BXL DESTROY

Quand un ministre se plante, ce n’est jamais parce qu’il a fait une erreur –jamais. C’est à cause d’un défaut de communication. Ses collaborateurs ont mal expliqué son action, déformé ses propos. Dans son for intérieur, il pense surtout que les citoyens n’ont rien compris. Sont pas toujours malins, malins, les citoyens.

L’effondrement de l’économie dans le centre de Bruxelles, son image dégradée ? La capitale aussi est victime d’une mauvaise communication. La réalité est beaucoup moins noire que ne le racontent ces sacrés journalistes. Et les gens adorent gémir. De quoi se plaint-on ? Le métro ne roule plus depuis un mois en soirée alors qu’à Paris, il fonctionnait dès le lendemain des attentats ? Et alors ? Pas de métro est bon pour l’économie : cela oblige les gens à faire appel aux taxis qui justement se plaignaient de la concurrence d’Uber. Voilà la preuve qu’un secteur peut être sauvé par la crise sécuritaire. D’un mal, on fait un bien.

L’effondrement des tunnels, du viaduc ? Un autre exemple de mauvaise communication. Quel buzz aurait pu faire la région en transformant toutes ces catastrophes en opportunités, mieux en spectacles. Au lieu de décourager les automobilistes de traverser la ville et d’effrayer les touristes en jumelant Bruxelles avec Alep, un office de tourisme audacieux aurait dû fabriquer un événement : Bruxelles vous offre en direct la destruction de ses ouvrages d’art. On aurait installé des chaises devant le tunnel Stéphanie, devant Montgomery ! On attend la nuit, l’éclairage public éteint, pendant que retentit Wagner, crac, tout s’effondre ! Un show catastrophe magnifique avec son et lumières – et un peu de poussières d’amiante, sans doute mais on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs.

Les séances de la Chambre aussi auraient pu être métamorphosées en attractions, avec vente de tickets, boissons et photos dédicacés. Au lieu de cacher honteusement M. Jambon dans une petite salle de commission, il fallait l’exhiber à Forest national, organiser un face à face avec l’opposition en s’inspirant de « Règlement de comptes à OK Corral ». Avec de la poudre, de l’adrénaline, le bon, la brute et le truand.

Et Jacqueline Galant ? On avait sous la main Cat Ballou, Ma Dalton et Calamity Jane réunies et on l’a laissée partir sur la pointe de ses petits pieds ? Alors que, sur la scène, faisant face à une bande de cow-boys bien décidés à l’abattre, on aurait joué à bureaux fermés. Personne n’a pensé à ça ? C’est à s’arracher les cheveux !

La preuve une fois de plus de la place insignifiante de la culture en Belgique et du mépris dans lequel la tiennent les politiques. Alda Greoli a du pain sur la planche mais est-elle prête à mettre l’imagination au pouvoir ?

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LES FEMMES SAVENT POURQUOI

Il y a un peu plus de trente ans, Françoise Giroud disait : La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente.» Dommage que cette magnifique chroniqueuse, à la plume aiguë et piquante, ne soit plus là pour célébrer les exploits de Jacqueline Galant. Avec son talent, elle en aurait fait une véritable héroïne, la meilleure femme politique d’Europe puisque la plus maladroite.

Marguerite Duras aussi nous manque. « Coupable, forcément coupable » aurait-elle écrit pour célébrer la patronne de Jurbise et la transformer en icône. Avec elle, la mobilité n’a certes pas progressé d’un pouce mais la cause féminine, si. Faut choisir.

Le rapport parlementaire sur l’état des tunnels bruxellois conclut à la responsabilité de tous les ministres régionaux successifs, ainsi que de l’administration. Lorsque tout le monde est responsable, personne ne l’est. C’est un des trucs habituels qu’utilisent les hommes pour se tirer des flûtes. Heureusement, il y a au moins une femme dans le tas qui en profite, Brigitte Grouwels qui, question compétence, n’a rien à envier à notre spectaculaire mais ex-ministre fédérale de la mobilité. En voilà encore une qui fait sortir la cause des femmes du tunnel.

