PESTE SOIT DE L’OPINION PUBLIQUE !

Je me demande souvent, moi qui n’ai jamais été sondé, quelle est la véritable intention de ceux qui prennent le temps de répondre aux instituts d’opinion : avouent-ils franchement leurs intentions de vote ou s’amusent-ils à agiter un tissu rouge sous le nez des partis traditionnels ? Juste pour le plaisir de contempler le désordre et l’affolement qu’ils ont provoqués.
Que les Belges déclarent leur attachement aux voitures de société, aux vacances lointaines, via l’avion, et aux fermettes dans le Brabant wallon ou flamand, là où n’existent ni bus ni train, et qu’ils annoncent en même temps vouloir porter Ecolo ou le PTB à la tête du pays, voilà qui étonnera seulement ceux qui ne comprennent rien aux Belges, à leur amour pour la poésie, de préférence absurde, leur goût de la contradiction et leur amour de la dérision.
Pourtant, certains hommes et femmes politiques s’y laissent prendre. Ils pensent vraiment que les électeurs sont prêts à signer un programme qui bouleversera leur vie. Et de surenchérir dans la dernière ligne droite en accumulant des promesses vertes-vertes ou rouges-rouges, selon le quartier.
Remarquez, ils ont partout le même réflexe. Comme l’a dit un syndicaliste français ébahi et dégoûté, le gouvernement Macron a accordé en quelques semaines plus de cadeaux aux Français que ce que les syndicats réclament vainement depuis trente ans. Juste pour apaiser le soulèvement très médiatique d’une poignée d’excités venus du fond des provinces oubliées.
Le brusque sursaut écologique de la plupart des partis traditionnels vient aussi de leur surprise devant la détermination de ces milliers de jeunes qui ont défilé dans les rues.
C’est peut-être cela qui est nouveau : manifester sert soudain à quelque chose.
Pendant des dizaines d’années, des milliers de gens ont battu le pavé, sous la pluie, contre la politique d’immigration – ou les immigrés-, l’installation d’armes nucléaires à Kleine Brogel, pour sauver la justice, contre l’austérité, pour les pensions, etc. Sans émouvoir nos représentants. Mais, depuis quelques mois, les choses bougent. Ils ont l’air d’entendre quand on gueule sur la voie publique. En tout cas lorsque les sondages font trembler leurs sièges et que les élections sont proches.
Car voilà la date limite du jeu : le 26 mai. Après, c’est tranquillos pour cinq ans.
Depuis que toutes les élections ont été groupées (sauf les communales), une fois le dimanche maudit passé, les élus peuvent recommencer à faire la nique à ceux qui s’agitent sous leurs fenêtres.
Ce qui devrait encourager ceux qui réclament le droit pour les citoyens de taper sur les doigts des élus entre deux élections. Gardons cependant à l’esprit ce que dit Shakespeare : « Peste soit de l’opinion publique ! Un homme vous l’endosse à l’endroit aussi bien qu’à l’envers ! »

