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EN MAI DIS CE QU’IL TE PLAIT

Il est loin le temps où le principal talent des hommes et des femmes politiques était l’art de la langue de bois. Où est Jean-Luc Dehaene qui faisait taire les journalistes d’une boutade ou Yves Leterme qui répondait d’une phrase magique quand on l’interrogeait sur un dossier un peu difficile : « on verra (silence) le moment venu » ?

On a assez répété que le réveil des populistes et l’effondrement des partis traditionnels venaient de la lassitude des citoyens d’entendre les politiciens leur chanter toujours la même chanson. En esquivant les débats et les choix qui fâchent.

Tout ça, c’est fini, les amis ! Ils ont compris. Remisé les phrases creuses et les pots de vernis au fond des armoires. Cette fois, les nouvelles grandes figures qui nous dirigent ont décidé d’ouvrir leurs gueules et de parler « vrai ». C’est le printemps et on célèbre mai 68.

Encore faut-il avoir la capacité de passer du propos lénifiant à l’authenticité. Un art qui n’est pas donné à n’importe quel équilibriste. Prenez le président des socialistes de Charleroi, Eric Massin, qui s’est essayé à une forme de communication « libérée » en traitant une de ses adversaires, la bourgmestre libérale de Courcelles de « salope ». Il n’y a qui les casseurs fêlés du 1er mai à Paris qui ont fait mieux. On s’attendait à ce que Massin se défende comme un ex-échevin socialiste de sa fédération en s’écriant : « on a toujours fait comme ça ».

Mahmoud Abbas, lui aussi, a fait fort. Celui que la communauté internationale considère comme le « bon Palestinien », le seul capable de faire la paix avec Israël, s’est lancé, on ne sait pourquoi, dans une ambitieuse réécriture de l’Histoire en expliquant le massacre des Juifs depuis le Moyen âge jusqu’à nos jours par le fait que certains d’entre eux avaient été usuriers…Pendant qu’en Grande-Bretagne, des propos ambigus et maladroits du leader travailliste et de son entourage ont pu faire soupçonner Jeremy Corbyn et ses amis de complaisance avec l’antisémitisme.

Massin s’est excusé, Corbyn aussi. La repentance est devenue aussi à la mode que le parler malsain. L’un va de pair avec l’autre. Dire ensuite pardon permet de raconter d’abord des horreurs.

Théo Francken est passé maître dans ce double langage, ce qui lui vaut une popularité qu’Eric Massin doit lui envier. Il fait la fiesta avec un ancien collabo, attaque MSF, fait ami-ami avec les dirigeants soudanais, poste des messages douteux sur son compte, mais pardon, pardon.

Bart De Wever s’est lui aussi illustré : « Les Juifs évitent les conflits. C’est la différence avec les musulmans » a-t-il dit sans état d’âme.
Les juifs, les femmes, les Arabes, ils ont tous bon dos. D’autant que les uns et les autres ne se ménagent pas entre eux.

L’imagination au pouvoir, proclamait-on en mai 68. On verra dans cinquante ans…

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CHANTAL

Je me souviens de Chantal Akerman. De notre première rencontre. Dans une brasserie du boulevard de Waterloo, face à un cinéma aujourd’hui disparu, l’Avenue.

Je me rappelle de ses yeux – impossible de ne pas s’en rappeler. De son regard de chatte, sauvage et séducteur, distant et affectueux, qui décidait en un clin d’œil si elle allait vous aimer ou non. Elle avait souvent (pas toujours) raison.

