Archives de catégorie : Chroniques

LA FRANCE FAIT SON CINEMA

Deux présidents en France entrant en fonction le même jour ou presque, n’est-ce pas un de trop ? Au contraire, plus on est de fous, plus on s’amuse.

Deux ? Macron et Almodovar. Deux pros du cinéma.

Le président Macron avance lentement sur le tapis rouge devant le brol pointu que son prédécesseur, François Mitterrand, a enfoncé comme un suppositoire dans la belle cour du Louvre. Son numéro rappelle les films fauchés de la nouvelle vague. Un seul acteur, un long travelling, et quelques mots marmonnés façon Jacques Tati. De toute façon la production n’a pas de quoi se payer une prise de son convenable. Histoire de faire passer le message : les amis, on doit se serrer la ceinture.

Pendant ce temps, l’autre président, Pedro Almodovar, grimpe quatre à quatre les marches du Palais des Festivals. Prêt à désigner le champion du monde parmi les meilleurs films de la planète. Dans un décor bling-bling-champagne-strass et paillettes sous les sunlights devant la grande bleue ensoleillée.

A Paris, le nouveau président, jouant la sobriété, tente de rassembler les Français. A Cannes, son extravagant collègue se prélasse dans la mondialisation.

Il y a moins de différences qu’on ne pourrait penser entre leurs deux projets. La filmographie du plus célèbre réalisateur espagnol actuel paraît d’ailleurs avoir singulièrement inspiré Emmanuel Macron.

« Attache-moi » lui a donné l’idée de museler les principales grandes gueules de la droite et de la gauche dont il a allègrement coupé les ailes en allant picorer dans leurs poulaillers respectifs.

« Talons aiguilles » annonçait une de ses promesses électorales : autant d’hommes que de femmes dans le gouvernement et un sous-ministre chargé de surveiller la parité entre hommes et femmes. Qu’il se méfie cependant des inévitables polémiques à venir, coups de Jarnac ou autres planches savonnées, spécialités de l’opposition et des syndicats, qui risquent d’emmener quelques uns de ses ministres à se transformer bientôt en « Femmes au bord de la crise de nerfs ».

Cependant, Macron semble prêt à se battre, à manier l’épée (dont une des ses nouvelles ministres est la spécialiste) et même à verser le sang. N’a-t-il pas investi Marie Sara, la reine des arènes, pour achever l’abominable Gilbert Collard, vieille bête baveuse, dans le Gard ? A l’exemple du combat tragique dans le film « Matador ».

Mais il y en a un dont Macron devrait se méfier tout particulièrement dans l’avenir, c’est François Hollande. Rien de pire que la réaction d’une bête blessée. Là encore, la mise en garde vient d’Almodovar. Après avoir invoqué « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?», monsieur Pédalo pourrait être tenté de réapparaître lorsqu’il entendra certaines sirènes crier : « Volver » (« Reviens ») !

www.berenboom.com

 

A TABLE !

Quelle sera la grande affaire de ce week-end ? Pour les uns, les festivals de jazz de Liège et de Liberchies. Pour les autres, la composition du premier gouvernement Macron. Tout Paris bruisse de rumeurs contradictoires. Et le café du commerce fait le plein. Dès qu’un homme ou une femme politique annonce ces jours-ci qu’il envisage un nouveau plan de carrière, paf !, on lui colle un ministère. Le maire de Nice, Christian Estrosi n’a pas eu le temps de démissionner de la présidence de sa région qu’il est bombardé par les medias ministre d’état. Et Marion Maréchal-Le Pen, très en froid avec la Marine française, pourquoi lâche-t-elle le FN ? Pour un secrétariat d’état ? Aux Anciens combattants, peut-être ?

Le président Macron, qui n’a pas fini de nous étonner, a bien d’autres idées explosives dans son sac à malices. Plus audacieuses que le reclassement de quelques politiciens en déshérence.

Pour former son équipe, au lieu de picorer comme d’habitude parmi les vieux birbes socialistes et Républicains, il voit large, bien au-delà des étroites frontières hexagonales : il envisage de nommer ministres français quelques-uns des plus charismatiques dirigeants des autres pays européens. De quoi mettre d’avance ses partenaires dans la poche et prendre à revers une opinion publique française d’avance indocile.

