BROL HAUTEMENT VULNERABLE

Depuis la Conférence de Washington, le président Obama l’a juré, le monde est plus sûr.
Le monde peut-être mais pas la base militaire de Kleine Brogel dans laquelle les pacifistes se promènent aussi facilement qu’à Disneyland. Plus facilement même : les attractions du domaine militaire sont gratuites.
Quoi qu’en disent les gros pleins d’étoiles, il est urgent de déménager les missiles ailleurs. Ou de les bazarder aux Petits Riens. Ailleurs ? Oui, mais où ? Personne n’en veut de nos vieux missiles made in U.S.A. La date de péremption est dépassée depuis si longtemps que même le président Mahmoud Ahmadinejad les refuserait si on voulait les lui refiler, croyant à un cadeau empoisonné qui lui pétera à la gueule une fois déballé.
Puisque Jean-Luc Dehaene est, paraît-il, à court d’idées, je me permets une suggestion qui devrait intéresser le Démineur. Pourquoi ne pas déménager ces sacrés missiles dans les six communes de B.H.V. – justifiant au passage la vraie signification de cette abréviation explosive Brol Hautement Vulnérable ?
Sur le plan communautaire, l’affaire est sûre : les missiles atomiques ne parlent pas français. Il n’y a aucun risque qu’aux prochaines élections, ils exigent d’être convoqués dans la langue de La Fayette. Ceci devrait suffire à justifier leur établissement en Flandre sans que le gouvernement ne leur oppose le décret « Wonen in eigen streek » et un manque d’affinité avec la culture de la région. Au contraire, les champignons sont une spécialité locale. Demandez au grand Schtroumpf, pardon au Grote Smurf.
Autre avantage de placer nos bombinnettes dans les communes à facilités du Brabant flamand: quel terroriste pourrait se promener dans les rues, pardon les avenues de Rhode ou de Linkebeek au milieu des 4×4 de Bobos revenant du tennis ou du golf ou ramenant les enfants du hockey ou du piano sans se faire immédiatement repérer avec leurs barbes folles et leur allure de grand guignol ? On peut même compter sur quelques revanchards flamingants, survivants du V.M.O., pour garder les missiles – à condition de les emballer dans un drapeau jaune et noir – dont la commune serait si contente de se débarrasser.
Puisque tous les budgets sont en berne en Belgique, on pourrait sacrifier quelques missiles à chaque fête nationale, régionale et communautaire. Vu leur nombre, on en viendra vite à bout.
Autre perspective qui ne manque pas de charme pour notre Démineur national : la peur atomique finira par faire fuir tous les habitants de B.H.V., quel que soit leur sexe linguistique, vers des cieux moins activés. Réglant ainsi définitivement la question. Dans un désert, peu importe la langue que parlent les cactus.