L’égalité annoncée par Françoise Giroud montre cependant ses limites avec Joëlle Milquet. Une femme dont les capacités et les compétences sont reconnues même par ses pires ennemis (et question ennemis, personne n’est plus compétente qu’elle !)

A sa place, un homme aurait-il été traité de la même façon ? Aurait-il été inculpé aussi sec pour ce genre de (mé)faits comme si aucun membre de cabinet n’a jamais participé à la campagne de son boss ? Et aurait-il été dans la foulée débarqué avec le même entrain (comme dit madame Galant) ? Il est vrai qu’en Belgique, on aime brûler ceux dont la tête dépasse. Tant pis pour les écoles et l’éducation, sans doute le secteur le plus essentiel pour changer notre société et sauver la prochaine génération. Les cahiers au feu et Joëlle au milieu !

La Belgique n’a pas la médaille en matière de féminisme politique. Demandez aux parlementaires brésiliens ce qu’ils pensent de leur présidente et si, au lieu de Dilma Rousseff, c’eût été Lula au pouvoir. Se seraient-ils dressés contre lui de la même manière, avec la même hargne et aussi rapidement ? L’élimination de Dilma se court comme le cent mètres, celle de Lula aurait au moins pris l’allure d’un marathon doublé d’une course d’obstacles et complété par une finale de triathlon.

Une fois de plus, une seule femme tire son épingle du jeu, Angela Merkel ! Elle surmonte les épreuves les plus improbables avec la grâce d’une antilope et l’intelligence d’un dauphin. Au-dessus du lot, des hommes – et des incompétentes ! Allez, Angela !

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CHAPEAU !

En quelques jours le doux mot de panama, qui évoquait poésie, élégance et exotisme est devenu l’équivalent de maudit, trompeur, sournois. Rétablissons un peu de son honneur.

Le panama est d’abord le nom d’un magnifique chapeau de paille, un élégant galurin permettant de se protéger du soleil qui, dans la région, vous frappe plus durement que le fisc.

Selon les règles du savoir-vivre, un homme ôte son chapeau en entrant chez quelqu’un. Pas le propriétaire d’un panama, qui le garde, solidement vissé sur la tête, par exemple en poussant la porte d’une banque ou d’un bureau d’avocat. Avec son beau doulos, il en impose. Il est Redford dans « Great Gatsby », Paul Newman dans « The Long hot summer ». Un banquier ou un avocat ne chipote pas face à un panama. Il s’incline. Le panama est au-dessus de la loi.

Blaise Cendrars a reconnu dans un de ses plus beaux poèmes, « Le Panama ou les Aventures de mes sept Oncles » : « C’est le krach de Panama qui fit de moi un poète ! »  et encore :

« Je n’écoute pas les journaux financiers/ Quoique les bulletins de la Bourse soient notre pain quotidien »

Car la galette à Panama, ça va et ça vient et ça flambe. C’est la loterie, la roulette. Le krach de Panama reste l’un des plus douloureuses cicatrices du capitalisme français. Comme Cendras s’en fait l’écho une dizaine d’années plus tard dans son poème, beaucoup d’investisseurs ont perdu des fortunes dans l’effondrement de la société fondée par Ferdinand de Lesseps, la Compagnie universelle du canal interocéanique. Juste revanche de l’histoire, un certain nombre de leurs descendants ont refait leur bas de laine là où leurs aïeux s’étaient plantés. Et demain, ils la perdront à leur tour car au Panama, terre de redoutables tremblements de terre, tout se détruit régulièrement. Et, entre deux catastrophes naturelles, les brigands locaux se chargent de dépouiller les voyageurs qui ont été assez inconscients pour s’aventurer dans le coin. Sur le site des Affaires étrangères, il est conseillé à ceux qui séjournent au Panama :  « En cas d’attaque, n’opposez aucune résistance et donnez tout aux voleurs » (sic).

S’il écoutait plus souvent son collègue des affaires étrangères (ex-patron du fisc), le ministre des finances se ferait peut-être un peu moins d’illusion en rêvant de ramasser des brouettes de billets auprès de Belges revenus d’Amérique centrale…

La tromperie est l’art du Panama. John Le Carré l’illustre parfaitement dans un de ses plus beaux romans « Le Tailleur de Panama » où un agent secret improvisé vend au service secret ce que celui-ci veut entendre. A Panama, tailler un costard, c’est vendre du vent, la plus grande richesse du pays. Peut-être pourrait-on s’en inspirer nous qui n’avons plus grand-chose d’autre à exporter ?

