HOMMAGE BÊTE ET MECHANT

On dirait qu’ils s’y sont tous mis en ce début d’année pour rendre hommage aux dessinateurs assassinés de « Charlie-Hebdo ». La fiesta est universelle. Jugez plutôt. La Corée du Nord donne des leçons à Bruxelles en organisant un super feu d’artifices à faire pâlir d’envie Chinois et Japonais. En Arabie saoudite, la fête des rois se célèbre en vidant les prisons devant des pelotons d’exécution. Cherchez la fève ! En Iran, en jetant dans le feu tout ce qui ressemble de près ou de loin à un Wahabite. Chef d’états occidentaux cherchent dans la région islamistes modérés. Prière de s’adresser à la rédaction de « Charlie-Hebdo »…

Un peu plus loin, les Syriens s’enfuient de leur terre ravagée par leur président dément et ses fous furieux d’adversaires pour se réfugier à Molenbeek en bateau pendant que les Molenbeekois s’enfuient de Belgique, fuyant les menaces d’explosion du pays annoncées par une ministre flamande délirante, pour se réfugier en Syrie et en armoire. De l’autre côté de l’Atlantique, des fous de la gâchette terrorisent les Etats-Unis alors que les représentants des survivants au Congrès proclament qu’il faut protéger le sacré port d’armes. Président cherche sénateurs sains d’esprit. S’adresser à…

Vous imaginez comme Cabu, Charb ou Honorez auraient mouillé leurs feutres pour croquer pareils sujets ! Ils ne sauraient pas où donner du crayon…

Ajoutez-y le procès intenté par le grand mamamouchi turc, Recep Erdogan, le plus modéré  des Islamistes, à l’imam, tout aussi moderato cantabile, Fethullah Gülen. Population locale cherche Kemal Atatürk désespérément…

Comme toujours, il ne faut pas aller très loin pour alimenter les humoristes. Un petit pays d’Europe suffit à lui tout seul à remplir le quota quand le reste du monde s’assoupit. En Belgique, on n’a que l’embarras du choix. Au hasard, pour se mettre en train, il suffit d’essayer d’expliquer comment se déroule chez nous une grève du rail. De suivre sur une carte le parcours d’un train en grève autour de Bruxelles alors que les voies passent tous les quelques kilomètres la frontière linguistique, d’une région à l’autre. On tentera de raconter dans la foulée comment les syndicats qui sont face au gouvernement le plus à droite depuis cinquante ans réussissent à se faire eux-mêmes imploser. La maladie du kamikaze, décidément, est gravement contagieuse même loin des mosquées. On épinglera aussi cette « bonne idée » d’un ministre N-VA qui veut donner des cours aux réfugiés pour leur apprendre à respecter les femmes de chez nous. Et quid des Belges pur-jus-pur-souche ? Sont-ils donc tous féministes, galants et délicats ? Pour avoir une réponse objective et illustrée consultez votre collection de journaux bêtes et méchants…

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SUR LA TERRE COMME AU CIEL

Les chats ont droit à neuf vies, d’après une tradition de l’Egypte ancienne, reprise par les musulmans. Façon de souligner la force et l’importance de la vie ici-bas. Mais aussi d’avertir : celui qui tue un chat, sera perpétuellement hanté par son ombre. Gare à ses griffes ! On aura beau le mitrailler, le matou réapparaîtra encore et encore jusqu’à rendre le tireur fou. Jamais mort ! Ces jours-ci, on a envie de rappeler cette histoire à tous ces apprentis sorciers qui viennent de tuer des passants à Beyrouth, des Russes en Egypte avant de répandre leur rage délirante dans Paris.

La douleur, la peur, les larmes, les blessures, oui. On vivra désormais avec ces cicatrices. Mais le chat finit toujours par retomber sur ses pattes et sur cette bonne vieille terre, amoureux fou qu’il est de la vie. A la différence du terroriste qui n’a rien de plus pressé que de fuir notre planète pleine de mécréants, de champagne, de bouquins profanes, de musique, d’images et de sexe pour se jeter dans les bras de la mort, croyant comme le dit un verset du Coran que « la vie ici-bas n’est que jouissance illusoire » (alors que comme tous les textes sacrés, le saint livre dit évidemment le contraire dans d’autres versets).

