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PÈRE FOUETTARD 2.0

Avec la fin du vieux monde, la sentence cruelle mais inexorable est tombée : exit Saint Nicolas.

Le patron des écoliers a été jeté à la décharge, avec les magnétoscopes VHS, Mario Bros, Fellini, les cabines téléphoniques, le communisme et le fascisme, toutes ces gloires inutiles et démodées du siècle dernier. Attendez ! On me dit à l’instant que le vide-meubles refuse d’emporter dans le lot les partis politiques de jadis, même les pires. Dans le cadre du projet zéro-déchets, il paraît que le communisme et le fascisme peuvent encore servir dans le nouveau monde. Sursis donc pour les fascistes et les cocos. Mais pour Saint Nicolas, en revanche, c’est râpé…

Le monde ayant horreur du vide, il faut d’urgence le remplacer. Mais par qui ?

Théo Francken, qui s’est aussitôt proclamé l’ami des enfants sages, a posé sa candidature. Mais le premier ministre s’y est opposé. Déjà que le budget fédéral n’a pas bonne mine, alors ouvrir une nouvelle brèche en finançant chocolats et spéculoos, pas question. Erdogan, un moment sollicité vu que saint Nicolas était turc a considéré que devoir se glisser dans les cheminées du royaume était au-delà de sa dignité. Grand seigneur, il n’entend se déplacer qu’en tapis volant.

Ne restait, faute de mieux, que ce bon vieux Père Fouettard. Tels ces politiciens inoxydables qu’on croit cent fois morts et enterrés et qui renaissent toujours de leurs cendres, l’ancien second couteau du grand saint est de retour. Désolé, les amis.

On avait pourtant l’impression que le personnage avait été définitivement éliminé par la mode du politiquement correct depuis qu’on lui a interdit de se servir d’un fouet, de menacer les pauvres mioches méchants des pires tourments et de se grimer en Noir de carnaval.

Mais, revenu aux affaires, le Père Fouettard sait qu’il doit proposer du neuf pour coller à l’époque.

Au lieu de suivre son chef et son âne en roulant des yeux, drapé dans un vieux rideau, il va offrir aux enfants une version 2.0 de la fête.

Voici un avant-goût du programme du nouveau calife.

Pour les plus méritants, un gilet jaune clignotant et sonore afin de les préparer à la vie de citoyen du futur. Aux voyous, une solide décharge de Taser gun, méchamment plus efficace que le fouet d’antan – une bonne décharge électrique mais avec énergie douce pour avoir l’air branché.

Plus d’âne non plus, à cause des protestations de Gaïa. Ni de sucreries car des psychologues prétendent que des enfants gâtés préparent des adultes violents. Plus d’histoires inventées car on ne peut plus mentir aux petits pour ne pas les habituer aux fake news et aux promesses électorales.

Allez, Fouettard, encore un effort ! La magie, ça se travaille…

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GIL & JAUNE

Quelle mouche a donc piqué Monsieur et Madame Gil & Jaune de se les geler en plein hiver, en installant un campement de fortune, la nuit devant une station service déserte, au milieu de nulle part, sur une route du Hainaut ou de Liège, en se frottant leurs petites mains glacées devant un brasero qui peut les faire exploser à tout moment ?

Après avoir interrogé des psychiatres, des sociologues, des politologues tous éminents experts qui avouaient leur incompréhension devant cet étrange phénomène, qui rappelle les suicides collectifs des membres de certaines sectes, je crois avoir élucidé la cause du mal : le couple Gil & Jaune est fan de TF1.

Non pas d’un bête épisode de Téléréalité explorant les limites de la résistance humaine, ni d’un jeu concours récompensant le geste le plus bête de l’année. Non du très sérieux journal télévisé.

TF1 n’ayant à ce jour belgiciser que ses pubs et non ses infos, ce pauvre couple a cru comprendre que la Belgique n’existe plus, qu’il vit désormais dans un département français, situé au-delà de Risquons-Tout, la bien nommée. Un territoire sur lequel s’applique la loi française.

