LE JOUR DE LA MARMOTTE

  On n’a pas beaucoup eu l’occasion de faire la fête depuis un an. Noël, Nouvel An, Pâques, tout a été passé au bleu. Même la fête de la communauté flamande n’a pas donné lieu à ces grands élans de fraternité habituels où l’on crie haut et fort pour l’indépendance de la Flandre à l’ombre de la tour de l’Yser. Och’erme ! La bataille des éperons d’or n’est plus ce qu’elle était. Ni les revendications flamingantes. Saleté de virus qui rend les Belges plus belges ! 

   La suite du programme n’a pas l’air non plus d’annoncer le retour des flonflons. C’est pourquoi, il faut s’arrêter un moment sur la fête un peu oubliée de la semaine, la Chandeleur. Pour les enfants – de tous âges – c’est le jour des crêpes. Mais à l’origine, c’était une fête latine qui célébrait le jour des morts. On raconte que les festivités de cette ancienne célébration païenne avaient connu un grand essor à la suite d’une épidémie de peste, répandue par les Mânes – les âmes des morts- qui voulaient ainsi se venger de l’oubli dans lequel ils étaient tombés. 

   Ce rappel de l’histoire pourrait donner des idées aux hommes et femmes politiques qui voudraient symboliquement garder la trace de la Grande Pandémie. Ils conserveront les crêpes mais baptiseront la fête marquant la fin du covid 19, le Jour des Coiffeurs. Même si dans quelques dizaines d’années, les enfants ne comprendront plus pourquoi cet hommage aux figaros ! 

  Aux Etats-Unis, la Chandeleur est dénommée le jour de la Marmotte, qui annonce le départ de l’hiver. C’est surtout le titre (original) d’un film très réussi de Harold Ramis avec Bill Murray. En français, « Un Jour sans fin ». 

  Le film raconte la journée d’un présentateur météo envoyé dans une cambrousse perdue de Pennsylvanie qui découvre, en se réveillant le matin suivant, qu’il est resté bloqué dans une « boucle temporelle ». Et qu’il est condamné à revivre interminablement la même journée tous les jours. Alors qu’autour de lui, personne ne se rend compte du phénomène et recommence sa journée comme si elle était nouvelle. 

   A entendre le lamento qui monte ici et là, beaucoup de gens donnent l’impression eux aussi de vivre la mésaventure de Bill Murray. Au lieu de tirer parti de la situation (comme le personnage principal du film, le seul à connaître la suite des événements de la journée), ils s’enfoncent peu à peu dans la neurasthénie, comme bloqués dans une boucle temporelle à laquelle ils se sentent condamnés à ne pas s’échapper. Rien ne semble leur permettre de remettre le carrousel de la vie en route, ni l’ouverture des magasins, ni l’arrivée rapide et inespérée des vaccins. 

Alors, comment leur remonter le moral ? Avec la méthode italienne, qui combine habilement deux plaisirs en même temps : la réouverture des bistrots, des terrasses et des restos et surtout la chute du gouvernement ?       

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DANS LA PEAU D’UN NOIR

  Comment se glisser dans la peau d’un Noir américain ? Deux romans parus récemment permettent ce tour de passe-passe même à un Belge blanc. Car la littérature explique plus que jamais, plus qu’à d’autres périodes, le monde étrange, nerveux, violent de ce siècle. 

Les multiples tragédies qui ont ensanglanté ces dernières années la communauté noire montrent que, malgré les grandes avancées de l’intégration dans les années soixante, et même depuis le passage d’un président noir dans le bureau ovale, le fossé entre Noirs et Blancs reste profond aux Etats-Unis. C’est un des grands défis qui attend le duo Biden-Harris. 

   Dans « Jazz à l’âme » (éditions Delcourt), William M. Kelley nous entraîne sur les pas d’un petit aveugle devenu musicien de jazz dans l’après-guerre. Un peu avant le début des sixties, où se situait le superbe film de Peter Farrelly il y a deux ans. « Green Book » suivait la tournée d’un pianiste noir réputé et respecté à New York dans le Sud profond où il se heurtait au racisme brut, hôtels et restaus séparés, mépris, violence policière. 

