DESINFECTEZ LES FANTOMES AVANT USAGE

Était-ce un sombre pressentiment ? Quand le corona-virus a commencé à se répandre, j’étais en pleine rédaction d’un nouveau roman dont les personnages principaux étaient des fantômes. Des morts transformés en esprits errants. Il a fallu l’arrivée de l’épidémie pour que je me demande si mes fantômes étaient contagieux. Pouvaient-ils communiquer le virus en se déplaçant à travers les murs ? Je vais y penser pour la suite. Y a-t-il un docteur dans la salle ?

Curieusement, les histoires de fantômes ont accompagné les grandes épidémies. Ont-elles influencé les auteurs du genre ? Donné au public l’envie de se promener entre la vie et la mort ? C’est une thèse qui mérite d’être étudiée. Les Anglais sortaient de l’épidémie de peste quand apparurent les premiers romans gothiques. Ils ont beaucoup aimé le genre au XIX ème siècle (Dickens, Wilde) lorsque l’empire était ravagé par l’épidémie de choléra. La maladie a aussi touché la France. Ce qui a peut-être donné le goût des fantômes à Maupassant ou à Jules Verne –alors que les Français n’ont pas montré en d’autres périodes le moindre goût pour le fantastique. Quand Gaston Leroux s’y est mis à son tour (son merveilleux « Fantôme de l’Opéra »), la république sortait à peine de la ravageuse épidémie de grippe espagnole… 

En ces temps de voyage autour de votre chambre, profitez-en pour plonger dans des histoires de fantômes. Il y en a de plus récentes, que je vous recommande pour vous changer de la science-fiction post-apocalyptique : « L’Homme vert » de Kingsley Amis et la sublissime « Symphonie des Spectres » de John Gardner. Quant à vos enfants, ils vous laisseront en paix (environ quatorze minutes) si vous leur glissez entre leurs doigts pleins de chocolat « Le Fantôme espagnol », la plus belle aventure de Bob et Bobette ! 

Avoir le temps de lire, d’écrire, de discuter avec les enfants et les petits-enfants (si vous l’osez), tout n’est pas sinistre dans cet étonnant moment où l’histoire s’est mise en pause. Samedi dernier, il y avait du monde au Bois de la Cambre. Certains vous lançaient un coup d’œil inquiet si vous passiez trop près d’eux. D’autres jetaient des regards torves aux pigeons. Ils auraient mieux fait de se garder des chauves-souris et des pangolins. Mais je n’en ai pas aperçu beaucoup gambadant le autour du lac malgré un soleil lumineux, d’un blanc irréel, une lumière italienne (aïe !) annonçant le printemps. Partout, dans les allées, des promeneurs joyeux, beaucoup de gosses, une atmosphère de fête. Préfigurant celles qu’on va organiser quand les vilaines bêbêtes auront eu l’amabilité de se faire voir ailleurs. Dans le monde des spectres de préférence. Un avant-goût d’une autre façon de vivre en société ? On peut rêver…

Alain Berenboom 

OU SONT LES SLOWS D’ANTAN ?

Il est parfois sain de se remettre en question. La période angoissante que nous traversons permet de s’interroger sur les interdits que l’on a peu à peu érigés en dogmes. Et de relativiser certaines attitudes que l’on croyait indiscutables. La priorité aux transports en commun, par exemple. Comment ne pas saluer l’usage de l’auto individuelle pour limiter la promiscuité dans les bus, métros et même le co-voiturage ? Une voiture par personne, une activité politiquement incorrecte remise à l’ordre du jour grâce au virus. Cette petite crasse devrait encourager aussi le retour du tabac. Fumer est en effet excellente pour éviter la promiscuité. Plus question que les gens ne s’approchent les uns des autres à moins d’un mètre. Mais où sont les slows d’antan ? 

Autre progrès causé par la situation sanitaire actuelle, l’interdiction des gros rassemblements. Ce qui va régler d’un coup le problème jusqu’ici insoluble des débordements dans les stades. Fini de laisser ces bandes d’imbéciles, se pressant dans les travées, brailler impunément des slogans racistes. Nous en voilà débarrassés puisque les matchs seront joués à huis-clos. Et bientôt avec des footballeurs virtuels pour éviter tout contact humain.