Elle se préparait à tourner « Jeanne Dieleman ». Dans un petit appartement pas loin de celui de ma maman. C’était aussi une histoire de maman, une femme au foyer qui fait de temps en temps une « passe » entre sa vie avec son fils et la préparation du repas (ah ! ses longs plans morbides pendant qu’elle pane ses escalopes, horribles pour moi qui adorais les escalopes panées de ma maman !) Un film long, scandaleusement long, sur la banalité, la vie quotidienne, la femme. Surtout la femme. Chantal avait une vision radicale de la femme. Tout en ayant une extraordinaire nostalgie du passé. Elle était obsédée par les camps (où sa mère avait réussi à survivre), l’histoire juive. Son œuvre est un cocktail mêlant modernité, avant-garde et nostalgie d’une époque révolue, avant la guerre, avant les nazis. Deux de ses plus beaux films l’expriment avec une infinie subtilité, « News from Home » qui mélange des vues cliniques de New York dans la brume ou la nuit, dans une lumière bleutée et froide, aux textes de lettres que lui envoie sa maman. Et « Histoires d’Amérique », où elle retrouve New York avec quelques vieux acteurs du théâtre yiddish, mêlant tragédie et humour (inspiré par I.B. Singer qu’elle avait rencontré et tenté d’adapter).

Ce mélange, on le trouve aussi dans « Toute une Nuit » tourné cette fois dans un Bruxelles nocturne, presqu’irréel, où elle capte fugitivement des hommes, des femmes, qui dansent, s’embrassent, une brève parenthèse de liberté et d’amour tant que le soleil n’est pas levé. L’un des plus beaux films sur la passion.

Chantal n’avait pas besoin d’inventer des histoires. D’ailleurs, la fiction l’encombrait. Elle racontait sa vision du monde avec des longs plans séquence avec une grâce et une poésie du cadrage sans égal. Il y avait du Vermeer chez Akerman.

Chantal, un œil et une plume. Il faut écouter la musique de ses textes. Et sa voix quand elle les récite. Grave, parfois rocailleuse, douce et décidée à la fois. C’est quand elle lit en contrepoint de ses images que son cinéma est le plus beau. La magie de sa voix, la poésie de ses textes, son regard scalpel sur la ville, peuplée d’êtres anonymes et pathétiques saisis par les néons. Les faces sombres de l’histoire ne sont pas loin. Mais il y a de temps en temps un sourire qui efface tout. Le sourire d’un enfant, qui était le sourire de Chantal.

 

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UNE HEROÏNE A DOUBLE NATIONALITE

Il est des moments où les hommes politiques ne brillent que s’ils ferment leur gueule. Mais, pour la plupart d’entre eux, c’est un effort insurmontable.

En comparant la déchéance de la nationalité belge de terroristes reconnus comme criminels à la déchéance de la nationalité française des Juifs par l’Allemagne nazie et le régime de Vichy pendant la seconde guerre mondiale, Rudi Vervoort n’a pas seulement fait preuve d’une stupide maladresse. Il est surtout tombé dans le panneau tendu par les Djihadistes : se faire passer pour des victimes.

C’est cette confusion qui est peut-être le plus insupportable dans les propos du président de Bruxelles : confondre le sort de vraies victimes de régimes fascistes avec celles de criminels condamnés par les tribunaux d’une démocratie.

Le bourreau repeint en victime, cette confusion hélas est à la mode. Le kamikaze qui se fait exploser au milieu de civils, dans un bus ou un marché, est célébré par certains comme un martyr, son nom honoré sur les réseaux sociaux, sa photo portée comme un trophée par des foules égarées. Tandis que ses victimes, surtout si elles sont nombreuses, forment une masse floue, indistincte, qu’on enterre discrètement comme si on devait être honteux de leur sort.

Dans la même veine, les assassins de Paris, de Toulouse ou de Bruxelles sont transformés en héros par quelques débiles qui se croient « radicaux » parce qu’ils affichent leurs effigies sur le T-shirt.

Jadis, les méchants assumaient leurs desseins diaboliques. On imagine mal Staline, Hitler ou Milosevic invoquer leur enfance difficile. Aujourd’hui, c’est la société elle-même qui paraît excuser les pires dérives. Comme si elle s’étouffait dans un sentiment de culpabilité. Le bourreau a par définition été élevé par une vilaine famille d’accueil, le coupeur de tête n’a pas vu son génie récompensé par son instituteur.