Ludlow, le héros malheureux de Kelley n’a même pas ce vernis. Il est né pauvre, dans le Sud. Il connait ce statut de citoyen de troisième zone. Mais, devenu jazzman reconnu, il découvre que dans le Nord, le racisme est sans doute beaucoup plus hypocrite, plus gris, mais tout aussi profondément enfoui dans la vie quotidienne, la culture américaine. 

L’intrigue du nouveau roman d’Attica Locke « bluebird, bluebird » (éditions Liana Levi) est contemporaine. A l’occasion d’un double meurtre dans une petite ville du Texas d’une femme blanche et d’un homme noir venu du Nord, Attica Locke plonge le lecteur parmi les péquenauds de toutes les couleurs de ce coin de l’est du Texas (voisin de la Louisiane).

 La ligne Mason-Dixon tracée il y a deux cents ans entre les états esclavagistes et ceux du Nord existe toujours, en tout cas dans la tête d’un certain nombre d’habitants du Sud. Ecoutez le Redneck, suspecté par le Ranger (noir) venu enquêter : « Il pensait qu’en dehors du Texas le monde était un cloaque où régnaient la mixité sociale et la confusion sur l’identité des bâtisseurs de ce pays, les négros et les latinos tendant les mains pour mendier, sans fournir une seule journée de travail correct. »

Le portrait du rapport Noir-Blanc dans cette cambrousse du Texas vient compléter celui qu’Attica Locke avait déjà dressé dans ses trois précédents romans, tous admirables (parus chez Gallimard, dont « Marée noire »). Qui ont aussi pour décor, sinon pour personnages, le Texas (Houston dans deux d’entre eux) et la Louisiane (pour le troisième). 

Quand certains affirment de façon péremptoire et agaçante qu’il faut être Noir pour parler de la condition des Noirs, ils n’ont pas toujours tort. La preuve par ces deux romans superbes ! 

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DANS LA QUEUE DE LA COMETE

   La queue de la comète Trump n’a pas fini d’infecter ceux qui passent dans son sillage. Nous aussi, et pas seulement les Américains, risquons de subir pendant un moment encore les excès et les dérives de l’ex maître du monde, qui a libéré quelques virus mauvais contre lesquels on n’a pas encore trouvé de vaccin. 

  Prenez le patron de Belfius, Mr Raisière, une banque qui ne doit sa survie (et les plantureux salaires de ses dirigeants) qu’à l’argent du contribuable. Ce brave homme s’est ouvertement réjoui que la fin de la pandémie, plus exactement des aides publiques, allait nettoyer l’économie belge des restos et bistrots fragiles. Et de rêver que sur ces cimetières vont s’élever de nouveaux établissements, clinquants, plus sains, plus vigoureux. En voilà un qui n’a jamais traîné dans un stam café.

 L’élimination des plus faibles au profit des plus forts cela s’appelle l’eugénisme. Lors du renouvellement de son mandat, Mr Raisière avait tweeté qu’il plaçait « la culture d’entreprise et la satisfaction de ses clients au centre de toutes ses actions ». Faut-il comprendre que l’eugénisme fait partie de la culture Belfius ? Une méthode adoptée par le régime nazi mais aussi par la plupart des pays scandinaves qui l’ont longtemps pratiquée et qui est toujours recommandée par la Chine et Singapour. 

   On peut aussi craindre que le départ du virus redonne des ailes aux gilets jaunes ou à leurs émules, que certains ont comparés aux redoutables olibrius qui ont pris d’assaut le Capitole. Tous ces partisans d’une réalité alternative qui croient que leur candidat chéri a gagné les élections et qu’un dangereux communiste a mis la main sur la Maison blanche. Comme eux, ces « braves gens » se sont proclamés « le peuple », ce qui signifie que les autres n’appartiennent pas vraiment à la race humaine, en tout cas à leur race. Comme ceux qui font encore bêtement confiance à un gouvernement, un parlement, à ce système auquel ils ne croient plus, les élections. Un vieux bazar qui emmène au pouvoir des dirigeants qui ne leur ressemblent pas. Preuve que les urnes sont truquées et les journalistes vendus. 

   Il y a du travail pour rafistoler le lien social, la confiance, pour que nous formions « une équipe de 11 millions », qui ne seront pas obligés de porter le gilet jaune pour prouver qu’ils sont encore des êtres humains… Nos gouvernants ont intérêt à y prendre garde. Et les profs ont aussi un rôle essentiel à jouer pour redonner du bon jus aux futures générations et écarter d’eux le virus mauvais.  

