CLONER CLOONEY

Il n’y aura plus un seul demandeur d’asile en Belgique. Telle est la redoutable promesse faite à ses électeurs par Théo Francken, le secrétaire d’Etat à l’Asile. Et que fera-t-il alors que son job ne servira plus à rien ? Fera-t-il la file au CPAS ou réclamera-t-il le poste de premier ministre ?

Au passage, on se dit que si les élections deviennent le concours de « Qui c’est qui est le plus ignoble ? » la démocratie a intérêt à se réinventer et d’urgence.

Pour justifier son credo, Francken a trouvé un exemple à l’étranger, en Australie. A suivre ce « modèle », les grilles dorées de notre beau royaume seront fermées devant la foule des citoyens du monde – sauf quelques Chrétiens persécutés.

Qu’il songe cependant, avant de copier les kangourous pour mettre les électeurs dans sa poche, que les Australiens ont aussi inventé le boomerang…

Avec l’ami Théo, c’est toujours avis de tempête.

Plus d’étrangers chez nous, assure-t-il, c’est autant d’économies. Accueil, soins de santé, assistants sociaux, fonctionnaires, flics. C’est fou ce que ça coûte, mine de rien, un malheureux qui débarque dans la capitale de l’Europe.

En oubliant ce que ça rapporte une fois que, sa situation légalisée, il se met à travailler, cotiser, dépenser, payer des impôts. Et remplir les boulots de ce vieux pays à la pension…

Car, comment il va faire Théo pour remplacer ceux qui s’en vont ?

S’il ne veut pas d’étrangers, il devra se rabattre sur le modèle Dolly (du nom de cette brebis anglaise, le premier mammifère cloné) qu’il pourra aussi appeler, le modèle Zhong-Zhong & Hua-Hua, les deux singes clonés récemment par des savants chinois. L’ombre de Fu Manchu plane sur la patrie de Magritte…

Le clonage, voilà la seule solution pour lutter à la fois contre le vieillissement de la population et l’invasion des étrangers.

Mais à qui ressembleront ces clones de demain ? Au secrétaire d’Etat lui-même ? Vous imaginez un employeur obligé d’engager mille sosies de la star de Lubbeek. Et comment s’y retrouver s’ils ont la même tête et qu’ils portent le même nom ? Dans la salle de réunion, trente Théo identiques autour de la table. Même Charles Michel risque d’y perdre enfin la raison…

On pourrait évidemment multiplier les visages, fabriquer aussi des centaines de Liesbeth Homans pour assurer l’égalité entre hommes et femmes. Quelques Bart De Wever, dont on pourra varier les formats, selon que l’on aime sa silhouette ancienne ou actuelle, XXL ou S.

Mais le modèle Dolly présente aussi le danger de lasser les électeurs confrontés éternellement aux mêmes têtes surmultipliées.

Pour varier, faudra alors cloner George Clooney, Obama ou Michael Jordan.

Démonstration est faite : on n’en sort pas. On finira toujours par accueillir les étrangers …

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MICHAEL L’ESPIEGLE

Dans une belle lettre d’adieu à son coéquipier Michael Goolaerts, le triple champion du monde de cyclo-cross Wout Van Aert écrit qu’il ne faudra jamais oublier Michael, ce gars espiègle avec son éternel sourire.

Espiègle ? Quel bel adjectif ! Tellement plus émouvant et déchirant que « castar » ou « forçat de la route ». Espiègle, c’est ainsi que Charles De Coster appelait son héros Thyl Uylenspiegel.

Thyl de Flandre, qui se jouait des occupants, ridiculisait les puissants et mettait les rieurs dans sa poche. Une belle façon de se souvenir du tout jeune champion belge, mort sur le bord de la route de Paris-Roubaix, pavée de mauvaises intentions le week-end dernier. On aurait tant aimé voir Michael faire des pieds de nez à tous les dikkenek du peloton et afficher son sourire solaire.