D’après ce qu’on sait, son casting pourrait rassembler Mario Renzi aux relations avec le parlement, un spécialiste pour déclencher une zizanie permanente entre tous les partis représentés à l’assemblée nationale. Angela Merkel à la Coopération au Développement gérera la question des réfugiés en conservant la confiance de l’opinion publique. Et Jarosław Kaczyński sera aux Affaires étrangères pour être certain de se fâcher avec le reste de la planète.

Jean-Claude Juncker, pressenti aux Finances, a promis d’apporter au nouveau président tous les secrets et ficelles permettant à la France de devenir un paradis fiscal aussi intouchable que le Luxembourg. Et le Hongrois Orban, le mode d’emploi pour fabriquer un état fort où opposition et institutions seront muselées pendant des années avec l’appui enthousiaste des citoyens.

Reste le casse-tête belge. Qui choisir parmi l’élite de notre nation ? Car il n’y a qu’une place pour notre pays. Charles Michel, Bart De Wever, Paul Magnette, Stéphane Moreau ?

De Wever l’intéresse. Il a réussi comme lui à s’emparer en deux coups de cuillère à pot de l’appareil d’état mais il met comme condition à sa participation, le rattachement de Lille à la Flandre. Charles Michel hésite. Il ne peut décider qu’avec l’approbation unanime des sept parlements du pays. Finalement, Macron a choisi Raoul Hedebouw. Il aura ainsi son mini-Mélenchon.

www.berenboom.com

GUIGNOL 2.0

Je me souviens des débats présidentiels de jadis. Deux messieurs chics qui avaient l’air vieux, même quand ils étaient dans la force de l’âge, s’échangeaient des propos sérieux d’un ton pédant. On sentait qu’ils sortaient des mêmes écoles, fréquentaient les mêmes dîners en ville et s’amusaient de la même façon à participer à ces joutes soigneusement chorégraphiées. Ils maniaient le fleuret et reculaient à la première éraflure avant de reprendre le combat, toujours aussi policés.

De la cuisine un peu lourde du terroir qu’ils nous offraient ces soirs-là, ne restait qu’une bouchée, une formule : « vous n’avez pas le monopole du cœur », « l’homme du passif », etc. C’était bien balancé mais un peu court question humour.

Quand une dame est apparue dans la distribution, on a cru un moment que l’on allait sortir de ce club british policé. « Calmez-vous, madame Royal ! » soufflait Sarkozy faussement flegmatique. « Non ! Je ne me calmerai pas ! » Répétées plusieurs fois ces répliques laissaient augurer avec ces deux-là une bonne tranche de rigolade. Las ! Ils sont vite retombés dans la routine et les codes de l’exercice.

Entre temps, la télé a changé. « Au théâtre ce soir » a été remplacé par les Guignols de l’info. Aux « Incorruptibles » (un mot désormais peu vendeur) a succédé « Loft story »  et les reality shows. L’homme très moyen, la ménagère de moins de cinquante ans ont renvoyé les stars irréelles dans leur vieux monde tandis que les débats politiques étaient remplacés par les numéros d’humoristes. Le citoyen découvrait les principales aspérités des programmes politiques à travers les caricatures qu’en faisaient avec talent Alex Vizorek ou  Charline Vanhoenacker (« De tous les comiques de la Gaule, les Belges sont les meilleurs », remarquait déjà Jules César). Conséquence, le débat Hollande-Sarkozy frôlait l’ennui et la télé vintage de papa.

Cette semaine, après une renversante campagne électorale 2.0, qui tenait plus du feuilleton  romanesque farfelu que de la politique, on a assisté en France à un débat présidentiel d’un nouveau type. Les protagonistes qui avaient assimilé les évolutions des séries (et leur surenchère dans le genre gore), l’explosion des comiques et l’envahissement des écrans par les « vrais gens », s’en sont donnés à cœur joie pour renverser la table.

Plus d’épées mais des kalachnikovs, plus de petites formules distillées pour les livres d’histoire mais des invectives inspirées des tweets de Donald Trump, et paf ! je te fous sur la gueule et bing ! dans le bas-ventre et vlan ! va voir chez Merkel si j’y suis !