Les images montrant brièvement le président Macron avec le roi Philippe et Charles Michel pouvaient laisser croire à une passation de pouvoirs. Eh bien, détrompez-vous, Chers Gil & Jaune, il n’en est rien. Bart De Wever s’est battu comme un beau diable pour empêcher ce coup de force et garantir l’indépendance de notre royaume. Les lois françaises s’arrêtent à la frontière, comme jadis le nuage de Tchernobyl.

La surtaxe carburant, censée contribuer à la lutte contre la pollution, n’est pas applicable en Belgique. Et elle ne risque pas de l’être, pas plus que toutes autres mesures en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, tant que notre petit royaume comptera autant de ministres chargés de l’environnement qu’il y a de portefeuilles à distribuer entre mandataires politiques. Ce n’est pas la première fois. On se rappelle des cafouillages lors de la COP 21 à Paris, où la Belgique a été incapable de s’entendre sur la répartition des efforts entre régions (ce qui lui a valu de recevoir le « Prix Fossile du Jour ») et il y a quelques semaines lors de la signature d’une déclaration commune des trois pays du Benelux dont la Belgique a fait retirer à la dernière minute, d’après plusieurs ONG, les objectifs climatiques chiffrés à long terme pourtant convenus pendant les négociations, rendant cet accord un pur vœu pieux.

Il faut sauver Gil & Jaune. Les empêcher de poursuivre leurs dangereux bivouacs dans le froid et les émanations de pétrole. Car les soins qu’ils vont faire rembourser par la sécurité sociale, avec les taxes de qui, on va les payer, croyez-vous ?

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REVIENS, MARCELLO, ILS SONT DEVENUS FOUS !

S’il vous faut un prétexte pour un city trip à Rome, allez vous nettoyer les yeux, le cœur et la mémoire avec l’exposition Marcello Mastroianni, qui vient de s’ouvrir au Museo dell’Ara Pacis (jusqu’au 17 février 2019).

Pas seulement pour alimenter la nostalgie des années soixante mais aussi pour retrouver cette Italie que l’on aime et qui s’aime, loin de ce pays en pleine convulsions où le vibrionnaire Salvini a remplacé, en pire, Berlusconi, le petit arrangeur. Le haineux défenseur de l’esclusione a pris la place du maître de la combinazione.

Fellini (qui a dirigé cinq fois Mastroianni) disait à un de ses distributeurs belges, M. Luel, que le cinéma italien depuis la fin de la guerre a permis à ses compatriotes d’oublier Mussolini. Un cinéma d’une incroyable richesse mêlant comédies, films sociaux ou politiques et œuvres poétiques. Et qui a vraiment contribué, croyait-on, à façonner l’Italien de la fin du vingtième siècle grâce à la culture pendant que l’économie tournait à plein régime.

Les personnages incarnés à l’écran par Mastroianni, mais aussi par Gassman, Manfredi et les autres, sont en effet à des années lumières des petites frappes qui défilaient au pas de l’oie devant le Duce ou exécutaient ses basses œuvres. (Une dictature qui a tout de même écrasé la péninsule pendant vingt ans).

Pour citer deux excellents films de Mastroianni, en quelques années, on est passé en Italie de « la Dolce Vita » à « Dommage que tu sois une canaille. »

Pendant ce temps, les étoiles du cinéma italien se sont éteintes sans qu’elles ne soient remplacées par une nouvelle génération qui ait cette magie. On a l’impression étrange qu’avec la quasi disparition de son cinéma, l’Italie a perdu son âme. Ce n’est pas une coïncidence qu’elle soit survenue au moment où Sua Emittenza prenait à la fois le pouvoir et l’audiovisuel. C’est lui qui a remplacé la délicatesse des comédies par les défilés de fausses blondes sur tous les écrans de télé (ce qu’annonçait « Ginger et Fred » de Fellini où un Mastroianni vieillissant perdait pied en direct devant les tristes girls). « Touche pas à la femme blanche » avait pourtant prévenu Marcello dans un film de Ferreri!

Héritier de Forza Italia, le fantasque Mouvement des Cinq Etoiles, déjà à la dérive, et les redoutables populistes de la Ligue ont transformé les citoyens italiens en autant de « Pigeons ».

