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HEURE D’ETE

Tous les six mois, c’est la même rengaine à propos du changement d’heure. Et les mêmes plaintes. Faut-il avancer ou pas sa montre ? Il n’y a que les gilets jaunes et Alain Destexhe qui n’ont pas encore pris position. Pourtant, une heure en plus, une heure en moins, est-ce vraiment important ? Plutôt que cet ajustement rikiki, on aurait pu profiter du passage à l’heure d’été pour réaliser une vraie métamorphose. Les citoyens ont envie d’une révolution, d’un grand chamboulement ? C’est l’occasion ou jamais.
Ainsi, au lieu de reculer de soixante secondes à peine l’aiguille de l’horloge ce week-end, si l’on s’offrait d’un coup douze heures en plus ?
Vous vous réveillez à sept heures du matin ? Il est sept heures du soir. Cadeau d’une journée. Plus besoin de prendre le bus ou le métro, de vous farcir votre chef de bureau, de vous abîmer les yeux devant votre écran, il est sept heures du soir, vous dis-je. Déjà presque l’heure de « Demain nous appartient » sur TF1. Justement, demain, même programme : douze heures de bonus.
Car tant qu’à changer d’heure, pourquoi ne pas le faire tous les jours ?
Vivre sa vie à partir de sept heures du soir, ça trouble sérieusement les perspectives. Les magasins sont fermés, c’est vrai. Mais pas les bars. En sortant de l’établissement, la vie semble soudain tellement plus rose, la lune plus proche. Et les emmerdes, abandonnées sur le comptoir.
Au bureau, c’est calme plat. Seules quelques femmes de ménage s’agitent un peu, bercées par le doux ronronnement des aspirateurs. Dieu que c’est reposant ! Plus de mails, de portes qui claquent, d’urgence. Rien à faire sinon aider une débutante à changer le sac de l’aspirateur.
Faites l’essai : dans la nuit, tout ce qui paraît en journée si important, si agaçant, si essentiel, se fond dans l’obscurité. Le temps dilaté étire ce que vous faites ou dites.
Le parlement wallon ne peut plus siéger ? Pendant la journée, c’est un coup de tonnerre, un événement historique. La nuit, juste une économie d’énergie.
Quand, emporté par son discours, le patron du MR qualifie ses adversaires de « national-socialistes », on sacre, on peste, on met en cause le soleil qui lui a donné un sacré coup sur le cerveau. La nuit, ce n’est juste qu’un cauchemar.
L’avantage de la nuit, c’est qu’il n’existe pas de plans foireux – l’expression favorite de votre patron chaque fois que vous lui présentez un nouveau projet. A l’heure du rêve, tout est possible. Vous avez le droit de vivre enfin toutes ces vies dont un bête quotidien, une stupide routine vous ont privés. Vous êtes beau ou belle, séduisant.
Et si vous êtes politicien, vous pouvez, en attendant l’aube, vous prendre pour Lincoln ou J.F. Kennedy.
C’est vrai qu’ils ont fini brutalement mais ça, c’était après que le soleil se soit levé. Il suffit de prolonger la nuit définitivement.

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LE VIRUS DE L’HUBRIS

En 1665, la peste noire a fait près de cent mille morts à Londres. Il y a tout juste cent ans, l’épidémie de grippe espagnole ravageait les survivants de la grande guerre. Le sida à la fin du siècle puis le virus Ebola il y a trois ans, après avoir miné le Congo, dévorait le reste de l’Afrique. Chaque fois, le mal a coûté des centaines de milliers de morts et des mois, des années de combats médicaux.

Cette fois, l’épidémie guette la Wallonie. Et, comme si les dieux voulaient punir l’hubris, le sentiment de démesure de ceux qui se veulent leur égal, ce sont les puissants qui sont frappés les premiers. Coup sur coup, Stephane Moreau puis André Gilles, les deux matamores des intercommunales, les rois des tuyaux, sont cloués au pieu aussi raides que les pauvres trouffions qui avaient échappé aux massacres des tranchées. C’est même un médecin légiste qui l’atteste, croix de bois, croix de fer. Un médecin légiste ! On n’ose imaginer ce qu’il reste de leurs abats après son passage.

Ce sont les chênes qu’on abat, écrivait déjà André Malraux.

On comprend la réaction furieuse des Flamands : tant que les boss de Publifin et de sa galaxie tapaient dans les caisses des contribuables wallons, ils rigolaient doucement. Mais à présent c’est la sécurité sociale fédérale qui va devoir casquer. Et si elle assure aux malades le salaire qu’ils recevaient quand ils travaillaient (enfin, bon, vous me comprenez), c’est tout le plan d’économie de madame De Block qui part en vrille.

L’Organisation Mondiale de la Santé a déjà prévu l’envoi d’équipes médicales à Liège et à Charleroi. Médecins sans Frontières a décidé de rapatrier une partie de ses équipes d’Afrique pour prendre en charge les administrateurs des intercommunales car le mal risque de se transmettre avec la rapidité que met la commission spéciale du Parlement wallon à adresser ses convocations. La contamination semble fulgurante et rien ne paraît l’arrêter. Même ceux qui étaient payés à ne rien faire pourraient ne pas échapper à l’épidémie car leurs organismes affaiblis par le manque d’activité semblent ne pas pouvoir résister à l’air vicié du Grognon.

