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JE SUIS SAINT NICOLAS

A l’heure où j’écris, le suspense est total : Saint Nicolas sera-t-il en mesure cette année de descendre dans les cheminées des bambins de Belgique ? Rien n’est moins sûr. Dès son retour d’Afrique, le premier ministre va réunir le kern. D’ores et déjà, Jan Jambon, les jumelles à la main, scrute l’horizon. Celui-là, il n’arrête jamais de courir d’une calamité à l’autre. Quelle idée pour un nationaliste flamingant de s’égarer dans un gouvernement fédéral ! C’est l’enfer. Bart le lui avait dit. Mais il a voulu n’en faire qu’à sa tête.

Récit d’une catastrophe annoncée.

Comme on le sait, notre grand saint vient de Turquie, plus précisément de Patar d’où il voulait s’embarquer. Qu’il oublie le bateau. Le port, célèbre dans l’Antiquité, est devenu un marais. Les rennes ? Dans la Turquie d’Erdogan, les militaires tirent d’abord et réfléchissent ensuite. Dès que l’attelage se pointera dans le ciel immaculé de Lycie, les rennes se feront mitrailler comme de vulgaires partisans de Fethullah Gülen. Hop ! à la casserole !

Reste l’avion ? Oui, mais. Pour quitter l’Anatolie, il faut désormais montrer patte blanche. Pour le dire brièvement, on vous cirez les pompes d’Erdogan ou les ennuis vous dégringolent sur la tête.

Saint Nicolas ne semble pas terriblement hallal. Pour le dire autrement, il n’a pas le profil d’un électeur moyen de l’AKP. Il a plutôt l’air d’un ténor d’opéra enroulé dans le rideau de scène. Or, les artistes, le régime s’en méfie. Comme des intellectuels, des journalistes, des chômeurs, des femmes, etc.

Seul moyen alors pour Saint Nicolas d’arriver à temps, embarquer clandestinement sur une de ces coquilles de noix qui font la traversée vers l’Europe. Avec le risque que les autres passagers, Syriens, Somaliens, opposants turcs, jettent à l’eau ce vieux barbu, qui prend tellement de place avec ses gros sacs pleins de cadeaux et de douceurs alors qu’eux ont tout abandonné sur la grève.

On voit le risque pour le gouvernement. Si le patron des écoliers est jeté dans les geôles turques, qu’il coule en Méditerranée ou que les douaniers grecs ou italiens l’enferment comme un vulgaire réfugié dans un de leurs camps immondes, qui gâtera les petits dans la nuit du 5 décembre ? Père Fouettard ?

Charles Michel, qui avait réussi à fermer la porte aux questions communautaires, va voir celles-ci rentrer par la fenêtre ou plutôt par la cheminée.

En effet, le maître de la Flandre, Bart De Wever, soutient mordicus le maintien de la tradition du Zwarte Piet. Alors que tout ce qui compte de politiquement correct au sud demande son interdiction.

Ne reste qu’une solution avant que le gouvernement ne saute : embarquer Saint Nicolas dans la valise diplomatique. Et ne pas oublier de percer des trous pour qu’il arrive plus ou moins en bon état !

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LES APPRENTIS SORCIERS

Pauvre Walt Disney mort trop tôt, lui qui rêvait d’être embaumé pour renaître dans quelques siècles et retrouver l’oncle Picsou. On a eu tort de ricaner. Près de cinquante ans plus tard, chapeau ! Le papa de Mickey avait vu juste. La cryogénisation est devenue une réalité. Ne boudons pas notre plaisir. C’est en Belgique que cette technique a été mise au point pour la première fois, que les premiers morts ont été ressuscités. Charles Michel-Bart De Wever, futurs prix Nobel de physique ? Pourquoi pas ?

Le retour des morts est le seul scoop de la déclaration gouvernementale mais, pardon, quel scoop ! Si Laurette Onkelinx avait pris la peine d’écouter notre nouveau premier ministre et certains de ses ministres au lieu de pérorer, soutenue par son chœur de groupies, si Benoit Lutgen n’était pas si obsédé de réduire en miettes les libéraux, ils auraient compris que la Wallonie, qui cherche désespérément une industrie de pointe pour relancer son anémique plan Marshall, venait enfin de décrocher la timbale. La cryogénisation. La science fiction devenue réalité. Mes amis, cessez de vous moquer de Charles Michel et de le comparer à Agnan, le premier de classe à lunettes du Petit Nicolas, toujours collé aux basques de sa maîtresse d’école. Cette fois, ça suffit. Il a démontré sa maîtrise. Avec son compère, le bourgmestre d’Anvers, il a réussi l’exploit extraordinaire de rendre vie à des zombies. En faisant défiler, en primeur à la tribune de la Chambre, ses premiers cobayes, revenus vivants du monde des ténèbres. Jan Jambon, qui a pourtant dépassé la date de péremption depuis 1945 ; Theo Francken, qui a l’air d’un jeune homme tout frais, alors qu’il dit avoir appartenu à la VNV, le mouvement fasciste flamand pourtant dissout à la fin de la deuxième guerre mondiale. A nouveaux parmi nous ! Et prêts à servir la soupe vert de gris.