Revoyez aussi une « Journée particulière » de Scola où Mastroianni, journaliste homosexuel renvoyé de son boulot, se retrouve dans son immeuble avec une mère de famille (Sophia Loren) écrasée par sa vie domestique et ses six enfants pendant que la radio diffuse l’accueil d’Hitler par Mussolini non loin de là. Et cette réplique : « Ce n’est pas le locataire du 6e étage qui est anti-fasciste. C’est plutôt le fascisme qui est anti-locataire du 6e étage »…

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2121. ITINERANCE MEMORIELLE BIS.

Nous sommes en 2121. A peine élu, le soixantième président des Etats-Unis doit faire face à une vague de polémiques, de manifestations et de controverses qui minent sa popularité. Ses amours adultères récemment rendus publics avec une femme-robot mariée à une machine russe pourraient même conduire à sa destitution.

Pour y faire face, le nouveau président a trouvé la parade : sortez les mouchoirs ! Il a convoqué les journalistes, en tout cas les plus complaisants, pour l’accompagner dans une Itinérance mémorielle. Des milliers de kilomètres de route. On mangera autour d’un feu  de camp comme les cow-boys de jadis et on dormira sous la tente, après des danses rituelles exécutées chaque soir à la nuit tombée par des Amérindiens. Une espèce de tournée de cirque à travers ce qui reste du pays pour célébrer une tragédie nationale qui permettra de resserrer les rangs, les boulons et les fesses derrière le chef.

Reste à choisir la commémoration qui puisse plonger le pays dans une bonne affliction générale. Et faire oublier ces bêtes histoires d’alcôves pour midinettes que de mauvais esprits tentent de transformer en affaire politique.

En 2120, la guerre civile de 1860 sera trop lointaine pour mobiliser les citoyens. Autant en emporte le vent ! Les multiples guerres auxquelles les Etats-Unis ont été mêlées depuis deux siècles se déroulaient sur d’autres continents.

Quel drame typiquement américain visiter alors pour galvaniser les troupes ? Pardi, les terribles ruines laissées par le quarantième-cinquième président, Donald Trump !

Le soixantième président ira déposer une gerbe de fleurs sur les quelques pans restants du mur érigé par son lointain prédécesseur à la frontière avec le Mexique.

Il emmènera ensuite les journalistes sur les quais de Chicago, désormais le principal port américain depuis que tous les états riverains de l’Atlantique ont été noyés par la montée des eaux. Petit discours au pied de la Statue de la Liberté, sauvée in extremis juste avant d’être engloutie par les flots et remontée sur la Jetée Navy. Avant un survol du Texas, devenu un désert, dans lequel quelques vieux derricks abandonnés, entre les cactus, rappellent de façon exotique le passé pétrolier.

Pour ne pas terminer le tour sur une note trop lugubre, on se retrouvera à Disneyland, précieuse relique de l’Amérique de jadis, celle de toujours. De quoi se sentir regonflé d’espoir sous la bannière étoilée entre Mickey et Cendrillon.

Et l’on chantera God bless America ! resté l’air national. Une composition, soi-dit en passant, signée Irving Berlin, venu de sa Russie natale avant de devenir l’un des modèles du génie américain. Un de ces immigrés qui ont sauvé les Etats-Unis et assuré sa grandeur…

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LES MORTS VIVANTS

Contrairement à ce que pensent trop de gens moroses, l’actualité nous apporte aussi son lot de bonnes nouvelles. Prenez le rapport Planète Vivante 2018 que vient de publier le WWF. On y apprend qu’en quarante ans, la planète a perdu 60 % de sa population d’animaux sauvages.

Certes, on peut déplorer la disparition de nombreuses races de serpents, de tigres et autres bêbêtes cruelles. Lors de nos prochaines vacances organisées par M. Neckerman, on n’aura plus la chance de se faire dévorer par des félins, des crocos ou empoisonnés par des reptiles sous le regard moqueur des moustiques et des rats, les seuls animaux increvables. Tant pis pour l’exotisme ! Mais ce ravage annoncé signifie aussi que nous ne sommes pas condamnés inexorablement à supporter la multiplication des plus atroces mammifères qui pullulent sur notre pauvre astre. Alors que l’arrivée au pouvoir de personnages de plus en plus inquiétants semblait inéluctable.