Le chômage est au sommet en France. Si les candidats à la présidence prennent la place des humoristes, chansonniers et héros de feuilletons et de télé-réalité, c’est sûr que tous les records vont encore être pulvérisés. Sale temps pour les artistes.

 

www.berenboom.com

POURQUOI J’AI MANGE MON PÈRE

Que reste-t-il des partis politiques ? De leur puissance et de leur gloire ? En Belgique, Stephane Moreau a jeté sa carte du PS dans le destructeur de documents de Nethys – une machine déjà bien bourrée. En attendant, après quelques jours de deuil,  de prendre celle du PTB, plus utile pour les intérêts et l’avenir d’un homme aussi ambitieux ? Ce qui montre en passant que la mort d’un parti en fait épanouir un autre.

Un phénomène auquel on assiste aussi en France. De tous les vieux partis de la Ve République, il n’en reste qu’un, le Front national. Un front bas, qui plante ses griffes dans la glèbe de la France profonde comme du chiendent. Il faudra un très solide ouragan pour l’arracher et le balayer d’un bon coup de vent. Au lieu de quoi, ça souffle dans tous les sens. Les uns font la fine bouche devant cette fine mouche. D’autres se pincent le nez en attendant qu’elle passe. Que tous ces capitaines d’opérette ne s’étonnent pas que leurs voiles se déchirent et que leur bateau coule ! En attendant, vous savez ce qu’elle vous dit la Marine ?

Certains prétendent que seul l’exercice du pouvoir tuera le FN. Pensant sans doute à Charles Péguy qui prétendait que « tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique ». Mais, quelle manœuvre follement désespérée de donner aux Le Pen tous les pouvoirs de nuire pour espérer son agonie. Ceux qui font ce pari en croyant revenir alors en sauveurs de la nation risquent d’avoir disparu entre temps.

Il y a une dimension mythologique dans cette présidentielle : les vainqueurs du premier tour sont tous les deux des enfants qui ont mangé leur père. Marine a planté ses grandes dents dans les restes de Jean-Marie, ce qui révèle une étonnante santé et une excellente digestion.

Avant de se mettre en marche, Emmanuel Macron a lui aussi dévoré François Hollande et vidé les placards du PS de ce qui bougeait encore. Tous les marcheurs le savent, il n’est pas recommandé d’avancer le ventre vide. On le paye souvent avant d’arriver au but.

Reste à ces amateurs de chair pas très fraîche à nous proposer un menu débarrassé de tous ces restes. Un choix difficile à composer. Les électeurs rêvent de plats qui piquent, mais pas trop, qui amusent leurs papilles sans percer leur porte-monnaie. Accompagnés de vins qui grisent mais qui ne donnent pas la gueule de bois.

S’ils croient concilier tous les appétits, en composant un repas neutre, qu’ils se méfient. Machiavel les avertit: « le parti de la neutralité qu’embrassent souvent les princes irrésolus, qu’effraient les dangers présents, le plus souvent les conduit à leur ruine ».

Qu’ils se gardent aussi de leur propre progéniture qui pourrait être tentée de suivre les usages familiaux en dévorant à son tour l’un sa tante, l’autre son papa…

www.berenboom.com

GAZ A TOUS LES ETAGES

Bachar Al-Assad vient opportunément de nous rappeler qu’on avait enterré trop tôt les célébrations de la Grande Guerre. Merci à lui ! Dès 1914, les Français d’abord puis les Allemands – plus tard les Américains – se lancèrent joyeusement dans des attaques au gaz, devenues massives à partir de 1915. Et, en 1917 (bon anniversaire !), apparut le gaz moutarde (l’ypérite), produit à grande échelle par les Allemands. Un petit pas pour l’homme; un grand pas pour l’humanité.

« Moi, mon colon, cell’ que j’préfère, c’est la guerre de quatorz’-dix-huit ! » chantait Brassens. Prudent, il ajoutait : « Du fond de son sac à malices, Mars va sans doute, à l’occasion, en sortir une – un vrai délice ! – qui me fera grosse impression. »

T’es plus là, tonton Georges mais celle de Syrie t’en aurait bouché un coin !