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SOUDAN, LE GRAND QUOI

De retour fin mars d’une tournée au Soudan en pleine campagne électorale, la députée européenne Véronique De Keyser nous avait raconté combien la vie politique y était « intense ». A la tête d’une mission d’observateurs de l’Union européenne, elle garantissait la solidité du processus électoral et annonçait le retour à la démocratie.
Véronique-nique- nique, qui croyait que, d’un coup de baguette magique, le chef de l’état, le redoutable Omar el-Béchir, poursuivi pour crime contre l’humanité, allait devenir un président respectable…
N’avait-elle pas entendu les principales figures de l’opposition décider de boycotter ces élections, qu’elles annonçaient truquées. N’avait-elle pas vu que le vote de plus de deux millions de Soudanais, chassés du Darfour par les milices du démocrate el-Béchir, allait compter pour du beurre ? Ni entendu Mia Farrow dénoncer de ceux qui faisaient croire que le bourreau du Darfour allait soudain accepter l’aléa des urnes ?
Après le Guantanamo-club Méditerranée d’Anne-Marie Lizin, on allait découvrir le Soudan-merveilleuse-terre-des-droits de l’homme de Véronique De Keyser.
Que n’avait-elle lu avant de partir à Khartoum  « Le Grand Quoi » de Dave Eggerts (éd. Gallimard) ? Ce n’est pas seulement un très grand livre mais aussi un témoignage précis et poignant de la vie d’un petit Soudanais noir, V.Achak Deng, dont toute la famille et le village ont été massacrés par les milices musulmanes lors de l’abominable guerre menée en 1983 par le pouvoir contre les animistes du sud et qui, d’exil en errance, a réussi par miracle à gagner les Etats-Unis.
Il y a quelques jours, on a vu avec stupéfaction madame De Keyser agiter en riant ses petits doigts devant les caméras. Oui, oui, disait-elle. Je suis rentrée intègre du Soudan. Un pays où a été rétabli la peine d’amputation.
Pourtant, même Véronique, qui avait avalé toutes les couleuvres, a fini par jeter l’éponge à quatre jours du scrutin. Faut dire que M. el-Béchir n’a pas résisté à ses démons habituels. Il a menacé de « couper la langue des observateurs internationaux » ! « Cela ne correspond pas du tout à l’hospitalité traditionnelle du monde arabe » a dit Véronique, qui ne connaît sans doute ni les prisons syriennes ou égyptiennes, ni la vie des femmes en Arabie.
Reste à faire les comptes. A se demander combien a coûté ce cirque, les voyages de tous ces observateurs européens, le travail de leurs collaborateurs. De l’argent qui aurait été tellement mieux utilisé au Darfour ou à ramener le bourreau de Khartoum à La Haye. Et combien de plumes l’Europe laisse à nouveau dans cette lamentable aventure en cautionnant trop longtemps ces élections bidon.

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SOS EMPLOI

Jaguar est à Tata et Volvo à Geely. Les grandes marques d’automobiles européennes sont désormais asiatiques. Ce qui ne fait pas peur aux travailleurs de Volvo à Gand. Syndicats en tête, ils assurent que la belle Chinoise ne bridera pas les moteurs. Promis, juré. Adieu donc aux belles Suédoises. Et welcome à la Lady from Shanghai !
Nos relations avec l’Empire du Milieu sont au top ? Tant mieux même si, sous cape, les Belges rient jaunes : si notre chocolat star, Godiva, est aujourd’hui turc, notre métallurgie indienne, notre électricité française et notre bière brésilienne, où nos enfants vont-ils désormais trouver du travail ?
Faudra-t-il apprendre le mandarin plus vite que le flamand pour trouver un job de technicien de surface dans les bureaux de Volvo à Pékin ?
Serons-nous les plombiers polonais du vingt et unième siècle ? Une spécialité bien de chez nous, soi-dit en passant, grâce à nos institutions tortueuses et toujours bouchées. Dites donc ! Voilà peut-être une piste pour résoudre nos problèmes d’emploi ! Nous sommes non seulement experts en chinoiseries mais aussi spécialistes mondiaux du maroquin à rallonge. Un gisement d’emploi inépuisable. Il suffit de détricoter les compétences en piles de quelques excellences pour fabriquer des jobs à gogo.
Un exemple au hasard. Geert Bourgeois, le bien nommé est à la fois (respirez bien) chargé de l’intérieur, du tourisme (on peut compter sur lui pour attirer les observateurs internationaux), de l’intégration (défense de rire !), de la périphérie flamande et des affaires administratives. Laissons-lui la périphérie et distribuons le reste aux chômeurs.
Du côté des communes, il y a aussi d’intéressants gisements d’emploi. Au lieu de se casser la tête avec cette histoire de bourgmestres nommés ou pas nommés, pourquoi ne pas multiplier les postes ? Un bourgmestre chargé des citoyens francophones de la périphérie, un autre pour les citoyens flamands, un autre encore pour les étrangers. Mais qui convoquera les électeurs et en quelle langue ? Dénouer ce casse-tête mérite une quatrième excellence. Avec un adjoint stagiaire parce qu’en la matière on n’apprend jamais trop jeune.
Voyez comme une solution simple peut résoudre plusieurs problèmes à la fois : chômage, différends communautaires et problèmes de BHV. Sans mécontenter la Nv-A (important, ça !)
Ne me remerciez pas. C’est juste un coup de pouce à Jean-Luc Dehaene qui en a bien besoin car de ses amis, il ne peut attendre que des coups de Jarnac. Comment dit-on Jarnac en chinois ?

