L’ARCHE DE NOE. EPISODE 21

   Le sommet international sur la biodiversité qui s’est tenu le week-end dernier à Metz a une fois de plus accouché d’une souris. Si maigre que même le chat n’en veut pas. 

  Plusieurs chefs d’état avancent de timides solutions pour faire face aux désastres annoncés, la disparition des espèces. Ainsi, le ministre président wallon a courageusement proposé de les parquer à Pairi Daiza mais son homologue flamand a aussitôt protesté. D’où l’idée de procéder comme pour la bibliothèque universitaire de Louvain : les mâles en Flandre et les femelles en Wallonie (ou le contraire). Pour la reproduction ? Faudra un accord de coopération entre les régions… 

Une autre idée, radicale il est vrai, paraît plus sérieuse. Refaire le coup de l’arche de Noé. 

  Combinant les avantages du vieux monde (l’idée d’un bateau de survie) et le nouveau (les ressources de la technologie), nos ingénieurs sont en mesure de construire un super-rafiot, un radeau de la Méduse modèle XXL, climatisé contre le réchauffement climatique, qui permettra de conserver vivants deux exemplaires de chaque race pour les débarquer lorsque la planète aura recommencé à respirer, c’est-à-dire quand tous les êtres vivants, restés en rade, auront été éradiqués. 

Pour choisir les passagers ? On procèdera par tirage au sort. C’est la mode. 

Monsieur Fourmi et sa dame, un lion, une lionne, une bête à Bon Dieu et… comment appelle-t-on sa femelle ? Une bonne déesse ? La Bible ne le dit pas.  

Pour la race humaine, ce ne devrait pas être plus compliqué. Même si j’entends déjà les débats. Pourquoi lui et pas moi ? Je suis plus jeune, plus riche, plus beau, en meilleure santé ou plus intelligent, plus fertile, etc. 

 Il faudra donc un homme et une femme. Pas deux. 

Mais quelle femme ? Pas de scientifique. On ne se mettra jamais d’accord sur la discipline nécessaire pour reprendre la civilisation à zéro, vu que la science n’est pas pour rien dans l’échec de celle qui s’achève. Une cinéaste serait précieuse pour assurer l’héritage de la vie d’avant et refabriquer notre identité après mais sans électricité, inutile de s’attarder. 

Reste alors à désigner une chef d’état capable de réorganiser le bazar après le débarquement, quand la terre se sera débarrassée des dernières traces du déluge. Angela Merkel ? Bravo mais elle n’a plus l’âge de procréer. Elizabeth II non plus mais elle a l’avantage d’être immortelle. Cependant, le bordel qui règne en Grande Bretagne n’est pas vraiment une pub pour vanter ses capacités de pacifier le chaos. 

  Je suggèrerais plutôt une jeune immigrée. Elle a l’expérience des abominations qu’elle a fuies, des conditions horribles dans lesquelles nous l’avons accueillie. Elle n’a pas peur de l’eau ni du mal de mer. Oui, c’est sans doute le meilleur choix pour relancer l’espèce humaine. 

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FÊTE DES ROIS

Dimanche, c’est la fête des rois ! Si, si. Cette année, c’est en octobre, pas en janvier. Prévenez votre pâtissier de ne pas oublier de fourrer ce weekend end la fève au fond de la galette. Le jour des élections, c’est le seul jour de l’année où c’est vous qui décrochez la couronne. Les autres jours, c’est ceinture !

Encore vous faut-il pécher la fève, la bonne. Car dans le tas, il y en a un certain nombre qui sont pourries, creuses, contrefaites ou vraiment immangeables.

Vous me direz : les élections, c’est un moyen plus sûr de désigner le roi. On le choisit au lieu de laisser le hasard en décider. En êtes-vous si certain ? Vous votez Schmurz comme beaucoup d’autres électeurs et, surprise, son adversaire, qui a recueilli moins de voix que lui, s’est arrangé avec son petit voisin pour se partager le gâteau. Il ne vous reste plus qu’à subir son règne pendant six ans et à consoler Schmurz avec de la mousse au chocolat.

Ce qui explique la tentation de certains de remplacer les élections par le tirage au sort. Que le pouvoir soit confié à celui qui a trouvé la fève ou à celui qui l’a fourrée dans la part de gâteau de son voisin, quelle est la différence ? C’est toujours le vainqueur qui bouffe le gâteau. Et qui vous laisse l’addition et l’indigestion.

