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CRIS ET CHUCHOTEMENTS

Après l’explosion, le pire est le silence. Le silence, c’est le néant. Il faut refuser le silence, ne pas le laisser s’installer de peur qu’il nous étouffe comme dans un linceul. Maintenant, nous avons besoin de bruit, de musique, de paroles. Du doux murmure des baisers, des mots d’amour, du froissement coquin des tissus. Pas d’invectiver, d’asséner, de sermonner. Non. Mettons-nous à chuchoter, susurrer, gazouiller, caresser, et rire. Surtout rire. Le rire est le propre de l’homme. De l’homme civilisé. L’antidote de la barbarie. Rester debout, droit, face au vandale et ne se plier que pour rire.

« Je jouissais de ce rire comme un chien à qui l’on a donné des coups mais qui reçoit maintenant des caresses » (Joyce Carol Oates), ce qui n’est pas sans rappeler « Je me hâte de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais).

Du bruit comme s’il en pleuvait, s’il vous plaît ! Il faut chanter, se parler, dans toutes les langues de la terre, parler avec les mains et les yeux, se faire du pied (mais doucement, j’ai de nouvelles chaussures !) Mais il faut arrêter de parler de mort, de deuil. Le deuil sied à Electre, pas à Manneken Pis !

Vous allez voir de quoi on est capable, en Belgique, quand on nous bouscule. On va même cesser de se disputer – un court moment- et se parler entre nous, comme si on était enfin tous bilingues, multilingues et cosmopolites et qu’on avait des choses à se dire et surtout à accepter d’entendre. On va débattre ce qui signifie que, pour une fois, on va se mettre à écouter les autres. Bon, après, bien sûr, on reprendra nos habitudes comme un cheval finit toujours par retourner à son écurie même si son maître le maltraite. Mais, autant profiter de ce court moment sans obscénités, sans diktats, sans injures. Un entracte où on n’entendra plus des politiciens qui n’ont rien compris à la démocratie nous asséner leurs petites phrases mortifères genre « Mon cœur saigne » ou  « Je pense qu’il n’y a pas de minorité francophone en Flandre, il y a des immigrants qui doivent s’adapter. On demande cela à des Marocains, des Turcs. On ne leur dit pas: ‘Vous êtes nombreux, donc l’arabe va devenir une langue officielle. » On oubliera aussi « Quand les dégoûtés s’en vont, restent les dégoûtants ». Les auteurs de ces « bons mots » sont un Wallon, un Flamand, un Bruxellois.

Je vous parie qu’on va dialoguer, échanger des mots, des feintes, des vannes, réagir par des sourires. On va se sentir complices, se rendre compte que, on avait failli l’oublier, on est drôlement proches les uns des autres, on aime la même confiture, on partage la même mayonnaise sur les frites, on a la même opinion du Standard, les mêmes préjugés à l’égard du fisc, des flics et des fonctionnaires. La même ironie vis-à-vis des Français et des Hollandais. Et de nous-mêmes. La preuve que nous ne sommes pas seulement un pays; nous sommes aussi une nation. Pas seulement dans la dérision. Mais aussi dans le dérisoire.

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HOMMAGE BÊTE ET MECHANT

On dirait qu’ils s’y sont tous mis en ce début d’année pour rendre hommage aux dessinateurs assassinés de « Charlie-Hebdo ». La fiesta est universelle. Jugez plutôt. La Corée du Nord donne des leçons à Bruxelles en organisant un super feu d’artifices à faire pâlir d’envie Chinois et Japonais. En Arabie saoudite, la fête des rois se célèbre en vidant les prisons devant des pelotons d’exécution. Cherchez la fève ! En Iran, en jetant dans le feu tout ce qui ressemble de près ou de loin à un Wahabite. Chef d’états occidentaux cherchent dans la région islamistes modérés. Prière de s’adresser à la rédaction de « Charlie-Hebdo »…

Un peu plus loin, les Syriens s’enfuient de leur terre ravagée par leur président dément et ses fous furieux d’adversaires pour se réfugier à Molenbeek en bateau pendant que les Molenbeekois s’enfuient de Belgique, fuyant les menaces d’explosion du pays annoncées par une ministre flamande délirante, pour se réfugier en Syrie et en armoire. De l’autre côté de l’Atlantique, des fous de la gâchette terrorisent les Etats-Unis alors que les représentants des survivants au Congrès proclament qu’il faut protéger le sacré port d’armes. Président cherche sénateurs sains d’esprit. S’adresser à…