Si tous les laissés pour compte de la Terre devenaient assassins, il ne nous resterait plus qu’à filer dare-dare dans la fusée Rosetta pour finir des jours ensoleillés sur la comète 67P.

Autre solution, pour ceux qui ont le mal de l’air, lire toutes affaires cessantes, « Americanah », portrait d’une jeune femme qui explore ses deux nationalités avec gourmandise et dérision, malgré les énormes difficultés de naître noire et africaine sur une planète dominée par les Blancs. Son appétit de vivre, malgré sa situation précaire, sa personnalité de vraie combattante, quel remède de choc aux gémissements ambiants ! Passant du Nigeria à l’Amérique d’Obama avant de revenir dans sa terre natale, plus forte, plus drôle et plus incisive que jamais. Ce roman est signé Chimamanda Ngozi Adichie, un nom plus difficile à prononcer que celui de Rudi Vervoort mais que vous n’oublierez jamais.

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DANS LE COCHON, TOUT EST BON !

Nous sommes tous Charlie mais surtout, ne le dites pas trop fort.

Quand le bourgmestre de Welkenraedt crie : vive la liberté d’expression, il veut dire : à Paris. Dans sa bonne ville, c’est différent. L’expo consacrée à la censure a été fermée sur son ordre quelques heures après son ouverture. Sans la moindre menace ni l’ombre d’un djihadiste dans les rues. Cela s’appelle le principe de précaution. Et c’est contagieux. Une expo Charlie au Musée Hergé suspendue après la visite du maïeur d’Ottignies-LLN, accompagné du chef de la police, un festival de cinéma (où l’on projetait « Timbuktu » ou le nouveau film de Marjane Satrapie) interrompu à Tournai par la le maïeur et la police fédérale…

Si les autorités communales et policières font maintenant le boulot des fous de Dieu, les islamistes sont bons pour le chômage…

Reste à annuler les prochaines élections – pour éviter le désordre si la majorité n’est pas reconduite-, condamner les bibliothèques (tous les livres ne contiennent-ils pas des passages qui pourraient heurter la susceptibilité de l’une des millions de minorités de la planète ?) et supprimer l’enseignement obligatoire. Pour empêcher les terroristes en herbe de déchiffrer le mode d’emploi des armes vendues en toute légalité par la F.N.

On s’étonne d’ailleurs que la fermeture des écoles ne fasse pas partie de la panoplie des mesures prises par le gouvernement Michel alors que son impact soulagerait les budgets des communautés.

Hélas, le ver du terrorisme n’est-il pas déjà dans la pomme de Welkenraedt ?

 « De tout temps, les hommes se sont heurtés à un ennemi redoutable : la censure » déclare le site de la « bibliothèque insoumise » (sic) de Welkenraedt. Une vraie provocation…

Cela rappelle la décision prise il y a quelques années par le bourgmestre de Marche, qui avait interdit les représentations de « La Terre » … d’Emile Zola ! Trop osé pour ses administrés, trancha le maïeur – aussi ministre de la culture ! Et le brave homme de déclarer benoîtement au micro d’une journaliste, que lui irait voir la pièce, bien sûr. Mais à Bruxelles !

Jusqu’où s’applique le « principe de précaution » ? La prestigieuse maison d’édition britannique Oxford University Press vient de bannir cochons et saucisses de ses livres pour « ne pas froisser juifs et musulmans ». En revanche, les loups, l’ennemi juré des trois petits cochons, ne sont pas visés. Trop tard, il est vrai : les loups sont entrés dans Paris.

Dans la foulée, on devrait effacer tous les autres animaux pour ne pas heurter les bouddhistes et couper les dialogues au cinéma et au théâtre pour respecter ceux qui font vœu de silence.

Pourquoi ne pas supprimer la télévision, Internet et autres réseaux d’images, ce qui ne signerait pas nécessairement le recul de la civilisation ?

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