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LOIN DE LA FOULE DECHAÎNEE

Au fin fond de la Roumanie, à Iaçi, la capitale de la Moldavie roumaine, non loin de la frontière de la république de Moldavie, de quoi parle-t-on ? De Molenbeek. Que tout le monde connaît, même les serveurs dans les restaurants. Trois syllabes que l’on prononce comme Hiroshima ou Nagasaki au lendemain de la bombe.

Pourquoi accueillez-vous tant de musulmans chez vous ? demande un professeur d’université, qui enseigne la sémiologie. Va-t-il disséquer avec ses étudiants les mots Molenbeek et musulmans ?

De la Russie, dont on parlait il y a quelques mois encore d’une voix tremblante, lorsqu’elle avait envahi la Crimée sans coup férir puis mis une autre partie de l’Ukraine à feu et à sang, sans que les Européens ne réagissent autrement que par quelques mesures de blocus économique, on ne parle plus. Poutine continue à faire peur bien sûr et la frontière russe est plus près de Iaçi que le cœur de Molenbeek mais c’est notre pauvre commune bruxelloise qui concentre désormais toutes les angoisses. Il est vrai que si l’on peut comprendre, expliquer pourquoi la Russie s’est jetée à l’assaut de l’Ukraine, qui peut expliquer ou comprendre la folie meurtrière de Bruxelles et auparavant, de Paris, Madrid, Londres ou Tunis ?

De quoi les Belges sont-ils le nom ? semblent se demander les habitants de Iaçi.

Une ville dont la moitié de la population a disparu pendant la guerre, pogroms et épuration ethnique, et qui se refait une beauté monumentale aux marches de l’Europe, dont elle lève bien haut le drapeau. Ici, on croise des intellectuels avides de culture européenne et les dîners se transforment en cafés littéraires de haut niveau.

Dans le magnifique piétonnier, bordé de monastères orthodoxes, des prêtres se promènent en dévorant leurs sandwiches. Les popes croquent leur casse-croûte cru. Des enfants roms vendent à la sauvette des bouquets d’hyacinthes avant de se faire chasser par un commerçant au sang chaud. De vieux trams brinquebalant parcourent les rues en grinçant comme un écho d’une vieille Europe disparue. Est-ce une autre Europe qui va disparaître à son tour après les attentats déments de Bruxelles ?

Bruxelles, un nom qui n’a pas de chance, décidément. On le prononçait jusqu’il y a peu pour dénoncer les institutions européennes, tout ce qui bloque et qui coince dans l’Union. Bruxelles a décidé, Bruxelles a interdit, vitupéraient les hommes politiques qui n’avaient pas le courage d’assumer leurs responsabilités. Et maintenant, il symbolise un lieu de terreur incompréhensible. Nous ne connaîtrons pas le sort de Bruxelles promettent-ils à leurs électeurs.

Du vent tout ça ! Il serait temps que Bruxelles réapparaisse comme elle est vraiment, le doux nom d’une ville cosmopolite, accueillante, cultivée, ouverte.

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CRIS ET CHUCHOTEMENTS

Après l’explosion, le pire est le silence. Le silence, c’est le néant. Il faut refuser le silence, ne pas le laisser s’installer de peur qu’il nous étouffe comme dans un linceul. Maintenant, nous avons besoin de bruit, de musique, de paroles. Du doux murmure des baisers, des mots d’amour, du froissement coquin des tissus. Pas d’invectiver, d’asséner, de sermonner. Non. Mettons-nous à chuchoter, susurrer, gazouiller, caresser, et rire. Surtout rire. Le rire est le propre de l’homme. De l’homme civilisé. L’antidote de la barbarie. Rester debout, droit, face au vandale et ne se plier que pour rire.

« Je jouissais de ce rire comme un chien à qui l’on a donné des coups mais qui reçoit maintenant des caresses » (Joyce Carol Oates), ce qui n’est pas sans rappeler « Je me hâte de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais).