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ELOGE DE LA LENTEUR

La Pâque juive célèbre la longue traversée du désert du Sinaï par le peuple juif qui s’est défait de ses chaînes pour rejoindre la terre promise après un désagréable séjour comme esclaves en Egypte.
Quarante ans qu’ils ont erré au milieu des sables alors qu’aujourd’hui, en bus, de Charm el-Cheik à Tel Aviv, le voyage dure environ 10 heures par la route 90. Avec restauration aux étapes et musique de votre choix dans les écouteurs. Où l’on voit la supériorité du GPS sur la Bible et de la technologie moderne sur les vieux papiers.
Pour mettre tant d’années à parcourir ces quelques centaines de kilomètres, Moïse a dû tourner en rond comme égaré dans un labyrinthe et pas un peu. N’est-il pas étonnant que personne parmi les voyageurs qui le suivaient ne se soit rendu compte que leur guide était absolument nul ? Quel charisme devait avoir ce chef pour éviter la moindre rébellion. Vous me direz qu’à voir la longueur de certains règnes récents, ceux des présidents algérien et soudanais par exemple, on s’aperçoit que même au vingt et unième siècle, on peut mener les citoyens en bateau et à la dérive pendant longtemps.
Et Dieu, que faisait-il pendant tout ce temps ? Il n’aurait pas pu donner un petit coup de mains à ce troupeau en détresse qui ne cessait de le célébrer ? Une fois débarrassé des tables de la loi, Il a abandonné son peuple à son triste sort aussi sec et coupé la ligne. Considérant qu’il avait de la lecture pour les longues soirées d’hiver dans le désert. C’est fou que, tout au long de l’Histoire, Il soit systématiquement occupé ailleurs quand on a besoin de Lui.
D’un autre côté, qu’aurait gagné au change le peuple élu si Moïse avait eu le sens de l’orientation ? S’il avait débarqué à bon port quelques jours après que la troupe ait quitté les terres du pharaon plutôt que quarante ans plus tard ? Dans ce cas, personne n’aurait parlé de cette épopée, jamais elle ne serait devenue un mythe. Elle n’aurait pas été le ciment de plusieurs civilisations. Inspiré penseurs, artistes, philosophes.
A son arrivée en Canaan, Moïse aurait été remplacé par un jeune ambitieux comme l’a été Churchill, désavoué par les électeurs une fois la guerre gagnée. Les Tables de la loi auraient été vite oubliées dans un coin. Et personne n’aurait entendu parler de la Bible ! Un bouquin qui reste un tel best-seller tant de milliers d’années après avoir été écrit, dites-moi si ça ne valait pas quarante ans d’errance ?
De plus, personne n’aurait songé à fêter ce voyage dément. Il n’y aurait jamais eu ni Pâque ni Pâques, pas d’œufs en chocolat, pas de congés scolaires pour célébrer cette errance survenue il y a près de trois mille cinq cents ans.
Comme quoi, la lenteur parfois, ça a du bon !

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CITES SANS VOILES

En France, ce sont les gilets jaunes qui se pavanent sur les ronds-points. Avant de passer le week-end dans la grande ville voisine ou dans la capitale pour casser quelques vitrines, histoire de se faire entendre des téléspectateurs distraits qui ont raté le récit de leurs passionnantes prestations sur une voirie provinciale.
En Iran, ce sont des femmes cheveux au vent qui osent s’afficher sur des ronds-points de Téhéran pour dénoncer l’obligation de porter le voile. Là, aucune télévision ne relaye leurs revendications. Et ces femmes ne mettent rien en danger ni personne, sinon leur propre vie. Pour sauver celles des autres. Et la civilisation iranienne.
Chez nous, certains luttent pour la « liberté » des femmes (jamais des hommes) de porter le voile. On aimerait les entendre de temps en temps dénoncer la situation faite aux femmes en Iran et soutenir leur droit de dire non. Tiens, pourquoi pas une grande protestation internationale pour saluer Me Nasrine Sotoudeh, l’avocate emblématique de plusieurs de ces femmes, qui vient d’être condamnée en audience secrète, où elle n’était pas présente et à une date inconnue à près de quarante ans de prison ainsi qu’à 148 coups de fouet ?
Rêvons un peu. Et si les femmes décidaient de se dévoiler pendant un mois et de défiler en agitant leur voile ôtée en solidarité avec N. Sotoudeh ?
Ca aurait une autre gueule que de voir les troupeaux de gilets jaune moutonner dans les rues le samedi. Et autrement plus de signification.
En Iran, avoir défendu ces femmes qui ont osé montrer leur chevelure a été considéré comme une « incitation à la débauche ». Protester comme elle l’a fait pour l’abolition de la peine de mort comme une « atteinte à l’ordre public ».
Le métier d’avocat y est drôlement plus périlleux qu’en Belgique où un avocat peut impunément menacer le jury d’assises chargé de juger un terroriste avant de passer tranquillement et impunément à l’affaire suivante. Il paraît qu’on appelle ça la liberté d’expression de l’avocat. Décidément, on ne peut s’empêcher de trouver cette notion parfois fourre-tout…
« Il y a en Iran des forces ouvertes vers le progrès et nous en tenons compte » disait sans rire notre premier ministre Charles Michel après un entretien avec le président iranien Rohani il y a quelques mois. On se frotte les yeux après avoir cherché où et qui sont ces mystérieuses « forces ouvertes vers le progrès » qui se promèneraient encore en liberté dans les rues de Téhéran. Peut-être notre premier ministre pourrait-il se rendre à la prison d’Evin pour recueillir le témoignage de Madame Sotoudeh ? Ce serait assurément un excellent prétexte pour un voyage à Téhéran.

