BONNES NOUVELLES DE BERLIN

   Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles venant d’Allemagne. Ainsi, n’avez-vous pas été frappé comme moi qu’aucun des dirigeants ni même des dirigeantes de l’AfD ne porte de moustache ? Cette retenue est en soi une information, un programme, une promesse. 

Autre indication importante : quelques-unes des pires figures du futur nouveau Reich sont des femmes. Alors que le national socialisme avait résumé le rôle des femmes en trois mots : Kinder, Kirche, Küche (enfants, église, cuisine).

Alice Weidel, qui a co-dirigé la campagne électorale avant de présider le groupe au Bundestag ne se cache pas d’avoir pour compagne une immigrée sri-lankaise. Frauke Petry, leur ancienne porte-parole, vient comme Angela Merkel de RDA et a une aussi solide formation scientifique qu’elle. 

Tout ceci pour dire que l’AfD est fréquentable ? Non ! Au contraire ! Il faut combattre ce mouvement maudit mais en ne se trompant pas d’armes ni d’arguments. 

Lors d’une campagne électorale à Anvers il y a plusieurs années, des adversaires du Vlaams Blok avaient cru affaiblir le parti d’extrême droite en pleine expansion en placardant des affiches assimilant Filip Dewinter à Hitler. Echec complet. Aucun électeur n’a compris le message. 

Le führer de l’éphémère Troisième Reich ne fait plus peur à des générations qui ne l’ont pas connu, ni lui, ni ses victimes. Il leur paraît aussi ringard que Gengis Khan ou Napoléon. Mais surtout aucun électeur, tenté par les discours des partis populistes, ne confond « Mein Kampf » avec les promesses des nouveaux fachos ni avec les sympathiques messages que ces politichiens et politichiennes postent chaque jour vers leurs « amis » sur les réseaux sociaux.  

La lutte contre ces malfaisants doit répondre aux angoisses de leurs électeurs, l’immigration, l’identité culturelle, deux questions que l’on doit cesser de mettre sous le tapis. 

En regardant ailleurs pendant que l’Italie se débattait et se débrouillait avec les réfugiés, ses « partenaires » européens ont fourni à Salvini les munitions pour abattre les partis démocratiques de la Botte. 

En investissant trop peu dans la culture, l’éducation et l’enseignement, les gouvernements (singulièrement les nôtres) ont donné aux citoyens le sentiment que nos identités étaient en train de se perdre et de se diluer.  L’éclatement des matières culturelles et l’enseignement entre les communautés a aussi oublié la défense et le développement des valeurs, des artistes, des créations qui se veulent belges et qui refusent d’être réduites à une culture de village. 

Pour appuyer sa demande de naturalisation, Maurice Béjart écrivait : « Que je puisse lire dans les biographies qui me sont consacrées »Maurice Béjart, chorégraphe belge », c’est là mon souhait le plus sincère ». 

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VALLS A MILLE TEMPS

A un horticulteur au chômage, le président Macron a signalé qu’il lui suffisait de traverser la rue pour décrocher un job.

Manuel Valls a entendu la leçon. Montrant sa fidélité au parti qui l’avait (très mollement) investi aux dernières législatives et aux instructions éclairées de son chef, Valls (lui aussi désœuvré) s’est retrouvé de l’autre côté des Ramblas. Proclamant à qui voulait l’entendre qu’il ferait un parfait maire de Barcelone. La proximité du Musée Picasso semble avoir beaucoup inspiré sa première déclaration officielle en catalan.

Mais, ce n’est pas l’ex-président indépendantiste Carles Puidgemont qui va lui lancer la première pierre, lui qui n’en est qu’au cinquième cours de néerlandais pour nuls et futurs mandataires N-VA.

Valls peut se revendiquer de prestigieux mais trop rares prédécesseurs. Tel Tom Paine, l’un des pères de la révolution américaine, qui rejoignit la France lors de la Révolution où il devint député à l’assemblée nationale. Un des premiers à défendre l’idée de revenu universel, qui, on le voit, met vraiment longtemps à être prise en considération ! (Lisez sa belle bio par le grand écrivain américain Howard Fast).