On n’oublie jamais les champions qui nous ont fait rêver, décoller, battre le cœur dans notre jeunesse. Pour moi, les envolées de Merckx, la grâce d’Ocana. Mais je me souviens surtout de quelques fous guidon, des fantaisistes qui étaient pourtant de grands champions. Tel Roger Hassendorfer, dit « Hassen le Magnifique », maillot jaune occasionnel du Tour de France mais surtout boute-en-train extravagant du peloton des années cinquante, un personnage qu’adorait Antoine Blondin. Et son collègue, Abdelkader Zaaf, qui fonctionnait au gros rouge qui tache au point de repartir après un arrêt café en sens contraire. Et, comment oublier notre délirant Michel Pollentier (surnommé Cuisse de Mouche), vainqueur du tour d’Italie (et disqualifié du tour de France) qui zigzaguait tellement sur le macadam qu’il donnait l’impression de parcourir deux fois la route de chaque course ?

Le vélo, c’est un intrigant mélange de farces et de drames. Le plus dur, ce sont ces champions ailés, foudroyés en plein vol.  Lorsque le spectacle redevient humain, terriblement humain, il offre une tel contraste avec ces courses où tout paraît huilé.

La mort de Stan Ockers, quand j’étais enfant, tombé brutalement sur la piste du Palais des Sports d’Anvers. Ou celle de notre tout jeune champion du monde Jean-Pierre Monseré, percuté par une voiture en plein effort.

Dimanche dernier, on ne pouvait qu’admirer l’exploit de Sagan, vainqueur dans le stade vélodrome de Roubaix. Mais, si choquant, d’entendre dans la bande son, l’annonce brutale que le cœur de Michael Goolaerts s’est arrêté de battre pendant qu’il pédalait.

Nul doute que Michael parcourt maintenant à toute pompe la voie lactée, qui a une sacrée plus belle gueule que les Champs-Elysées. Regardez bien le ciel et vous le verrez remonter une à une toutes les étoiles de la galaxie avant d’exploser en mille fois plus de couleurs que n’en compte le maillot du champion de monde.

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ANVERS ET CONTRE TOUT

Anvers est loin de Vérone. Sous le balcon de Juliette, l’histoire d’amour était dramatique mais simple. Dans la métropole pluvieuse, la tragédie a tourné au Grand-Guignol. La Belgique est une terre de marionnettes.

Il l’aime. Elle l’aime. Mais leurs parents ne sont pas d’accord. Un homme et une femme ? Shakespeare revu par Lelouch ? Pitié ! C’est trop banal pour l’é-lecteur blasé du vingt et unième siècle. Alors, on va pimenter l’intrigue. Cette fois, ils sont trois à s’aimer. Deux hommes et une femme. Et en cachette.

D’abord, il y a Wouter, le kabouter vert. C’est lui qui a déclaré sa flamme au grand Tom, le rouge, l’homme des docks, le remake de Marlon Brando dans « Sur les Quais ».

Depuis leur coup de foudre, Wouter et Tom se voient dans les bistrots du port. Loin des regards du roi Bart et de ses sbires, croient-ils. Ils se partagent déjà les perles de la couronne pour le jour prochain où ce sont eux qui deviendront roi et reine de la cité après avoir coupé la main de Bart et l’avoir lancée de l’autre côté de l’Escaut.

Les Groen de Wouter se frottent les mains. Ils n’ont jamais connu les ors des palais. Les Rouges sont tout excités à l’idée de retrouver leur gloire ancienne car, depuis qu’ils l’ont perdue, beaucoup d’eau est passée sous les ponts, emportant tout ce que leur famille avait accumulé.

Mais ils ne se sont pas assez méfiés du redoutable monarque qui, grâce à ses espions, sait tout des ambitions du kabouter et du docker. C’est un malin, un sournois. Un manœuvrier qui connaît Shakespeare. Il a lu « Richard II » et « Roméo et Juliette » et il va leur faire un pot-pourri (très pourri) des deux.