Le cinéma d’auteur devrait également connaître un regain. On n’osera plus se presser dans les salles pour regarder des blockbusters (la sortie du nouveau James Bond a d’ailleurs été reportée de plusieurs mois) alors que dans les salles d’art et d’essai, on pourra conserver le plaisir solitaire du cinéma. Le corona virus pour encourager la découverte de films difficiles, un autre bienfait de l’épidémie. Ce qui montre qu’il faut cesser de décrire l’avenir dans des termes apocalyptiques.  

Montée des eaux ? Tsunamis ? Vagues géantes ? Que des bienfaits, quoi que dise la petite Greta en agitant sa boule de cristal obscur. Car l’horrible virus va être emporté par les flots, mes amis. Y avez-vous songé ? Un virus, ça ne flotte pas, ça coule.

Dire que certains déplorent que nos misérables politiciens ne parviennent pas à mettre sur pied un nouveau gouvernement fédéral, que l’on accumule les ministres de la santé qui passent plus de temps à se réunir pour tenter d’adopter une position commune que pour lutter contre l’épidémie. Ne vous lamentez pas ! Qu’ils restent embourbés ! Plus vite on aura réglé les problèmes politiques, plus vite on écartera le virus et plus vite, on retombera dans les mauvaises habitudes. 

 Et cessons de nous alarmer devant les progrès des petites bêtes qui sont en train de décomposer nos démocraties. Car, comme l’écrivait ce cher Corneille (dans « Le Cid ») : « Et lorsque le malade aime sa maladie, qu’il a peine à souffrir qu’on y remédie »

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HEROÏNES DE NOTRE TEMPS

 Allez, les filles, c’est votre fête ! Profitez-en, ça n’arrive qu’une fois par an ! Le reste de l’année, faut ramer pour être une héroïne ! 

D’ailleurs, qu’est-ce qu’une héroïne de notre temps ? Adèle Haenel quittant la cérémonie des Césars en pestant parce que le César de la Réalisation est attribué à Roman Polanski pour « J’accuse » ? (Le cinéaste l’avait déjà emporté quatre fois auparavant sans susciter de vagues). 

Ou plutôt Maggie De Block obligée de gérer la lutte contre l’épidémie (et l’hystérie) du corona-virus avec/contre les ministres de la santé de toutes les entités fédérées, régionales, communautaires, qui veulent tous être sur la photo ? Ou encore Sophie Wilmès qui parvient à piloter un gouvernement hyper-minoritaire sans susciter de polémique ou de blocage de nos institutions ? 

Comment faire avancer la cause des femmes ? En France, dans le sillage de la grande Adèle, certaines affirment que c’est par la violence que « la » cause va progresser. Il est vrai que c’est une tradition chez nos voisins, bercés par les images d’Epinal de la Révolution. On a été jusqu’à prétendre que l’avant-garde du féminisme c’était les tricoteuses qui s’installaient devant la guillotine pendant la Terreur pour voir tomber les têtes avant de tremper leurs mouchoirs dans le sang des suppliciés. 

Faut-il parler aussi de « violence féministe » à propos des Femen ? Ce mouvement (né dans les premières années de l’Ukraine post-soviétique mais imité depuis notamment en France) lance ses militantes sur le pavé en exhibant un message peint sur leur poitrine dénudée. Jouant avec ambigüité de ce mélange de sexe, politique et provocation. 

Poursuivi par le parquet pour « exhibition sexuelle», un groupe de Femen avait été acquitté par la cour d’appel de Paris qui estimait que « la seule exhibition de la poitrine d’une femme » ne constitue pas un délit si « l’intention de l’auteur est dénuée de toute connotation sexuelle ». L’intention politique est évidente. Mais peut-on dire qu’elle est dépourvue de toute provocation sexuelle ? La cour de  cassation de France a essayé de redresser la barre il y a quelques jours. Elle estime qu’une femme qui exhibe sa poitrine commet un délit. Tout en confirmant la relaxe des Femen car les incriminer serait « une ingérence disproportionnée dans l’exercice de la liberté d’expression ». Raisonnement bien tortueux d’une justice qui, une fois de plus, ne sait plus comment coller à l’air du temps d’une société en pleine évolution et en pleine contradiction. 