Trump ne va pas continuer à démolir notre pauvre Terre pendant encore un million d’années. Grâce à sa décision de se retirer de l’Accord de Paris et son scepticisme à l’égard de la dégradation de la planète, il sera bientôt frappé par le mal qu’il aura lui-même contribué à propager.

Et le nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro ? Certes, il va commencer par beaucoup mordre, dévaster et faire du mal. Mais, si on évite de suivre les propositions du WWF et qu’on ne prend surtout aucune mesure pour empêcher la disparition des races vivantes sur notre planète, il est condamné lui aussi à être rayé de la carte vite fait, en même temps et aussi rapidement que les forêts d’Amazonie. Et avec lui, tous ces nouveaux monstres, nés peut-être d’une erreur d’aiguillage commise ces dernières années, les Orban, Assad, Kadyrov et autres animaux génétiquement modifiés. Réjouissons-nous donc de cet avenir apocalyptique !

Même si au passage, il entraînera aussi l’extinction de quelques-uns de nos animaux préférés et notamment des derniers dinosaures. La dernière, plus précisément, la pauvre Angela Merkel, presque seule rescapée de ces temps reculés à avoir survécu jusqu’à notre époque diabolique. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs.

PS : on se fera une belle idée des ravages commis par les animaux sauvages, soi-disant civilisés, grâce au magnifique film de Pawel Pawlikowski Cold War qui vient de sortir ces jours-ci. Une description au scalpel de la machine communiste des années cinquante et de sa façon de broyer les homo sapiens qui ont eu le malheur de tomber du mauvais côté du rideau de fer. Un drame admirablement mis en scène avec une photo en noir et blanc qui rend l’histoire intemporelle, donc affreusement actuelle.

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LE GRAND ART DE LA BOUCHERIE

Tout le monde est bien d’accord: un consulat n’est pas une boucherie. Si un chef d’état ou son clone veut éliminer un opposant, pourquoi le faire dans ses locaux consulaires en Turquie ?

Les Turcs eux-mêmes ont montré l’exemple : il suffit d’enlever l’opposant mal aimé et de le fourrer au fond d’une cellule pour le reste de sa vie. M. Öcalan en est le bon exemple. Personne ne réclame sa libération, non ? Pourtant, Alan Parker l’avait déjà montré jadis dans Midnight Express, mieux vaut terminer en petits morceaux dans une valise que vivant dans une prison turque.

Ce qu’on peut reprocher aux autorités d’Arabie saoudite, c’est de s’être trompé sur le choix de l’abattoir, pas de pratiquer l’art de la découpe. Je comprends leur surprise à voir la protestation internationale. Qui a jamais dénoncé la peine de mort que pratique ce pays depuis toujours, sous la forme de la décapitation ?

Ils peuvent en effet s’étonner de nos cris d’orfraie. Ne donne-t-on pas à tous les enfants à lire « Alice au pays des merveilles », en le présentant comme un chef d’œuvre. Quand la Reine de Cœur crie « Qu’on leur coupe la tête ! » tout le monde éclate de rire. Alors, pourquoi faire deux poids, deux mesures selon qu’on parle de Lewis Carroll (ou de Walt Disney) et de Mohammed Ben Salmane ? Peut-être a-t-il lui aussi innocemment sucé avec le lait de sa nourrice le thé du Chapelier fou et des autres mastocs qui entourent Alice ?

Après quelques nouvelles décapitations, on aura oublié le découpage de ce pauvre Kashoggi. Justement, on attend celle de la militante Israa Al-Ghomgham. En Arabie saoudite, il ne suffit pas pour les femmes de décrocher le permis de conduire, la grande affaire de MBS pour se donner une image de révolutionnaire moderniste, il faut encore conduire dans les clous et en silence.