Bart 1er a une fille, la belle Liesbeth, aux cheveux de Lys. C’est la chérie de son cœur. Pour la garder auprès de lui, il a écarté tous les prétendants. Mais la politique a des raisons que le cœur ne connaît pas. Alors, il lui murmure à l’oreille : Liesbeth, choeke lieve, j’ai été trop dur avec toi. Trop égoïste. J’ai dit non à tous les amoureux que tu m’as présentés. Tu sa le droit d’être heureuse. Va voir le beau Tom. Je sais que tu l’aimes. (Par la femme de chambre de Liesbeth qui lui raconte tout, il sait que sa fifille a les yeux collés sur l’écran à chaque apparition de Tom et qu’elle est verte de jalousie depuis que son Marlon Brando fait les yeux doux à Wouter).

« C’est vrai, Poupa ? »

« Nihil obstat, choeke lieve ».

Alors, Liesbeth tisse rapidement sa toile et crac, le grand Tom tombe dans ses bras.

Comme prévu, dès qu’il a connaissance de l’idylle, Wouter s’écrie : « Mon gendre, tout est rompu ! » (c’est du Labiche, mais c’est bien aussi). Et il déchire le contrat de mariage avec Tom.

Adieu veau, vache, cochon, couvée et hôtel de ville d’Anvers.

Le forfait accompli, Liesbeth retourne chez son poupa. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup de petits électeurs…

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LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS

Il y a près de mille kilomètres entre Beijing et Pyongyang à vol d’oiseau mais comme les volatiles risquent leur vie dans ce ciel tourmenté, traversé de missiles, mieux vaut faire le chemin par la terre ferme (ce qui allonge la route de deux ou trois cent kilomètres).

C’est le train qu’a choisi le président Kim-Yong-un pour rejoindre la capitale chinoise. Question empreinte carbone, c’est mieux que l’avion. Quoique. Les déplacements des tyrans coréens successifs ont en effet toujours été spectaculaires : un train devant pour vérifier l’état de la voie et l’absence d’explosifs, un train derrière avec des militaires au cas où et même des mini-hélicoptères et des véhicules blindés planqués dans la vingtaine de wagons du train présidentiel. On n’est jamais assez prudent quand on embarque dans un tortillard.

Le grand-père du p’tit Kim, grand amateur de films américains, préparait lui-même la sécurité de ses voyages ferroviaires en repassant en boucles les nombreuses scènes d’attaques de trains de l’histoire du cinéma.

Où le président chinois Xi Jinping, récemment réélu jusqu’à ce que mort s’ensuive, a-t-il emmené son délicieux protégé pour le convaincre de se montrer dans l’avenir bien plus obéissant ? Lui a-t-il fait visiter les sous-sols de la Cité Interdite où Kimeke finira ses jours s’il s’entête à jouer au petit chimiste ?

On ne sait pas non plus où se tiendra la rencontre du plus allumé des Kim avec le plus dément des Trump.

Pour créer un climat propice à un accord entre les deux puissances nucléaires, on ne saurait trop leur conseiller une promenade dans un parc d’attraction. Par exemple une plongée à deux dans le terrifiant Train de la Mine à Disneyland ou une virée dans le Train fantôme de la baraque des Horreurs de Joyland (le parc d’attraction qui donne son nom au joyeux roman de Stephen King).

En hurlant de terreur, leurs grosses cuisses serrées les unes contre les autres, ils seront mûrs, s’ils en sortent vivants, pour signer n’importe quoi surtout si le papier leur est présenté par un mort-vivant.

Après une barbe-à-papa, pour se remettre de ses émotions, le jeune Kim sera prêt à reprendre son train et la planète son train-train. Pensant que le pire est derrière lui. Erreur, s’il se souvient du cinoche de papy, c’est l’attente du convoi qui se révèle en fin de compte le moment le plus angoissant de tout le voyage.

L’attente du 3h10 pour Yuma, le décompte des heures lorsque Gary Cooper guette le train qui sifflera trois fois, l’affrontement sur les quais entre Kirk Douglas et Anthony Quinn dans le Dernier Train de Gunhill.