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LE CLOWN EST ROI

Malgré les ricanements de certains observateurs, le prochain président de l’Ukraine devrait s’appeler Volodymyr Zelenski (n’oubliez pas les deux « y » si vous lui adressez un mail de félicitation). Est-ce si choquant de voir un comique devenir chef d’état ?
Coluche, qui a été un moment tenté de se présenter à la présidence française, répondait à ceux qui s’offusquaient qu’un clown puisse passer du Café de la Gare à l’Elysée : « Je ferai aimablement remarquer aux hommes politiques qui me prennent pour un rigolo que ce n’est pas moi qui ai commencé ».
Le calcul des électeurs ukrainiens est facile à comprendre. Depuis la fin de l’URSS, ils avaient tout essayé : un président maffieux, un copain-copain des Russes et un ennemi juré de l’armée rouge. Sans obtenir autre chose que la perte de la Crimée et une guéguerre sans fin dans le Donbass.
Alors, pourquoi ne pas tenter le rire ?
Imaginez la première rencontre du nouveau président avec l’hôte du Kremlin. Si, face à Volodymyr, Poutine ne peut se retenir, qu’il laisse tomber son masque de Buster Keaton, s’esclaffe en se tenant les côtes et réclame une autre blague, encore et encore, la guerre froide est terminée entre les deux voisins. On s’embrasse et c’est reparti comme en 40 (si on ose dire).
Le rire pour retisser les fils de la politique ? L’exemple italien n’est pas encourageant, il est vrai. Depuis qu’il est arrivé aux affaires, le Mouvement Cinq Etoiles semble jouer un remake de « Affreux, sales et méchants » mais en oubliant que le film de Scola était une comédie. Peut-être que Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement, qui a été acteur pour Comencini et Dino Risi, a eu tort de quitter la scène pour laisser le spectacle aux mains de figurants sans talent et sans gags.
Pourquoi s’offusquer de l’arrivée d’un clown en politique ?
Si Charlot avait vraiment remplacé le Dictateur, le vingtième siècle n’aurait pas été le plus sanglant de l’histoire depuis la disparition des dinosaures.
Et les lois de la république de Freedonia, lorsque Groucho Marx en prend les commandes dans « Soupe aux canards », sont à peine moins folles que celles que discutent les parlementaires britanniques à propos de la sortie de l’Union européenne.
Être sérieux ne paye plus en politique. Les gens n’ont plus confiance dans les projets, les promesses, les discours.
Ils préfèrent les agitateurs qui leur balancent des vannes et rivalisent dans la démesure. Des Docteur Folamour, qui font peur et rire en même temps. Trump et Kim Jong-un, en duo avec nez rouge, claquettes et répliques ridicules. Voilà les héros de notre temps. La La Land version planétaire…
Tout ça pour dire que Charles Michel sait maintenant quel est le seul moyen de sauver sa peau. 