Profitez de votre dimanche. Avant que la galette ne soit découpée et partagée, on ressent un grand moment de bonne humeur et de liberté, la même excitation qu’à l’instant où l’on achète un billet de loterie et qu’on ne l’a pas encore gratté. Tout est possible. Il suffit d’un coup de pouce pour sortir de l’anonymat et décrocher la timbale. Un bref moment, on est exceptionnellement tous pareils, on a une chance égale, simples citoyens ou anciens notables, rois, reines ou valets, le même droit d’hériter de la couronne. Pendant ces quelques heures entre l’ouverture et la fermeture des bureaux de vote, les anciens rois, les chefs sortants, tellement désireux de prolonger leur règne, ont si peur de vous, un telle frousse de perdre leur sceptre et leur p’tit bout de pouvoir, qu’ils sont prêts à vous offrir toute la pâtisserie. En tout cas à vous le promettre.

Mangez tout ce que vous pouvez, car, dès le lendemain de la fête des rois, ce sera carême…

Mais vous n’aurez pas tout perdu car le monde imaginaire que vous n’avez pas décroché, vous pourrez continuer à en rêver grâce aux livres. Par une jolie coïncidence, dimanche vous serez à la fois lecteur et électeur ! C’est la « fureur de lire ». Un prétexte pour rappeler que « L’Homme qui voulut être roi » n’est pas seulement une ambition politique mais aussi une très belle nouvelle de Kipling (et un magnifique film de John Huston).

Dans les livres que vous lisez, vous êtes tous les jours le roi de la fête !

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KARATE A TOUS LES ETAGES

L’enquête menée par votre quotidien favori et par la RTBF révèle que 70 % des Belges sont favorables à un pouvoir fort. Mais, que signifie un pouvoir fort ? Il est dommage que les enquêteurs n’aient pas approfondi la question. Et n’aient pas demandé aux sondés quel est leur modèle. Poutine ou Erdogan ? Hitler ou Staline ? Gengis Khan ou Godefroid de Bouillon ?

Jusqu’ici, les Belges n’ont jamais aimé les grandes gueules, les rouleurs de mécaniques, les stoeffers et les dikke nek. Même à l’époque où le fascisme triomphant séduisait une grande partie de l’Europe, Degrelle s’est dégonflé plus vite que son ombre. Aucun homme providentiel ni aucune dame de fer n’ont réussi à rassembler les Belges. Si de Gaulle était né en Belgique, il serait au mieux devenu bourgmestre et madame Thatcher ministre de la culture.

La même enquête révèle d’ailleurs que, de toute façon, une très grande majorité de citoyens ne font plus confiance aux hommes politiques, ni aux partis ni même aux institutions. Tout le monde est balayé avec la même énergie, le « gentil » Charles Michel comme le « méchant » Bart De Wever, notre nouveau Che Guevara, Paul Magnette, autant que cette caricature de militant anti-immigré aux relations sulfureuses, Théo Francken.

Si notre pays est sur le point de couler et que son sauvetage n’est plus aux mains de nos excellences, qui alors pour nous faire le bouche à bouche ?

Certains, comme David Van Reybrouck, sont partisans du tirage au sort de ceux qui vont voter les lois. Les parlementaires seraient désignés par une main innocente comme les super vainqueurs du Lotto (mais un peu moins bien payés). Ils font le pari que les cinq cent vingt trois parlementaires (fédéraux et régionaux confondus) sortis de l’urne ressembleraient au professeur « nobellisé » François Englert, aux frères Dardenne – peut-être aux frères Taloche – mais le hasard peut aussi nous octroyer cinq cent vingt-trois clones de Laurent Louis. Aux abris !

On comprend alors la préférence des citoyens pour un seul boss, un homme fort. Hélas, Superman et Batman sont déjà occupés ailleurs. De plus, ils ne parlent ni français ni néerlandais. Kim Jong-un s’amuse tellement avec ses gadgets atomiques made in Korea qu’il n’a pas de temps à consacrer à notre pauvre royaume. De plus, c’est un étranger, ce qui n’est pas du goût de nos sondés. Qui alors ?

Jean-Claude Van Damme, bien sûr ! Un super héros au chômage, un homme qui maîtrise parfaitement la politique puisqu’il est spécialiste des arts martiaux après s’être frotté à la danse classique (un mélange contre nature typiquement belge) et un défenseur des produits de notre terroir (il a joué dans le film « Mort subite »).

JCVD for president. Et fini le blues noir jaune rouge.

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