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CHARLEROI, DEUX MINUTES D’ARRÊT

De Charleroi, on croyait tout connaître. De ses dessous. Et de ses pardessus.
On imaginait bêtement que l’argent y coulait à flots, que les caves de ses HLM regorgeaient de vins rares, que son aéroport rutilant avait transformé la ville en Eldorado. Brussels south, tellement plus chic qu’Uccle Calevoet.
Et voilà qu’une juge souffle les paillettes et nous dévoile sans vergogne qu’à Charleroi, mieux vaut être pauvre, socialiste et malade que riche, subsidié et clinquant.
Il n’est « peut-être pas raisonnable d’afficher sa prospérité dans une région économiquement sinistrée » dit-elle pour condamner le propriétaire d’une maison rénovée grâce à des subventions de la région à les rembourser. Le fait que cet homme d’affaires a subi plusieurs car-jackings, cambriolages et agressions à main armée, que sa famille a été menacée, n’est pas un motif justifiant qu’il se soit fait la malle avant la date prévue par la convention de subsidiation.
La juge a raison. L’agresseur, c’est lui. Quelle idée en effet de frimer en Jaguar sur les boulevards dévastés de Charleroi ? Quand on a de la galette, on se paye deux voitures, monsieur, la Jag’ pour les week-ends à Knokke et les déjeuners à Mons. Et une bagnole pourrie, la même que celle du juge, pour faire son shopping au Carrefour du coin avant qu’il ne ferme définitivement ses portes.
Et cette villa de rêve, cet hôtel de maître rénové à coups de millions et de subventions publiques ? Une pure provocation quand on voit l’état de délabrement du palais de Justice de Charleroi, une de ces constructions modèle socialisto-stalinien des années soixante. On s’étonne même que les agresseurs n’aient pas eu la charité de verser une partie de leur butin aux magistrats locaux.
Il y a quelques années, un juge avait acquitté une petite voleuse qui avait piqué dans une grande surface en considérant que l’étalement obscène des biens de consommation ne pouvait qu’inciter au vol.
Nul doute que si les voleurs qui ont failli faire la peau de cet homme d’affaires arrivaient devant le tribunal, ils auraient des chances de recevoir les félicitations du jury. Inutile même de les rechercher. La police a bien d’autres choses à faire à Charleroi.
Peut-être serait-il bon que la présidente de la quatrième chambre revoie le film « La Traversée de Paris » (adapté d’une superbe nouvelle de Marcel Aymé) où Jean Gabin lance : « Salauds de pauvres ! » à une poignée de misérables.
Ou qu’elle aille voir un autre film, justement sur les écrans depuis peu, « Tales from the golden age » de Cristian Mungiu, belle histoire de pauvres, autrement exemplaire, lumineuse et pathétique, pétaradante de joie de vivre.

