JURASSIC PARK BELGIUM
Samedi 10 mai 2008,
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chronique
Le débat qui fait rage entre Dieu et Darwin (duquel de ces deux vieux barbus descendons-nous ?) vient de prendre un nouveau tournant avec cette découverte récente : le poulet descend du T-Rex. Accompagné de compote, le poulet nous permet chaque dimanche de nous convaincre que la Belgique de jadis existe encore. Cessons donc de nous moquer de ce ridicule volatile. Il est l’enfant du plus terrible monstre de l’histoire. Les monstres aussi ont terminé petits…
Alors, imaginez à quoi ressemblait notre ancêtre ? Si le chétif et minuscule mammifère que nous sommes descend, comme le poulet, d’une grosse bêbête de jadis, qui est notre redoutable aïeul ?
Rassurons nos frères en religion, ce n’est sans doute pas le singe qui leur fait si peur. Les plus grands d’entre eux ne sont pas de taille à se prétendre nos géniteurs, sauf le yeti. Mais, comme l’abominable homme des neiges n’existe que dans Tintin, c’est encore raté. Alors où est notre papa-maman ? Dinosaure, baleine, pieuvre géante, mamouth, Big Mac ? On n’a que l’embarras du choix.
Certains savants formulent une hypothèse troublante : l’homme ne descendrait pas d’une seule créature mais il serait le résultat d’un mélange hybride. Chacun de nous aurait pour ancêtre un monstre différent. Cette découverte séduisante expliquerait certains des traits caractéristiques de notre espèce qui nous distinguent des autres créatures vivantes : notre incroyable énergie à nous détruire, notre absence de tout sens du ridicule, notre manie de faire une montagne de questions ridicules, notre goût pervers pour le mal, notre incapacité à scinder l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde sans déclencher en même temps une guerre atomique, notre soif de voter une règle et d’en appliquer aussitôt une autre.
Imaginons (simple hypothèse de travail) que les francophones descendent du dinosaure et les Flamands du monstre du Loch Ness (qui a aussi transmis le gène de l’indépendance aux Ecossais), il paraît logique que celui-ci veut avaler celui-là et que celui-là passe son temps à essayer de piétiner celui-ci. Comme on le voit, les choses, vues ainsi, deviennent aussitôt beaucoup plus lumineuses : l’article 107 quater, la sonnette d’alarme, la circulaire Peeters, la langue de bois.
Reste à se demander de quel animal préhistorique descendent Yves Leterme, Bart de Wever, Didier Reynders, Herman Van Rompuy, Elio di Rupo et Joëlle Milquet. Et à quoi ressembleront leurs descendants dans quelques millions d’années. Ce sera pour une de nos prochaines causeries.

Alain Berenboom
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RENCONTRES AVEC A. BERENBOOM
Jeudi 08 mai 2008,
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autour de son polar “PERILS EN CE ROYAUME”
une enquête de Michel Van Loo, détective

mardi 13 mai Ă  18 h. 30

LA LICORNE
656 chaussĂ©e d’Alesemberg- Uccle
té.: 02 344 98 32

entrée libre

le mercerdi 18 juin Ă  18 h.
Ă  la Maison des Ecrivains-Camille Lemmonier
chaussée de Wavre 150
1050 bxl

&

alain berenboom
signera ses livres au Salon des Ecrivains
le lundi 12 mai (lundi de PentecĂ´te)

Heysel-Palais 10
de 14 Ă  18 h.

alain berenboom en radio

La Librairie francophone dimanche 11 mai
sur RTBF Ă  12 h. et sur France Inter Ă  17 h.
et ensuite en podcast sur le site de France Inter

Kriss Crumble:
en podcast sur le site de France Inter jusqu’au 10 mai.

Sur la RTBF le mercredi 21 mai de 13 h 30 Ă  14 h.