Vous imaginez comme Cabu, Charb ou Honorez auraient mouillé leurs feutres pour croquer pareils sujets ! Ils ne sauraient pas où donner du crayon…

Ajoutez-y le procès intenté par le grand mamamouchi turc, Recep Erdogan, le plus modéré  des Islamistes, à l’imam, tout aussi moderato cantabile, Fethullah Gülen. Population locale cherche Kemal Atatürk désespérément…

Comme toujours, il ne faut pas aller très loin pour alimenter les humoristes. Un petit pays d’Europe suffit à lui tout seul à remplir le quota quand le reste du monde s’assoupit. En Belgique, on n’a que l’embarras du choix. Au hasard, pour se mettre en train, il suffit d’essayer d’expliquer comment se déroule chez nous une grève du rail. De suivre sur une carte le parcours d’un train en grève autour de Bruxelles alors que les voies passent tous les quelques kilomètres la frontière linguistique, d’une région à l’autre. On tentera de raconter dans la foulée comment les syndicats qui sont face au gouvernement le plus à droite depuis cinquante ans réussissent à se faire eux-mêmes imploser. La maladie du kamikaze, décidément, est gravement contagieuse même loin des mosquées. On épinglera aussi cette « bonne idée » d’un ministre N-VA qui veut donner des cours aux réfugiés pour leur apprendre à respecter les femmes de chez nous. Et quid des Belges pur-jus-pur-souche ? Sont-ils donc tous féministes, galants et délicats ? Pour avoir une réponse objective et illustrée consultez votre collection de journaux bêtes et méchants…

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TROIS GLOIRES NATIONALES

On n’est jamais prophète en son pays. Cette formule désignait jusqu’ici les artistes et les savants. L’écrivain ou le cinéaste belge, dit-on souvent, doit sa réputation à Paris ou Amsterdam. Le scientifique si ses travaux sont honorés en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Complexe ou excès de modestie, en Belgique, on ne devient une référence que paré de cette consécration étrangère. Mieux encore, si on est mort.

Grâce à quelques députés bruxellois, on découvre que le dicton vaut aussi pour les hommes politiques. Qui connaissait jusqu’ici le nom de Sevket Temiz, Koyuncu Hasan et Emin Özkara, sinon leur maman, leur épicier et Emir Kir ?

On avait sans doute tort car, d’après diverses sources, M. Temiz nie depuis plusieurs années le génocide arménien dont il avait combattu le projet de reconnaissance par le Sénat. Il est aussi l’auteur d’un Tweet qui laisse perplexe : « Le bon musulman modéré est-il la version moderne du bon nègre ? » Dans un autre, il proclame son attachement à la liberté d’expression. On suppose qu’il veut dire que nier le génocide arménien est une opinion qui mérite d’être respectée au même titre par exemple que nier l’existence des chambres à gaz comme vient encore de le faire une autre de nos glorieuses (ex) éminences, Laurent Louis devant le tribunal correctionnel de Bruxelles ?

Malgré leurs nobles combats, la malédiction belge avait empêché ces hommes d’état fantômes de sortir de l’ombre jusqu’à ce que, ô divine providence, la presse turque, autrement plus futée que la nôtre pour repérer les élites politiques belges a porté ces trois hommes au pinacle et célébré leur courage. Le fait d’armes du trio Temiz, Hasan et Özkara ? Avoir persuadé le président du parlement bruxellois d’éviter de prononcer le mot « génocide » lors de la commémoration du centième anniversaire de l’élimination des Arméniens par le gouvernement turc de l’époque et avoir réussi à empêcher le respect d’une minute de silence à cette occasion. Ce dont le joyeux trio se réjouit bruyamment en répercutant sur Facebook les messages de félicitations venus de la presse libre d’Ankara.

Une autre prouesse mérite d’être saluée : grâce à ces trois députés, c’est la deuxième fois en onze ans d’existence, que la presse (y compris étrangère) se fait l’écho de ce qui se passe dans cette assemblée. La première fois, c’était lorsqu’elle avait décidé d’agrandir son bâtiment en occupant la boutique voisine, un magasin de farce et attrapes…

Avec un petit effort, les députés régionaux bruxellois pourraient dans l’avenir enlever leurs faux nez et, grâce à leur baguette magique, sortir de leurs chapeaux quelques mesures pour améliorer la vie dans la capitale que les Bruxellois attendent vainement depuis longtemps.