Du bruit comme s’il en pleuvait, s’il vous plaît ! Il faut chanter, se parler, dans toutes les langues de la terre, parler avec les mains et les yeux, se faire du pied (mais doucement, j’ai de nouvelles chaussures !) Mais il faut arrêter de parler de mort, de deuil. Le deuil sied à Electre, pas à Manneken Pis !

Vous allez voir de quoi on est capable, en Belgique, quand on nous bouscule. On va même cesser de se disputer – un court moment- et se parler entre nous, comme si on était enfin tous bilingues, multilingues et cosmopolites et qu’on avait des choses à se dire et surtout à accepter d’entendre. On va débattre ce qui signifie que, pour une fois, on va se mettre à écouter les autres. Bon, après, bien sûr, on reprendra nos habitudes comme un cheval finit toujours par retourner à son écurie même si son maître le maltraite. Mais, autant profiter de ce court moment sans obscénités, sans diktats, sans injures. Un entracte où on n’entendra plus des politiciens qui n’ont rien compris à la démocratie nous asséner leurs petites phrases mortifères genre « Mon cœur saigne » ou  « Je pense qu’il n’y a pas de minorité francophone en Flandre, il y a des immigrants qui doivent s’adapter. On demande cela à des Marocains, des Turcs. On ne leur dit pas: ‘Vous êtes nombreux, donc l’arabe va devenir une langue officielle. » On oubliera aussi « Quand les dégoûtés s’en vont, restent les dégoûtants ». Les auteurs de ces « bons mots » sont un Wallon, un Flamand, un Bruxellois.

Je vous parie qu’on va dialoguer, échanger des mots, des feintes, des vannes, réagir par des sourires. On va se sentir complices, se rendre compte que, on avait failli l’oublier, on est drôlement proches les uns des autres, on aime la même confiture, on partage la même mayonnaise sur les frites, on a la même opinion du Standard, les mêmes préjugés à l’égard du fisc, des flics et des fonctionnaires. La même ironie vis-à-vis des Français et des Hollandais. Et de nous-mêmes. La preuve que nous ne sommes pas seulement un pays; nous sommes aussi une nation. Pas seulement dans la dérision. Mais aussi dans le dérisoire.

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VOUS AVEZ DIT : MODERE ?

En 2003, la plupart des observateurs ont célébré l’arrivée au pouvoir de M. Erdogan à la tête de la Turquie. Enfin, un islamiste modéré, sorti des urnes, un exemple pour les autres pays musulmans, à peu près tous empêtrés dans des dictatures plus ou moins cruelles. Un modèle conciliant une foi tolérante, démocratie et modernisme. Treize ans plus tard, qu’est devenu le vizir modéré ? Il bafoue les droits fondamentaux, son armée continue à occuper un état souverain, Chypre. Il tient des discours choquants sur le rôle et la place des femmes dans la société, discrimine et massacre allègrement sa population kurde et il vend aux Européens les réfugiés syriens coincés sur son sol comme des marchandises proches de la date de péremption.

A l’époque, M. Erdogan appelait son voisin syrien, M. Assad, «  mon petit frère ». C’aurait dû nous donner la puce à l’oreille. Il est vrai que le fils cadet de Hafez el Assad venait d’être consacré président, après la mort de son père, par un référendum qui se voulait démocratique.

Encore un modéré au Moyen Orient ! s’écriaient joyeusement les observateurs juste parce que Bachar avait fréquenté les écoles laïques de Damas et une université à Londres où il avait rencontré sa future épouse, qui travaillait à la City.

Dans l’un de ses romans, Nelson De Mille fait dire à son héros qu’un islamiste modéré est un islamiste qui s’aperçoit que son arme est vide et qu’il n’a plus de munitions. Cette réplique est peut-être moins provocante qu’il ne paraissait…

Depuis ces pauvres « printemps arabes », où sont passés ces fameux dirigeants modérés ? Ces hommes et femmes prêts à ce « nouveau départ » annoncé dans son discours du Caire en 2009 par le président Obama et célébré deux ans plus tard par les manifestants de la place Tahir. Après, il y a eu l’arrivée au pouvoir après des élections libres des Frères musulmans, puis la reprise en mains de l’empire des pharaons par le général Sissi. Tous des modérés…

Les élections libres ne suffisent pas à fabriquer des dirigeants modérés. Encore faut-il s’entendre sur le sens du mot. Certains disent du premier ministre israélien, M. Netanyahou, que, comparé à plusieurs de ses ministres, il est un modéré. Même dans cette démocratie, où les partis au pouvoir se succèdent à la suite de véritables élections libres, le « modéré » est aussi à géométrie variable.