L’occasion peut-être pour la SNCB de proposer ses services. Installés dans un de nos trains, Trump et Kim-Yong-un sont assurés de ne pas être au bout de leurs surprises.

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LES OISEAUX S’ENTETENT

Le dernier rhinocéros mâle de l’espèce des rhinos blancs du Nord vient de disparaître dans la réserve d’Ol Pejeta au Kenya après une longue maladie.

Certains pourraient se dire que l’événement est de peu d’importance face au génocide rwandais qui s’est déroulé non loin de là – le temps que nous détournions les yeux -, ou des massacres qui se poursuivent en direct en Syrie, au Yemen et dans plein d’autres coins de la planète.

Mais toutes ces tragédies ne nous empêchent pas de nous arrêter, émus, bouleversés, par la disparition du dernier mammifère d’une espèce vivante.

Une espèce massacrée tout le siècle dernier par les braconniers et les chasseurs, qui vendaient sa corne comme un piment aphrodisiaque à des crétins en quête de virilité. Exemple des méfaits dévastateurs à la fois des fake news et des obsessions sexuelles.

Pendant ce temps, l’homo sapiens se montre impuissant à régler des bêtes problèmes quotidiens et à empêcher la fin d’une espèce animale alors que nos connaissances scientifiques nous permettent de nous promener dans l’espace, de discerner la poussière dégagée par le Big Bang il y a quatorze milliards d’années et de photographier ou presque des braves gens buvant une petite mousse sur le bord de mer d’une des planètes du système Trappist à 39 années-lumière de la Terre.

On ne peut s’empêcher de remonter à ce jour de moins 33.000 avant notre ère, un lundi je crois, vers 12 h 45, où un de nos ancêtres, qui se dirigeaient vers sa grotte pour casser la croûte avec madame et les enfants, a croisé sur les bords du chemin, le dernier Neandertal, à qui il a refusé un petit morceau de dinosaure en grommelant: « Rentre dans ton bled, étranger ! » Quelques heures plus tard, sortant d’une petite sieste, il a aperçu le corps sans vie de l’ultime représentant de son espèce.

A propos de dinosaures, autre info alarmante de la semaine, la disparition des oiseaux, après celle annoncée des abeilles.

Plusieurs institutions scientifiques françaises ont sonné l’alarme après avoir observé une « véritable catastrophe écologique », la disparition d’un tiers de la population des oiseaux en quinze ans.

Dans « Le Secret de la Licorne », un homme qui vient de se faire abattre rue de Labrador a tout juste le temps de montrer à Tintin trois moineaux en train de picorer, désignant ainsi son assassin. Cette scène appartient au passé : qui peut se vanter d’avoir vu un seul moineau à Bruxelles ?

Pour échapper à l’effacement, jadis, les dinosaures sont devenus oiseaux. En quelle espèce vont-ils se transformer cette fois ? Appel à l’imagination !

Ps : pour ceux qui frissonnent à l’idée des derniers moments de la race humaine, lisez ou relisez ce magnifique classique de Richard Matheson « Je suis une légende » (Folio).

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J’Y SUIS, J’Y RESTE

Il y a quelques jours, la presse burundaise, connue pour la qualité de ses scoops, nous annonçait que le président mal élu Pierre Nkurunziza avait été désigné « Guide suprême éternel », ce qui laissait penser que ledit Pierre allait prolonger son règne jusqu’à ce qu’on en glisse une sur son tombeau. Une annonce faite, étrange coïncidence, au moment même où le parlement chinois confiait au président Xi Jinping les pleins pouvoirs jusqu’à la Saint Glinglin.

Hélas, il a fallu déchanter. Les journalistes burundais ne sont plus ce qu’ils étaient. La queue entre les jambes, ils ont dû corriger l’info : le président Nkurunziza ne sera élevé qu’au rang de « Visionnaire ». Ce qui change tout. Au lieu de dormir sur son trône jusqu’à la fin des temps, il est chargé de scruter dans le marc de café le nom de ses successeurs.