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HEURE D’ETE

Tous les six mois, c’est la même rengaine à propos du changement d’heure. Et les mêmes plaintes. Faut-il avancer ou pas sa montre ? Il n’y a que les gilets jaunes et Alain Destexhe qui n’ont pas encore pris position. Pourtant, une heure en plus, une heure en moins, est-ce vraiment important ? Plutôt que cet ajustement rikiki, on aurait pu profiter du passage à l’heure d’été pour réaliser une vraie métamorphose. Les citoyens ont envie d’une révolution, d’un grand chamboulement ? C’est l’occasion ou jamais.
Ainsi, au lieu de reculer de soixante secondes à peine l’aiguille de l’horloge ce week-end, si l’on s’offrait d’un coup douze heures en plus ?
Vous vous réveillez à sept heures du matin ? Il est sept heures du soir. Cadeau d’une journée. Plus besoin de prendre le bus ou le métro, de vous farcir votre chef de bureau, de vous abîmer les yeux devant votre écran, il est sept heures du soir, vous dis-je. Déjà presque l’heure de « Demain nous appartient » sur TF1. Justement, demain, même programme : douze heures de bonus.
Car tant qu’à changer d’heure, pourquoi ne pas le faire tous les jours ?
Vivre sa vie à partir de sept heures du soir, ça trouble sérieusement les perspectives. Les magasins sont fermés, c’est vrai. Mais pas les bars. En sortant de l’établissement, la vie semble soudain tellement plus rose, la lune plus proche. Et les emmerdes, abandonnées sur le comptoir.
Au bureau, c’est calme plat. Seules quelques femmes de ménage s’agitent un peu, bercées par le doux ronronnement des aspirateurs. Dieu que c’est reposant ! Plus de mails, de portes qui claquent, d’urgence. Rien à faire sinon aider une débutante à changer le sac de l’aspirateur.
Faites l’essai : dans la nuit, tout ce qui paraît en journée si important, si agaçant, si essentiel, se fond dans l’obscurité. Le temps dilaté étire ce que vous faites ou dites.
Le parlement wallon ne peut plus siéger ? Pendant la journée, c’est un coup de tonnerre, un événement historique. La nuit, juste une économie d’énergie.
Quand, emporté par son discours, le patron du MR qualifie ses adversaires de « national-socialistes », on sacre, on peste, on met en cause le soleil qui lui a donné un sacré coup sur le cerveau. La nuit, ce n’est juste qu’un cauchemar.
L’avantage de la nuit, c’est qu’il n’existe pas de plans foireux – l’expression favorite de votre patron chaque fois que vous lui présentez un nouveau projet. A l’heure du rêve, tout est possible. Vous avez le droit de vivre enfin toutes ces vies dont un bête quotidien, une stupide routine vous ont privés. Vous êtes beau ou belle, séduisant.
Et si vous êtes politicien, vous pouvez, en attendant l’aube, vous prendre pour Lincoln ou J.F. Kennedy.
C’est vrai qu’ils ont fini brutalement mais ça, c’était après que le soleil se soit levé. Il suffit de prolonger la nuit définitivement.

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LES CAHIERS AU FEU ET LE CO2 AU MILIEU !

Lorsque la Belgique a navigué jadis sans gouvernement pendant un an et demi, régnait un étrange sentiment d’allégresse et de liberté –sauf dans les milieux politiques. Une atmosphère d’école buissonnière genre « les cahiers au feu et le prof au milieu » !
Rien de commun avec « l’ambiance gilets jaunes » qui agite la France. Là, les manifestants se battent contre les politiques pour leur arracher le pouvoir. Le « peuple » (c’est-à-dire eux) réclame le droit de voter ou de modifier les lois, renvoyer les parlementaires dont la tête ne leur revient pas, tout décider par référendum et son contraire.
Chez nous, rien de tel. Les citoyens n’avaient aucune envie de toucher aux manettes du pouvoir. Au contraire. Ils voulaient simplement respirer et fêter l’arrêt de cette sacrée machine à pondre lois, décrets et arrêtés jour et nuit.
Or, voilà que certains déplorent ces jours-ci un nouveau blocage de la machine à voter tout et n’importe quoi.
C’est le printemps, messieurs-dames ! Respirez un peu ! Profitez du soleil ! Oubliez vos sacrés textes pleins de principes à l’article 1er que personne n’appliquera d’autant qu’ils sont farcis d’exceptions à l’article 2.
A propos de soleil, justement. Dans la poubelle, si elle n’est pas vidée entre temps, les successeurs tout frais élus en mai prochain trouveront le brouillon d’une loi climat. Après des mois de manifestations et les discours pour une fois unanimes des politiques sur l’air de « je vous ai compris ! » et bravo à notre belle jeunesse-responsable-qui-prend-son-destin-en-mains, ça fait vilaine tache en pleine campagne électorale.
Mais qui pouvait sérieusement imaginer que le parlement fédéral allait voter un texte consistant sur un sujet que la réforme de l’état a dispersé entre toutes les entités de ce pauvre pays ?
Ils étaient si fiers nos constituants d’avoir voté un art 7 bis qui dispose que « dans l’exercice de leurs compétences respectives, l’État fédéral, les communautés et les régions poursuivent les objectifs d’un développement durable, dans ses dimensions sociale, économique et environnementale, en tenant compte de la solidarité entre les générations. »
Un texte qui sonne aussi creux que « tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin ». Car il annonce d’emblée la couleur : « selon leurs compétences respectives » signifie qu’en matière d’environnement, tout le monde est compétent donc personne ne l’est. Dans un pays dont la superficie est à peu près celle de la Bourgogne, il n’est pas possible d’arrêter un plan climat sans mettre d’accord dix-sept assemblées et gouvernements.
Ne reste plus qu’à attendre la montée des eaux pour avancer enfin sur le sujet. Une fois que les assemblées auront été noyées, il sera plus facile de se mettre d’accord entre survivants …