Dire que le tyran avait refusé, il y huit ans que le projet de gazoduc entre le Qatar et la Turquie traverse son pays. Il doit s’en mordre les doigts. Au lieu de devoir fabriquer lui-même son poison, le docteur Assad n’aurait eu qu’à se servir au passage. On peut être ophtalmologue et ne pas avoir le don de double vue…

On dit d’Assad qu’il est un mélange de culture arabe et occidentale (formé dans des écoles françaises de Damas puis par l’université de Londres). De son voisin irakien, Saddam Hussein, issu comme lui du parti Baas, il a retenu la violence, le cynisme et l’absence de tout scrupule à gazer sa propre population. Et des Occidentaux, qu’a-t-il appris à part le goût des costumes de bonne coupe, des cravates élégantes et des propos lénifiants devant des journalistes complaisants ? L’impunité pour ceux qui gazent leurs ennemis ? Il n’y a pas eu de tribunal pour crimes contre l’humanité après la première guerre mondiale. Tous les belligérants risquaient d’y être condamnés. A l’école des Frères de Damas, on a enseigné à Assad que le vainqueur a toujours raison, même s’il a commis quelques entourloupes qu’on a tôt fait d’oublier. Vae victis !

On ne voit pas vraiment qui punira Assad et ses affreux acolytes. L’indignation morale et la fureur verbale n’ont jamais eu beaucoup d’effet pour arrêter une armée. Même pas une bande de tueurs. Quant à l’utilité des condamnations votées par l’ONU, demandez donc aux survivants du génocide rwandais, du massacre de Srebrenica ou des habitants de l’est du Congo, ce qu’ils en pensent. Et quelle a été l’efficacité des casques bleus envoyés pour les protéger.

D’ici à ce que le dictateur syrien se retrouve à manger du pindakaas dans les prisons de La Haye, il faudra qu’aient disparu Poutine, le régime iranien, le Hezbollah, les braves dirigeants européens et les méchants. Poison d’avril…

www.berenboom.com

ps : on n’a rien écrit de plus poignant sur les effets du gaz sarin que « Underground » de Haruki Murakami (Belfond) recueil d’entretiens après l’attentat dans le métro de Tokyo.

 

PAUVRE PETITE FILLE RICHE

Dearest England,

J’ai bien reçu ta lettre nous annonçant ton départ de la maison, ce qui m’affecte énormément même si le flegme m’oblige à n’en rien laisser paraître. Oui, je déplore que tu nous quittes après plus de quarante années de vie commune. Certes, nous avons eu des différends et tu ne t’es pas assagie avec le temps, que non. Je me souviens de quelques-uns de tes éclats qui ont secoué toute la famille : « I want my money back ! » t’es-tu écriée un jour sans prendre de gants. Et de ta grossièreté envers un de nos invités, Jacques Delors qui parlait de faire bourse commune avec nous, quand tu lui as répondu : « Dites-lui où il peut le mettre son Ecu » !

Malgré tes excentricités -peut-être à cause d’elles- je suis désolé de ta décision et je crains que tu ne le sois aussi un jour quand tu reprendras tes esprits.

Qui te nourrira désormais ? Seule dans la cuisine,  tu ne sais pas faire grand-chose devant un fourneau, à part casser des œufs – pas seulement des œufs. Rappelle-toi de cet avertissement de Talleyrand : « L’Angleterre a deux sauces et trois cents religions; la France au contraire a deux religions, mais plus de trois cents sauces. »  Ta vie, sans nous, risque de te paraître bien fade.

Toi qui te plaignais de la cacophonie qui régnait à la maison, tu vas regretter notre tour de Babel. La langue anglaise est belle, si belle que tu as emporté avec toi une grande partie de notre bibliothèque, alors que tu sais comme nous chérissons les auteurs anglo-saxons. Ils ont alimenté notre imaginaire autant que le tien. Si nous ne nous débarrasserons pas de l’anglais, dont tu as subtilement introduit l’usage dans toutes nos réunions de famille et même dans les relations avec notre petit personnel, tu regretteras le babil, les cris et les chansons de tes frères, sœurs, cousins dispersés dans toute la maison et qui sont fiers de s’exprimer dans plus de vingt autres langues. Quel appauvrissement va être ta vie coincée entre les barbons d’Oxford et les vieilles barbes de Cambridge, à avaler ton porridge !