Y aurait-il une espèce de malédiction régionale qui donne à cet adjectif un sens aussi relatif – et aussi ironique ? L’influence d’un soleil trop brûlant ? Des terres trop abreuvées de dieux, de croyances, d’imprécations ?

Quelques signes inquiétants montrent qu’avec le réchauffement climatique, l’Europe est gagné par cette malédiction. La réaction de beaucoup de nos politiciens face à l’accueil des réfugiés syriens, blessés, dépouillés, permet de se demander où sont nos modérés ?

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CROISE

Les Français ont inventé le chassé-croisé des vacances. Pendant que les juilletistes bronzés remontent du sud, pare-chocs contre pare-chocs, les aoûtiens couleur cachet d’aspirine descendent du nord, pare-chocs contre pare-chocs.

Ce système a inspiré les Turcs qui viennent de proposer à l’Union européenne de l’adapter aux réfugiés syriens et irakiens. Un million d’hommes, de femmes et d’enfants seront ramenés de Grèce ou des Balkans vers l’accueillante terre des pachas, croisant au passage un million d’hommes, de femmes et d’enfants en route vers la Grèce, qui à leur tour, quelques semaines plus tard, seront renvoyés vers les plages ottomanes et ainsi de suite. Dans un carrousel perpétuel jusqu’à la fin de la guerre de Syrie, la destruction de Daesh ou la mort des réfugiés. Je vous laisse choisir laquelle de ces échéances sera atteinte la première…

On évitera d’ironiser sur le terme « croisés » appliqué ici aux habitants d’une région qui fut le cœur de l’empire musulman à l’époque des conquêtes chrétiennes. On saluera plutôt le remarquable sens des affaires du grand vizir Erdogan qui a fait fort question prix du transport et du séjour des occupants du carrousel.

Comme il est en position de monopole, personne ne lui opposera les prix de la concurrence, surtout pas les Européens qui ont pourtant fait de cette règle la pierre angulaire de la construction de l’Union. Six milliards d’euros, annoncent les Turcs, qui se gardent bien d’ajouter qu’une fois ce chèque encaissé, la note va encore s’alourdir avec les suppléments (et le pourboire).

Pour faire circuler tous ces passagers, il faut des autobus. Varan, Kamilkoc, toutes les compagnies turques  sont à votre disposition. Des avions aussi grâce à Turkish airlines. Et des bateaux. Seul point positif de l’opération : c’est le contribuable européen qui payera les passeurs et plus les pauvres réfugiés, ce qui est moralement beaucoup plus sain.

Les Turcs exigeront qu’on leur construise des routes pour faire passer l’énorme convoi d’autobus chargé d’assurer cette noria. Des ponts sur le Bosphore (évitons les tunnels). On y ajoutera un peu d’argent pour le développement d’aéroports et l’élargissement de tous les ports turcs de la Méditerranée.

Sans oublier l’érection de milliers de salles d’attente où les réfugiés fraîchement arrivés de Grèce attendront le bus, le bateau ou l’avion qui devra les ramener d’où ils sont partis.

Tout ça a un prix, que les Européens, si prompts à dénoncer les dérapages budgétaires des états membres, sont prêts à payer les yeux fermés aux Turcs.

Qu’ils se rappellent pourtant de ce vieux proverbe ottoman : « Ne croyez pas qu’en laissant vos cheveux chez le coiffeur, vous l’avez payé. »

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ANGELA SUPER NANA

Trump-pettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées… chantait Brassens.