  Ce qui rappelle ce que disait le philosophe américain John Dewey au début du vingtième siècle : « la démocratie doit naître de nouveau à chaque génération, et l’éducation est sa sage-femme »

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SI PAR UNE NUIT D’HIVER UN VOYAGEUR…

 La Belgique vient de se doter d’un satellite espion qui porte le poétique nom de CSO-2. Vous vous demandez à quoi bon dépenser cent millions d’euros pour ce gadget ? Les autorités s’en tiennent obstinément au secret défense. Mais pas moi. La vérité, la voilà, CSO-2 a pour mission de suivre l’itinérance de Donald Trump, une fois qu’il aura quitté la Maison blanche. 

Le gouvernement tient en effet à éviter à tout prix que l’ex atterrisse en Belgique et demande l’asile politique.  

Dans le cas où notre satellitje repère son avion se diriger vers Zaventem, alerte générale. Il sera prié d’aller ailleurs. Riche ou pauvre, peu importe, pas question d’accueillir un immigré sans emploi. 

  D’autres lieux sur la planète se montreront sans doute moins regardants. Corée du Nord, Syrie, Russie. Mais, à quoi bon ? Dans ces lieux de rêve, une nouvelle carrière politique est impossible pour lui. La popularité des dirigeants locaux y est trop grande pour qu’il puisse les remplacer.  

Israël alors ? A l’idée de voir Trump débarquer chez lui, Netanyahou a fait la fine bouche. Connaissant son grand ami, il sait qu’il n’hésitera pas à se présenter comme premier ministre aux prochaines élections. Et qu’il a des grandes chances d’être élu. 

  A la vérité, Trump a du mal à se voir obligé de s’installer hors des Etats-Unis. Son gendre a tenté de lui remonter le moral en lui offrant une pile de livres racontant l’exil de quelques-uns des plus grandes figures de l’Histoire : Adam et Eve n’ont-ils pas été heureux d’être obligés de quitter le Tigre et l’Euphrate, papounet ? 

– Et alors ? Nous aussi, on a été content de foutre le camp d’Iraq…

– Pense aussi à Moïse qui s’est exilé d’Egypte pour s’installer en Israël. 

– Tu oublies qu’il est mort avant d’y mettre le pied.  

– Et que dis-tu de Constanza ? Un lieu de rêve sur la mer Noire, où avait été relégué le plus grand poète latin, Ovide. Aujourd’hui un port roumain. Mais qui a été âprement disputé par tous ses voisins, Russes, Turcs, Bulgares. 

   Trump lève un sourcil. Un vrai baril de dynamite, ce Constanza ? Je pourrais prendre la direction de la ville ? Justement, la place est vacante. Le maire sortant, Razu Madare a été condamné pour corruption et association de malfaiteurs. 

Et puis rependre la région en mains ? Ca m’amuserait de provoquer quelques courts-circuits entre Russes et Turcs. Le lieu me paraît parfait pour ce petit jeu. 

Et, ajoute son gendre, depuis la malheureuse disparition du dernier dirigeant communiste,  Ceausescu, ses titres sont vacants : Génie des Carpates, Danube de la Pensée, Conducator. 

   Ah ! s’écrie Trump, alors je prends ! 

PS : le titre est emprunté à un des plus fantaisistes écrivains italiens, Italo Calvino. 

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MACADAM A DEUX VOIES

La fin de l’année a été marquée par deux événements en Belgique, le début timide de la vaccination sous les flashs et caméras et les images, devenue virales elles aussi, d’un cycliste bousculant une petite fille dans un petit chemin des Fagnes filmée par son papa.

L’émotion suscitée par ces images, la vague de commentaires sur les réseaux sociaux peuvent laisser pantois. Si le geste est volontaire, il est scandaleux, s’il est involontaire, il est très maladroit. Mais la petite fille est indemne, dieu merci, et l’incident, en temps ordinaire, n’aurait même pas eu droit à une ligne dans Vers l’Avenir. Comment expliquer alors que la Belgique entière se soit enflammée devant cette vidéo ? 