J’ajoute à ces regrets que j’ai aussi quelques reproches à formuler. Croyais-tu que je fermerais les yeux en découvrant que tu as emporté une partie des bijoux de famille ? Cette petite friponnerie, je te préviens, ne restera pas sans suite. Je t’invite à restituer ce que tu as pris d’autant que ta mère y tient beaucoup. Après ton départ, tu la connais, elle voudra se montrer partout, plus belle que jamais, dans tout son éclat, portant haut ses plus belles parures.

Je ne peux terminer cette missive sans t’inviter à réfléchir à nouveau à l’opportunité de ton geste théâtral (que je te pardonne, le théâtre fait partie de notre A.D.N.) en t’assurant que nous sommes toujours prêts à l’oublier pour te retrouver.

www.berenboom.com

LES LOIS DE L’AMER

Sacrée gueule de bois pour les partisans du Brexit. Il y avait donc des étrangers hostiles dans les cales du navire ? Croyaient-ils qu’il suffisait de larguer les amarres et de faire flotter la Grande-Bretagne en haute mer pour se débarrasser des rats ? C’est oublier les règles séculaires de la marine.

A ce sujet, il est bon de rappeler aux citoyens d’une nation de grande tradition maritime que l’une des règles de la mer prescrit aux capitaines de recueillir les naufragés, sans vérifier leurs papiers ni leurs cartes de séjour, sexe, compétence ou nationalité avant de les autoriser à monter à bord et sans les choisir en fonction de la couleur de leur peau mouillée.

Tous ces braves Britanniques qui ont voté non à l’Europe en espérant se racrapoter dans une Angleterre qui ressemblerait aux villages dans les romans d’Agatha Christie, se sont trompés. Comme le feront ceux qui plébisciteront Marine Le Pen en croyant aveuglément ses fables sur le retour à une France de bande dessinée d’avant-guerre, peuplée d’hommes en marcels et béret, la moustache triomphante, la baguette à la main, et de femmes, toutes blondes, vêtues de tissus Vichy (Vichy évidemment !)

Sacrés romanciers et auteurs de B.D. qui nous font rêver à des mondes imaginaires, si réussis sous leurs plumes que des lecteurs s’imaginent qu’ils sont réels. Faudrait interdire la fiction, tiens !

Plus un auteur a du talent, plus il est dangereux. Les dictateurs, qui ont en matière de culture plus de flair que les hommes politiques de nos démocraties fatiguées, ont toujours fait taire les artistes.

Il faudrait justement quelques belles plumes en Europe pour retisser un récit, comme disent maintenant les spécialistes de la communication politique. Ce vocabulaire me hérisse mais sa signification n’est pas fausse.

L’Europe s’est construite sur un malentendu, voire un mensonge. Les pères fondateurs ont fait croire que l’on pourrait concilier intégration économique et respect de la souveraineté des états membres. Alors que l’intégration suppose un abandon de pouvoirs des membres de l’Union au profit d’une autorité supranationale.

Mais, faute d’histoires qui nous unissent et nous donnent envie d’abandonner nos défroques nationales ou régionales, l’Europe patine. Hommes et femmes politiques européens comme la plupart des politiciens locaux s’imaginent que leurs promesses de maîtriser ou développer l’économie ou même de baisser le chômage suffisent à se faire élire et aimer. On comprend ainsi le succès de cette phrase apocryphe prêtée à Jean Monnet : « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture. »

Il ne l’a jamais écrite mais, soixante ans après la signature du traité de Rome, on aurait tant aimé qu’il l’ait prononcée !

www.berenboom.com

TOUTES VOILES DEHORS

L’arrêt rendu par la Cour européenne des droits de l’homme sur le port d’un signe religieux laisse une impression de flou. Les juges européens ont prudemment botté en touche tout en admettant qu’un règlement d’entreprise peut interdire qu’une employée affiche ses convictions.