Au train où ça va, les Etats-Unis auront pour 45 ème président un dirigeant du troisième type, quelque part entre l’ancien président iranien Ahmadinejad pour les discours et Kim-Yong-un pour l’originalité de la coiffure. A ce propos, plusieurs observateurs ont comparé la bizarre implantation des cheveux de Donald Trump à la queue d’une loutre. Ce n’est pas mal vu et moins médisant qu’on ne pourrait le croire. En effet, les loutres, qui ont largement disparu du continent, ne survivent en masse qu’en Hongrie. Dont le président, Viktor Orban semble inspirer l’idéologie du candidat républicain. De là, à faire un lien entre les deux hommes, par loutre interposée, il n’y a qu’un pas de polka.

La période décidément est aux grandes gueules. Ce qui laisse plus de chances qu’on ne croit au retour de Nicolas Sarkozy. Du moins s’il revient à sa vraie nature, mélange explosif de kärcher et de « casse-toi, pauv’ con ! » Et qu’il laisse tomber sa bête tentative de contrition esquissée dans son dernier livre. Le modèle repentance était à la mode il y a quelques années. C’est fini, vieillot, obsolète. Un homme politique qui annonce que son cœur saigne est mort.

Aujourd’hui, il faut rester de marbre, ne rien regretter, afficher un cœur sec.

La charge horrible des policiers contre les migrants à Calais, voilà une belle façon de faire remonter la cote de Hollande. Surtout qu’il a pris la précaution de ne pas venir sur place. Dès qu’il apparaît, l’orage éclate. Or, la pluie aurait immédiatement éteint les incendies des cabanons, ce qui aurait donné l’exécrable image d’un président sentimental.

L’homme politique moderne, c’est aussi Poutine. Un exemple pour les politiciens en mal de modèle. Une petite faim ? Il avale la Crimée. Pour montrer ses biscottos, il envoie ses troupes en Géorgie et en Ukraine. Et l’artillerie lourde à Damas pour s’assurer que le chaos continue au Moyen Orient.

Copiant son grand voisin du Nord, le président turc Erdogan s’est lancé à l’assaut des Kurdes, les plus farouches opposants du bourreau syrien et des monstres de Daesh, tout en étouffant les libertés dans son pays. Depuis, il est devenu le plus courtisé des copains de l’Union européenne. Allez comprendre pourquoi l’Europe a mal à ses articulations…

Mais, tout n’est pas perdu, puisque les femmes existent. Même en politique, il ne reste qu’elles pour sauver l’honneur et nous protéger de la barbarie. En ce bientôt 8 mars, journée internationale de la femme, tressons donc une couronne de lauriers à Dame Angela, une improbable physicienne est-allemande, qui a rappelé à l’Europe occidentale qu’il existe d’autres valeurs que la testostérone…

Comment dit-on en allemand : Allez les filles ?

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VLAAMSE KUS

Sur la photo officielle, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’Onu affiche un rictus crispé et Pierre Nkurunziza, le président burundais, réélu pour un troisième mandat contesté, une belle montre en or avec un bracelet du même métal.

A voir la grosse pogne qu’il a posée sur le bras du chétif Coréen, celui-ci n’est pas près de piquer la montre du président.

Pas non plus en état de s’occuper de l’état des tunnels bruxellois, qui ressemblent de plus en plus à ceux de Oms et d’Alep en Syrie. Est-ce de la part des patrons de la capitale de l’Europe un signe de sympathie envers les braves Syriens qui ont eu la bonne idée de rester dans leurs villes en ruines au lieu de venir en mini-trip comme tant de leurs compatriotes à Knokke-le Zoute-Guantanamo ? Peut-être n’ont-ils tout simplement pas décodé le message d’accueil que leur ont lancé les édiles de la vlaamse kust (à ne pas confondre avec le vlaamse kus, pas op !), les maïeurs de Coxyde et de Knokke ou le gouverneur de la province, des hommes qui, à coup sûr, portent eux aussi à leur poignet une belle montre en or qu’ils ont peur de se faire voler.

A force de les entendre se répandre dans les medias à propos de l’arrivée des réfugiés en Flandre, qu’il ne s’étonne pas que ceux-ci aient fini par regarder sur internet à quoi ressemble cette région si accueillante et qu’ils aient été tentés de quitter leurs gourbis pourris pour pointer le nez du côté du Zwin. Comparez le charme respectif de Calais et du Zoute. Il n’y a pas photo. La jungle face à la place m’as-tu-vu, qui hésiterait ?

