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EN VISITE

Mieux vaut mettre désormais votre réveil tous les jours à cinq heures du matin car cela peut vous arriver comme à n’importe quel citoyen belge. On sonne alors que le roi soleil n’est pas encore levé. Si vous ne répondez pas, Boum ! Boum ! Des coups ébranlent la porte. Les enfants se mettent à pleurer. Les voisins sortent la tête. Vous n’osez pas ouvrir. Qui peut se pendre à la sonnette en pleine nuit ? Des malandrins ? Des ivrognes ? Vous appelez la police.

« Vous demandez la police ? dit une voix fatiguée au bout du fil. Ca tombe bien, il y a cinq hommes devant chez vous.

Devant… ? » Non, déjà dans le salon, avec gilet pare-balles, kalachnikov et tout le saint frusquin. Où est le bon temps des Dupondt avec leurs chapeaux boule, des souliers cloutés et une canne ? Les enfants hurlent de plus belle.

Dommage qu’on ait supprimé la gendarmerie. Vous les auriez appelés. Ils auraient tôt fait de mettre les flics dehors.

« Paraît qu’il y a des étrangers ici ?

Oui, nous sommes fonctionnaires catalans.

Catalans ? C’est quoi ça, chef ? On peut toucher ou pas ?

Je ne sais pas. Avec tous ces pays qui changent tout le temps. Kazakhs, Catalans, calamités, on ne s’y retrouve plus. Allo, Mr Francken ? Excusez-moi de vous réveiller, monsieur le Ministre. Ce bruit ? C’est rien. Rien que des enfants étrangers qui pleurent dans leur langue. Non, ce n’est pas du néerlandais. Justement. C’est à ce sujet que j’appelle. Des Catalans. On embarque ou quoi ? (Un long silence avant que le chef ne raccroche).

Paraît qu’on a fait une boulette, les gars. Bon. Puisqu’on est là, on va quand même jeter un coup d’œil dans votre baraque.

Vous avez un mandat de perquisition ?

Pas besoin. Ce n’est pas une perquisition. C’est une visite. Vous voyez, on a apporté les pistolets ! La différence ? Dites, c’est vrai ce qu’il dit M. Rajoy, vous êtes vraiment Byzantins, vous autres Catalans.

Comment ça, une réflexion raciste ? J’ai dit Byzantins, pas Têtes de Turcs.

Chef ! A l’étage, je suis tombé sur un couple d’étrangers chez ces étrangers !

Comment tu sais qu’ils sont étrangers ?

Ben ils sont noirs.

Ouf ! Inutile de déranger Mr Francken.

J’attire votre attention  sur le fait que ce sont…

Oh ! Taisez-vous les Catalans ! A votre prochaine invitation, j’apporte les matraques en plus des pistolets.

… Ce sont les propriétaires. Ils sont belges. Nous, on est en visite chez eux. Comme vous…

Qu’est-ce qu’on fait, chef ?

Si les Belges se mettent à ressembler à des étrangers, où on va ?

Vous avez raison, chef. D’ailleurs ce Francken, il aurait pas l’air étranger si on y regarde de près, non ?

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Ps : Superbe portrait d’immigré sans papiers jouant la débrouillardise dans New York, le magnifique premier roman de la Camerounaise-Américaine Imbolo Mbué « Voici venir les rêveurs » (Pocket).

 

GAI, GAI, MARIONS-NOUS !

Jadis, la paix civile était – plus ou moins- garantie par les mariages. Le gamin du roi d’Espagne pas encore pubère épousait la fille du roi de France à peine bébé. Celle d’Autriche-Hongrie était promise au futur tsarévitch. Si ça n’a pas empêché la guerre de cent ans, la guerre des roses entre les York et les Lancaster ni la guerre de la marmite le 8 octobre 1784, beaucoup d’autres conflits ont été étouffés dans l’œuf ou plutôt sous la couette.

Depuis un siècle, les alliances matrimoniales, jugées trop ringardes, ont été remplacées par plus moderne, plus sérieux et plus républicain, l’ONU, la communauté internationale, les G5, 6, 7, 9 et les gros yeux des présidents américains. Las ! On est au bout de ce modèle. Les petits voyous n’ont plus peur des grandes puissances. Les Etats-Unis sont embourbés depuis près de vingt ans par quelques milliers de talibans afghans qui vivent comme leurs aïeux au moyen âge mais qui sont équipés d’armes belges. Et le ridicule dictateur coréen ? Il éclate de rire quand Trump lui tape sur la tête avec son Twitter. Quant à Kabila, il a déconnecté internet et le téléphone. De toute façon, il n’y a plus d’électricité dans le pays. Ni dans les prisons ni les morgues.