Sur terre, l’apprenti-tueur n’a droit à rien, pense-t-il, sinon à un fusil d’assaut en ordre de marche, fabriqué par la FN, à deux cents kilomètres à peine de Molenbeek alors qu’au ciel, tout est différent. De son hypothétique montée au paradis (dont le transport n’est pas compris dans le prix d’achat de l’artillerie, soi-dit en passant), il attend un speed dating avec un nombre impressionnant de « houris » (qu’il se dépêche de monter ! vu le nombre de candidats, on risque d’en manquer en magasin).

Mais, attention ! J’avertis tous ceux qui, aveuglés par leur poussée d’hormones, sont prêts à déclencher l’ascenseur jusqu’au dernier étage qu’ils pourraient être cruellement déçus. Ils se trompent s’ils croient dur comme fer que le mot « houri » signifie « vierges aux grands yeux». En effet, certains philologues (comme Christoph Luxenberg récemment) affirment que le mot, venu du syro-araméen, signifie en réalité « raisins blancs ».

Quoi ? Tant d’efforts, des mois de formation aux explosifs, la lecture attentive tous les soirs de l’interminable mode d’emploi de la FN (encore plus compliqué que celui du téléphone portable coréen que je viens d’acheter), l’apprentissage progressif du suicide programmé avec de vieux sages (qui, eux, n’ont jamais pensé à se supprimer), tout ça pour recevoir en récompense, non pas un harem bien garni avec danse du ventre mais juste une grappe ou deux de raisons blancs, qu’ils auraient pu voler chez l’épicier marocain du coin, Seigneur ! Comme tu aimes plaisanter !

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REVER NUIT

Arrivé à l’âge adulte, n’a-t-on pas tous la nostalgie des vies qu’on aurait pu vivre, des métiers qu’on ne fera jamais ?

Comme tous les enfants de l’époque, je voulais être coureur cycliste pour déambuler avec le maillot jaune du tour de France dans les rues de Bruxelles, receveur de tram pour faire la loi dans le wagon, astronaute pour rencontrer les petits hommes verts et les apprivoiser en leur offrant leur premier paquet de frites avec mayonnaise. J’aurais aimé découvrir le calystène, épouser Gene Tierney, mettre au point la première confiture qui ne tache pas ma chemise quand elle glisse de ma tartine comme chaque matin, nom di djosse !

En suivant les récentes manifestations de Molenbeek, je me suis rendu compte que mes ambitions avaient pris un solide coup de vieux. Mon fils qui se lève à midi ne mange pas de confiture. Il commence la journée avec frites et mayonnaise. Et, ne comptez pas sur lui, pour partager son paquet avec un extra-terrestre s’il le croisait dans la salle à manger, surtout que les jeux video lui ont appris comment se débarrasser des Martiens sans sacrifier une précieuse nourriture.

Si j’étais né comme lui à la fin du vingtième siècle, moi aussi j’aurais eu d’autres rêves que ceux de mon enfance lointaine. J’aurais voulu défier la planète en détournant un avion qui irait s’écraser sur le fritkot de la place Jourdan, j’aurais promis à mes fans dix milles fiancées s’ils se sacrifiaient pour moi, j’aurais eu le pouvoir d’obliger ma femme à se promener enfermée dans un vêtement opaque, comme Louis XIV avec l’homme au masque de fer. J’aurais été Sacha Baron-Cohen dictateur levantin.

Hélas, tous ces rêves me sont aussi impossibles que ceux de jadis : leur accomplissement nécessite impérativement une belle et longue barbe noire. Pas de barbe, pas de charisme, pas de pouvoir, pas de fans à mes pieds. Or, malgré mes efforts, mon système pileux reste tristement chétif. Un homme qui a aussi peu de poils sur le menton qu’une femme ne peut exiger que celle-ci se soumette.

Si vous êtes comme moi, je vous propose en guise de consolation d’aller voir un film iranien. Le premier film d’Asghar Farhadi (oscar mille fois mérité du meilleur film étranger pour « La Séparation ») sort enfin, « La fête du feu ». Le vrai visage (pas nécessairement poilu) de musulmans qui sont tout simplement des hommes et des femmes, avec les mêmes rêves, les mêmes aspirations, les mêmes tourments que vous et moi. Le portrait de personnages complexes loin de ces caricatures qui s’agitent complaisamment sous les caméras. Si vous en voulez encore, lisez le nouveau livre de Fouad Laroui, « Le Jour où j’ai déjeuné avec le diable », chroniques décapantes d’un écrivain marocain installé à Amsterdam (éditions Zelige).

 

 

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