BOUSSOLE

Le prix Nobel de médecine a été attribué à un trio de profs de neurosciences. Ces chercheurs, dont une femme norvégienne (non ! pas suédoise !) et son mari ont découvert qu’au fond de notre cerveau se cachait un super petit GPS.

Cette information me laisse perplexe, moi qui ne suis jamais parvenu à me diriger sans faire mille détours et qui me plante en essayant d’aller de la gare de Schaerbeek à la gare du Nord (évidemment, il y a beaucoup de travaux sans parler des sens uniques). Dois-je en conclure que je ne fais pas tout à fait partie de la race humaine ?

S’il faut choisir le critère du GPS pour distinguer l’homme de la bête, les soldats du califat islamiste sont manifestement plus humains que moi car eux, ils savent où ils vont et ne se laissent pas détourner le moins du monde par les petites bombes et autres artifices que tout le monde (sauf les Turcs) y compris nos braves trouffions leur balancent du ciel. Il faut dire que celui qui programme la boussole des djihadistes vit bien au-dessus des avions et des satellites.

Et Charles Michel ? La nature l’a-t-elle doté de ce fameux GPS interne ?

Oublions que le GPS a été mis au point et continue d’être aux mains du Pentagone. Qu’une Suédoise belge, même pas blonde, soit programmée depuis Washington, cela paraît peu probable.

En revanche, pareil système intégré au fin fond du ciboulot peut se révéler drôlement utile en cas de co-voiturage, une pratique qui a certainement les faveurs d’un habitant comme lui du Brabant wallon obligé de « navetter » tous les jours vers la capitale.

Placé au volant pour une longue route – du moins, on l’espère pour lui-, en compagnie de passagers un peu agités et qui parlent les uns sur les autres et sans sous-titres, Charles Michel va devoir faire la preuve des capacités de son cerveau maintenant qu’il est face à un test grandeur nature. Ou il parvient à se jouer des tournants (bochten), des dos d’âne et autres gendarmes couchés (verkere drempels), des détours (omleiding) et des virages en épingle à cheveu (U-bocht) sans compter les voies barrées (opgelt ! werken !) surtout la nuit par des opposants prêts à tout pour lui mettre des bâtons dans les roues, voire à lui crever les pneus, ou il est comme moi : il fonce droit dans le mur même quand l’obstacle devant lui est gros comme un Bart De Wever cuvée 2010.

Le problème du co-voiturage, tous les spécialistes vous le diront, n’est pas de choisir la bonne route. Le vrai défi est de décider dans quel ordre on va déposer les passagers et quel détour on va prendre pour que chacun arrive à bon port sans perdre trop de temps. Or, avec un GPS, programmé pour ne jamais indiquer la gauche, M. Michel risque de finir par tourner en rond.

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RUMEURS

Quelle est la différence entre info et rumeur ? Depuis que l’instantané est devenu la règle dans toutes les rédactions, communiquer une nouvelle complète, décortiquée et vérifiée ne peut résulter que d’un heureux hasard. L’œil rivé à Twitter et la souris à l’assaut des pages Facebook, le journaliste doit saisir à la seconde où un petit plaisantin l’aura posté le scoop qui lui permettra de boucler sa journée. Peu importe que le lendemain, le tuyau s’avère crevé. Tout le monde l’aura oublié. Mais lui, il aura connu son bref moment de gloire.

« Cécilia, si tu reviens, j’annule tout ! » Qu’est devenu le folliculaire qui a balancé ce faux SMS ? Rédacteur en chef ? Directeur de comm’ ? Porte-parole d’un ministre ?

La confidence de la semaine en France, c’est que Jacques Chirac (comme Brigitte Bardot, il paraît qu’il bouge encore, mais ce n’est peut-être qu’une rumeur) aurait glissé à l’oreille d’un de ses derniers intimes, qui s’est empressé de le répéter à un de ses amis du « Figaro », qu’il soutenait Alain Juppé dans son combat pour recoller la droite. Quand on se souvient, que Chirac avait soutenu François Hollande lors de la dernière présidentielle, à la place de Juppé, je renoncerais immédiatement à la vie politique.