Au même moment, un juge américain a condamné une femme qui peignait une pièce de sa maison, seins nus, devant ses enfants. Mais pas son mari, qui travaillait à ses côtés, lui aussi sans chemise.

« Rien n’est jamais acquis pour une femme, sauf le sarcasme si elle trébuche », écrivait pertinemment Christine Ockrent.   

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ALLO ALOST ?

Allo, Alost ? 

Ouais, à l’eau…

Et merci au Dieu de l’Ancien Testament d’avoir arrosé les comiques du coin ce dimanche de carnaval, on aurait dit les premières heures du Déluge. L’Ancien Testament est la Bible des Juifs. Ce qui souligne le pouvoir exorbitant de ces gens-là. La seule question que se posait Noé dimanche dernier était : qui de tous ces animaux laisser entrer dans l’Arche ? Aux dernières nouvelles, il a décidé de couler avec son rafiot. 

Dieu a fait l’homme à son image, parait-il. Pourquoi l’homme d’Alost doit-il alors se cacher derrière des masques affreux ? 

Le nœud de cette affaire, c’est la définition de l’humour. Une quête impossible. Ce qui fait rire votre voisin et vous laisse de glace ou vous agace, est-ce de l’humour ? Bien sûr que oui car pour qui vous prenez-vous ? Pourquoi auriez-vous meilleur goût que votre voisin ? 

Un exemple, vous ne trouvez pas le maïeur d’Alost, Christoph D’Haese, très amusant ? Que dire alors de son proche échevin, Karim Van Overmeire, lui aussi N-VA -pour le moment- qui fut auparavant une des têtes pensantes du Vlaams Blok pour lequel il rédigea le « Plan en 70 points » qui valut à son parti d’être condamné pour racisme au début du siècle, obligeant le parti à porter un nouveau masque ? Merci, Karim !

M. D’Haese qui proclame partout combien il aime rire a refusé de recevoir une délégation des organisations juives. Pourquoi ? Il avait déjà assez ri comme ça ? Il a eu tort car comme le dit Popeck : « l’humour juif, c’est de faire rire avec une histoire qui a un double sens et qu’on ne comprend qu’à moitié ». Un outil pour les prochaines élections où il tentera une fois de plus d’attirer les voix du Belang (qui a augmenté de plus de 17%  ses voix aux élections l’an dernier à Alost).  

A chercher ce qui est parodie et ce qui ne l’est pas, on n’en sortira pas. Il y a des gens qui rient en entendant Dieudonné (à condition de ne pas avoir dû payer leurs places), d’autres en regardant les dessins de Charlie-Hebdo ou les caricatures danoises de Mahomet (publiées après le meurtre du cinéaste Théo Van Gogh). Il y a toujours beaucoup de joie aux meetings de Bart De Wever. Presqu’autant qu’aux numéros de Franck Dubosc. Preuve, soi-dit en passant, que l’humour ne connaît pas la frontière, même linguistique. 

Remarquez qu’un des meilleurs humoristes flamands est alostois, Bert Kruismans. Tout comme Luckas Van Der Taelen, ex-député Groen mais surtout auteur d’un spectacle désopilant (et en deux langues) « Marina ou Comment Herman De Croo m’a sauvé la vie ». 

 Puisqu’on nage dans le politiquement incorrect et la phobie du corona-virus, laissez-moi conclure avec Woody Allen : « La vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible ».

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LE VERT EST DANS LE FRUIT

  Le pangolin, une race menacée d’extinction par la chasse que lui livrent frénétiquement les amateurs de ses étranges écailles, a trouvé la parade : le coronavirus. Brave petit mammifère qui serait à l’origine de l’épidémie. 

  De son côté, la tomate elle aussi en a marre que les humains la mettent à toutes les sauces. En réaction, elle a développé elle aussi un virus, le BRFV, qui décolore les fruits, les déforme et les couvre de marbrure. Ce germe ne serait pas transmissible à l’homme. Mais qui aurait envie de croquer dans une tomate qui a l’aspect d’un zombie ? 