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GESTE HUMANITAIRE

Comprenons bien les raisons du ministre de la défense Pieter « Rambo » De Crem avant de le critiquer.
Si le président Sarkozy a pu faire défiler l’armée allemande sur les Champs Elysées, pourquoi pas des soldats congolais sur la rue Royale ?
Il faut rester cohérent. On ne peut accuser l’armée congolaise d’être incapable de mater quelque rébellion ou désordre que ce soit, la soupçonner de crimes, de tortures et de viols et accepter qu’elle poursuive ses méfaits. Dès lors l’idée de l’emmener en Belgique est tout simplement un geste humanitaire, l’un des rares que la Belgique a posé au Congo depuis longtemps (quand on y réfléchit bien, à moins d’un trou de mémoire, je n’en vois guère d’autre tout au long de notre tumultueuse histoire commune).
Tant que les pioupious de Kabila resteront à Bruxelles, il y a peu de danger que les massacres se poursuivent dans l’est du Congo.
C’est pourquoi je dis à M. De Crem : bravo et merci ! Son prédécesseur, Dédé Flahaut, avait été accusé de transformer nos troufions en bonnes d’enfants et en porteurs de valises pour les GONG (les gentilles ONG). Et Louis Michel d’apporter tant d’amour à nos ex-compatriotes qu’ils en mourraient étouffés. Rambo se propose de faire mieux, beaucoup mieux. Sauver la population civile des exactions de ces soudards.
Ce qui suppose évidemment qu’arrivés le 20 juillet, on ne les renvoie pas dans leur amère patrie le lendemain. Pas question d’aligner la durée de leur séjour en Belgique sur celle du roi en RDC.
Mais qu’en faire alors sans les vexer ?
Le Musée Magritte, la Cinématek, le musée de la mode à Anvers, le musée Tchantchès à Liège ? Non, ce n’est pas un bon plan. Le musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren ? Difficile de faire défiler ces braves garçons devant des vitrines qui montrent les bienfaits de la colonisation belge et l’œuvre civilisatrice de nos missionnaires. Pas plus malin de leur montrer les somptueuses réalisations de Léopold II (quoi que le palais de justice soit justement à la recherche de candidats acquéreurs). Reste le musée de la Bière, toujours assuré d’un franc succès. Mais on en a vite fait le tour même avec la séance de dégustation.
Je ne vois alors qu’une seule façon de prolonger leur pause dans notre beau pays : leur proposer de troquer leurs uniformes de soldats congolais contre ceux de policiers de Bruxelles. Justement, depuis les derniers incidents qui ont fait monter l’angoisse de nos concitoyens, l’idée de renforcer le nombre de gardiens de la paix était dans l’air. Des nouveaux flics, pas chers, qui savent exactement comment traiter les voyous et leur donner un encadrement militaire ?
Bravo, Rambo, vous méritez de devenir président de l’ONU.

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GRAND NETTOYAGE DE PRINTEMPS

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe au palais de justice : comme il est impossible d’empêcher les terroristes de tout poils de faire sauter la résidence secondaire préférée de Léopold II, mieux vaut déménager argenterie, vaisselle, portraits, crucifix et le reste du brol dans un petit studio moderne, caché au fond d’une barre d’immeubles sociaux. Comme les ascenseurs sont toujours en panne, que les sonnettes ont été arrachées depuis longtemps et que personne ne connaît ses voisins, jamais aucun terroriste ne pourra retrouver le chemin du palais, perturber les audiences ou faire évader ses copains.
Ce qui a définitivement convaincu le ministre des finances c’est quand son garde des sceaux lui a présenté la facture. Un studio à Haren, c’est moins cher qu’une villa quatre façades à la porte Louise. Beaucoup moins cher, surtout que la prison, construite juste à côté, prendra toute la lumière et peut-être une partie des habitants.
Le palais de justice à Haren, entre la prison et nulle part, ça, il fallait y penser ! C’est l’œuf de Colomb. Le sauvetage de l’économie belge. Dans la foulée, pourquoi ne pas généraliser cette initiative ?
Prenez le cabinet du ministre des Pensions. Il occupe actuellement des locaux inutilement dispendieux rue Blérot (rue Blérot !) Si Michel Daerden prend ses quartiers dans une seniorie, ce sera, comme il aime le dire, une opération win-win (expression qu’il ne faut pas traduire par vin-vin !). Avec l’aide des pensionnaires qui auront quelques bonnes raisons de se presser aux réunions du cabinet dans la salle télé, il ne commettra plus les bévues qui lui ont valu tant de quolibets.
Et Joëlle Milquet ? Avec le nombre d’usines et de magasins abandonnés, elle ne trouvera aucun mal à se recaser gratuitement pour vivre en prise directe la vraie vie des travailleurs. Tiens, pourquoi ne pas transporter ses pénates au Carrefour de Jumet ou à l’usine Opel d’Anvers ? Ce qui assurera la production d’arrêtés et de circulaires à la chaîne.
Pour le ministre des affaires étrangères, on suggère le centre fermé 127 bis. La sécurité est déjà en place. Les barbelés aussi. Et des traducteurs d’à peu près toutes les langues du monde sous la main, pour pas cher, qui pourront éclairer Steven Vanackere sur les réalités de leur pays.
Dans ce concours entre vertueux, on imagine mal le ministre des Finances s’accrocher aux vénérables pierres de son hôtel particulier rue de la Loi. Allez, ouste ! On le revend avec les autres baraques de nos excellences pour combler le trou noir de l’état.
Mais, où loger monsieur Reynders ? Lui qui jongle avec les déficits, qui gonfle et réduit nos chiffres sur simple demande, pourquoi pas l’envoyer chez Alice, au pays des merveilles ? Être en 3 D, voilà qui devrait plaire à notre Didgé.