Peu de risques que pareille mésaventure arrive en Chine où les journalistes qui ont livré une info approximative sont rarement en mesure de la corriger.

Le voisin russe se prépare lui aussi à embaumer vivant son Guide suprême, qui a déjà fêté sa réélection en buvant une tasse de poison avec un de ses anciens agents venu s’installer en Angleterre. La vodka n’a pas réussi à faire passer la pilule. Poutine, lui, est mithridatisé. Pour éviter tout risque, il évite d’ailleurs l’alcool en société. Le résultat –connu d’avance- des élections russes ne plaide pas pour la qualité de la vodka ingurgitée par les électeurs depuis que sa fabrication échappe aux jolies kolkhoziennes du temps des Soviets.

En Occident, on gouverne toujours à l’ancienne. Avec des campagnes électorales interminables, des dimanches perdus à faire la queue devant des bureaux de vote dans lesquels il n’y a même pas moyen de boire une petite mousse (les électeurs savent pourquoi). Jadis, nos bonnes manières politiques ne posaient pas de problèmes : Berlusconi et avant lui la démocratie chrétienne étaient élus automatiquement en Italie comme les sociaux chrétiens et les socialistes chez nous. Mais, depuis quelque temps, la machine s’est enrayée. Les électeurs, pris de folie, se mettent à désigner des inconnus sortis de nulle part, des populistes et des néo-fascistes qui passeront quelques années comme députés à se faire entretenir avec l’argent des contribuables.

Il n’est pas utopique d’imaginer que, arrivé au terme de son trop court mandat, le président Trump ne trouve un amusant prétexte pour prolonger son séjour à la Maison Blanche de façon suprême et éternelle, guerre avec la Corée ou l’Iran ou le Burundi, suspension du réseau Twitter ou mort de son perruquier, toutes bonnes raison qui justifieront la suspension du processus électoral au nom de la défense nationale.

Poutine et Xi Jinping seront ravis. Plus on est de fous, plus on s’amuse entre vieux dictateurs.

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TOUCHE PAS A MA MERE !

Cela avait commencé par la disparition des vacances de Pâques et de Noël, devenues dans les actes officiels, vacances de printemps et d’hiver. Même la semaine de Carnaval avait été transformée en un fade « congé de détente » ! Il parait que changer la dénomination des fêtes chrétiennes allait favoriser l’intégration. On a vu. On aurait mieux fait de toutes les baptiser vacances de carnaval…

Mais on ne savait pas que le pire allait nous tomber sur la tête : la suppression de la Fête des Mères.

Là, je dis : Stop ! Non ! Vous ne toucherez pas à ma mère ! A Pâques et à Noël, si vous voulez ! A l’ascension et à l’assomption, pourquoi pas ? Mais à ma mère ? Jamais !

C’est une question de survie. On dit que quand Dieu est surchargé, il demande aux mères de faire le reste du job à Sa place. D’accord, elle n’y arrive pas toujours. La Syrie, les réfugiés, les terroristes, l’installation d’un hangar géant à Dour. Ce ne sont pas des réussites. Mais qui vous a dit que tout ça était sur le quota de ma mère ? C’est peut-être bien Dieu qui s’était réservé cette partie du boulot. C’est même certainement Lui à voir l’importance des dégâts.

Le plus grand drame à la maison c’était le dimanche où ma mère laissait brûler le gâteau aux fruits qu’elle avait amoureusement mis au four pour ma visite hebdomadaire. Les jours de catastrophe, elle jetait le tout à la poubelle, parfois avec le moule, sans me laisser savourer l’un ou l’autre morceau intact, ouvrait la fenêtre et passait des heures à nettoyer vigoureusement le four avec des produits toxiques pour le punir de lui avoir gâché le week-end. Voilà le pire méfait dont elle peut être accusée.

Et ne me cassez pas les pieds avec vos considérations politiquement correctes genre : familles éclatées, couple de deux papas, de deux mamans, etc.