Faute de détails sur les projets que nous prépare notre futur gouvernement, la rumeur est devenue chez nous une véritable épidémie. Syndicats, policiers, chercheurs manifestent déjà contre des mesures que personne ne connaît. Prêts à descendre dans la rue pour s’opposer à des lois qui n’ont pas été votées et dont le texte n’existe même pas au brouillon. A des décisions qui n’ont pas été prises mais dont quelqu’un a murmuré que, selon un bruit de couloir, le conseiller d’un éventuel futur ministre y songerait.

Dire que le nouveau gouvernement n’est pas encore formé, et qu’il ne le sera peut-être jamais. Le voilà déjà paralysé par la levée de boucliers de tous ceux qui savent mieux que lui ce qu’il va décider.

Et si c’était les négociateurs eux-mêmes qui lâchaient ces faux scoops ? Façon de faire descendre les opposants dans la rue tant que Di Rupo est toujours aux affaires. Ainsi, ils auront brûlé toutes leurs cartouches lorsque ces mesures entreront vraiment en application.

La rumeur court aussi sur le casting de nos nouveaux chefs. Privé de sa garde prétorienne, partie combattre Satan, Pieter De Crem aura du mal à forcer les portes du gouvernement. Certains parient que le CD&V pourrait ressortir Dehaene & Martens mais une autre rumeur prétend qu’ils sont morts. Allez savoir !

Le plus étonnant bobard qui circule ces jours-ci est le nom du futur premier ministre. Imaginez-vous que des blagueurs prétendent que Charles Michel serait en tête de liste. Ce qu’on essaye de nous faire avaler, tout de même !

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FIGARO SI, FIGARO LA

Plutôt que vous faire décerveler par Nikos Aliagas ou Papy Sebastien, lisez ou relisez « Le Mariage de Figaro ». Ecrite quinze ans avant la décapitation de Louis XVI, la pièce de Beaumarchais reste incroyablement drôle et enlevée. Certaines de ses répliques trouvent un étrange écho ces jours-ci.

« Ce n’est rien d’entreprendre une chose dangereuse, mais d’échapper au péril en la menant à bien. »

J’espère que Pieter De Crem s’en est souvenu avant de faire décoller nos F 16. Et surtout Barack Obama en lançant ses boys à l’assaut du califat auto-proclamé du Levant. Si le papa de son prédécesseur, G.W. Bush, avait pris la peine de lire à son cher petit George W. la pièce de Beaumarchais avant de s’endormir, on n’en serait sans doute pas là. Hélas, ledit papa s’occupait déjà de l’Iraq plutôt que de livres…

Une autre réplique célèbre de Figaro résonne d’une inquiétante actualité :

« Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. »

La situation de la planète oblige tout le monde, nous dit-on, à serrer les rangs et les dents – et pas seulement les fesses. Face aux redoutables ennemis qui nous guettent, barbus enragés, financiers sans scrupules, guerres, crise économique et sociale, finances publiques en débâcle, toute critique, toute opposition, toute réserve est qualifiée de trahison, coup de poignard dans le dos. Il faut cependant rappeler que c’est aussi « la pensée unique », il y a quelques années, qui nous a conduits au bord du gouffre. Il est facile d’affirmer aujourd’hui que ce sont ceux d’hier qui ont eu tort mais que répondaient-ils, eux, quand on osait les critiquer ? Taisez-vous, serrez les rangs et laissez faire les militaires.

Difficile ces jours-ci d’avoir un point de vue critique, simplement nuancé. Et pourtant, le doute, l’esprit critique, n’est-ce pas justement ce qui nous distingue de tous ceux ces mecs pétris de certitudes qui nous entraînent on ne sait où mais certainement pas ni vers la Riviera.