Une chose est évidente : le type chargé de la communication de MBS est si incompétent que lui aussi, si j’étais le patron, je le passerais à la moulinette. Et il faut revoir entièrement le plan media. En changeant tout à fait de tactique. Le mieux serait d’écrire un nouveau récit des événements en faisant de Kashoggi le mauvais de l’histoire. Le gouvernement de Ryad a les moyens de s’offrir les services des meilleurs. Qu’il charge Quentin Tarantino de cette affaire. Au bout d’une heure et demie de projection, quand John Travolta et Samuel L. Jackson auront mis la main sur le sournois journaliste, jadis conseiller de la couronne mais qui a trahi son maître, tout le monde applaudira dans la salle les deux tueurs de s’en débarrasser selon leurs méthodes habituelles.

Un scénario osé ? Je ne compte pas faire prochainement du tourisme en Arabie saoudite !

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VOTER ECOLO ?

Moi voter Ecolo ? Pas fou ! T’as vu le temps qu’il fait ? 25 ° en octobre ! Après le passage par le bureau de vote, dimanche dernier, je suis allé prendre l’apéro en maillot sur la plage d’Ostende. J’aurais même fait une petite brasse si la plage n’était pas envahie par les méduses. Avec les écolos, ce sera fini tout ça, l’été en automne, l’apéro en maillot (d’accord, les méduses aussi). Gare aux Ecolos, les amis ! Ils veulent le retour de la pluie, du vent, des frimas. Non merci !

Dans quelques mois, on pourra planter des bananiers plutôt que des patates et les orangers vont fleurir toute l’année sur l’avenue Louise. Et vous vous plaignez ?

Le réchauffement climatique ? Y n’a que des avantages : avec la Flandre sous eau, on ne se demandera plus comment rabattre le caquet à Bart De Wever et empêcher la droite de la droite de s’allier avec l’extrême droite de la droite. Tous balayés, obligés de nager vers Uccle avec des méduses accrochées à leurs maillots. Eux qui voulaient des visites domiciliaires, y vont êtes gâtés. Y z’auront les pompiers tous les jours en canot dans leurs villas quatre façades pour sauver mamie et le canari.

Et une fois débarqués à Uccle, je leur en donnerais, moi, des visites domiciliaires. Qu’est-ce que vous faites ici ? Ah ? C’est une famille d’Uccle qui vous a ouvert la porte ? Les Reynders ? Voyez-vous ça ! Je ne les savais pas si généreux avec les étrangers ! Mais, désolé, m’sieur Reynders, il est interdit de jouer la famille d’accueil pour les Flamands ! Même pour emmerder les Verts ! Ten strengste verboden ! Allez, les réfugiés, cessez de dégouliner sur le beau parquet de m’sieur le minist’, reprenez vos valises, et en route pour le centre fermé de Steenokkerzeel, une des dernières terres émergées de Flandre. Uccle est réservée aux Blancs de souche locale, si vous voyez ce que je veux dire. Pas de Blancs d’importation ici.

Vous me direz : si les réfugiés du nord, chassés par la hausse des eaux, envahissent les beaux centres qu’ils ont fabriqués pour ceux venus du sud, que va-t-on faire de ses occupants actuels?

Ne vous en faites pas. Le flot va se raréfier. Ceux qui débarquaient chez nous, fuyant sécheresse et chaleur, vont être drôlement surpris de découvrir qu’il fait aussi canicule à Liège qu’à Addis-Abeba ! Plus besoin de Théo Francken pour s’en débarrasser. Le changement climatique qui nous emmène un soleil de plomb, c’est drôlement plus efficace et moins coûteux que d’engager des milliers de flics et d’acheter du matériel.

Et cessez de protester en disant que la lutte contre le réchauffement s’inscrit dans la défense des doigts de l’homme alors que le soleil est un cadeau sorti des doigts de Dieu.

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FÊTE DES ROIS

Dimanche, c’est la fête des rois ! Si, si. Cette année, c’est en octobre, pas en janvier. Prévenez votre pâtissier de ne pas oublier de fourrer ce weekend end la fève au fond de la galette. Le jour des élections, c’est le seul jour de l’année où c’est vous qui décrochez la couronne. Les autres jours, c’est ceinture !