On peut y voir le ras-le-bol exaspéré de tous ceux qui supportent mal l’essor et le succès du vélo ces derniers mois. En l’absence de toute politique favorisant une coexistence harmonieuse entre automobilistes et cyclistes (saluons tout de même le réaménagement du pont Fraiteur à Ixelles et les pistes cyclables somptueuses de l’avenue Roosevelt). Ce ras-le –bol est encore exacerbé par l’entrée en vigueur (à contretemps) du 30 km généralisé dans les rues de Bruxelles. 

Ce projet est pourtant sympathique mais il n’a de sens que si cette mesure était un début et non pas une fin. Or, on a le sentiment que pour la ministre bruxelloise de la mobilité, Elke Van den Brandt, le job est terminé depuis qu’elle a placé ses panneaux flambant neuf limitant la vitesse et lancé les pandores à la chasse aux contredanses.  

Alors que cette mesure n’a de sens que si on organise la coexistence entre tous les utilisateurs du macadam, autos, vélos, trottinettes, voitures d’enfant, fauteuils d’handicapés. Plutôt que de bêtement les « coller », il faut apprendre aux automobilistes à respecter les cyclistes et à certains rois de la petite reine de ne pas se comporter avec arrogance et parfois provocation. Et ça, ça demande plus d’efforts, de sueur et d’imagination que de planter des panneaux et de fliquer les bagnoles…

D’autant que l’entrée en vigueur de cette mesure en pleine pandémie tombe mal car elle s’ajoute aux restrictions et interdictions exceptionnelles dans une démocratie que les citoyens doivent supporter depuis neuf mois.

Pour que la politique de la Ministre de la Mobilité ne devienne pas une course de cache-cache avec la police, qu’elle ne donne pas l’impression d’être un bon prétexte pour remplir les caisses de la Région, il faut qu’elle soit expliquée, partagée, qu’elle apparaisse comme un besoin, une nécessité par les utilisateurs de la voie publique, pas comme une brimade. 

Comme l’écrivait David Thoreau : « La loi n’a jamais rendu les hommes plus justes ». Pour cela, il faut faire appel à leur intelligence, pas à la police !  

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MAGIC 21

   Les Chinois ont inventé le feu d’artifices (dont on se passera cette année, ils savent pourquoi !). Mais ce sont des immigrés turcs et hongrois qui ont tiré de leur chapeau le vaccin contre la covid plus rapidement que la formation d’un gouvernement en Belgique. 

   Neuf mois après le premier « coucou, je suis là » de cette chère corona, le monde nouveau devrait apparaître. Il se fait un peu attendre mais après la Saint-Sylvestre, la Saint-Valentin et la Saint Glin-glin, il sera là, tout neuf, tout beau. En 21, on va le chouchouter, le materner et lui apprendre les bonnes manières. Si c’était un abécédaire ?  

   On commencerait par la lettre C comme vaccin. Et surtout comme carotte, celle qu’on nous agite sous le nez pour nous rassurer. Ne vous révoltez pas, tenez-vous calme, prenez patience. Et vous aurez droit à vos deux doses.  

   Suit la lettre I. Comme interdit. Cinéma, restaurant, salles de sport, théâtre. I comme culture, fiesta, concerts. I comme baisers, tendresse, toucher. I comme tout ce qui est remis après les fêtes, après les soldes, après on ne sait plus très bien quoi. Mais, promis-juré, on ira de nouveau s’embrasser au cinéma en mangeant des chocos glacés entre deux étreintes. 

   Vient ensuite la lettre M. Elle ne s’écrit pas comme dans « je t’aime », oh, non ! C’est la première lettre de masque (qui s’attarde), de misère (qui s’installe et se répand), de mise en quarantaine, de monde de fous, de malheurs, de morbleu ! (pour rester poli). Une lettre qu’on pourra effacer après la deuxième dose !  

   Que découvre-t-on à la lettre O ? Amour et eau fraîche. 2021 sera une histoire d’O, souffrance et douleur, pour tous ceux qui ont perdu, vont perdre, leur emploi, leur entreprise, ce qu’ils ont construit. Malgré les aides, importantes, il faut le souligner, par rapport à tant d’autres pays du monde, eux aussi ravagés par l’épidémie et dans lesquels c’est tant pis pour les perdants.  