En matière d’habitat, le Pas-de-Calais leur propose quelques mètres carrés dans des containers, genre flats dans les stations de ski françaises, alors que la Compagnie du Zoute, propriété du bourgmestre et de sa famille, offre des milliers d’appartements dans les innombrables  buildings, qui ont poussé comme des champignons à la place des bêtes villas qui décoraient le front de mer ou des espaces verts qui rendaient le paysage si monotone. Notons au passage que, face au comte Lippens, qui doit en être à son vingtième mandat, le président Nkurunziza n’est qu’un naïf débutant.

Dans le cerveau dudit Lippens a donc germé une idée lumineuse, qui lui a peut-être été soufflée par son ami Donald Trump, un autre champion mêlant politique, déclarations à l’emporte-pièce et immobilier : pourquoi ne pas transporter le camp de Guantanamo dans sa commune ? D’une pierre deux coups. Les Etats-Unis se débarrassent des encombrants terroristes qui y survivent encore et la Belgique y fourre les immigrés qui ont voulu visiter la St Trop’ du Nord, la ville la moins taxée du pays. Une attraction de plus pour les touristes, qui compensera l’absence de jardin zoologique.

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CRIME ET BONIMENTS

Depuis longtemps, le hors-la-loi est une vedette littéraire qui fait saliver le lecteur. Du formidable Comte de Monte-Cristo de Dumas au désespéré Raskolnikov, l’assassin absurde de « Crime et Châtiment » de Dostoïevski, jusqu’au pathétique Joseph K, accusé et victime du « Procès » de Kafka pour citer trois icônes.

La vogue actuelle (plutôt glauque, mais chacun son goût) des serial killers montre que le genre est loin d’avoir épuisé les fans, au contraire.

Mais, mieux encore que l’assassin sorti de l’imagination d’un romancier, le succès et la fortune récompensent aussi la véritable fripouille lorsqu’elle prend la plume, en sortant de prison. Au dix-neuvième siècle déjà, Vidocq (condamné au bagne avant de devenir le patron de la Sûreté française) s’est rempli les poches en publiant ses mémoires (que plusieurs romanciers ont pillées sans vergogne : Balzac pour son personnage de Vautrin, Hugo pour tracer les traits de Javert, Gaston Leroux pour créer Chéri-Bibi).

Plus près de nous, Albertine Sarazin ou Henri Charrière, dit Papillon, ont fait fortune avec leurs souvenirs de taulard. Sans oublier Caryl Chessman, dont la publication triomphale de trois (beaux) livres écrits dans le couloir de la mort a retardé, mais de quelques années seulement, l’exécution de la peine de mort à laquelle il a été condamné dans un procès contesté.

Beaucoup d’autres bagnards avant eux avaient fait recette : Marco Polo, Casanova, Cervantès. Auxquels on peut ajouter ceux qui ont raconté leur monstrueuse captivité, survivants miraculeux de la machine destructrice de Staline (comme Soljenitsyne ou Evguénia Guinzbourg), des nazis (comme Primo Levi ou Jorge Semprun) ou échappés de la relégation par d’autres dictateurs (comme Carlo Levi, auteur de ce merveilleux « Le Christ s’est arrêté à Eboli »).

Une nouvelle victime de la répression policière vient rejoindre cette cohorte prestigieuse, Nicolas Sarkozy, dont « l’œuvre » a grimpé en-tête du hit-parade en France dès sa sortie de presse. Grâce à une nouvelle mise en examen, la justice française lui a donné un sérieux coup de main juste au moment où il risquait de connaître un certain essoufflement, comme beaucoup de livres dont on connaît l’intrigue, où on n’explique pas qui a tué qui et dont l’épilogue est un bête un happy end.

L’écrivain le plus lu de la semaine ne participera pas à la Foire du Livre de Bruxelles. Ouf ! Il laissera toute la place à une kyrielle d’autres auteurs, bien plus intéressants, y compris des écrivains de polars, des vrais. On y rencontrera aussi le magnifique Richard Ford, l’un des plus merveilleux auteurs américains actuels, dont l’œuvre est à la fois profonde et poignante.

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écrivain, chroniqueur, romancier