Encore vous faut-il pécher la fève, la bonne. Car dans le tas, il y en a un certain nombre qui sont pourries, creuses, contrefaites ou vraiment immangeables.

Vous me direz : les élections, c’est un moyen plus sûr de désigner le roi. On le choisit au lieu de laisser le hasard en décider. En êtes-vous si certain ? Vous votez Schmurz comme beaucoup d’autres électeurs et, surprise, son adversaire, qui a recueilli moins de voix que lui, s’est arrangé avec son petit voisin pour se partager le gâteau. Il ne vous reste plus qu’à subir son règne pendant six ans et à consoler Schmurz avec de la mousse au chocolat.

Ce qui explique la tentation de certains de remplacer les élections par le tirage au sort. Que le pouvoir soit confié à celui qui a trouvé la fève ou à celui qui l’a fourrée dans la part de gâteau de son voisin, quelle est la différence ? C’est toujours le vainqueur qui bouffe le gâteau. Et qui vous laisse l’addition et l’indigestion.

Profitez de votre dimanche. Avant que la galette ne soit découpée et partagée, on ressent un grand moment de bonne humeur et de liberté, la même excitation qu’à l’instant où l’on achète un billet de loterie et qu’on ne l’a pas encore gratté. Tout est possible. Il suffit d’un coup de pouce pour sortir de l’anonymat et décrocher la timbale. Un bref moment, on est exceptionnellement tous pareils, on a une chance égale, simples citoyens ou anciens notables, rois, reines ou valets, le même droit d’hériter de la couronne. Pendant ces quelques heures entre l’ouverture et la fermeture des bureaux de vote, les anciens rois, les chefs sortants, tellement désireux de prolonger leur règne, ont si peur de vous, un telle frousse de perdre leur sceptre et leur p’tit bout de pouvoir, qu’ils sont prêts à vous offrir toute la pâtisserie. En tout cas à vous le promettre.

Mangez tout ce que vous pouvez, car, dès le lendemain de la fête des rois, ce sera carême…

Mais vous n’aurez pas tout perdu car le monde imaginaire que vous n’avez pas décroché, vous pourrez continuer à en rêver grâce aux livres. Par une jolie coïncidence, dimanche vous serez à la fois lecteur et électeur ! C’est la « fureur de lire ». Un prétexte pour rappeler que « L’Homme qui voulut être roi » n’est pas seulement une ambition politique mais aussi une très belle nouvelle de Kipling (et un magnifique film de John Huston).

Dans les livres que vous lisez, vous êtes tous les jours le roi de la fête !

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GOUVERNEMENT ROCK ‘N ROLL

L’irruption des réseaux sociaux a tout chamboulé dans le fonctionnement de la démocratie, désormais rythmée par les buzz, les tweets plus ou moins spontanés des internautes et la dictature des émoticônes. Pouce levé, pouce abaissé ou doigt d’honneur, en quelques secondes, le sort de ceux qui nous dirigent en est jeté en quelques secondes.

On comprend la hâte de Gérard Collomb à rejoindre les rives paisibles du Rhône et les tables étoilées de Lyon, où l’on prend son temps, loin du supplice chinois auquel il était condamné jour après jour alors qu’il avait cru que le poste de ministre de l’Intérieur couronnait sa fidélité au nouveau pacha.

Le président Macron lui-même, dont on croyait qu’il maîtrisait les règles de la communication, passe son temps à se planter à chacune de ses apparitions, entre selfies ridicules et déclarations à l’emporte-pièce à des « vrais gens ». A force de vouloir courir derrière les djeunes, il commence à manquer de souffle, le gamin…

Mais quel être humain pourrait tenir à ce rythme ? à ce bombardement continu ? On comprend les difficultés du président français à reconstituer un casting capable de résister à pareille pression. Pourquoi ne pas songer alors à remplacer les hommes et les femmes politiques, en tout cas ceux qui sont le plus exposés/explosés, par des robots.

L’intelligence artificielle se développe aussi rapidement que la bêtise des internautes. Elle seule est capable désormais de la prendre de vitesse.