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RULE BRITANNIA

Grâce soit rendue au Brexit ! Les Anglais retrouvent leur jeu favori, qui consiste à rendre tout ce qui est british aussi incompréhensible et bavard qu’une enquête de Blake et Mortimer. Ah ! Ce bon temps où le penny valait 1/12e de shilling, le shilling 1/20e de livre et la couronne cinq shillings. Et on s’étonne que les parlementaires britanniques ne raisonnent pas exactement comme leurs collègues continentaux ?
Je vous parie un souverain qu’en quittant l’Europe, le Royaume Uni va abandonner la décimalisation et revenir au système monétaire d’avant 1971.
Lorsqu’on veut comprendre l’imbroglio anglais, il faut cesser de réfléchir avec l’esprit de Descartes et accepter d’entrer dans un monde régi par d’autres règles, qui nous paraissent absurdes mais pas aux Anglais, celles qui mènent Alice de l’autre côté du miroir ou Tristram Shandy, sous la plume de Sterne, dans des digressions sans cesse plus délirantes. Alors, on saisit mieux comment les parlementaires britanniques peuvent en même temps voter contre l’accord de sortie de l’Union et contre une sortie sans accord. Vous prendrez bien encore une tasse de thé ?
Avec le Brexit, tous les insulaires qui se sentent mal à l’aise dans le nouveau siècle vont pouvoir agiter la nostalgie d’un temps où la Reine régnait sur la moitié de la planète. Et imaginer revivre dans l’Angleterre de jadis, avant qu’elle ne s’allie avec les mangeurs de grenouille, pizzas, paellas et choucroute. Ah ! Ce bon temps où l’on pouvait faire travailler les enfants, les femmes ne votaient pas et l’on se chauffait au charbon. En réoccupant l’Irlande, les Anglais vont aussi régler cet insoluble problème de frontière physique entre les deux pays. Et s’épargner l’engagement de douaniers. Faudra juste quelques milliers de soldats pour mater le Sinn Fein.
Poussant cette logique jusqu’au bout, les Anglais tenteront de ranimer le Commonwealth pour compenser la perte des échanges avec le continent. Mais Pakistanais, Indiens, Nigérians ou Kenyans sont-ils prêts à consommer les produits british juste par nostalgie de l’ancien colonisateur ? Sans obtenir en échange que leurs citoyens puissent circuler dans l’ancienne métropole ?
Ne restera alors à Madame May qu’à négocier avec Walt Disney pour transformer l’île en un gigantesque parc d’attraction avec comme thème l’Angleterre rêvée des livres pour enfants. On visitera le manoir des Baskerville dans les brumes du Devonshire en compagnie de Sherlock Holmes, les campagnes avec le Peter Rabbit de Béatrix Potter, les bas-fonds de Londres avec Dickens ou l’école des magiciens de Harry Potter.
A moins que Disney ne propose d’adapter plutôt « 1984 » de George Orwell et s’emploie à déployer le contrôle de Big Brother sur tout le Royaume Uni. Ce qui ressemblera davantage au décor qui nous attend tous dans les années à venir…