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L’OR SE BARRE

Comme tout le reste, certains sports disparaissent en douce des tablettes olympiques. Pourquoi ? Mystère. A la trappe : le dressage des chevaux, le tir à la corde, le croquet, le criquet, la crosse, la pelote basque, le tir à aux pigeons ou le tandem à vélo.

A Rio en 2016, on annonce la disparition d’un des rares sports où la Belgique pouvait encore espérer décrocher l’or, la fraude fiscale.

Sauf à rêver que dans cinq ans, la Suisse, Monaco ou mieux le Liechtenstein soient désignés pour organiser les Jeux, on peut craindre que cette discipline va tomber à son tour aux oubliettes. Ou que, comme le tir aux pigeons, il ne s’exerce plus qu’en petit comité (non olympique), loin des foules, de la gloire et des récompenses. Si l’on ne peut plus toucher ni intérêts ni dividendes des investissements auxquels on a consenti pour être le meilleur au monde, à quoi bon encore concourir ?

Pendant des années pourtant, la fraude fiscale a été chez nous non seulement un sport reconnu mais surtout une activité largement populaire. Le train des petits porteurs partait plusieurs fois par jour de la gare du Luxembourg devant une foule ravie. Ne restent plus aujourd’hui que les restaurateurs pour tenter un dernier baroud d’honneur mais leurs lamentations ne remuent plus personne. Laissez-nous notre noir, crient-ils dans le désert. En vain.

Il est d’ailleurs assez piquant que l’administration fiscale ait baptisé de « boîte noire » la caisse « intelligente » qui enregistre leurs opérations alors que ce mot désignait jusqu’ici le tiroir dans lequel le taulier glissait les billets ni vus ni connus…

Votre journal favori a passé en revue cette semaine la liste de plusieurs de nos médaillés qui ont fait jadis la fierté de notre sport national. C’était peut-être une erreur de donner aux jeunes de si beaux exemples de réussite et de gloire d’artistes ou d’entrepreneurs partis de rien et devenus des vedettes dans leur domaine.

Heureusement, il nous reste quelques héros étrangers, venus notamment de France, attirés par l’expérience de nos coachs, la facilité de développer chez nous leur sport favori, sans compter, en cas de fatigue, la possibilité de trouver facilement quelques gouttes de pot belge.

Reste aussi un tas d’entreprises et de sociétés, surtout parmi les plus opulentes, qui poursuivent le plus légalement du monde cette grande tradition séculaire avec la bénédiction de nos autorités fiscales. On peut même parler d’un véritable sponsoring de leur part puisque certains bénéficiaires du « ruling » ont pu exonérer 90 % de leurs bénéfices en principe taxables.

Allez ! Les supporters ont encore de beaux jours devant eux. «  Waar is da feestje? Hier is da feestje.» «Tous ensemble tous ensemble hey hey hey !»

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BELGIQUE : LE REVE

En France, on grince des dents. En Belgique, on ricane mais discrètement. Depuis que, sur les excellents conseils de son collègue Johnny Halliday, Bernard Arnault s’est avisé qu’il était Belge.

Contrairement à ce que prétendent quelques persifleurs folliculaires (bientôt sous les verrous), Bernard Arnault ne demande pas la naturalisation belge. Il est Belge !

Jamais entendu Arnault chanter les Filles du bord de mer ? Et avec l’accent, s.v.p. !

Voilà pourquoi il quitte la France. Ce n’est pas Hollande qui le chasse en Belgique. C’est son vrai pays qui l’appelle. Ecoutez-le compter, le plat pays qui est le mien. Tendez l’oreille. Il est des nôtres. Il sait compter en belche, Arnault. Septante millions d’euros. Combien ? Nonante millions d’euros. Ah ! C’est mieux !  Neuf cent nonante millions d’euros. Là, le compte est rond.

Mais neuf cent nonante millions pour qui ? pour quoi ? Que doit-il acheter pour prouver ses racines ?

Une usine de gaufres, comme son pote Albert Frère ? Ce serait un investissement tellement belge. Hélas, le business des gaufres, c’est fini depuis que son principal homme sandwich, Bart De Wever, a renoncé à se vendre en 3-D et qu’il fait l’apologie des salades et des carottes râpées.