Il nous reste les bons livres pour nous rappeler les mille couleurs de la vie – les mauvais se contentent des nuances du gris. C’est justement le propos de « A la proue » (CFC éditions) qui dit avec passion, émotion et humour l’importance du livre, sa place dans l’Histoire et dans notre histoire. Le livre dérange (même celui qui ne lit pas), griffe et séduit. Le livre, amant et ennemi. Le texte est de Pierre Mertens et les photos de Muriel Claude. Pieter De Crem ferait bien de le lire, toutes affaires cessantes. Il en sortirait différent…

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L’EUROPE DANS TOUS SES ETATS

Depuis des semaines, la planète occidentale n’a parlé que de ça. Que se passerait-il si l’Ecosse se séparait du Royaume Uni ? Oubliant presque que, pendant ce temps, une partie de l’Ukraine a quitté l’amère patrie pour plus grand et plus riche et que l’Iraq s’en va en morceaux comme jadis la Yougoslavie. Et d’agiter avec effroi la menace d’une sécession de la Catalogne, de la Padanie, de la Corse du nord, de la Corse du sud, voire des Cornouailles. Sans oublier bien sûr la Flandre.

Jadis, on avait des idées plus souples. Les modifications de frontières ou d’états, les changements d’étiquettes sur les cartes du monde, n’étaient pas considérés comme des tremblements de terre magnitude 9,5 sur l’échelle de Richter.

Lorsqu’il perdit son trône de Pologne, le pauvre roi Stanislas Leszczyński, errant et sans le sou, se vit offrir le duché de Lorraine par le roi de France – son gendre – avec l’accord des autres puissances européennes. Pour consoler l’ex-duc de Lorraine de la perte de ses terres, il reçut en lot de consolation le duché de Toscane. Vous auriez refusé d’abandonner Florange pour Florence?

L’opération était subtile. Louis XV n’attribua le duché de Lorraine à Stanislas qu’en viager. Ce qui lui permit de le récupérer à sa mort et de l’ajouter à son propre domaine.

Avec la mode de la démocratie, les rois n’ont plus la même marge de manœuvre. On imagine mal la reine Elisabeth II laisser la couronne d’Ecosse à son fils, pour le faire patienter en attendant la fin de son interminable règne. Ou le roi Philippe proposer à Bart De Wever, qui a si peu de goût pour la rue de la Loi, de lui confier un marquisat viager à Anvers. L’idée ne devrait pourtant pas être abandonnée. Il suffit de lui donner un coup de neuf.

Jadis, quand on ne savait plus comme se débarrasser d’un politicien, on le nommait, selon sa cote à l’Argus, député ou commissaire européen. On a vu le résultat. Leurs rôles sont mal définis, tout le monde se mélange les pinceaux et il n’en sort rien car ces fonctions ne représentent rien, ni personne. En revanche, si on découpait l’Europe en mille et un duchés, leurs dirigeants pourraient exercer utilement leur pouvoir sur ce bout de territoire. Sans créer ni jalousie ni crise de nerfs puisque l’existence de ces mini-états serait limitée à celle du mandat de leurs chefs.

Ce système permettrait aussi de recaser quelques gueules cassées. Melchior Wathelet jr à la tête d’un comté de Verviers-Tongres, loin de tout aéroport. Voisin d’un archiduché de Frise orientale où on aurait fait atterrir François Hollande. Il a déjà le nom, les bottes en caoutchouc et le nez qui coule. Il suffit d’un peu d’imagination pour remettre l’Europe sur les rails …

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SAPIENS SAPIENS

Jadis, on pensait que le rire est le propre de l’homme. Depuis, des scientifiques fort sérieux ont découvert que la plupart des animaux se marrent beaucoup plus que nous. Que nos amis les bêtes nous pardonnent de ne pas partager leur hilarité. On n’a plus vraiment la tête à rire ces temps-ci.

Comme nous sommes très attachés à notre titre de roi de la planète Terre, nous avons cherché d’autres explications à la supériorité de l’homo sapiens sapiens. Hélas, deux informations récentes mettent à mal une fois de plus notre statut de race élue élue.

Des chercheurs ont découvert que certains animaux parvenaient à fabriquer des outils aussi bien que nous et surtout à transmettre cet art et le maniement des ustensiles à leurs congénères et descendants sans intervention humaine. Pour les petits curieux, je précise que ces observations ont été faites d’abord sur une espèce particulière de perroquet, les cacatoès de Goffin, qui vivent en Indonésie. Mais aussi sur des corbeaux de Nouvelle Calédonie et des pinsons-pics –les bien nommés.