Alors, si on en revenait à la bonne vieille formule des mariages ? La paix du monde grâce à la paix des ménages !

Commençons par le pire, le Moyen Orient. Voilà un siècle que la terre de la Bible et du Coran se meurt dans un désordre sanglant que rien n’a pu arrêter. Les haines et les intérêts ont définitivement tout brouillé. Seule solution, rebattre les cartes. Imaginez Ivanka, la fille de Trump, convolant avec le fils de l’ayatollah Khamenei. Du jour au lendemain, les fondements de la république islamique seraient chamboulés. Plus fort et plus explosif que l’accord sur le nucléaire ! Cérémonie à Téhéran, cocktail à Tel Aviv et voyage de noces dans les ruines antiques en Syrie.

Pour le bouillant fils du roi d’Arabie saoudite, on suggère un speed dating avec l’élégante épouse du président Assad (le Coran l’autorise) pour rééquilibrer les alliances au Moyen Orient ou les brouiller définitivement.

Autre mariage en vue : Ecmettin Erdogan junior avec la fille de Théo Francken. Une belle fête à l’hôtel de ville de Lubbeek puis dans la mosquée provisoire érigée sur le parking de l’église Sint Martinus. Cadeau dans la corbeille, papa Erdogan offre à tous les réfugiés de Belgique un séjour gratuit en Anatolie en aller simple. De quoi régler définitivement tous les soucis du papa de la mariée. Eviter les rapatriements au Soudan. Et débarrasser la Belgique de ces encombrants voyageurs.

Seul problème : à quoi servirait alors un secrétaire d’état à l’asile et à la migration ?

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FRANCKEN OU FRANKENSTEIN ?

Il n’a pas fini de caracoler en tête du hit parade des politiciens préférés des Belges, l’ami Théo. Qu’on soit Théophobe ou Théophile, il faut reconnaître son talent pour exprimer avec la brutalité qui sied les fantasmes d’une partie des électeurs.

Les avocats coûtent cher ? Théo va les faire payer. D’abord à l’état s’ils osent contester ses thèses devant les juridictions, ou exiger le payement des sommes à laquelle l’état est condamné par un juge fou ou socialiste wallon. Et après, qui sait, grâce à Théo, les clients récupéreront les honoraires payés à leur avocat s’ils perdent le procès qu’ils lui ont confié ou si l’avocat s’amuse à faire un recours contre les décisions qui leur ont été favorables. Et si l’avocat porte l’affaire devant la Cour européenne des Droits de l’Homme, mamma mia ! ce sera l’amende maximum !

Après, ce sera le tour des juges qui n’ont pas obéi à ses directives, aux journaux qui ont contesté sa politique, aux députés qui n’ont pas voté selon ses instructions. Les centres fermés ont un bel avenir. Voyons le côté positif de la chose. Vu le nombre de Belges qui vont y être enfermés avec eux, les étrangers vont avoir enfin une chance de s’intégrer.

Attention ! Ne pas confondre Francken et Frankenstein. La créature fabriquée par le Docteur De Wever n’a pas dérapé – pas encore. Pourrait-il, comme dans le film de James Whale, craquer devant un enfant si celui-ci le prend par la main ? Peut-être, à condition qu’il ne soit ni Rom, ni Arabe, ni malade, ni braillard et qu’il porte sur lui des papiers en règle, validés par la police des étrangers.

Les femmes du fan club à Théo ont bien compris la leçon de leur grand homme. Elles aussi ont trouvé un père Fouettard à offrir en sacrifice à la foule. La joyeuse Lisbeth Homans (dont le sourire fait pendre les lèvres plutôt que les remonter) et la redoutable Zuhal Demir (aux crocs acérés) ont décidé de s’attaquer à l’institut belge contre la discrimination, UNIA. Et à le punir pour fermer les yeux devant ceux qui discriminent la N-VA.