  Dans les forêts, les scolytes (espèces de coléoptères) sont à leur tour devenus fous. Eux qui ne s’attaquaient qu’au bois mort s’en prennent désormais aux arbres vivants – notamment aux épicéas wallons- réaction, paraît-il, au réchauffement climatique. 

 La nature devient folle, voilà enfin une explication scientifique au mal qui a atteint aussi les démocraties et les détruit de l’intérieur. Elections à répétition en Espagne, en Israël – bientôt sans doute en Belgique. Montée des extrêmes. Impossibilité de former un gouvernement. La faute aux désordres causés à l’environnement, à une maladie devenue épidémique ?  

  C’est aux sciences exactes qu’il faut demander un remède à notre blocage institutionnel, à l’anémie du compromis à la belge, plus aux sciences humaines. 

  En le regardant au microscope, on comprend mieux l’étrange rigidité du CD&V qui rappelle la dégradation des tomates infectées par le BRFV ou la propagation du COVID- 9. 

  L’ancien parti dominant de la vie politique belge a fondu comme neige au soleil (déjà un effet du réchauffement climatique ?) et ses membres se mangent entre eux, comme pris de folie anthropophage. De plus, ils se collent à leur principal concurrent, qui leur a pourtant piqué l’essentiel de leurs électeurs, telle une plante parasite, comme s’ils essayaient de sucer leur ami-ennemi pour se redonner une bouffée de tonus. Sans aucune précaution contre les virus du parti séparatiste.

  Et comment expliquer les inimitiés des ex-partis frères libéraux et socialistes autrement que par le désordre climatique et l’apparition de nouveaux virus ?

  Le socialiste flamand qui oserait prendre la défense de Paul Magnette après qu’il ait dit simplement non à la N-VA serait considéré comme dangereusement infecté par les bactéries wallonnes. Et gare au libéral flamand qui ne prendrait pas ses distances avec les déclarations d’amour à une Belgique plus unitaire de Georges-Louis Bouchez. Il serait aussitôt placé en quarantaine, un masque sur la bouche, le temps d’être soigné ou de périr.  

   C’est une chance que les soins de santé soient restés compétence fédérale. Le même remède de cheval aux politiciens du nord comme du sud, cela va peut-être sauver le pays mais gare aux dérapages budgétaires !

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SOUS COUVERTURE

En télé : Invité de Thierry Bellefroid de l’émission SOUS COUVERTURE

Le 27 février à 22h 20 sur la RTBF La Trois  

En librairies :

Le mardi 3 mars à 19 h. à la Librairie Filigranes

Interrogé par Pascal Vrebos

Le samedi 14 mars à 18 h  à la Librairie Tropismes, Galeries St Hubert

SEARCH AND DESTROY

   Le problème avec la Saint Valentin c’est que cette sacrée fête ne se célèbre jamais dans la discrétion. Ce jour-là, les amoureux se sentent obligés de s’afficher, de se faire des mamours au resto qu’ils étalent immédiatement sur Facebook, façon que tous les amis et assimilés sachent bien que le couple est solide, uni jusqu’à la fonte des glaces. 

Mais que font les couples discrets ce jour-là ? Ces duos qui se tournent autour sans être certains de s’aimer mais qui sentent monter les affinités entre eux ? Et ceux qui préfèrent ne pas se mettre sous les spots pour ne pas croiser le regard d’un autre partenaire, pas très heureux de les surprendre ?  

Exemples au hasard ? Bart De Wever et Paul Magnette doivent s’enfoncer dans les épaisses fumées du sauna du Calypso pour se rencontrer et se tâter à tâtons. 

Koen Geens et son président Daniël Coens sont obligés de danser le tango dans le parloir de la prison de Forest le vendredi, jour de grève des gardiens. 

Le problème de beaucoup de couples amoureux, c’est la famille. On s’aime mais quel boulet de supporter les parents, cousins et tontons qui se collent à vous justement les jours de fête. Bart et Paul, entre eux ça baigne. Jusqu’à ce que survienne le cousin Théo Francken avec ses grands pieds et sa grande gueule. Et la soirée est fichue. Et que faire du vieil oncle Siegfried ? Ce pauvre Bracke, qui n’a plus tout à fait sa tête, dont il faut supporter les grognements et les grands discours alors que les deux soupirants veulent juste se tenir la main en silence en regardant Philippe les bénir à la télé.  