Lorsqu’une femme décide ou accepte de se voiler les cheveux, on pourrait dire : c’est son affaire après tout ; de quoi je me mêle ? Cette femme sait qu’elle vit en Europe occidentale, qu’elle peut laisser ses beaux cheveux au vent et regarder les hommes dans les yeux. Dans une société qui essaye de combattre les discriminations, qui proclame, sanctions à l’appui, l’égalité entre hommes et femmes, où une dame peut marcher devant ou à côté de son homme et pas derrière lui, où elle peut porter le short comme son mari, jouer au foot, afficher ses tatouages comme lui et comme lui porter la barbe – ah non ! ça elle ne peut pas ! Si elle préfère jouer les soumises, c’est sa liberté. Chacun ses préférences sexuelles.

Je me rappelle de ma surprise quand j’ai découvert jadis à Anvers certains de mes coreligionnaires déambuler, vêtus comme des paysans polonais endimanchés du dix-huitième siècle. Pourquoi ces naïfs imaginent-ils que Dieu les écoute avec plus d’attention qu’un type en jeans ou en bermuda ? Pourquoi s’exclure de la société dans laquelle ils vivent et s’enfermer volontairement entre les murs d’un ghetto alors que les cosaques chevauchent à des milliers de kilomètres du Meir et de l’Escaut ?

D’un autre côté, on voit des hommes sérieux les autres jours de l’année se déguiser en Gilles de Binche et lancer des oranges ou des bourgeois bruxellois se maquiller en Noirauds et quêter dans les restaurants huppés de la capitale sans appeler la juridiction européenne au secours.

Reste qu’on ne peut se retenir parfois d’un sentiment de malaise devant ces femmes qui refusent les droits acquis après de longs combats et qui préfèrent subir les servitudes d’un autre âge. Exactement comme mes copains d’Anvers.

Or, ce malaise devient une arme contre ces hommes et ces femmes mais aussi contre nous tous quand elle tombe entre les mains de ces politicards qui ont fait de l’interdiction de la différence leur principal argument électoral. Leur promesse de nous rendre tous pareils une fois arrivés au pouvoir fait froid dans le dos. Surtout quand on réfléchit à cette question : à qui vont-ils nous faire ressembler ? Chez les islamistes, tous les hommes doivent porter une barbe hirsute et les femmes se momifier sous des linceuls noirs. Et chez Geerts Wilders (et ceux qui ont piqué ses idées) ou Marine Le Pen ? Les hommes devront-ils avoir la tête d’André Gilles ou de Frederic Daerden ? Et les femmes, celle de Marine Le Pen ou de Madame Chapeau ?

www.berenboom.com

CHRONIQUES MARTIENNES

Des chercheurs américains viennent d’annoncer qu’ils mettent au point un appareil destiné à créer un champ magnétique autour de Mars. L’idée est de favoriser le réchauffement de la planète rouge pour qu’elle retrouve à terme de l’eau à l’état liquide. De l’eau et de la vie. Une terre bis comme la décrivait déjà Ray Bradbury.

Mais, devra-t-on patienter quatre milliards d’années avant que des organismes monocellulaires martiens apparaissent peu à peu dans les canaux réalimentés de Mars et accouchent, après mille mutations, d’êtres humains ultra-civilisés, au top de l’évolution, des Trump, Erdogan, Poutine ou Assad ?

Faudra accélérer tout ça d’autant que l’on ne peut garantir aux chercheurs – qui ont déjà bien du mal à survivre sous la nouvelle administration américaine – le maintien de leur budget pour les quatre prochains milliards d’années. Après Trump, un président bêtement idéaliste choisira peut-être d’investir tout ce pognon dans l’aide aux réfugiés, la lutte contre la faim, contre les maladies. Un autre dans la fabrication de nouvelles bombes ou de pyramides.

Dès que Mars sera techniquement habitable, on évitera donc de perdre son temps en court-circuitant les errements et les avatars ratés de l’évolution. On éliminera immédiatement les animaux que nous savons destinés à disparaître, dinosaures, archæoptéryx, hommes de Neandertal, communistes. On sautera Lucy, l’homo erectus, le mammouth ou l’oiseau Dodo, dès leur apparition. Pour accélérer l’arrivée du sommet de la création, de l’homo sapiens, vous et moi, si vous préférez.

Le plus simple serait d’envoyer sur Mars quelques-uns de nos plus brillants représentants pour qu’ils se reproduisent là-bas, sans attendre le déroulement naturel de l’interminable chaîne de la vie.