Pour éviter que l’institut se perde encore dans des combats sans intérêt pour la Flandre, qu’il perde son temps à dépister les actes ou les discours racistes par exemple, le mieux est de le disséquer, de le découper en morceaux. Avec le bon sens qui caractérise ces deux dames pragmatiques, elles ont imaginé que la discrimination ne se jugerait pas de la même façon à Anvers, à Molenbeek, à Furnes ou à Thuin. Il y aura donc une UNIA par commune. De quoi s’assurer que l’on cesse de chercher des poux à leurs chers électeurs lorsque, après une soirée un peu arrosée, ils se laissent aller à leur vraie nature. Qu’elles se méfient pourtant que ces mini-instituts ne finissent par s’entendre entre elles. Car, danger, l’UNIA fait la force…

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LA VIE EST UN ROMAN

Commençons par un jeu. Qui a dit : « Si c’était vrai, cela ne pourrait pas être faux. Et, en admettant que ce fût vrai, cela ne serait pas faux. Mais, comme ce n’est pas vrai, c’est faux » ?

Est-ce Paul Furlan devant sa collection de casseroles ? Stephane Moreau au sujet de ses juteuses rémunérations dans Publifin et officines annexes ? Ou Benoît Hamon à propos de ses contorsions sur l’égalité entre hommes et femmes ou le port du voile dans la région dont il est député ?

La réponse est : Lewis Carroll dans « Alice au Pays des Merveilles » (publié en 1865). Un livre si riche qu’il peut aussi se lire comme un pamphlet sur l’art de discourir de nos politiciens, leur soif du pouvoir, leur folie et leur arrogance. Quand la Reine s’écrie à tout bout de champ : « Qu’on lui coupe la tête ! » le lecteur d’aujourd’hui ne pensera-t-il aussitôt à Trump, Erdogan ou Poutine ?

Et lorsque la Duchesse dit avec un grognement rauque : « Si chacun s’occupait de ses affaires, le monde n’en irait que mieux », ne songe-t-on pas automatiquement une fois de plus à Donald Trump mais aussi à Marine Le Pen ou aux rodomontades de notre secrétaire d’état Théo Francken ?

Il ne faut pas croire que les artistes sont des devins, des émules de madame Soleil. Ils lisent  beaucoup mais rarement dans le marc de café. Ce sont les politiciens qui, à court d’idées cherchent désespérément dans les bouquins, les B.D. et les scénarios quoi dire de neuf à leurs pauvres électeurs. Et qui s’efforcent de ressembler de plus en plus à des personnages de roman ou de films.

Regardez Trump à nouveau. Dans son discours d’investiture, il n’a pas n’hésité à glisser des phrases directement puisées dans les dialogues du film « Batman » de Christopher Nolan.  C’est la harangue de Bane, le méchant du film, qu’il plagie, lorsqu’il s’engage à  transférer le pouvoir de Washington « pour le donner, à vous, le Peuple ! »
On comprend que les ventes de l’angoissant roman de George Orwell « 1984 », qui avaient déjà été boostées par les révélations de Snowden sur l’existence des systèmes mondiaux d’espionnage, aient explosé depuis l’élection du quarante-cinquième président. Il existe en effet une correspondance troublante entre les déclarations de sa conseillère, Kellyanne Conway qui défend l’idée qu’il existe des « faits alternatifs », une autre vérité que la vérité, et G. Orwell lorsqu’un de ses personnages s’écrie : « Le Parti vous dit de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’est son commandement ultime, et le plus essentiel.”

Peut-on suggérer que la légende sous les photos officielles du nouveau patron de la Maison Blanche soit « Ceci n’est pas un président » ? Ce serait un excellent apport de l’art belge à la nouvelle politique américaine.

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LA FOLIE DES GRANDEURS

Selon les experts, le nombre de fous qui se prennent pour Napoléon a beaucoup chuté ces dernières années. Deux raisons expliquent ce phénomène : soit, les experts ne lisent pas les journaux, particulièrement ceux de juin 2015, soit les statistiques ne traitent plus de fous ceux qui se prennent pour Napoléon. La recherche forcenée d’économies peut aussi expliquer cette évolution : si l’on devait enfermer tous ceux qui se prennent pour Napoléon, dix hôpitaux, cent, mille n’y suffiraient pas. Et la Sécurité sociale pourrait définitivement mettre la clé sous le paillasson.

En Belgique, on a pris l’habitude depuis des siècles de vivre au milieu des fous. Il suffit de regarder autour de vous. Vous croyez que c’est un hasard si nous comptons près de septante ministres dont aucun ne se prend que pour lui-même, des centaines de députés fédéraux, régionaux, membres des assemblées provinciales, communales, intercommunales, que des chefs, des éminences plus hautes que la Butte du Lion ?