Autre internationaliste magnifique, Garibaldi, le maître d’œuvre de l’unification italienne, qui fut un court temps député à l’Assemblée nationale français représentant les circonscriptions de Paris et d’Alger ! (On maniait déjà le grand écart à l’époque). Avant d’être obligé d’abandonner son mandat sur la pression de la droite sous prétexte qu’il n’était pas français. Ah ! Cette sacrée nationalité qu’on oppose toujours aux migrants ! (Alexandre Dumas a décrit ce personnage extravagant qui semble sortir de son imagination dans « Viva Garibaldi ! »)

L’initiative de Valls devrait donner des idées à d’autres grands formats de la politique européenne qui (pourquoi pas ?) pourraient cumuler des mandats transfrontaliers. A l’instar de l’ancien maïeur d’Ixelles, Yves de Jonghe d’Ardoye qui s’était aussi présenté comme  maire d’une petite ville du Périgord. Ou de Paul Magnette sollicité par les débris du PS français pour conduire leur pauvre liste aux élections européennes.

Puidgemont étant en délicatesse avec les juges locaux, pourquoi Bart De Wever n’affronterait-il pas Valls à la mairie de Barcelone ? Et Matteo Salvini chez nous où il remplacerait avantageusement ce mollasson de Théo Francken, si complaisant avec les immigrés délinquants.

Même si en Belgique, cette simplification semble impossible : personne n’imagine réunir sur une seule tête les compétences en matière de politique scientifique, de santé, de sports, d’enseignement ou d’emploi émiettées entre des chapelles, autorités, communautés, multiples, toutes jalouses de leurs misérables pouvoirs.

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BETWEEN YESTERDAY AND TOMORROW

Les entreprises wallonnes et leur ministre-président sont très fâchés sur la ministre de l’éducation : si tous les élèves du lycée et du collège dévorent désormais les mêmes matières pendant leurs trois premières années, on va retarder leur entrée dans la vie professionnelle. S’ils n’en sont pas encore à regretter l’interdiction du travail des enfants, ils estiment que les gosses, pourquoi pas les bébés, devraient se préparer le plus vite possible au métier de leur rêve, ouvrier agricole ou patron de PME wallonne, garçon de café, fonctionnaire de l’Office des étrangers ou ingénieur atomique.

A dix-huit ans, moi j’ignorais ce que j’allais faire de ma vie – je ne suis pas certain de le savoir aujourd’hui. Mais, à douze ans, c’est vrai, j’avais moins de doutes. Je voulais être receveur de tram parce qu’il travaillait assis (sauf quand des petits crapuleux décrochaient la flèche) ou aiguiseur de couteaux qui parcourait les rues en poussant sa petite carriole et faisait tous les jours la connaissance d’autres dames (à l’époque, seules les femmes jouaient du couteau dans la cuisine).

Moi, j’applaudis au projet d’une culture générale commune. C’est à ça que sert l’enseignement secondaire. En primaire, on apprend à lire. Au collège et au lycée, à aimer les livres.

Mais alors pourquoi cette idée folle de mélanger en un seul cours histoire, géo et économie ?

Faudra-t-il enseigner l’histoire et la géo en fonction des futurs jobs des étudiants ? On apprendrait l’histoire et la géographie des pays de la route de la soie parce qu’il y a des places à prendre dans le grand projet du président chinois Xi Jinping ?

En revanche, on effacerait des cours d’histoire tout ce qui ne sert plus à rien ? L’homme de Neandertal, la bataille des éperons d’or, le massacre de Nankin, les camps de concentration, Hitler, le fascisme, l’histoire industrielle wallonne, la Muette de Portici, la destruction des Indiens d’Amérique. Ceux des Arméniens, des Cambodgiens, et tous les autres génocides puisqu’il n’en reste que des cicatrices. Remarquez, cela aurait un avantage : l’Histoire sans histoires serait tellement plus politiquement correcte. Inutile d’encombrer les cerveaux fragiles de nos bambins des traces sanglantes laissées par l’homme civilisé depuis qu’il est entré dans l’Histoire.

Mieux vaut aussi éliminer tout ce qui dérange dans la géographie, les frontières floues ou à géométrie variable et le décodage des changements climatiques.

Si l’on comprend bien, la ministre préfère effacer les cours qui forment les citoyens à la démocratie mais nécessitent l’appel à une cellule d’aide psychologique.

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PS : le titre de cette chronique est emprunté au CD de Natalie Dessay, qui vient de rhabiller de neuf quelques-unes des plus belles musiques de Michel Legrand (Chez Sony).