Les banques, l’électricité, l’édition de BD ? Aux mains des Français. La bière ? Chez les Brésiliens. La sidérurgie ? Liquidée par les Indiens. GB-Carrefour ? Déjà dans son escarcelle.

Quoi ? Il n’y a rien, vraiment rien, à se mettre sous la dent dans ce pays ?

Si. Reste une entreprise dont la croissance est dix fois celle de la Chine. La N-VA.

Après la veuve Cliquot, pourquoi Arnault ne s’offrirait-il pas Jambon ? Aucune entreprise n’est plus rentable que celle-là ! Elle le sera encore davantage, boostée par le talent d’un entrepreneur aussi madré que Bernard Arnault. Bien sûr, l’alliance Arnault-De Wever obligera chacun des partenaires à mettre un peu d’eau dans son vin. Arnault devra quitter son magnifique refuge d’Uccle pour s’établir au-dessus d’une taverne du port d’Anvers et les pontes de la N-VA accepter d’être managés en français.

Un autre danger guette Arnault s’il dynamise encore la N-VA. On l’appelle le plan B.

Un virus sournois qui peut faire exploser tout son projet. Et qui se révélera d’autant plus actif que la N-VA sera puissante.

Le jour où elle aura pris le pouvoir, la Belgique explosera. Et tous les efforts du pauvre Bernard, seront réduits à néant. Là, il aura l’air malin avec son beau passeport sentant le plastic frais lorsque sa propre entreprise annoncera la fin du pays. Et qu’en écho, les anciens départements du sud retourneront à la France. Avec lui dans les bagages, évidemment …

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MARKETMAN

Depuis des mois, les politiciens occidentaux tremblent à la seule invocation de son nom. « Le marché ». Il fait et surtout défait les gouvernements, fait imploser les états, démantèle les lois, transforme en une nuit des dispositifs législatifs que des années de palabres n’avaient pas réussi à faire bouger.

Mais qui est donc ce terrible Superman qui fait plier la planète ?

Superman, la comparaison est idoine. Dans la vie de tous les jours, le célèbre super-héros n’est pas cet extravagant personnage habillé d’oripeaux ridicules et doté de super pouvoirs. Clark – tel est son nom – est juste un brave journaliste myope et un peu maladroit qui se cogne dans les meubles et est incapable de redresser une armoire bancale.

Or, si le monsieur du marché ressemble à Superman, cela signifie qu’il ressemble aussi à Clark.

Le jour, Marketman balaye d’un revers de souris d’ordinateur le chef de la troisième économie d’Europe, oblige le président français à passer week-ends et soirées avec Frau Angela Merkel plutôt qu’à pouponner avec la sublime Carla Bruni, abandonnée seule avec les biberons.

Mais, la nuit, notre super-héros laisse tomber la veste. Il redevient le brave gars, bon voisin, bon père de famille, qui tond le gazon, aide ses enfants à terminer leurs devoirs, chante une berceuse au petit dernier qui a du mal à s’endormir et lit le journal à son épouse pendant qu’elle fait la vaisselle (c’est sa limite : on n’est pas très féministe chez les Marketman, désolé, chères lectrices !)

« Epargne-moi les pages de la Bourse, Marketman ! »

« Bien sûr, dear. Que veux-tu que je te lise ? Un tremblement de terre a ravagé les côtes de… »

« Tais-toi ! Je déteste les histoires horribles ! »

« Alors, les derniers exploits de DSK ? »

« Tu sais que je n’aime pas les histoires sordides, Marketman. Il n’y a vraiment rien d’autre dans ton canard de plus politiquement correct ? »

« Ah, si ! Un nouvel épisode de ton feuilleton préféré, dear. »

« Chouette ! Les aventures de Super-Elio ? C’est vrai, j’adore ! Alors, qu’est-ce que mon super-héros favori a trouvé aujourd’hui ? Les rebondissements qu’il imagine sont toujours plus renversants ! Comment fait-il ? C’est vraiment un super héros ! »

« Un super-héros, lui ? Voyons ! Ses intrigues tournent en rond depuis plus d’un an et demi! » (soupir de Marketman).

Vous vous demandiez pourquoi la Belgique a échappé jusqu’ici aux terribles déflagrations qui ont ravagé ses voisins, pourtant bien plus puissants qu’elle ? Pourquoi les agences de notation n’ont pas dégradé notre note, la même que celle des Etats-Unis ? Pourquoi le marché ne spécule pas sur le défaut de notre pays ?