LE MAI DE PIERRE BEREGOVOY
Samedi 03 mai 2008,
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chronique
Le suicide il y a quinze ans de Pierre Bérégovoy est passé plus inaperçu que la célébration des anciens combattants de mai 68 et la vague de nostalgie autour de l’expo 58. Evidemment, entre les images-icônes du Paris des sixties et le graphisme trendy de l’expo, entre Daniel Cohn-Bendit et le style Franquin, Bérégovoy n’a aucune chance. Avec son air de chien battu à grosses lunettes, le physique triste d’un papy rondouillard que François Hollande aura dans quelques années si Ségolène Royal revient lui mijoter quelques plats du terroir et l’air empesé d’un ancien cheminot rhabillé par Armani et qui culpabilise.
Le seul mot célèbre dont on se souvent à son propos n’est pas de lui mais de François Mitterrand. Prononçant son éloge funèbre, il dénonce « les chiens » lâchés contre lui, les média accusés de sa mort. Mitterrand a toujours dissimulé l’essentiel. Et refusé de s’interroger sur le cortège de morts et de suicides dans son sillage et sa propre fascination pour le morbide. Ce suicide serait une réaction de découragement face à la presse qui avait déterré le prêt avantageux consenti à l’ancien premier ministre par un industriel proche du pouvoir (mort brutalement, lui aussi).
Le fait que P.B. se soit suicidé le 1er mai aurait pu suggérer une autre piste : une façon d’enterrer une vie de militant, de sonner l’hallali d’une certaine idée du combat socialiste, de dénoncer l’échec d’une vie, d’éclabousser de noir le jour symbole des luttes ouvrières. Et de marquer spectaculairement la fin des idéologies – nous sommes en 1993.
Ouvrier devenu collaborateur de Pierre Mendès France, il se mit au service de Mitterrand quand celui-ci s’empara du PS. Lorsque la gauche arrive au pouvoir en 1981, il accède aux plus hautes fonctions. Qu’espère-t-il alors ? Après une longue attente, mettre en œuvre les idées généreuses de toute une vie. Or, après quelques mois d’euphorie brouillonne, lorsque Mitterrand sonne la fin de la récréation, qu’il remet la gauche au placard pour appliquer une politique de rigueur, lorsque enfin le président fait appel à lui, c’est pour procéder au grand nettoyage et passer aux choses sérieuses.
Avec son verbe ennuyeux, son sérieux pesant, P.B. n’est pas une figure très emballante ! On préfère l’image libertaire de ces belles jeunes filles qui battent le pavé de Paris. Mais sous son apparence de notaire, cet ouvrier devenu premier ministre qui finit par se tirer une balle dans la tête représente la vraie gauche à l’ancienne qui a changé le vingtième siècle, celle des premiers mai euphoriques et fraternels, des pique-niques de 1936, des gueules noires et des sidérurgistes au coude à coude pour arracher un mieux vivre, le vote et l’école pour tous.

Alain Berenboom
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HISTOIRE DE SOLITUDE
Samedi 26 avril 2008,
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chronique
L’autre jour, j’ai été le témoin d’un spectacle navrant : un policier motocycliste obligé d’affronter seul une automobiliste garée en double file.
Gonflé comme Bibendum, avec son harnachement de cuir aussi pesant qu’une armure, des bottes trop grandes pour lui, ses micros et oreillettes qui semblaient l’étouffer, on aurait dit une mouette sur une plage de Bretagne après le naufrage d’un pétrolier, John Wayne se traînant dans le désert sous un soleil de plomb, sa selle sur l’épaule après avoir dû abandonner son cheval, di Ripo sortant d’un face-à-face avec Philippe Moureaux dans son corral de Molenbeek.
Je tournai la tête à la recherche de son compère. Rien. Horizon vide. Même pas un releveur d’horodateur ou un garde forestier, enfin, un être humain, je veux dire un homme en uniforme. Mon policier était désespérément seul, lâché par son co-équipier. Du moins je le suppose. On m’a toujours appris que le motard fédéral circule en couple. C’est à deux qu’ils verbalisent, tempêtent, ricanent et remettent virilement le citoyen dans le droit chemin. Seul, il n’existe pas. Ils ont besoin d’être en duo comme des jumeaux nés attachés, les gaufres de Siska et la crème fraîche, Michel Daerden et sa bouteille, la Flandre et la Wallonie, le bien et le mal.
Et si c’était moi qui me trompait ? Moi qui, une fois de plus, avais raté la marche de l’histoire ? Si l’on avait décidé en haut lieu de supprimer ce dernier signe de notre civilisation ? Le duo de flics aurait-il été emporté par le vent de réformes qui a déjà balayé tout le reste, au nom de la rigueur budgétaire, de la modernisation ou de quelque obscure directive européenne ? Comme pour préparer la population à l’inévitable effondrement.
L’homme – privé de son double, je ne parviens pas à l’appeler le policier – s’approcha doucement de la dame. Comme le feu passait au vert, celle-ci démarra sans un regard. Et lui resta là, son petit carnet à la main, les bras ballants, son équipement sophistiqué dérisoirement inutile.
Lorsque Quick et Flupke faisaient une bêtise, l’agent 15 empoignait son sifflet et ameutait ses collègues. Ce temps-là est fini. Encombré comme il l’était, mon pandore aurait mis une demi-heure avant d’atteindre son sifflet au fond d’une de ses poches. Et qui aurait bougé ? La sirène d’une voiture que l’on vole n’intéresse plus personne. A l’heure où la police elle-même déconseille d’appeler le numéro d’appel unique car la transmission du message à la brigade locale est trop compliquée et que les policiers s’enferment dans certains commissariats de peur de se faire agresser, qu’aurait provoqué un misérable coup de sifflet d’un pandore égaré ? Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé…