Cette épidémie d’empereurs dans un seul royaume a des raisons historiques. A une époque où, dans la plupart des pays voisins, on enfermait les malades mentaux (sauf quand ils étaient au pouvoir), à Geel, depuis le moyen âge, la population accueille les fous de toute l’Europe – même sans papiers. Dans des centres fermés ? Pas du tout. Ils vivent au milieu des familles de la ville, en parfaite liberté, traités comme des citoyens ordinaires. Le Ministre Napoléon Francken ne s’en est heureusement pas encore rendu compte.

Fasciné par la vie à Geel, Maeterlinck y a consacré une de ses plus intéressantes pièces de théâtre, « La Princesse Isabelle », dont le personnage masculin, un journaliste du « Soir », est envoyé en reportage dans la petite ville campinoise. Il écrit à ce propos : «Tandis que je m’occupais de « La Princesse Isabelle », j’eus la chance d’y rencontrer un certain nombre de déséquilibrés qui ne purent trouver place dans la pièce que leurs frères et leurs sœurs qui « travaillaient » du chapeau, du béret, de la casquette, de la toque ou de la capeline, encombraient déjà. Je leur donne asile dans ces quelques pages, d’où ils s’évaderont quand ils seront guéris. »

Le système de Geel a fait l’admiration de beaucoup de spécialistes modernes des traitements psychiatriques. Il a aussi habitué les Belges à ne plus distinguer chez leurs voisins, leurs amis, dans leurs familles, qui est Napoléon de qui ne l’est pas. On sait aussi chez nous que porter le chapeau n’a qu’un temps et qu’il finit toujours couvert de poussières ou, plus souvent, dans la boue ou la poubelle.

Waterloo n’est pas très loin de Geel, ce n’est pas un hasard de la géographie ni de l’histoire.

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ADIEU, PERE FOUETTARD !

Profitez-en ! Cette année est sans doute la dernière occasion de faire la fête au père Fouettard.

Avec le règne du politiquement correct, son sort paraît définitivement scellé. Barbouillé de cirage, son fouet à la main, le père Fouettard est passé de mode autant que Guignol, les vidéos-clubs ou les socialistes français.

Peut-être qu’un archéologue, dans deux ou trois siècles, tombera sur une figurine miraculeusement préservée du côté sombre de Saint Nicolas. Il se grattera la tête en se demandant pourquoi ce personnage a brusquement disparu à la veille de 2015 avant de conclure que notre époque est décidément incompréhensible. Il est interdit de fumer dans les films ou les BD (bientôt on retouchera les images d’Humphrey Bogart comme on l’a fait de celles de Malraux sur les timbres français et de Jacques Tati, privé de sa pipe sur les affiches du métro). On doit veiller à ne pas glisser Tintin au Congo dans les cadeaux destinés aux enfants des amis. Eviter de faire doubler les élèves pour ne pas les traumatiser à vie. Et ne jamais évoquer le tour de taille de madame De Block, ce qui est de mauvais goût. Voilà quelques règles de base du savoir-vivre d’aujourd’hui. En revanche, n’hésitez pas à célébrer les plaisanteries antisémites de Dieudonné. Ce type est si audacieux, ma chère ! Et surtout, vous pouvez rire sans honte puisqu’il est Noir…

Contrairement à la légende, ce n’est pas la couleur de peau, ni même le sexe qui font un bon Zwarte Piet. Regardez Laurette Onkelinx, se déchaînant contre le duo Jambon-Francken, qui avaient eu l’idée stupide d’apporter des spéculoos et des chocolats à un de leurs anciens collègue, qui avait fait copain-copain avec les nazis. Elle leur a flanqué une fessée bien méritée. Et Bart De Wever, qui a prudemment dédaigné le casting gouvernemental ? Encore un parfait père Fouettard, bien décidé à punir socialistes autant que libéraux et chrétiens avant de réapparaître aux prochaines élections dans le rôle du bon Saint Nicolas.

Malgré le risque de disparition du père Fouettard, son compagnon, le bon saint, n’a pourtant plus la cote. Ceux qui ont joué dans son club, Obama ou Hollande, sont au plus bas dans l’opinion publique. Alors que les Poutine et les Assad mènent le monde à la baguette. Etonnant paradoxe : c’est au moment où le père Fouettard est en vedette qu’on veut l’effacer de l’imaginaire collectif.

Une idée d’avance vouée à l’échec. Quel que soit le grimage, en politique, c’est toujours le plus affreux qui finit par l’emporter. Comme le disait judicieusement Alfred Hitchcock : un film n’est réussi que si le méchant est réussi. Ces derniers temps, il faut avouer qu’on est servi.

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