Le perroquet ne se contente donc pas de répéter toutes les conneries proférées par son maître (« Caramba, encore raté ! Grrrros plein de soupe ! ») Voilà qu’il se met à imiter ce que nous faisons de plus stupide, travailler.

Ce ne sont donc plus seulement les êtres humains qui pourront fièrement afficher sur leur devanture leur nom suivi de celui de leurs enfants mâles pour prouver la pérennité de leur commerce (Lagardère & Fils, Tobback & Fils, Michel & Fils) mais aussi les perroquets. Cacatoès Goffin & Fils. Corbeau & Renard & Fils. Sacré coup à notre orgueil, non ?

L’autre coup au moral nous est venu du Rocher de Gibraltar.

Sur la paroi d’une grotte –que bizarrement personne n’avait explorée auparavant- on a repéré un étrange dessin, des formes abstraites tracées au grattoir par un homme de Neandertal.

Comment être sûr que ce ne sont pas les restes du tag d’un voyou du coin ? Les scientifiques sont formels (dans ce cas…) C’est ce stupide primate sans menton, cette barrique poilue, la souche ratée de notre belle race, abandonnée par Dieu quand il a vu son erreur et qu’il a corrigée en nous fabriquant à son image, qui est l’auteur de ce dessin. Que représente-t-il ? Une espèce d’auto-portrait façon Mondrian ? Une quête de l’absolu, une angoisse du vide, comme on l’a dit des abstraits du siècle dernier ? Plutôt qu’une bête exposition de mammouths comme le dessinaient les enfants de ses collègues sapiens à Lascaux ? Quand on voit les prix qu’atteignent aujourd’hui n’importe quel œuvre de Rothko ou de Pollock, on peut affirmer que cet artiste brute de Gibraltar a intérêt à revenir. Il pourra s’offrir une grotte cinq étoiles.

Qui prétendra encore que le plus sapiens, c’est nous ?

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HOLIDAY ON ICE

De l’été 2014, on ne gardera que des images apocalyptiques, la guerre en Ukraine, le vol MH 17 abattu par les Russes ou leurs compères, le chaos au Moyen Orient, la barbarie des idolâtres autoproclamés d’Allah en Iraq, en n’oubliant pas au passage les massacres en Syrie, au Soudan, en Centrafrique et tutti quanti, le tout nappé d’une bonne couche de virus Ebola. Quel été, mes amis, quel été ! Et dire que, pendant ce temps, la principale préoccupation de nos chefs, durant des nuits entières de caucus, était de départager Marianne Thyssen et Didier Reynders pour le poste de commissaire européen chargé d’on ne savait trop quoi et peu importe.

Mais, un conflit chasse l’autre et les barbaries finissent par se confondre. Les événements les plus atroces sont rarement ceux qui surnagent dans nos souvenirs. Avec le temps, je parie que l’image qui restera de l’été 14, c’est l’ice bucket challenge, cette épidémie qui conduit des gens qu’on croyait sains et normaux à se verser un grand seau d’eau glacé sur le crâne pour éviter de donner des sous aux œuvres qui luttent contre la maladie de Charcot. On se demande qui sont vraiment les malades atteints de dégénérescence ?

Mais, je m’emballe alors que l’idée est peut-être plus subtile qu’il n’y paraît et même qu’elle pourrait inspirer nos politiques. Au bout d’interminables heures de discussions stériles, qui pourrait reprocher à Kris Peeters de vider un grand seau d’eau glacé sur la tête de Charles Michel ? Et l’idole des Bleus n’a-t-elle pas eu la même tentation en apprenant que Di Rupo lui avait piqué les copains et copines du CDH et même ses anciens affidés du FDF pour fabriquer dans son dos des gouvernements régionaux et communautaires sans lui, déjà armés pour lui faire la guerre ? Une bonne couche de glace sur la gueule, c’est drôlement plus relaxant qu’éructer contre les importuns dans les micros de la RTBF. Rien ne vaut un peu de glace pour réchauffer l’atmosphère.

