LES ONZE

   Dans une précédente chronique, j’avais rappelé cette règle hitchcockienne : le film n’est réussi que si le méchant est réussi. C’est pourquoi la présence de G.L. Bouchez annonçait une issue optimiste à la négociation pour la formation du gouvernement. 

  Or, le tournage à peine terminé et le nouveau gouvernement sur tous les écrans, voilà que les dirigeants du MR se piquent de couper les ailes de leur super-star. Que s’imaginent-ils ? Que l’histoire est finie ? La vie d’un gouvernement, c’est une télénovela, un épisode chaque jour, rehaussé chaque fois d’une nouvelle crise de nerfs. N’ont-ils pas compris qu’on a besoin du méchant pour que la série se poursuive avec succès ? 

  Au lieu de quoi, cette bande de frileux a décidé de l’étouffer sous onze coussins. Onze à décider ensemble, ça va être facile ! Avant d’encombrer ainsi la cabine de pilotage, ont-ils pris la précaution de fixer les règles de vote du « groupe commandement » ? L’unanimité ? La majorité qualifiée (mais qui sera plus qualifié que son collègue ?)

Et pourquoi cette fascination pour le chiffre onze ? 

La référence à une équipe de foot ? Mais ils ont oublié de désigner l’arbitre. En cas de bagarre, qui sortira la carte rouge ? 

A moins que les dirigeants du MR aient voulu s’aligner sur le Nouveau Testament ? Les apôtres étaient douze moins le traître, Judas. Mieux valait donc éviter ce chiffre fatal. Même si on n’empêchera pas certaines mauvaises langues de murmurer que, même sans Judas, il risque d’y avoir onze traîtres autour de la table du MR. De plus, il est difficile de comparer G.L. Bouchez à Jésus. Lui qui affiche plutôt le physique de Méphistophélès dans « La Grande Vadrouille ». Le bougre a eu raison de choisir l’image du diable. Car, sur le Chemin de Croix, la onzième station est celle où Jésus est cloué sur la croix…

  En constituant ce G-11, peut-être ont-ils également pensé au Carnaval rhénan, dont 11 est le chiffre magique. Le Carnaval commence le 11/11 à 11 h 11. Un cortège monstre, où l’on se moque de tous les événements politiques du moment et qui met, pendant un jour, les femmes à l’honneur. Elles invitent les hommes à vider une Kölsch (la bière rousse de Cologne), embrassent ceux qui leur plaisent et coupent les cravates de leurs collègues. Allez, Sophie Wilmès ! Allez, Marie-Christine Marghem ! De Cologne à la rue de Naples, il n’y a qu’un pas. 

Après le Jour des Femmes, vient la Semaine des Fous, ce qui promet encore bien du plaisir au pauvre président Bouchez…

 Combien de temps ce G-11 pourra-t-il tenir ? Le gouvernement vient de réduire la bulle à quatre. Le rafistolage du parti commence bien ! Il y en a déjà sept qui sont condamnés à avaler le redoutable « bouillon de onze heures » …

www.berenboom.com

CRUCIFIXION

D’après les derniers sondages, la cote de popularité du président Hollande est sur le point de plonger en dessous de zéro. Comme dans les banques, il faudra bientôt payer pour l’aimer…

Cette histoire de sondages, vous savez, ça va, ça vient. Hitler bénéficiait d’une cote de popularité au zénith en Allemagne et en Autriche (et dans quelques pays voisins) à la fin des années trente. Ou Staline juste après la guerre. Aujourd’hui, ach ! ce sont des monstres qu’on évoque pour faire peur aux enfants en ces jours de Halloween.

Que Hollande se console en se disant que les sondages réalisés à Jérusalem en l’an 33 montrent que Jésus de Nazareth était encore plus impopulaire que lui. Rien n’est donc perdu. Si François Hollande rêve d’un destin aussi exceptionnel que son jeune collègue, on lui conseille quelques trucs, qui ont permis que le Nouveau Testament reste en tête du hit parade depuis plus de deux mille ans. Et que son programme de réformes soit toujours un modèle, mais si, mais si.

Première règle : changer le calendrier. L’idée de décliner les années à partir de la mort de Jésus n’a pas été pour peu dans son succès, la médiatisation de son nom dans tous les foyers, le rappel incessant de sa personnalité.