   « Famille, je vous hais ! » écrivait André Gide, qui connaissait décidément bien la Belgique. Chez nous, inutile de brandir une composition de famille. On ne connait que la décomposition de famille. Pas une qui ne se déchire. Les sociaux chrétiens du Nord ne parlent plus à ceux du Sud (lesquels ont préféré changer de nom pour éviter toute confusion), les libéraux itou qui se font des mamours avant de se répandre en propos venimeux. Quant aux socialistes flamands, ils sont honteux quand on leur rappelle les affinités qu’ils ont osé entretenir jadis avec les socialistes wallons – avec le diable ! Reste les écolos qui sont encore trop verts pour se disputer. Mais attendez quelques années. Ils feront comme leurs vieux et glorieux aînés. 

  Dire que quelques audacieux ont imaginé de marier cinq, six, voire sept partis, en accompagnant la nouba par la musique des Quatre Saisons et en plaidant que plus on est de fous, plus on s’amuse. Je peux vous prédire comment se terminera ce genre de fête. Sur l’air de « Search and destroy » d’Iggy Pop. Un bon qualificatif, tiens, pour notre prochain gouvernement. La coalition Search and Destroy. Autrement plus sexy que la Vivaldi !   

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L’ARMEE DES DOUZE VIRUS

Une épidémie de « super-grippe » se répand d’abord aux États-Unis puis dans le monde entier et, en quelques semaines, la civilisation s’effondre, totalement ravagée. 

Les dernières nouvelles de Pékin ? Non, le début du « Fléau », un roman de Stephen King (publié il y a plus de quarante ans). On ne compte plus les livres et les films qui racontent des épidémies plus ou moins accidentelles de virus échappés de labos militaires ou nés de catastrophes naturelles. Mon roman préféré restant « Je suis une Légende » du génial Richard Matheson (une épidémie transforme tous les humains en vampires sauf le narrateur). Et mon film favori, « L’Armée des douze singes » d’un autre génie, Terry Gilliam.  

Jusqu’ici le corona virus, tout neuf et tout effrayant, fait triste figure. A peine de quoi animer un court-métrage d’art et d’essai. Rien de comparable avec les affreuses bêbêtes qui allument les feux de l’apocalypse. Ouf ! Parfois, la fiction reste plus forte que la réalité. Pourvou que ça doure ! 

Tous les ingrédients semblent pourtant réunis dans cette catastrophe annoncée pour nous offrir une belle suée: un horrible virus transmis par des poulets aux humains, des millions d’habitants confinés dans leurs villes et bientôt dans leurs appartements, l’armée qui interdit les déplacements. Et, cerise sur le gâteau de riz, l’histoire se passe en Chine. Ranimant ce bon vieux cauchemar du péril jaune, le terrifiant Fu Manchu (imaginé par Sax Rohmer dans les années vingt, un succès planétaire) ou le redoutable l’Ombre jaune, le plus terrible adversaire de notre Bob Morane national. 

Est-ce l’inconscient de notre enfance qui explique nos réactions? Chaque fois qu’une information réveille un conte de notre enfance, on se retrouve, réflexe pavlovien, à revivre les émotions qu’on ressentait dans les bras de notre maman. De Babar à Bob Morane, de Cendrillon aux Sacrées Sorcières, c’est toujours à travers ces récits d’hier, qui ont fabriqué notre imaginaire, que l’on décode l’actualité au présent. Souvent inconsciemment. 

Une enquête récente montrait une forte demande de livres de fiction dans les bibliothèques de la Communauté française. Méfions-nous de cette bonne nouvelle : tous ces lecteurs risquent de vivre de terribles terreurs dans les prochaines années chaque fois qu’un événement inquiétant dans le monde, catastrophe climatique ou naturelle, maladies nouvelles, phénomènes inexplicables, leur rappellera l’intrigue horrifique d’un bouquin qui s’est logée dans un coin de leur mémoire. Avec la mention « n’ouvrir qu’en cas de grand danger ». 

Souvenez-vous alors de ce conseil de Lewis Carroll : «  S’il est impossible de ne pas penser à quelque chose, il est encore possible de penser à autre chose » !   

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