   Le nouveau mot de l’année est, parait-il, « déconfinement ». Moi, je vote plutôt pour « présentiel ». Avant l’arrivée du corona, on a raconté n’importe quoi sur les bienfaits de l’Internet pour tous, la société du futur avec des cours, des réunions, des conversations à distance. On a vu, merci. Vivement, le bon vieux présentiel ! L’école de papa, les pauses devant la machine à café, les réunions où l’on peut s’invectiver en life, se taper dessus. Malgré le retour des embouteillages, on se précipitera avec bonheur pour se serrer à plusieurs dans des salles trop étroites, sans masque et sans inquiétude. Abandonner l’ordinateur, quel progrès pour l’humanité !   

Touchez du bois, 21 est un chiffre magique. Après tout, c’était celui de ma radio préférée. Restez branchés ! 

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L’AN VAIN … QUOIQUE

   Que va-t-on retenir de l’an vingt ? D’accord, il y a…

Mais aussi bien d’autres choses. Tenez, puisque nous en parlons, la Chine. 

Cette année, ce sera le pays où la croissance sera la plus forte dans le monde. Celle aussi où le nombre de journalistes emprisonnés est le plus important. Doit-on conclure que moins il y a d’esprits libres, plus le commerce explose ? Donald Trump serait d’accord. 

   Tenez, puisque nous en parlons, Trump. Plus fort que le virus, Joe Biden aura réussi à avoir sa peau. Joe, présenté comme un pâle challenger, pourrait nous étonner. Faut parfois se méfier des vieux endormis.

Tenez, puisque nous en parlons, trois petits vieux nous ont emballés cette année. Les trois héros du dernier roman de Richard Russo « Retour à Martha’s Vineyard » (éditions Quai Voltaire). De retour dans la propriété de l’un d’eux où, le temps d’un week-end de la fin de saison 1969, ils sont tombés amoureux de la même fille qui a mystérieusement disparu…

Tenez, puisque nous en parlons, la machine à remonter le temps a  beaucoup fonctionné cette année pour notre plus grand plaisir de lecteur – peut-être pour échapper à ce dont nous ne parlons pas. Elle est remontée en 1938 avec cette magnifique BD de Verron et Yves Sente « Mademoiselle J » (chez Dupuis) qui retourne dans le monde de Spirou des débuts (avec un graphisme superbe) mais en se frottant aux périls politiques qui commencent à dévorer l’Europe (un scénario d’une redoutable intelligence). 

La machine est ensuite repartie en 1980 avec le troisième roman de notre romancière anglaise préférée, Jessie Burton. Dans « Les Secrets de ma mère » (Gallimard), elle se promène dans deux époques (elle excelle à ce jeu). Une fille recherche sa mère mystérieusement disparue (encore une disparition, décidément) de Hollywood où l’avait emmenée son amie écrivain. Comme Russo, Burton a cet art de créer une tension digne d’un thriller pour dessiner des personnages complexes, bizarres mais terriblement attachants. Voilà des écrivains n’ont pas peur d’utiliser les principes du roman policier pour bâtir leurs romans. 

Tenez, puisque nous en parlons, les policiers ont été en première ligne, hélas. Malgré eux. Ou à cause d’eux. Pas seulement ceux qui ont assassiné George Floyd à Minneapolis. Mais aussi ce policier, jugé en cette fin d’année, pour n’avoir pas hésité à tirer sur une camionnette parce qu’elle transportait des migrants. Il a abattu une petite fille sur une autoroute wallonne. Le Parquet demande le sursis. Et personne n’a songé à le chasser de la police. Pas plus que ceux qui ont participé à la mort d’un passager slovaque à l’aéroport de Charleroi, pendant qu’une policière faisait le salut nazi sous les rires de ses collègues. Et on s’étonne de la violence impunie de la police de Waterloo ? Comme disent les urgentistes, la fièvre monte… 

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L’EFFET FETE

  La fiesta à deux, c’est le bonheur. Pas besoin de jouer le Bob pour raccompagner le tonton ou le copain éméché, ou de passer la soirée à consoler la cousine qui vient d’apprendre par texto que son ex est parti aux Antilles avec une autre. Non, il est là, coincé avec la cousine, qu’il n’a pu quitter, après que son vol ait été annulé et sa nouvelle élue placée en quarantaine.  

  Allez, quoi. A deux aussi – à deux surtout-, la fête est plus joyeuse que jamais.