La réponse est simple : pour plaire à son épouse bien aimée, Marketman ne peut toucher à la Belgique.

Mais, attention, rappelons-nous que souvent femme varie…

LA BELGIQUE A L’INDEX

N’ayant pas d’autres chats à fouetter, la Commission européenne s’est avisée que notre système d’indexation des salaires devrait être réformé. Il paraît que les (maigres) augmentations de salaires résultant de la hausse de l’indice doivent davantage refléter les développements de la productivité du travail et de la compétitivité (je cite le communiqué glorieusement anonyme de la commission car quel fonctionnaire oserait signer ce charabia et puis faire face à sa petite famille en rentrant du bureau ?)
Traduit en langue belge, cela signifie : si votre entreprise ne fait pas de plantureux bénéfices et qu’en plus vous ne vous défoncez pas pour que votre patron s’offre de super bonus en fin d’année, oubliez que le prix du sucre, des pâtes et du pain a encore augmenté. Votre salaire est bloqué jusqu’à ce que les Chinois, dans un grand geste de bonté, décident de se retirer du marché et de ne plus envoyer leurs saloperies à prix bridés dans nos grandes surfaces.
Les Chinois ? Oui. C’est la faute aux Chinois si nous vous conseillons de couper les salaires de vos travailleurs, affirme la Commission. Tout ça, précise le technocrate letton ou finnois de service vient de ce que « la Belgique est spécialisée dans les produits à faible contenu technologique, soumis à une forte concurrence des pays à bas salaires. »
Faible contenu technologique, kèzaco ? Ca veut dire qu’on fait le zouave ? Et la Wallonie et son plan Marshall, dédié aux « pôles de compétitivité », à la recherche, aux nouvelles « technologies de l’environnement » ? Et la Flandre, ses start-up et sa Sillicone Valley, c’est aussi faire le zouave ? Et nos footballeurs que le monde nous envie ? Et le Standard qu’on s’arrache à coups de millions ? Et nos créateurs qui s’illustrent partout dans le monde ? Les auteurs de Loft qui réalisent un remake à Hollywood, Luc Taymans à la Biennale de Venise, Weyergans à l’Académie française, les frères Dardenne, Jaco Van Dormael, Marion Hansel, Cécile de France ou Benoit Poelvoorde, nos créateurs de mode, nos chorégraphes appelés du monde entier, tous ces artistes sont-ils aussi « soumis à la forte concurrence des bas salaires » ? Et c’est pour ça que les salaires de nos travailleurs doivent être bloqués ? Et l’index gelé ?
Vous savez où vous pouvez vous le mettre votre index ? Sur votre tempe et puis tourner dans un sens puis dans l’autre.
Pendant que la Grèce, l’Espagne, l’Irlande et le Portugal s’enfonçaient dans la mouise, que faisait l’Europe ? Quelles mesures a-t-elle prises pour prévenir ces crises, pour consolider l’euro, pour sauver l’économie de ses états membres ? Maintenant que la Belgique est donnée en exemple pour sa croissance, ces mêmes technocrates vont nous expliquer pourquoi nos travailleurs doivent se couper les vivres ?
Ce n’est pas à l’index qu’on pense, mais à un autre doigt, le majeur.