De plus, l’ice bucket challenge a pour motivation d’économiser de l’argent. Ce qui est aussi la principale préoccupation de la nouvelle coalition. Plutôt que de discutailler pendant des semaines pour savoir si on va prendre les citoyens à la gorge avec de nouvelles taxes ou avec une réduction des services sociaux, le nouveau gouvernement pourrait proposer un choix simple à chacun : payer un supplément d’impôt chaque année ou accepter de se faire filmer en public pendant que le contrôleur des contributions vous renverse un grand seau d’eau glacé sur la figure. Avec le risque évidemment, vu les restrictions annoncées du budget de la sécurité sociale, que les frais pour soigner votre pneumonie ne vous soient plus remboursés. On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs.

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LE BON, LA BRUTE, ET LE TRUAND

 

Vous vous souvenez d’Eli Wallach ? C’était lui le Truand dans le célèbre film de Sergio Leone. A 98 ans, il vient de quitter Hollywood pour Dieu sait où, nous laissant seuls avec le Bon, Clint Eastwood, lonesome cowboy, toujours vaillant. La Brute (Lee Van Cleef) avait déjà disparu.

Des trois, c’était évidemment le Truand le plus intéressant. Le bon et la brute, faits d’une pièce, étaient plutôt ennuyeux. Faux derche, pervers malsain, burlesque, attachant et effrayant à la fois, Eli Wallach avait composé un de ces personnages hénaurme, à la Falstaff, qui illuminent l’imaginaire.

Juste le genre de type que le shérif Philippe devrait sortir de son chapeau. Le démineur idéal dans le paysage ravagé de la politique belge, ce village western où des deux côtés de la rue, chacun tire plus vite que son ombre. Mais trouver un acteur de cette trempe, un tel tempérament, c’est rare, très rare.

Dans le rôle du bon et de la brute, le choix est facile. Bart De Wever et Benoît Lutgen sont tout désignés. D’autant qu’ils peuvent jouer indifféremment l’un ou l’autre rôle, et même les deux à la fois. En Bébé Cadum ou en Joë Dalton, Bart et Benoît n’ont guère de rivaux. Mais pour tenir le premier rôle, les prétendants ne se bousculent pas. Il faut bien plus de caractère, de folie, de sournoiserie graveleuse. Être capable de jouer le roi et son fou en même temps. Seul le Truand est fait pour l’emploi de Premier, personne d’autre. Il n’y a que lui pour tenir la baraque ensemble alors que la tempête arrache toit et châssis, pour empêcher la diligence de verser pendant l’attaque des Indiens tandis que les chevaux foncent, le mors aux dents. Pour présider tranquillement le saloon au milieu des bagarres, faire le coup de feu final et enlever la belle serveuse. Qui d’autre peut promettre aux uns et aux autres la même chose et son contraire ? S’enivrer à mort tout en jurant sur les cendres de sa mère qu’il n’a jamais touché une goutte d’alcool ? Le tout sous les applaudissements du public.

Pour incarner un tel personnage, Benoît n’a pas le coffre et Bart pas assez de folie.

Elio alors ou Charles Michel ? Le problème de ce casting c’est qu’on ne voit Elio que dans le rôle du roi et Charles dans celui du fou. Ni l’un ni l’autre ne sont capables d’interpréter les deux rôles en même temps, condition essentielle pour incarner un parfait Truand. Wouter Beke est assez lisse pour se glisser dans la peau du bon, Kriss Peeters assez faux derche pour être une brute tout à fait crédible. Peter De Crem parfait dans le rôle du cadavre, tombé par hasard sous le tir croisé des deux autres. Mais un truand, non. Aucun d’eux n’a le coffre.

Une femme alors dans le rôle de Calamity Jane ? Pourquoi pas ? Saloon Belgium recherche femme désespérément.

