crises, pour consolider l’euro, pour sauver l’économie de ses états membres ? Maintenant que la Belgique est donnée en exemple pour sa croissance, ces mêmes technocrates vont nous expliquer pourquoi nos travailleurs doivent se couper les vivres ?
Ce n’est pas à l’index qu’on pense, mais à un autre doigt, le majeur.

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