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QUAND LE PRESIDENT AHMADINEJAD S’ENNUIE

Quand le président Ahmadinejad s’ennuie, il réunit la presse comme dimanche dernier et déclare que la présence d’Israël au Moyen Orient, « ne serait-ce qu’un centimètre du sol de la région » est « source de menaces, de crises et de guerres ». Autrement dit, il est temps de « balayer l’état sioniste bien loin ». Ca tombe bien, on aura des missiles dans pas longtemps. Ma femme est déjà en train de faire mijoter la casserole. Hochements de tête satisfaits de ses invités, les chefs des mouvements Hamas, du Jihad islamique et du Front populaire pour la libération de la Palestine-Commandement général (ne pas oublier d’ajouter Commandement général, svp sinon on ne s’y retrouve plus).
Lesquels chefs, en fait de menaces, de crises et de guerres, sont des pros. On peut leur faire confiance.
Quand le président Ahmadinejad s’ennuie, il déclare que l’holocauste, l’élimination des Juifs, les camps de concentration, tout ça c’est des carabistouilles, des contes à faire peur aux petits enfants iraniens. Il ne faut pas raconter des histoires horribles aux petits car ça leur donne des cauchemars.
Lequel président en fait de cauchemar, il en connaît un bout sur la question. On peut lui faire confiance.
Quand le président Ahmadinejad s’ennuie, il a la nostalgie de l’époque où il suivait des cours pour devenir ingénieur. Alors, il bricole des petites têtes atomiques qui pourront nettoyer la région de ceux qu’ils n’aiment pas et même au-delà si affinités.
Il paraît que sa population est de tout cœur (du réacteur) avec lui. Critiquer l’acquisition des jouets atomiques du président, cela s’appeler porter gravement atteinte à l’honneur du pays. Comme dénoncer la misère de la population, la censure et les élections truquées.
Avec l’honneur, on ne joue pas.
Justement, en matière d’honneur, le président est un spécialiste. Il a toujours veillé à respecter l’honneur de tous ceux qu’il a fait mettre en prison et exécuter. En leur permettant de dire leurs prières avant qu’on leur coupe le cou. Et non après.
Quand le président Ahmadinejad s’ennuie, il organise des élections. Et, voyez, comme les choses sont bien faites. Il les gagne toujours. Quel que soit le résultat dans les urnes.
Quand le président Ahmadinejad s’ennuie, il pense au retour de l’imam caché, le Mahdi, qui guidera les hommes à la fin des temps après de longs tourments (les femmes, elles, sont et resteront cachées).
Même que le président commence à s’impatienter. Depuis les siècles qu’on l’attend, le Mahdi, le président aimerait bien accélérer un peu les choses. Ce qui suppose d’abord le déclenchement de l’apocalypse.
Ca tombe bien. En fait d’apocalypse, le président, il sait tout sur la question.