  Petit conseil pour rendre la soirée spéciale. Mettez deux masques, un sur la bouche et un sur les yeux. A minuit, criez : «  j’enlève le haut ! » Un quart d’heure plus tard, « j’enlève le bas ! » 

   (Vérifiez tout de même que votre partenaire est bien votre invité(e). Avec ces masques, on n’est pas à l’abri d’une surprise. Mais si c’est un(e) autre qui a pris sa place pendant que vous aviez les yeux fermés, pourquoi pas, si affinités ?)

   Précaution importante. Si on sonne à la porte et que, sur le seuil, apparaît le Père Noël, prenez garde, ce n’est pas le Père Noël. (Cette année, bulle oblige, il passe sa soirée avec le roi et les rennes). 

  Soit c’est un habile cambrioleur, soit un flic. N’ayant trouvé aucun moyen légal de visiter de force votre appartement, la police a imaginé ce truc pour pénétrer chez vous, vérifier si vous respectiez les règles et encaisser votre treizième mois en guise d’amende. Si vous l’avez reconnu, et que vous l’empêchez d’entrer, il ne vous en voudra pas. Il lèvera son verre de gel hydro-alcoolique (recommandé même pendant les heures de service), sortira par la porte et reviendra par la cheminée.  

   Pour se donner l’illusion d’être nombreux, vous pouvez sautiller sur votre chaise en faisant le tour de la table et en chantant « nous étions quatre-vingts chasseurs». Mais à deux, je vous préviens, c’est un peu fatigant. Et les voisins risquent de ne pas chanter en chœur. Car le problème, ce sont les voisins. Ils ne sont pas partis chez des amis ou au ski, comme les autres années. Et ils ne supportent généralement que leur propre raffut.

   Si vous passez la soirée à vous éclater dans un karaoké, volume à fond (seule façon de goûter vraiment à ce jeu) ou que vous vous consolez de cette fin d’année pourrie en écoutant un choix des rappeurs les plus déchaînés ou le répertoire intégral de la Castafiore, alors que vos voisins ont décidé, eux, de se taper une nuit Kant (un défi stupide qui consiste à relire toute l’œuvre de Kant en douze heures), il risque d’y avoir des courts-circuits. Evitez les bagarres, de grâce, les hôpitaux sont saturés.  

  Ah oui ! Mettez vos habits qu’on appelle du dimanche. Dans l’époque qu’on vit, mieux vaut être prêt et présentable si on a attendu 21 en vain.  

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SLOW DOWN

 Tourner en rond dans son appartement et faire la danse du ventre devant son ordinateur ne suffisant plus, la Région de Bruxelles a décidé aussi de ralentir le rythme. Qui va piano va sano est recommandé en temps de pandémie. E qui va sano va lontano, gage de survie.  

   A partir du 1er janvier prochain, il sera interdit de courir de son ordinateur jusqu’à la chambre des enfants à plus de 30 km/heure. Les toilettes ne seront accessibles qu’à ceux qui s’en approcheront lentement. La porte se fermera automatiquement devant ceux qui se montreront trop pressés. 

Cette limitation s’appliquant à tous les véhicules, prudence à ceux qui font du vélo d’appartement. La police aura le droit de forcer la porte pour verbaliser les casse-cous qui essaient d’égaler Evenepoel dans la descente. 

   La limitation de vitesse sera aussi obligatoire à l’extérieur. En promenade, par exemple, les chiens entraînant leurs maîtres à plus de 30 km/h. seront abattus. Lors des manifestations, les policiers s’abstiendront de courir derrière les manifestants pour éviter les excès de vitesse. Dès lors, tout manifestant en fuite sera considéré comme un délinquant. 

Les automobilistes seront eux aussi priés de respecter la nouvelle réglementation. Sauf sur la petite ceinture. Connaissant les obsessions du personnel politique bruxellois toujours en quête de mesures spectaculaires, on subodore que, dans un an ou deux, il se trouvera une de ces excellences bien décidée à l’appliquer à toutes les artères de la capitale. 