Déjà, Jacqueline Gallant a accepté de se sacrifier et de donner à la science son futur bébé, qui  sera donc l’un des premiers E.T. D’autant que son ADN contiendra la principale caractéristique de l’être évolué de ce nouveau siècle : la capacité à survivre en milieu très hostile. Puisque que sa mère est sortie vivante du marigot de la politique après avoir géré la SNCB et affronté les tempêtes médiatiques, son enfant est vacciné contre les pires maux qui peuvent frapper notre planète-sœur.

Le couple André Gilles-Stéphane Moreau a aussi accepté d’envoyer son bébé dans les étoiles. Un lardon bien nourri par les contribuables belges, qui connaît déjà toutes les ficelles et qui a goûté à tous les câbles, devrait survivre là-haut.

Dans la foulée de sa réinstallation à la tête de la droite française, François Fillon s’est emparé du projet en annonçant que sa femme et ses enfants se réjouissent de rejoindre la nouvelle colonie, loin, très loin, le plus loin possible de la justice parisienne. Et de leurs amis politiques.

www.berenboom.com

FRANCKEN OU FRANKENSTEIN ?

Il n’a pas fini de caracoler en tête du hit parade des politiciens préférés des Belges, l’ami Théo. Qu’on soit Théophobe ou Théophile, il faut reconnaître son talent pour exprimer avec la brutalité qui sied les fantasmes d’une partie des électeurs.

Les avocats coûtent cher ? Théo va les faire payer. D’abord à l’état s’ils osent contester ses thèses devant les juridictions, ou exiger le payement des sommes à laquelle l’état est condamné par un juge fou ou socialiste wallon. Et après, qui sait, grâce à Théo, les clients récupéreront les honoraires payés à leur avocat s’ils perdent le procès qu’ils lui ont confié ou si l’avocat s’amuse à faire un recours contre les décisions qui leur ont été favorables. Et si l’avocat porte l’affaire devant la Cour européenne des Droits de l’Homme, mamma mia ! ce sera l’amende maximum !

Après, ce sera le tour des juges qui n’ont pas obéi à ses directives, aux journaux qui ont contesté sa politique, aux députés qui n’ont pas voté selon ses instructions. Les centres fermés ont un bel avenir. Voyons le côté positif de la chose. Vu le nombre de Belges qui vont y être enfermés avec eux, les étrangers vont avoir enfin une chance de s’intégrer.

Attention ! Ne pas confondre Francken et Frankenstein. La créature fabriquée par le Docteur De Wever n’a pas dérapé – pas encore. Pourrait-il, comme dans le film de James Whale, craquer devant un enfant si celui-ci le prend par la main ? Peut-être, à condition qu’il ne soit ni Rom, ni Arabe, ni malade, ni braillard et qu’il porte sur lui des papiers en règle, validés par la police des étrangers.

Les femmes du fan club à Théo ont bien compris la leçon de leur grand homme. Elles aussi ont trouvé un père Fouettard à offrir en sacrifice à la foule. La joyeuse Lisbeth Homans (dont le sourire fait pendre les lèvres plutôt que les remonter) et la redoutable Zuhal Demir (aux crocs acérés) ont décidé de s’attaquer à l’institut belge contre la discrimination, UNIA. Et à le punir pour fermer les yeux devant ceux qui discriminent la N-VA.

Pour éviter que l’institut se perde encore dans des combats sans intérêt pour la Flandre, qu’il perde son temps à dépister les actes ou les discours racistes par exemple, le mieux est de le disséquer, de le découper en morceaux. Avec le bon sens qui caractérise ces deux dames pragmatiques, elles ont imaginé que la discrimination ne se jugerait pas de la même façon à Anvers, à Molenbeek, à Furnes ou à Thuin. Il y aura donc une UNIA par commune. De quoi s’assurer que l’on cesse de chercher des poux à leurs chers électeurs lorsque, après une soirée un peu arrosée, ils se laissent aller à leur vraie nature. Qu’elles se méfient pourtant que ces mini-instituts ne finissent par s’entendre entre elles. Car, danger, l’UNIA fait la force…

www.berenboom.com