 

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LES DIABLES PRESQU’ A POINT

Fallait-il vraiment annoncer la réforme des pensions juste au moment où les Diables rouges entamaient leur coupe du monde  ? Et l’on s’étonne qu’ils aient paru si déconcentrés lors de leur premier match contre l’Algérie  ?
Avec le nouveau et diabolique système à points, que recevront les pauvres Diables à l’heure de la retraite  ? Un point égale une année. Si un fonctionnaire des postes (ça existe encore  ?) peut espérer rester quarante ans au moins à son poste, si un dentiste peut arracher des dents jusqu’à la fin de sa vie, même placé dans une seniorie, pour un sportif, calculer sa retraite par rapport au nombre d’années d’activités, c’est le condamner à vivre ses dernières années comme un SDF. Vous rendez-vous compte du choc dans les vestiaires juste avant de descendre sur le terrain quand Marc Wilmots leur a lu le rapport des experts  ?
Puisque je ne suis pas le seul à protester contre ces propositions, profitons du débat que le parlement tout frais va entamer dès qu’on aura eu l’idée de le réunir pour sophistiquer le système.
Si le mécanisme des points est confirmé, pourquoi le lier seulement au nombre d’années de boulot  ? De l’imagination, que diable  ! La valeur du point devrait être fonction du travail exercé par le pensionné. Pour un footballeur, elle serait calculée, par exemple, sur base du nombre de goals marqués dans sa carrière  ; pour le gardien, on retiendra le nombre de goals qu’il a réussi à arrêter. Le dentiste, selon le nombre de dents qu’il a arrachées (un demi-point pour les dents de lait pour limiter les abus). Le juge, selon le nombre de délinquants qu’il a envoyés en taule. L’écrivain sur le tirage de ses livres. Pour le journaliste, on retiendra le nombre de clics sur ses articles. Et pour les tricoteuses, un point à l’endroit, un point à l’envers. Où ça les mènera les pauvres  ?
On pourra aussi s’inspirer du permis de conduire à points pour pénaliser un certain nombre de retraités qui ne méritent vraiment pas de terminer leur vie aux frais du contribuable. Lorsque M. Mittal se présentera à l’office des pensions, on lui fera remarquer que la fermeture brutale de ses usines lui a suffisamment rempli les poches pour lui faire perdre l’ensemble des points auxquels il avait droit. Même traitement pour Maurice. Lippens et les autres dirigeants de la Fortis. On pourrait également suggérer dans la foulée un système de pensions à points négatifs. Qui obligerait certains à verser au fond des pensions, une pension négative en fonction du nombre de travailleurs qu’ils ont mis à la porte.
Pour les pensions, c’est comme pour le football, tout vient à point à qui sait attendre.

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ZWANZE.COM

 

On ne va pas beaucoup rire ces jours-ci. On va trembler, hurler, parfois pleurer. Applaudir et siffler. Mais rire, non. Le foot, c’est comme la formation du gouvernement belge. Du sérieux, du crispé, comme la tronche de l’informateur devant un journaliste du « Soir ». Les Diables et De Wever ont d’ailleurs beaucoup d’autres points communs. Ils rêvent de d’écraser l’adversaire, de lui péter la gueule. Jamais de le faire rire. Et, quand ils font des passes, cela ressemble plus au billard à trois bandes qu’à la glorieuse finale de jadis, Union contre Daring. La seule différence entre les deux nobles sports, c’est la place de l’arbitre. Au foot, il a le droit de se servir de son petit sifflet et de sa collection de cartes rouges et jaunes. En politique, en revanche, l’arbitre doit être gentil avec tout le monde. Même avec les tricheurs. Sans pouvoir jamais arrêter le match.

Pour sourire, oublions donc la Copa et Bartje. Et tournons-nous comme d’habitude vers la NSA. L’agence américaine du renseignement nous avait déjà donné un hilarant numéro sur les écoutes téléphoniques d’Angela Merckel évoquant le bon temps de la RDA avec Vladimir Poutine ou de la reine d’Angleterre commandant des croquettes pour son chien.