28 FEVRIER 1986, 23 h. 21

Le 28 février 1986, à 23 h. 21, le premier ministre suédois, Olof Palme a été abattu au coin de Sveavägen et de Tunnellgatan à Stockholm. Au bout de la rue, il y a une butte au sommet de laquelle on accède par deux escaliers. C’est par là que s’est enfui l’assassin. On ne l’a jamais retrouvé. Le crime impuni laissera autant de cicatrices, d’interrogations, de doutes dans la société suédoise que celui des tueurs du Brabant wallon chez nous. L’homme arrêté par la police et qui a toujours nié sa participation sera acquitté. Comme « notre » bande « des Borains » après un procès d’assises mort-né. Et, comme pour les tueurs du Brabant wallon, on soupçonne l’extrême droite d’être liée au meurtre de Palme.
Dans son dernier (et excellent) roman, Les Chiens enterrés ne meurent pas (édition Gaïa), Gunnar Staalesen écrit qu’il y a une Suède d’avant et d’après le 28 février 1986. Le changement a été aussi radical que celui provoqué par la mort de Kennedy (avec lequel on a parfois comparé Palme, chantre de la paix, incarnation de la social-démocrate scandinave idéale).
La vitrine de la social-démocratie s’est fissurée, le rêve a laissé place à quelques cauchemars. Comme à peu près pour tous les autres partis socialistes d’Europe. Et en Scandinavie, on entend d’inquiétants accents néo-nazis (on a oublié un peu vite l’importance en Norvège et en Suède de la collaboration de certaines « élites » avec le Reich pendant la seconde guerre mondiale). Pour la première fois depuis la fin de la guerre, des mouvements d’extrême droite se réinstallent sans honte dans le paysage politique (s’il faut croire des romanciers comme Stig Larsson ou H. Mankell, même si ces beaux pays comptent par ailleurs tant de gens civilisé et délicieux).
Dans une partie de l’Europe, on l’appelle pudiquement la droite extrême quand elle sert de marche pied pour un parti traditionnel en quête de majorité et de pouvoir comme en Italie, au Danemark, aux Pays-Bas ou encore en Autriche, pour parler de nos extrêmes voisins. Il faut laisser aux partis démocratiques flamands d’avoir réussi à écarter le Vlaams Blok-Belang des gouvernements malgré la pression des électeurs depuis près de vingt ans.
Avec les nouvelles élections qui se profilent en Hollande, on peut craindre que nos voisins, qui ont incarné, comme les Suédois, l’image de la tolérance, de la démocratie et de la solidarité jadis, plébiscitent Geert Wilders et son parti de la Liberté (ah ! ah ! ah !), qui ont récupéré les restes du parti du cynique Pim Fortuyn et lui permettent de se retrouver en position de faiseur de roi – et de reine.
De Palme à Wilders ou une certaine façon de suivre l’évolution de l’histoire de l’Europe, si on n’y prend garde…

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NE DITES PAS A MA MERE QUE …

NE DITES PAS A MA MERE QUE JE TRVAILLE DANS UN SERVICE PUBLIC …

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Difficile pourtant de ne pas songer avec un peu de regret à l’époque où le service public obéissait à d’autres lois qu’à celles du « marché » (lequel n’a paraît-il rien de commun avec le marché du Midi, sinon on n’en serait probablement pas là). Gestion parfois approximative, lourdeur, bureaucratie, nominations politiques, ce ne sont pas ces maux qui ont usé administrations et « parastataux » (comme on les appelait avant que ne débarquent les conseillers en communication). C’est la philosophie économique de l’Europe (c’est-à-dire nous), croyant ainsi imiter pour le plus grand profit de tous les consommateurs (c’est ainsi qu’on nous désigne à présent) le modèle américain. La concurrence va améliorer le service et diminuer le prix, qu’ils ont dit. Quelle débâcle de tous ces beaux esprits. Parmi lesquels les socialistes n’ont pas été les moins enthousiastes, Jacques Delors ou Karel Van Miert, pour citer les meilleurs. Tous ces apprentis sorciers auraient dû se rappeler de « Jour de Fête » où Jacques Tati, le facteur du village, décide de moderniser sa tournée pour se mettre à « l’heure américaine ». Ce qui le mène au fond de la rivière…
Madame la Poste se vend à présent au plus offrant. C’est ainsi que l’argent du contribuable ne sert plus à faire fonctionner les bureaux de poste ou à payer le salaire des fonctionnaires. Il est dépensé pour rémunérer les actionnaires, la poste danoise puis une banque d’investissement britannique, propriétaire de la moitié de son capital.
La S.N.C.B., elle aussi, s’est mise aux couleurs du « management ». Avec des préoccupations financières absurdes comme cette idée farfelue de racheter une société de transport par route, ABX, dont l’échec a coûté aux contribuables l’équivalent de plusieurs gares de Calatrava. (En récompense, le patron de l’époque est devenu secrétaire d’état à la mobilité ; une ambition sans frein). Et des préoccupations politiques pour préparer le démantèlement de la société nationale au profit de sociétés régionales.
Oh ! Les politiques vous répondront la main sur le cœur qu’ils ont imposé dans les contrats de gestion une obligation de fournir un « service universel ». Un vocabulaire significatif : le service est universel comme l’économie est mondialisée. On a vu comment a tourné celle-ci ; on voit ce qu’il en est de celui-là.
Ce que résumait fort bien Alfred Sauvy : « De même que les administrations fonctionneraient de façon satisfaisante s’il n’y avait pas le public, de même les théories économiques seraient relativement faciles à établir sans la présence de cet insupportable gêneur qu’est l’homme. »

