MAGIC 21

   Les Chinois ont inventé le feu d’artifices (dont on se passera cette année, ils savent pourquoi !). Mais ce sont des immigrés turcs et hongrois qui ont tiré de leur chapeau le vaccin contre la covid plus rapidement que la formation d’un gouvernement en Belgique. 

   Neuf mois après le premier « coucou, je suis là » de cette chère corona, le monde nouveau devrait apparaître. Il se fait un peu attendre mais après la Saint-Sylvestre, la Saint-Valentin et la Saint Glin-glin, il sera là, tout neuf, tout beau. En 21, on va le chouchouter, le materner et lui apprendre les bonnes manières. Si c’était un abécédaire ?  

   On commencerait par la lettre C comme vaccin. Et surtout comme carotte, celle qu’on nous agite sous le nez pour nous rassurer. Ne vous révoltez pas, tenez-vous calme, prenez patience. Et vous aurez droit à vos deux doses.  

   Suit la lettre I. Comme interdit. Cinéma, restaurant, salles de sport, théâtre. I comme culture, fiesta, concerts. I comme baisers, tendresse, toucher. I comme tout ce qui est remis après les fêtes, après les soldes, après on ne sait plus très bien quoi. Mais, promis-juré, on ira de nouveau s’embrasser au cinéma en mangeant des chocos glacés entre deux étreintes. 

   Vient ensuite la lettre M. Elle ne s’écrit pas comme dans « je t’aime », oh, non ! C’est la première lettre de masque (qui s’attarde), de misère (qui s’installe et se répand), de mise en quarantaine, de monde de fous, de malheurs, de morbleu ! (pour rester poli). Une lettre qu’on pourra effacer après la deuxième dose !  

   Que découvre-t-on à la lettre O ? Amour et eau fraîche. 2021 sera une histoire d’O, souffrance et douleur, pour tous ceux qui ont perdu, vont perdre, leur emploi, leur entreprise, ce qu’ils ont construit. Malgré les aides, importantes, il faut le souligner, par rapport à tant d’autres pays du monde, eux aussi ravagés par l’épidémie et dans lesquels c’est tant pis pour les perdants.  

   Le nouveau mot de l’année est, parait-il, « déconfinement ». Moi, je vote plutôt pour « présentiel ». Avant l’arrivée du corona, on a raconté n’importe quoi sur les bienfaits de l’Internet pour tous, la société du futur avec des cours, des réunions, des conversations à distance. On a vu, merci. Vivement, le bon vieux présentiel ! L’école de papa, les pauses devant la machine à café, les réunions où l’on peut s’invectiver en life, se taper dessus. Malgré le retour des embouteillages, on se précipitera avec bonheur pour se serrer à plusieurs dans des salles trop étroites, sans masque et sans inquiétude. Abandonner l’ordinateur, quel progrès pour l’humanité !   

Touchez du bois, 21 est un chiffre magique. Après tout, c’était celui de ma radio préférée. Restez branchés ! 

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LES POLITICHIENS ABOIENT, LE CORONA PASSE …

  Dans sa tumultueuse conférence de presse consacrée au “déconfinement” la Grande Sophie nous a plongés dans un brouillard londonien directement inspiré de « La Marque jaune ». (Bravo ! Elle a de bonnes lectures !) Un effet de l’heure avancée ? De sept heures de discussion avec les ministres-présidents divers et variés qui parlent au moins trois langues différentes et sans sous-titres ? 

Essayez donc de comprendre le déconfinement en trois phases et demi dont la première se divise en deux mais qui n’en était qu’une pendant que la quatrième ne serait précisée que dès que la troisième aurait été confirmée, le numéro était savoureux. Bravo ! Mais, pourquoi la Grande Sophie a-t-elle le droit de donner son show en live tandis qu’Alex Vizorek a dû annuler son spectacle, ainsi que tous les autres théâtres du pays ?   

En s’efforçant de voir clair dans ce bazar, les commentateurs ont loupé une phrase essentielle de la Première: « Tout ce qui n’est pas autorisé n’est pas permis » a-t-elle glissé au passage comme une évidence. Balayant ainsi, en quelques mots faussement banals, une règle essentielle de notre démocratie : « Tout ce qui n’est pas interdit est autorisé ». Juste le contraire de son affirmation. 

On est surpris qu’aucun groupe politique d’opposition, pourtant si prompt à rappeler aux citoyens qu’il est toujours vivant, n’a relevé ce monstre juridique. 

Ils ont d’autres chats à fouetter ? Depuis qu’on a appris que le deuxième meilleur ami de l’homme est sensible au virus, c’est vrai qu’il faut y prendre garde.

Les principes constitutionnels n’ont de toute façon plus beaucoup d’avenir dans le monde d’après. Avec les applications de flicage sur votre santé, les plus absurdes prévisions d’Orwell sont dépassées. Elles resteront anonymes, vous promet-on. Mais pas pour tout le monde. Si votre téléphone fait « tilt », trois médecins masqués et cagoulés débarquent chez vous et vous emmènent comme un poisson congelé. 

Aujourd’hui, c’est le corona que l’on va tester. Et demain ? Votre état mental ? Le nombre d’heures que vous passez à revoir « Les Feux de l’Amour » ? 

C’est pour d’aussi généreux motifs que certaines universités envisagent un logiciel « anti-triche ». Pour vérifier, si vous êtes étudiant en médecine, que le Dr André, dissimulé sous votre chaise, n’est pas en train de souffler les réponses. Ou que les filles qui font la fête dans votre kot et qu’on aperçoit dans le fond de l’image respectent bien la distance sociale.

Les politichiens aboient, le corona passe…

Méfiez-vous tout de même. C’est Orwell encore qui a écrit: “Le discours politique est destiné à donner aux mensonges l’accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l’apparence de la solidarité à un simple courant d’air.”

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