Jamais R2-D2, le délicieux petit robot de Star Wars, n’aurait été pris en défaut comme le pauvre Gérard Collomb, acculé par la presse dans la grotesque mais sinistre affaire Benalla à tenir des propos ridicules et manifestement mensongers. Alors qu’il suffit à R2-D2 de s’exprimer par des sifflements et des bips électroniques pour mettre l’audience dans sa poche. On ne comprend pas plus son discours que celui du ministre de l’Intérieur français, mais tout le monde est convaincu par ce que dit le petit robot, rit et applaudit.

Dans un monde, où les politiques sont sans cesse confrontés à leurs propres mensonges, déclarations et promesses hypocrites, le salut est dans les machines. D’autant que lorsqu’il ment, le nez du robot ne s’allonge pas.

Imaginez Marie-Christine Marghem remplacée par R2-D2. A lui, les déclarations incompréhensibles sur la fourniture d’électricité cet hiver pendant qu’elle distribue tranquillement ses tracts dans les rues de Tournai.

Il est vrai que si les robots-ministres sont programmés pour réagir exactement selon l’humeur sans cesse changeante de l’opinion publique, on peut s’attendre à un gouvernement rock’n roll…

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VALLS A MILLE TEMPS

A un horticulteur au chômage, le président Macron a signalé qu’il lui suffisait de traverser la rue pour décrocher un job.

Manuel Valls a entendu la leçon. Montrant sa fidélité au parti qui l’avait (très mollement) investi aux dernières législatives et aux instructions éclairées de son chef, Valls (lui aussi désœuvré) s’est retrouvé de l’autre côté des Ramblas. Proclamant à qui voulait l’entendre qu’il ferait un parfait maire de Barcelone. La proximité du Musée Picasso semble avoir beaucoup inspiré sa première déclaration officielle en catalan.

Mais, ce n’est pas l’ex-président indépendantiste Carles Puidgemont qui va lui lancer la première pierre, lui qui n’en est qu’au cinquième cours de néerlandais pour nuls et futurs mandataires N-VA.

Valls peut se revendiquer de prestigieux mais trop rares prédécesseurs. Tel Tom Paine, l’un des pères de la révolution américaine, qui rejoignit la France lors de la Révolution où il devint député à l’assemblée nationale. Un des premiers à défendre l’idée de revenu universel, qui, on le voit, met vraiment longtemps à être prise en considération ! (Lisez sa belle bio par le grand écrivain américain Howard Fast).

Autre internationaliste magnifique, Garibaldi, le maître d’œuvre de l’unification italienne, qui fut un court temps député à l’Assemblée nationale français représentant les circonscriptions de Paris et d’Alger ! (On maniait déjà le grand écart à l’époque). Avant d’être obligé d’abandonner son mandat sur la pression de la droite sous prétexte qu’il n’était pas français. Ah ! Cette sacrée nationalité qu’on oppose toujours aux migrants ! (Alexandre Dumas a décrit ce personnage extravagant qui semble sortir de son imagination dans « Viva Garibaldi ! »)

L’initiative de Valls devrait donner des idées à d’autres grands formats de la politique européenne qui (pourquoi pas ?) pourraient cumuler des mandats transfrontaliers. A l’instar de l’ancien maïeur d’Ixelles, Yves de Jonghe d’Ardoye qui s’était aussi présenté comme  maire d’une petite ville du Périgord. Ou de Paul Magnette sollicité par les débris du PS français pour conduire leur pauvre liste aux élections européennes.

Puidgemont étant en délicatesse avec les juges locaux, pourquoi Bart De Wever n’affronterait-il pas Valls à la mairie de Barcelone ? Et Matteo Salvini chez nous où il remplacerait avantageusement ce mollasson de Théo Francken, si complaisant avec les immigrés délinquants.

Même si en Belgique, cette simplification semble impossible : personne n’imagine réunir sur une seule tête les compétences en matière de politique scientifique, de santé, de sports, d’enseignement ou d’emploi émiettées entre des chapelles, autorités, communautés, multiples, toutes jalouses de leurs misérables pouvoirs.

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