Que fera-t-on alors dans le tunnel Léopold II (entretemps rebaptisé Tunnel Tintin au Congo) ?  Plusieurs bureaux d’étude travaillent déjà en secret à différentes mesures pour ralentir le trafic. Parmi les suggestions en projet: obliger les cyclistes à emprunter le tunnel et à rouler de front, construire à l’intérieur du tunnel un labyrinthe constitué de hautes haies en zigzag, ce qui obligera les automobilistes à errer avant de trouver – parfois – la sortie beaucoup d’heures, de jours ou de mois plus tard. Il faudra évidemment transformer la deuxième bande en parking de secours pour les naufragés de la route, avec postes de ravitaillement, respirateurs et médecins.

Une autre suggestion susceptible d’obliger les chauffards à lever le pied : réserver les chaussées aux piétons. Plus de voitures sur les routes ! Dès à présent, on peut parier que la plupart des automobilistes abandonneront leurs véhicules avant d’avoir deviné par où ils peuvent passer. 

On songe aussi à une espèce loterie qui ne laissera passer que les heureux conducteurs qui auront tiré les bons numéros. Vous tirez le 10, vous pouvez circuler à 10 à l’heure, le 20, à 20 à l’heure. Le gros lot pour le 30. 

Une fois de plus, Bruxelles aura été un laboratoire du futur, l’avant-garde de la gestion des villes de demain.        

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MARTIENS, GO HOME!

   Le téléphone sortit le président Macron de son sommeil à cinq heures douze. 

Après s’être confondu en excuses, le ministre de l’Intérieur balbutia qu’un nouveau problème avait surgi une demi-heure auparavant.

  « Non, Gérald, je ne peux le croire ! C’est qui maintenant que vos sbires ont démoli ? Un Arabe, un Noir, un Jaune, un Rouge peut-être ?

– Non, non. Juste un vert.   

– Quoi ? Ils se sont lâchés sur un écolo ? Un militant, un député ? 

– Non, non. Rassurez-vous. A cette heure, les écolos dorment dans leur yourte.

– Ou à l’Assemblée nationale, c’est vrai. Continuez

– Un engin s’est posé devant l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière vers quatre heures du matin. Les forces de l’ordre l’ont pris naturellement pour un drone.

– Et alors ? 

– En sont sortis trois petits hommes verts qui se sont dirigés vers l’entrée des urgences. 

– Quel est le problème, Gérald ? 

– Ils étaient sans masques, monsieur le Président ! Mes hommes ont tenté évidemment de s’interposer…

– Saperlipopette ! Ces crétins ne se sont pas aperçus que ces hommes portaient tout simplement un masque vert… Des chirurgiens, peut-être ? gémit Macron désespéré. Tout de même, vos flics n’en sont pas à confondre un masque vert avec un gilet jaune, si ?

– Ils ont commencé par leur demander respectueusement…

– Répétez-moi ça ? 

– Je vous le jure ! J’ai l’enregistrement ! 

– Et voilà, il y a toujours quelqu’un pour filmer ça…  

– Ils se prétendaient chargés d’apporter un remède infaillible aux malades de la Covid. Ils tenaient d’ailleurs des espèces de récipients transparents et mous entre leurs longues pattes. 

– Chargés par qui ? Par le professeur Raoult, je suppose ? soupira le président. 

– Non. Par le Ministre de la Santé du Grand Conseil Galactique. Ses services ont repéré la terrible pandémie qui frappe notre planète et il a envoyé une délégation d’extra-terrestres pour fournir le médicament qui avait été expérimenté avec succès contre ce virus sur l’une des exo-planète Trappist. 

   Macron se tordit les mains.

– Ne prendriez-vous pas quelques jours de vacances, Gérald ? Sur Mars par exemple, au bord d’un des canaux. Il paraît que c’est très reposant…   

– Les gardiens de la paix ont dû utiliser leurs teasers. Sans aucun effet. Ils ont donc dû passer à la bonne vieille matraque…

– Bref, ces pauvres plaisantins sont été réduits en charpie. A partir de quelle heure, serons-nous traînés dans la boue sur les réseaux sociaux? 

– Les récipients ont été brisés mais pas les trois hommes qui sont repartis en emportant avec eux le premier ministre afin de lui prouver l’efficacité de leurs traitements. 

– Castex sur Trappist ? Bon, la matinée ne commence pas trop mal tout compte fait…

Ps : le titre est un clin d’œil au plus hilarant auteur de science-fiction, Fredric Brown.

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