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BRELAN

On a trop vite comparé le triumvirat qui préside les négociations menant à un non-gouvernement en Belgique au consulat romain d’où a émergé César.
Dans notre joyeuse équipe, qui est César, qui est Crassus, qui est Pompée ? Si le rôle de César sied à Elio, celui rôle de Pompée, revenu à Rome en super vedette après avoir remporté les guerres d’Orient, échoit logiquement à Bart De Wever. Sauf que César a donné à Pompée sa fille en mariage et pris sa femme comme maîtresse avant de le chasser de Rome. Toute coïncidence entre les deux récits est donc aléatoire.
A ce propos, on connaît la célèbre formule : « Alea jacta est ! » Si De Wever la prononce tous les soirs après avoir claqué la porte sur les doigts de ses deux compères, elle est attribuée à César, pas à Pompée, le grand vaincu de l’affaire. C’est même le seul point commun entre le petit chef flamand et le grand dictateur romain, lui qui disait aussi que de tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves.
Tu entends, Bart ? Les Belges ! Ca fait mal, hein ?
Décidément, la comparaison avec les trois illustres Romains ne tient pas la route. César, Crassus et Pompée étaient aussi dissemblables que De Wever et Maingain alors que rien ne distingue Elio, Bart et Johan – à part le goût des gaufres. Il faut donc chercher le destin de nos trois chefs dans le poker plutôt que dans l’histoire. Le sort de la Belgique se joue aux dés. C’est réaliste, non ?
Au poker, le brelan est la réunion de trois cartes de même valeur, dit le petit Robert, ou le coup de dés qui fait apparaître trois faces semblables.
Trois faces semblables que seule la couleur différencie. « Nous ne voulons pas être le zwarte pit ! » (le valet noir) crient-ils à tour de rôle comme s’ils tentaient d’empêcher la vilaine carte de sortir. Mais c’est un leurre. Tous trois se tiennent par la barbichette car ils connaissent la valeur du valet noir : s’il apparaît, bras dessus bras dessous, avec le valet de cœur et le valet de carreau, bingo ! Ils emportent la mise !
La mise ? Quelle mise ? Il n’y a plus grand monde pour risquer sa fortune sur nos trois valets.
Et le roi ? Seul, face au brelan, il ne vaut rien. Sauf s’il parvient à constituer une grande suite. Mais quel valet osera lâcher le brelan pour la suite ?
La vérité est que le jeu n’amuse plus le citoyen, qui sait que c’est lui qui devra mettre la main à la poche tant que la partie continuera.
Il commence à être lassé de ces petits jeux. Il est vraiment temps d’abandonner le poker pour un jeu plus constructif. Le Lego peut-être ? Ou même le Monopoly. A qui la rue Neuve ? Avis aux amateurs ! Car, pour le Meir à Anvers, c’est rapé. Il y a déjà trop de joueurs dessus !

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ARC EN CIEL

On dit qu’en cherchant un peu au pied d’un arc en ciel, on trouve un pot d’or. Pourquoi la Wallonie n’y a-t-elle pas pensé plus tôt ? Les Sud-Africains, qui croient davantage que nous dans les contes et les rêves, n’ont pas seulement trouvé de l’or mais aussi des diamants, de l’uranium et même de l’antimoine (un excellent contrepoison aux déclarations de Benoit XVI sur le sida.)
Et, dans quelques jours, ils vont aussi décrocher la timbale avec le mondial de football. Alors que nous, on n’a rien trouvé de mieux que de faire revenir Conceiçao au Standard.
Faut dire que question castagne, on n’a rien à apprendre aux sud Africains. Si on peut se vanter de la guerre de la marmite à la fin du dix-huitième siècle et de celle du fritkot de la place Flagey, eux peuvent afficher les guerres des Boers, les guerres des cafres, les guerres des Zoulous. Excusez du peu. Même la tentative de rattachement à Bruxelles des six communes à facilités ne peut être comparée au rattachement forcé du Transvaal et de l’état libre d’Orange à l’Union. Dans nos communes, on parle français, dans les leurs, une espèce de néerlandais…
Il y a tout de même un truc en Afrique du sud dont on ferait bien de s’inspirer : la commission Vérité et Réconciliation, créée à la fin de l’apartheid. Une belle invention dans le genre judéo-chrétien: celui qui reconnaît publiquement ses torts reçoit un petit chocolat. Un peu comme si on offrait à Bart De Wever le poste de premier ministre après qu’il ait renoncé au confédéralisme, à la circulaire Peeters, au Wooncode et signé lui-même la convocation en français des électeurs de Linkebeek.
Grâce à une commission de réconciliation belge, on verrait défiler devant les écrans enfin réunifiés de la RTBF et de la VRT l’ensemble des hommes et femmes politiques qui ont plongé notre doux pays dans le coma. On entendra la confession d’Elio sur ses croche-pieds à Louis Michel, de Louis Michel à propos des boules puantes lancées dans le bureau de Didier Reynders.
Hélas, la confession publique et télévisée paraît très difficile à importer chez nous. Jean-Michel Javaux n’avoue ses turpitudes qu’à monseigneur Léonard, au « Soir » et à « La Dernière Heure ». Quant aux autres, comme ils le répètent chaque jour, ils n’ont jamais eu tort, jamais dit de bêtises, jamais fait de conneries. Sauf Joëlle Milquet qui était prête à parler mais qui ne veut pas perturber ses enfants.
Reste à espérer que l’on découvre bientôt, dans notre nouveau parlement, qui sait ? des hommes et des femmes de la stature de Helen Zille, de Desmond Tutu ou de Nelson Mandela…

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