Chacun a une mère, qui a mis sa vie en danger pour vous mettre au monde, vous sauver des méchants, vous transmettre son histoire, vous en inventer d’autres, question d’éviter que vous ne deveniez un petit salopard. Ce n’est pas toujours réussi mais ce n’est pas faute pour elle d’avoir essayé et sacrifié des mois, des années qu’elle aurait pu consacrer à sa propre vie. Elle vous a défendu, sortant ses griffes au besoin, aussi sauvagement que les trois mères des enfants de Johnny, trois beaux exemples.

Et tout ça ne mérite pas une fête une fois par an ? Les Nations Unies fêtent annuellement une journée des fonctionnaires disparus (je vous l’assure, c’est le 25 mars), la « vie sauvage », la « gastronomie durable » (rien à voir avec la cuisine de ma mère). Elles ont même proclamé une journée mondiale des astéroïdes. Mais la fête des mères, non ?

Honte à ceux qui ont osé toucher à la fête des mères. On espère que leurs mamans les priveront de desserts jusqu’à la fin de leur vie !

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NOUS NOUS SOMMES TANT AIMES

La comédie italienne a disparu dans l’incendie du Cinema Paradiso, le beau film de G. Tornatore. Mais le cinéma italien était déjà moribond depuis plusieurs années.

Depuis que Silvio Berlusconi était devenu le plus important producteur privé de cinéma, les principaux auteurs, Fellini, Visconti, étaient partis sur la pointe des pieds en même temps que les maîtres de la comédie italienne, entraînant avec eux leurs merveilleux comédiens, Gassman, Sordi, Mastroianni, Manfredi.

Seul ou presque, Nanni Moretti a encore réussi à lancer quelques dernières fusées de détresse. L’une des plus éblouissantes, « Le Caïman » étant justement un portrait sarcastique et désespéré du bonhomme Berlusconi.

L’Italie qui se présente aux élections ce dimanche est à l’image de la décadence de son septième art qui avait été si fécond et merveilleux depuis la fin de la guerre.

Ce sont quelques-unes des plus belles images du cinéma transalpin qui nous reviennent en contemplant l’état de l’Italie et la binette de ses politiciens comme si le mal dont souffre le pays était déjà en germe depuis le début de la république.

L’électeur qui ne sait plus à quel saint se vouer, ressemble aux personnages de « la Dolce Vita » de Fellini, errant sans but, avec la gueule de bois, prêts à se jeter dans la première Fontaine de Trevi pour y retrouver Anita Ekberg et ses paillettes mais irréelle et illusoire.

« Affreux, sales et méchants », la comédie grinçante d’Ettore Scola, semble parfaitement définir la politique italienne en 2018, un bidonville habité par des hâbleurs, type Vittorio Gassman et des vendeurs de vent et d’illusions à la Alberto Sordi. Tandis que dans l’ombre de Berlusconi et de ses inquiétants alliés de la Liga, se glissent les post-fascistes des Fratelli d’Italia.

Privés de leur meilleur cinéma, les Italiens ont oublié à quoi ressemblaient les grotesques mais sinistres marionnettes qui ont conduit Mussolini au pouvoir et maintenu le régime fasciste pendant plus de vingt ans. Que la Rai reprogramme vite « La Marche sur Rome » de Dino Risi, les fascistes version grotesque et « Le Conformiste » de B. Bertolucci version dramatique et glaçante.

Il est vrai que les Italiens ont l’idéologie à géométrie variable. Ils circulent de l’une à l’autre  avec la même facilité que le personnage incarné par Sordi dans « L’art de se débrouiller » de L. Zampa, tour à tour socialiste, fasciste, communiste puis démo-chrétien et parfois le tout en même temps.

Mais la plupart d’entre eux ne sont pas cyniques et ils gardent au fond d’eux le rêve d’une société meilleure et le goût de la civilisation comme le racontait avec tant de nostalgie « Nous nous sommes tant aimés », le chef d’œuvre d’E. Scola. A revoir toutes affaires cessantes avant de regarder les résultats sortis de l’urne.

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écrivain, chroniqueur, romancier