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CHAUFFE, HERMAN !

Neige, verglas et vent glacé. A qui la faute ?
Le G.I.E.C. nous a promis le réchauffement climatique, la mer à Schaerbeek et les palmiers dans le sud-Luxembourg. Alors, que fait la police ?
Elle vagabonde dans les quartiers chauds de la capitale où une simple étincelle suffit à embraser la rue mais là où on se les gèle, pas de danger d’apercevoir une casquette à l’horizon. Evidemment, il est plus facile de coincer quelques voyous en herbe aux hormones enfiévrées que des personnages honorables et puissants.
Car le responsable d’un tel chaos, pas de doute, faut que ce soit vraiment un castar !
Sans me laisser impressionner, j’ai mené l’enquête.
La faute à Bernard-Henry Lévy, m’a soufflé un indic’ douteux. BHL nous a habitués à souffler le chaud et le froid. Ces jours-ci, il souffle plutôt l’effroi. Pas moyen d’ouvrir une télé, un journal ou une radio sans tomber sur lui, dans la position du Penseur. Omniprésent tel le Zorro d’Henri Salvador, le rire en moins, c’est le maître de la tempête médiatique, celle qui fait du vent mais ne décoiffe pas. L’effet papillon de BHL ? Non, je n’y crois pas.
Jean-Michel Javaux alors ?
Son appel à Dieu a coïncidé, c’est étrange, avec le retour fracassant des frimas. Que faut-il en déduire, docteur Watson ?
Que Dieu a tourné casaque en entendant la prière de frère Jean-Mi parce que, non merci, Il avait déjà ses pauvres, laissant au passage notre pays dans un froid sidéral ?
Pas certain que l’hypothèse divine soit plus solide.
Alors, Yves Leterme ? Il n’y a pas de fumée sans feu et notre premier ministre revenant n’est pas à une glissade près. Mais, il faut reconnaître qu’il n’a guère jeté de l’huile sur le feu ces derniers temps.
Karel De Gucht, champion des relations internationales glacées ? Quand il débarquait au Congo, la température tropicale chutait brutalement d’une trentaine de degrés tandis qu’un vent sibérien dévastait le pays. Mais, depuis que le brave Vanackere lui a succédé, la glace est rompue. De Gucht oublié, le thermomètre est à nouveau au beau fixe. Il faut donc chercher ailleurs le ou la responsable.
Et si elle était sous nos yeux ? Installée tranquillement dans ses palais surchauffés entre Schuman et Belliard. Oui, l’Europe.
L’Europe qui analyse si bien les crises du monde et du continent, multiplie les palabres et les organes de décision, de consultation et d’analyse, qui annonce des mesures fortes et les enterre avant qu’elles ne refroidissent. A force de remuer du vent, d’ignorer les tempêtes, et d’avancer aveuglément au milieu de la brume, faut pas avoir vu « Titanic » pour comprendre qu’un iceberg n’est pas loin. Notre seule chance est que le président porte des lunettes et qu’il n’a pas froid aux yeux. Allez ! Chauffe, Herman !

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