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BULLETIN DE SANTE

Pourquoi cette foule de jeunes Algériens proteste-t-elle avec tant de colère contre le renouvellement du mandat du président Bouteflika ? Si le seul choix qui est laissé aux citoyens est soit un militaire pétant de santé, de testostérone et d’agressivité, soit une momie en état de mort clinique, moi, je n’hésiterais pas. Et je crois ne pas être le seul.
Imaginez qu’à la prochaine élection russe, quelqu’un ait la bonne idée de présenter face à Poutine la candidature de la momie de Lénine, qui parierait à coup sûr sur la victoire de l’actuel président ? Avec la momie de Lénine président, pas de risque que l’os de son index n’appuie par mégarde sur le bouton atomique. Les décisions désagréables seront enterrées, les fossoyeurs jouant au ministre resteront muets comme une tombe. Sans instruction du sommet, tout sera figé, répression policière, armée, soutien au régime syrien. Ne pensez-vous pas vous aussi que Lénine est la meilleure solution d’avenir pour la Russie ?
Et en France ? Face à un Macron en berne, l’opposition toute entière ressemble à un vrai plat de nouilles. Un encéphalogramme plat. Il n’y a qu’un homme qui puisse réconcilier les Français et la politique ! Un seul. Jacques Chirac. Ils seraient nombreux à voter des deux mains pour son retour, à condition qu’il reste dans l’état dans lequel il est aujourd’hui.
Je conviens que mon projet a un défaut. Si les cadavres de Reagan, de Mao et de Franco reprennent également le pouvoir, aux côtés de Lénine et de Chirac, les sommets entre chefs d’état ressembleront à une visite du Musée Grévin. Mais n’est-ce pas déjà le cas ?
Et Trump. Vous ne lui trouvez pas mauvaise mine ? Son teint couperosé, sa choucroute maladive sur le crâne, ses annonces sans cesse contradictoires, son affection inquiétante pour le dictateur nord-coréen, tout ça sent le début de la fin. A moins que ce ne soit une habile stratégie, un truc, pour préparer sa réélection. En se présentant aux suffrages avec l’allure de Bouteflika, il a l’assurance d’être réélu les doigts dans le nez (ou ce qu’il en restera) ?
Ajoutons que l’âge ne fait rien à l’affaire. On peut être un jeune politicien et déjà en état virtuel de momie. Voyez du côté de l’Autriche. Sebastien Kurz, qui n’a même pas l’âge du Christ, et qui est déjà descendu au tombeau en se liant à des nostalgiques du pire de l’histoire de son pays. Tout comme son voisin Salvini, qui parviendra un de ces jours à faire regretter aux Italiens l’ectoplasme Silvio Berlusconi.
Tout ça pour dire, chers amis algériens, que vous regrettez peut-être de ne pas avoir à votre tête un Charles Michel (un chef sans gouvernement), un Netanyahu (un gouvernement dont le chef est menacé de prison) ou un Pedro Sànchez (ni chef, ni gouvernement). Mais vous faites peut-être fausse route. Réfléchissez-y.

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LA PENSEE MAGIQUE

Tout l’hiver, on rêvait du printemps. On en rêvait si fort que pops ! il est apparu par surprise en plein février. Il nous a illuminés quelques jours puis est parti chauffer ailleurs mais en promettant de revenir très vite. Et il y en a qui tirent la tête ?
Tout cet hiver est placé sous le signe de la pensée magique, contrairement à ce que serinent les bougons et les amers qui contemplent en grognant leur bouteille à moitié vide.
Faisons la liste : on avait envie de se débarrasser de la N-VA, pops ! elle a disparu sur un bête coup de tête comme le reconnaît et le déplore leur vieux sage, Jan Peumans. Bien sûr elle a emporté avec elle tout le gouvernement mais on ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs.
On était fatigué d’entendre Alain de Stexhe grincer des refrains équivoques sur un air de musique norvégienne. Pops ! Il a dégagé tout seul sans que personne ne le mette à la porte (comme les libéraux de jadis faisaient semblant de ne pas entendre Roger Nols jusqu’à ce qu’il rejoigne l’extrême droite).
On croyait la jeunesse indifférente aux combats politiques. Abracadabra ! C’est elle qui donne chaque semaine des leçons en défilant par tous les temps sous les fenêtres des prometteurs de beaux jours qui juraient la bouche en cœur, depuis des lustres, de préserver les hirondelles mais qui ne sont même pas capables de les accueillir. Ils préfèrent lever des épouvantails pour qu’elles ne s’installent pas chez nous.
De l’autre côté de l’Atlantique aussi, le printemps est de retour avec cet étonnant numéro de l’avocat de Donald Trump, Me Michaël Cohen, qui s’égosille à énumérer tout haut ce que tout le monde soupçonnait tout bas à propos de son illustre client. Et à énumérer ses turpitudes auxquelles il a prêté main forte.
D’un côté, c’est réjouissant. Mais de l’autre, très inquiétant. D’abord de constater que la révélation de cette collection de coups tordus ne fait absolument pas vaciller le trône de Trump – au contraire, cet étalage de turpitudes lui attirera encore plus de sympathies de ses fans.
Comme le disait Hitchcock, un film n’est réussi que si le méchant est réussi. Avec le quarante-cinquième président des Etats-Unis, c’est carton plein !
Mais il est un peu affolant de relever combien il est dangereux de se fier à son propre avocat. Déjà qu’il valait mieux éviter d’aller à confesse, voilà maintenant que le confident naturel des familles est prêt à étaler tous les secrets dès que les caméras s’allument.
Reste un dernier personnage qui profite de ce printemps précoce, King Jong-un. Grâce à Trump, il a pu quitter un moment sa cellule dorée de Pyongyang. Sourire et recevoir des fleurs et des bonbons avant de repartir dans son joli tchouk-tchouk sous les hourrahs ! Si ce n’est pas de la magie ça ?

