CHAMPAGNE OU KIDI-BUL ?

  Tout le monde se prépare aux fêtes mais pas tous de la même façon. Petit tour chez les puissants du royaume.  

Chez Elio D., on se frotte les mains. Le fils prodige a jeté l’éponge. C’est pas demain la veille qu’on effacera des tablettes le joli nom du dernier premier ministre socialiste wallon. Le dernier et peut-être l’ultime comme le lui a promis Père Noël – dont les promesses n’engagent que ceux qui y croient. 

Chez Paul M., on débouche aussi le Kidi-Bul. Pendant un mois de mission royale, le fiston a prouvé, à défaut de mettre sur pied un gouvernement, qu’il était désormais le seul chef rouge et même qu’il occupait tout l’espace francophone. 

Rue de Naples, avec l’arrivée du fils prodigue, on se prépare à tuer le veau gras. Grâce à lui, les Bleus ont retrouvé leurs couleurs. Président, informateur, tout s’emballe. Dans la foulée, il a déjà promis au roi de glisser sous son sapin, un gouvernement pesé, emballé (cadeau) et ficelé. Georges L.B. en sera à la fois le premier, comme son papa Charles M., et le vice-premier et ministre des affaires étrangères, comme son oncle Didier. 

Il a tellement d’énergie, ce Georges, que, si on le retient pas, il est prêt à occuper tous les autres postes, puisque ses collègues font tant de manières. A moins que Théo Francken, qu’il avait si aimablement invité à Mons, soit d’accord de prendre en charge quelques maroquins (si j’ose dire). 

Il faut cependant préciser que, comme le prévoient les règles de la vente par correspondance, si le cadeau ne lui convient pas, le roi peut le renvoyer dans les huit jours – sans frais.  

Dans les chaumières du nord, on fait grise mine. Il fait froid et on compte ses sous. Père Noël va devoir se serrer la ceinture et peut-être manger ses rennes. 

Après leurs maigres résultats de mai dernier, ce n’est la fête ni chez les Bleus ni chez les Oranges. Les dotations publiques ont fondu au soleil de la fin du printemps. Certes, quelques-uns de leurs champions peuvent redevenir des excellences – ce qui éveille des vocations. Mais le bazar fédéral ne pourra pas absorber beaucoup de ces désœuvrés. Alors, comment assurer la survie des autres ? Les faire loger provisoirement dans les villas flambant neuves du Vlaams B ? Ou dans les chambres inoccupées du parti frère ami-ennemi, la N-VA, qui n’est pas sorti non plus très sémillant du joli mois de mai et dont une partie des occupants regarde ailleurs –très à droite- pour être sûrs de décrocher un hébergement après la prochaine élection ?  

Personne n’a manifestement envie de se dévouer pour ouvrir le bal avant les douze coups de minuit. De peur de se casser une patte. Mais, qu’ils se rappellent ce film (dans lequel les personnages ne pouvaient quitter la piste de danse) au titre prémonitoire : « On achève bien les chevaux ».

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LA FRANCE FAIT SON CINEMA

Deux présidents en France entrant en fonction le même jour ou presque, n’est-ce pas un de trop ? Au contraire, plus on est de fous, plus on s’amuse.

Deux ? Macron et Almodovar. Deux pros du cinéma.

Le président Macron avance lentement sur le tapis rouge devant le brol pointu que son prédécesseur, François Mitterrand, a enfoncé comme un suppositoire dans la belle cour du Louvre. Son numéro rappelle les films fauchés de la nouvelle vague. Un seul acteur, un long travelling, et quelques mots marmonnés façon Jacques Tati. De toute façon la production n’a pas de quoi se payer une prise de son convenable. Histoire de faire passer le message : les amis, on doit se serrer la ceinture.

Pendant ce temps, l’autre président, Pedro Almodovar, grimpe quatre à quatre les marches du Palais des Festivals. Prêt à désigner le champion du monde parmi les meilleurs films de la planète. Dans un décor bling-bling-champagne-strass et paillettes sous les sunlights devant la grande bleue ensoleillée.

A Paris, le nouveau président, jouant la sobriété, tente de rassembler les Français. A Cannes, son extravagant collègue se prélasse dans la mondialisation.

Il y a moins de différences qu’on ne pourrait penser entre leurs deux projets. La filmographie du plus célèbre réalisateur espagnol actuel paraît d’ailleurs avoir singulièrement inspiré Emmanuel Macron.

« Attache-moi » lui a donné l’idée de museler les principales grandes gueules de la droite et de la gauche dont il a allègrement coupé les ailes en allant picorer dans leurs poulaillers respectifs.

« Talons aiguilles » annonçait une de ses promesses électorales : autant d’hommes que de femmes dans le gouvernement et un sous-ministre chargé de surveiller la parité entre hommes et femmes. Qu’il se méfie cependant des inévitables polémiques à venir, coups de Jarnac ou autres planches savonnées, spécialités de l’opposition et des syndicats, qui risquent d’emmener quelques uns de ses ministres à se transformer bientôt en « Femmes au bord de la crise de nerfs ».

Cependant, Macron semble prêt à se battre, à manier l’épée (dont une des ses nouvelles ministres est la spécialiste) et même à verser le sang. N’a-t-il pas investi Marie Sara, la reine des arènes, pour achever l’abominable Gilbert Collard, vieille bête baveuse, dans le Gard ? A l’exemple du combat tragique dans le film « Matador ».

Mais il y en a un dont Macron devrait se méfier tout particulièrement dans l’avenir, c’est François Hollande. Rien de pire que la réaction d’une bête blessée. Là encore, la mise en garde vient d’Almodovar. Après avoir invoqué « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?», monsieur Pédalo pourrait être tenté de réapparaître lorsqu’il entendra certaines sirènes crier : « Volver » (« Reviens ») !

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