Voilà qu’elle remet ça. On vient d’apprendre que nos super espions (inspirés davantage par les exploits de Johnny English que par ceux de James Bond) mettent au point un logiciel capable de détecter les messages ironiques. La NSA ayant compris qu’un certain nombre de mails inquiétants n’étaient que des blagues a entrepris de charger ses robots de faire le tri. Quand c’est amusant, c’est inoffensif. C’est vrai que les videos d’Al Qaida n’ont pas brillé jusqu’ici d’un humour ravageur. En revanche, la Belgique risque de faire les frais de cette application. Chez nous, tout ou à peu près se termine en zwanze. Notre pays est célèbre pour ses humoristes. Pas seulement nos excellents artistes que les Français nous pillent régulièrement. Ni nos désopilants politiciens. Mais aussi beaucoup pour le nombre de ses comiques qui s’ignorent. Tel Luc Coene, le patron de la Banque nationale. Il est vrai que depuis l’euro, son institution ne sert à rien d’autre qu’à divertir ses fonctionnaires. Jusqu’ici, ils ne plaisantaient qu’entre eux. Mais voilà qu’ils ont décidé de nous faire partager leurs meilleures farces. Et la dernière est vraiment drôle. Au lieu de faire payer les riches, faisons payer les pauvres ! Baissons les allocations de chômage et rabotons les pensions ! Ah ! Ah ! Ah !

A l’heure actuelle, on ignore si les robots de la NSA ont réussi à comprendre que ce message devait être glissé dans le panier inoffensif des histoires belges. C’est un test redoutable pour vérifier leur fiabilité.

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FETE DES PAIRES

 

On oublie souvent que la fête des pères, que vous célébrerez, je l’espère, ce dimanche, n’est pas celle d’un homme seul. Pour que vous ayez un papa, jeunes gens, il fallait aussi une maman ! Je sais qu’avec l’évolution des mœurs, cette vérité jadis banale devient beaucoup plus compliquée à énoncer. Polémique même. Pour certains, écrire papa-maman est discutable, réactionnaire, politiquement incorrect. Alors, disons que cette fête est celle des paires.

Ce qui souligne l’importance d’être deux. C’est leur duo qui a rendu Laurel et Hardy immortels. Même en politique, la paire a la pêche. Sans Evita, Juan Peron aurait disparu des livres d’histoire. Bill Clinton n’aurait jamais été président sans Hillary. Et Obama aurait eu du mal à triompher une seconde fois sans Michèle à ses côtés. Baudouin-Fabiola ou Albert II-Paola, il fallait qu’ils soient deux pour qu’il soit roi. Et Nicolas Sarkozy aurait déchanté depuis longtemps sans Carla Bruni.

C’est magnifique quand le fils ou la fille prolonge l’œuvre du père. Henry Fonda et Jane. Auguste et Jean Renoir. Certains enfants ne montrent pas toujours une grande reconnaissance à leurs parents. Trouvant toujours une bonne raison pour leur chercher des poux. Regardez l’attitude des vingt six lardons du couple franco-allemand. Ils n’ont manifestement pas la tête à faire la fête à l’Europe. Il est vrai que maman Merckel a tendance à déserter le foyer conjugal pour faire les yeux doux à Poutine et que papa Hollande passe plus de temps à contempler ses chaussures que sa moitié – une expression peut-être inappropriée, s’agissant de la chancelière.

La fête des pères est l’occasion, parfois la seule dans l’année, où père et fils parviennent à se parler. Ah ! Toutes ces questions qui se sont bousculées dans ma tête après la mort de mon père, que je n’avais pas réussi à lui poser de son vivant. Ou plutôt auxquelles je n’avais même pas pensé et qui ont jailli si cruellement après son enterrement. Tous ces rendez-vous manqués… Autour de la table, on ne parlait de rien, de météo, de mes résultats scolaires, du chien de la voisine, du poulet qui avait trop cuit. Ou on se taisait parce que la radio était allumée et qu’on écoutait les infos pour ne pas dialoguer. Comme j’ai regretté plus tard de m’enfermer dans ma chambre, sitôt le repas terminé, de ne pas faire le premier pas, que mon père n’osait pas. Par pudeur, par crainte de se faire rabrouer, que sais-je ?

De beaux esprits ont trop souvent répété qu’il faut « couper le cordon ombilical », rompre avec sa famille pour devenir adulte. Bêtise de transformer ce genre de profession de foi en vérité universelle. Quelle sacré paire on aurait fait, mon père et moi, si seulement on avait accepté de causer. Bonne fête, papa ! Comme ça me manque que tu ne m’entendes pas…

 

 

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écrivain, chroniqueur