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MILLE MILLIONS DE MILLE SABORDS !

Le problème avec l’insulte c’est qu’elle est souvent le cri de désespoir d’un humoriste raté.
En proférant une invective, l’offenseur a voulu faire rire la foule autour de lui. Au lieu de quoi, il n’a réussi qu’à l’entraîner dans son échec littéraire. A plonger ses copains dans la connerie. Et à sombrer avec eux sous la ligne de flottaison. Quant à sa victime, au lieu d’être écrasée, elle en sort grandie.
L’humour a ceci de commun avec l’insulte c’est qu’elle exprime la colère. Mais comme le relève Stephen King c’est de « la colère maquillée », qui entraîne l’auditoire vers le haut. « L’humour est le plus court chemin d’un homme à un autre » disait joliment Wolinski.
C’est la différence entre le capitaine Haddock et la bande de voyous qui se sont jetés sur Alain Finkielkraut lors du dernier acte du ballet des gilets jaunes à Paris. L’un fait rire, l’autre n’est que la victime de quelques crétins.
« Apophtegme, Aztèque, cornichon diplômé, crétin de l’Himalaya, crétin des Balkans, cyclotron, extrait d’hydrocarbure, Khroumir, ostrogoth, Mussolini de carnaval, papou des Carpates, polygraphe, Zapothèque, Zoulou » ça fait rire, tonnerre de Brest ! Tandis que « sale juif », « sale pédé », « macaroni », non. Allez savoir pourquoi aucun descendant d’Aztèques ou d’Ostrogoths, aucun habitant de l’Himalaya ou des Balkans n’a songé (jusqu’ici) à poursuivre l’œuvre d’Hergé.
Même pas la petite-fille du Duce, la députée européenne PPE, Alessandra Mussolini qui n’a pas hésité à lancer à un de ses adversaires lors d’un débat télévisé « Mieux vaut être fasciste que pédé ! » Pas plus drôle que son papy, la Alessandra.
Quand Fernand Raynaud lâche: « Je n’aime pas les étrangers. Et pourtant je suis douanier », il écrit un des plus beaux textes contre le racisme qui demeure d’une décapante actualité. Mais lorsque Théo Francken dit à propos des réfugiés : « Que voulez-vous que je fasse de plus ? Il faut leur offrir l’hôtel peut-être ? » c’est la cata. Pas un cabaret, pas un théâtre pour accueillir son bête numéro. Même pas à Verviers.
Dans l’histoire, Théo Francken a des prédécesseurs, tous ceux qui ont cru effacer Gambetta, Simone Veil ou Léon Blum sous les quolibets ignobles. Blum « détritus humain à fusiller dans le dos » écrivait Charles Maurras, qui se voulait écrivain. « Barbarie » disait de la loi Veil sur l’avortement le député-maire de Nice Jacques Médecin. Ignobles et en plus inefficaces, ces deux types oubliés depuis longtemps.
De plus en plus, s’élèvent des voix pour demander aux réseaux sociaux d’effacer les messages racistes, dégradants, abjects. Cela diminuerait déjà singulièrement la masse des messages affichés sur la toile. Imaginez qu’on leur demande en plus de ne conserver que les textes drôles, et ce sera la fin de Facebook…

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