Alain Berenboom
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Venez écouter Alain Berenboom
Dimanche 20 avril 2008,
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A la librairie Chapitre XII
dialogue avec Rudy Aernoudts

Alain BERENBOOM et Rudy AERNOUDT
comparereont leurs visions de de Bruxelles
Ă  la Librairie Chapitre XII
12, avenue des Klauwaerts Ă  Ixelles (Ă©tangs d’Ixelles, près de la place Flagey)

le mardi 29 avril Ă  18 h 30
avec Monique Toussaint.

“Bruxelles, la bien aimĂ©e ! Bruxelles, la mal aimĂ©e ! D’un cĂ´tĂ©, Alain Berenboom, de l’autre Rudy Aernoudt, flamand Ă©conomiste, philosophe, plein d’humour et de pertinence”



TRAMONTO DI ROMA
Samedi 19 avril 2008,
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chronique
La réélection du Cavaliere à la tête de l’Italie réjouira tous ceux qui, comme nous, aiment goûter aux délices sans cesse renouvelés du fédéralisme de désunion à la belge. Sorti comme un diable de sa boîte de la grande coalition de S. Berlusconi, le principal vainqueur des élections italiennes est en effet Umberto Bossi, le patron de la Ligue du Nord. Bossi a dû être fabriqué par un savant fou d’origine belge qui avait en magasin les gènes de Bart De Wever pour l’arrogance, de Filip De Winter pour le programme et de Michel Daerden pour le populisme. Ce Frankensteineke a mélangé le tout qu’il a saupoudré de peperone, le légume qui rend fou.
Pour situer le personnage Bossi, alors ministre, il a proposé de canonner en mer les embarcations des immigrants et des trafiquants. Peu après, une maladie l’a plongé dans un coma dont il n’a émergé que près d’un an plus tard. Sa promenade sur les rives du Styx l’a rendu plus dément que jamais. Célèbre aussi pour son programme sécessionniste, il a imaginé détacher de l’Italie le nord et ses hommes aux « valeurs civiques » en créant une république de Padanie, se réclamant de façon fantaisiste d’une vague origine celte. Amoureux des péplums en carton-pâte fabriqués à Cinecitta, il a descendu le grand fleuve à la tête d’une procession d’illuminés en chemises vertes. Arrivé à Venise, là où le Pô se jette dans la mer, Bossi, tel un moine sur les bords du Gange, a cérémonieusement versé dans la lagune un récipient contenant de l’eau pris à la source du fleuve.
Les immigrĂ©s ne sont pas les seules tĂŞtes de Turcs de la Ligue. Son autre ennemi est Rome dont Bossi annonce « il tramonto » (le crĂ©puscule) : « Notre première initiative, promet-il, sera le fĂ©dĂ©ralisme fiscal. Il est impensable que tout l’argent (du nord) atterrisse toujours Ă  Rome. »
Le retour de Bossi et de sa clique au pouvoir fait naître un grand espoir pour les chômeurs wallons et pour certains hommes politiques de chez nous, que leur grand chef de parti a mis sur le bord de la route. Un boulot de consultant les attend à Milan. Fort de son succès, Bossi veut réviser sans attendre la tuyauterie institutionnelle italienne. Sur la question, nos spécialistes sont imbattables et sans concurrents dans le monde. Grâce à eux, Bossi pourra développer un projet aussi farfelu que le nôtre : communes à facilités dans le sud pour les Pépées (Purs Padaniens), règles particulières pour le survol à basse altitude des villes non padaniennes par Alitalia, transfert des ordures de Naples au Congo belge, etc.
Des Wallons en Padanie ? Juste retour de nos travailleurs pour libérer un pays qui, il y a soixante ans, nous a permis de développer le nôtre.

Alain Berenboom
www.berenboom.com