Cessez de chipoter, socialo-ecolo-humanistes ! D’étaler votre rancœur parce que vous avez perdu le pouvoir. Quand on est succédé par de si grands savants, on s’incline et on se tait.

L’arrivée de la cryogénisation est-elle vraiment une surprise ? On savait depuis longtemps que Bart De Wever, son co-découvreur, y travaillait activement dans son labo. En 2007, son prédécesseur à l’hôtel de ville d’Anvers, Patrick Janssens avait présenté les excuses du collège communal pour l’implication de l’administration communale dans la déportation des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Bart De Wever avait réagi en estimant ces excuses « gratuites ». On comprend mieux ses propos, qui à l’époque, ont choqué la plupart des hommes politiques flamands, aujourd’hui ses partenaires. Ils n’avaient pas compris la subtilité de cette énigmatique déclaration. De Wever avait ses raisons. On commence à les entrevoir.

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MIEUX VAUT PERE FOUETTARD QUE JAMAIS

On appelle ça une crise d’autorité. La méfiance des Français à l’égard de leur président est à l’image de celle de beaucoup de citoyens européens à l’égard de leurs dirigeants.

Quel est le principal reproche des Français à François Hollande ? Sa volonté de rechercher le consensus, qualifiée de mollesse et d’incapacité à décider. Leur modèle de chef, c’est un type qui tape sur la table, qui crie « je veux » devant les caméras, qui vitupère devant les petits caïds des quartiers sensibles et qui s’oppose violemment à « Bruxelles ». Comme aucun de ses adversaires de la droite démocratique ne leur paraît non plus capable d’endosser le costume de guide musclé de la nation, ils plébiscitent Marine Le Penn. C’est vrai que dans l’opposition, les Français cherchent vainement un clone de Nicolas Sarkozy, époque Kärscher. Ni François Fillon qui a fermé sa gueule devant toutes les outrances de son boss pendant cinq ans, ni Jean-François Coppée, éternel second couteau des séries d’avant soirée, ni Nathalie Kosciusko-Morizet qui semble une personne plus déplacée en dehors de Neuilly qu’une famille Rom et que la police de Manuel Valls risque d’expulser du territoire par mégarde.

Durant le règne de Sarkozy, les Français ont pourtant vu les résultats d’une politique soi-disant musclée. Mais, quelques mois plus tard, le moment de lucidité passé, ils sont à nouveau persuadés que seuls un homme ou mieux une femme providentiels va les sortir de la mélasse.

A leurs yeux, Marine n’est plus la fifille de Jean-Marie Le Penn, la descendante de la France de Pétain et des tortionnaires d’Algérie, mais une nouvelle Margaret Thatcher. Qu’ils demandent donc aux Anglais ce qui restait de la Grande Bretagne quand la dame de fer a commencé à rouiller.

Ce mythe qu’on vivra heureux, protégé par la ligne Maginot, a décidément la vie dure. C’est aussi l’illusion que vend la N-VA avec son nouveau-vieux programme. Est-ce vraiment un hasard si le fifils de Bart De Wever, le petit Jan Jambon, a lui aussi fricoté avec les nostalgiques de l’extrême droite ?

C’est dans cette atmosphère qu’a surgi la polémique sur le père Fouettard. Aussi, je pose la question : qui veut la peau du méchant dans le couple Saint Nicolas ? Est-ce un contre-feu maladroit allumé par les amis de Hollande et tous ceux qui s’inquiètent de la résistible ascension des boss gonflés aux hormones ? C’est une erreur politique – une de plus. Le duo Saint Nicolas-père Fouettard est exactement ce qu’attendent les enfants et surtout leurs parents, la promesse de cadeaux d’un côté et la certitude d’une solide raclée de l’autre. Hollande ne survivrait pas sans Vals (Royal aurait aussi fait l’affaire). De Wever sans Siegfried Bracke.

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