Si un jour, on commence à compter à partir de la mort politique de FH, ce n’est pas encore gagné mais c’est déjà un premier pas vers la gloire. Saluer l’élection de Ségolène Royal en l’an 10 après FH, avouez que ça a une autre gueule que d’écrire qu’elle a été élue en 2027 après JC (exactement au même âge qu’aura Hillary Clinton lorsqu’elle briguera un second mandat).

Faut aussi qu’il s’assure quelques belles plumes pour saluer son bilan, répéter ses plus belles citations et lui tresser des lauriers. La grande erreur du président français est d’être incapable de déléguer. Il veut à tout prix faire le travail lui-même. Résultat, il se plante. Ses petites pensées, ses petites phrases, ses petites envolées ne suscitent pas le moindre écho, sinon quelques sarcasmes, quand c’est lui qui les exprime.

Socrate a été assez malin pour ne pas laisser la moindre trace écrite. Depuis des siècles, grâce à Platon et à Xénophon, il est devenu l’un des piliers de la philosophie.

Et Jésus ? Ce sont ses fans qui en ont fait une icône, Matthieu (un ancien collecteur d’impôts comme Macron), Luc (un médecin comme Cahuzac) ou Paul (grand voyageur comme Laurent Fabius, son ex-ministre des affaires étrangères). Evidemment, réunir dans un même volume une hagiographie de Hollande signée par Macron, Cahuzac et Fabius paraît plus insurmontable que de faire le chemin de croix à genoux ou de marcher sur le lac Tibériade. Mais si ce miracle se réalise, pas de doute, Hollande sera un Dieu. Sinon, ce sera l’Apocalypse…

www.berenboom.com

DE DIEU A VOLKSWAGEN

« J’ai le regret de vous informer que je ne crois pas en la Bible comme révélation divine, et donc pas en Jésus-Christ comme fils de Dieu ». Attendez avant de brûler votre quotidien favori ! L’aveu n’est pas de moi. Il est signé Charles Darwin dans une lettre à un de ses correspondants en novembre 1880. Si vous avez des doutes (à ce sujet), allez vérifier l’original qui vient d’être vendu 197 000 $ lors des enchères de la salle de vente Bonhams cette semaine à New York.

Cette excellente opération pourrait inspirer tous ceux qui ont des problèmes pour boucler leurs fins de mois. Evidemment, recopier cette déclaration et la faire signer du premier quidam venu ne suffit pas. Il faut faire preuve d’un peu d’inventivité. Si vous parvenez à faire  contresigner une copie de la lettre de Darwin par le pape François ou seulement le début du texte par le roi d’Arabie saoudite ou l’iman Khamenei, ce sera banco. En revanche, si vous ne parvenez qu’à convaincre Jacqueline Galant, vous risquez de ne pas recevoir même l’équivalent du prix d’un ticket Bruxelles-Jurbise (sauf si la ministre des gares ajoute en PS qu’elle s’engage à ne prendre qu’un aller simple sans retour en cas de réussite de la vente).

Il faut aussi se montrer astucieux, profiter du bon moment pour obtenir la signature de personnalités plus difficiles à convaincre en d’autres temps. Tenez l’ex-patron de Volkswagen. Je suis certain que monsieur Martin serait prêt à signer cette semaine à peu près ce que vous voulez à propos de Dieu et de ses bienfaits. Juste pour en terminer avec son chemin de croix pourvu qu’on lui ôte les épines qui blessent ses pauvres pieds usés à force de pousser sur l’accélérateur. Dieu ? Il n’en a plus rien à faire. Ni de Son Livre, ni de son Fils. Au départ, il s’était pourtant montré parfait ouaille, respectueux et tout des textes sacrés. En boss méticuleux, n’a-t-il pas loué le Seigneur (avec option d’achat) pour bénir ses super dispositifs anti-pollution ? N’a-t-il pas respecté la Bible qui dit (Apocalypse, 11, 18) qu’il est « temps de détruire ceux qui détruisent la terre » ? C’était même ça le but de son petit dispositif magique. Indiquer aux humains que la terre était toujours verte, l’air toujours pur et la VW toujours au diesel.

Mais Dieu avait manifestement la tête ailleurs quand les contrôleurs de l’environnement américains se sont penchés sur ses bagnoles. Dieu s’occupait peut-être de celles qui transportent les réfugiés en Europe (quoique …) ou Il s’inquiétait de l’absence prolongée de grèves aux TEC (entraînant une augmentation inhabituelle de carbone dans l’atmosphère wallonne).

Depuis qu’on sait que Dieu existe et qu’il vit à Bruxelles, plus rien ne nous étonnera ici-bas.

www.berenboom.com