Ayant beaucoup travaillé sur le virus de la corruption en Afrique, on peut faire confiance à Médecins sans Frontières pour déceler les origines du mal et le traiter à la racine.

Mais déjà, des spécialistes préviennent : tant que la Flandre ne sera pas séparée de la Wallonie par un mur étanche, le virus pourrait facilement gagner les rives de l’Escaut et de la Lys. Déjà, quelques souches inquiétantes ont été repérées à Gand. Bart De Wever a aussitôt chargé la ministre de la Politique scientifique de prendre en charge les premiers malades. En oubliant qu’il ne reste rien de la politique scientifique belge après le passage d’Elke Sleurs.

 

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OH! OH! OH! CAUSE TOUJOURS!

En France, les candidats à la présidence portent des noms qui se terminent par « on » : Fillion, Macron, Mélenchon. En Wallonie, les petits chefs sont choisis dans les familles dont la syllabe finale est un « o » : Mathot, Moreau, Housiaux. Prenez soin d’écrire « O » en majuscule comme dans zérO, le nombre de zéros dépendant de la place qu’occupe le « o » dans la toile d’araignée que les ooo ont tissée autour des intercommunales.

Négligence de leur part, ils ont laissé un type dont le nom se termine par « ain » mettre le nez dans leurs affaires, le prenant sans doute pour un nain. Ils auraient dû se méfier de ce monsieur Halin, échevin des finances de la petite commune d’Olne. Surtout que son presque homonyme français a écrit le scénario de quelques films dont le titre aurait pu leur mettre la puce à l’oreille : « Carrefour du crime », « Métier de fous », « Millionnaires d’un Jour », « Treize à table », des titres qui semblent tous raconter la saga Publifin. Ajoutons-y « C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule » qui annonçait la qualité des débats au parlement wallon et le contenu du discours du ministre Furlan. Lorsqu’ils examinent les traités internationaux, les occupants du Grognon peuvent jouer à dépasser le PTB sur sa gauche. Mais pas quand ils se penchent sur leurs « propres » petites affaires.

A propos, le Halain scénariste a aussi signé la série « Fantômas » (tirée des livres d’un autre homonyme, Marcel Allain).

 Allongeant son ombre immense(…) / Quel est ce spectre aux yeux gris / Qui surgit dans le silence ? / Fantômas, serait-ce toi / Qui te dresses sur les toits ? chantait Robert Desnos.

Tout était donc écrit : un terrible justicier se préparait à fondre sur la cité ardente. Et ils ne l’ont pas vu venir. Dommage qu’une intercommunale spécialisée dans les medias et les télécommunications compte si peu de cinéphiles dans ses dirigeants…

Revenons à l’échevin Halin. On est tout de même surpris de la méfiance qu’il a affiché à l’égard de Publifin. Alors que le site de la grande intercommunale liégeoise affiche une page intitulée « Nos Valeurs », énumérées et définies ainsi : notre « Ethique » « consiste à travailler dans la stricte observance de certains principes ou valeurs, tels que le respect de la loi, l’intégrité, la transparence, le respect des autres, l’équité et la loyauté. » Et « L’intérêt général » est pour elle « un état d’esprit qui vise à dépasser les particularismes pour les intégrer dans la dimension du « bien commun» (sic).

On ne peut pas dire que ceux qui gèrent ce site soient réactifs. Cette page n’a pas été mise à jour depuis les derniers événements. Comme si les patrons de Publifin se rappelaient un autre film : « Cause toujours ! »

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CETA, C’EST MOI !

Paul Magnette dans le rôle du Roi-Soleil, faiseur et défaiseur de l’Europe ?

N’exagérons pas. Même si le cou du président wallon a gonflé de manière inquiétante ces dernières semaines au rythme des interviews accordées à la presse internationale, venue en masse découvrir à quoi ressemble le cœur de la courageuse résistance socialiste contre les manœuvres des redoutables multinationales américaines.

Oublions Louis XIV. Le budget de la région n’a pas de quoi s’offrir Versailles et ne paraît pas attirer à l’Elysette un Molière, un Racine ou un Corneille carolo. Quoique le CETA soit un excellent sujet de comédie et de tragédie. Entre « Les Femmes savantes » et « L’Illusion comique ». Espérons néanmoins que le règne du président wallon ne se terminera pas comme celui du monarque français par une gigantesque famine doublée d’une guerre civile.

Disons plutôt qu’avec le président du Parlement wallon, André Antoine, Magnette ressemble à Astérix et Obélix, symboles du petit village gaulois qui résiste à l’envahisseur.

Le duo comique a décidément la cote en politique belge. Du côté fédéral, le couple Michel-De Wever évoque une autre paire comique, Laurel et Hardy (le génie humoristique et le talent en moins évidemment.)

Toutes les autres régions d’Europe, dont la Flandre, et tous les Etats membres ont bêtement accepté les yeux fermés que l’Europe signe l’accord commercial négocié depuis des années avec le Canada. Sauf la Wallonie.

C’est vrai, il arrive qu’un homme ait raison seul contre tous, qu’un Galilée ou un Giordano Bruno ouvre les yeux de la multitude. Mais, je l’avoue, je n’ai pas eu la patience ni le courage de lire l’accord CETA jusqu’au bout de ses mille cinq cents pages de texte en anglais. Et je parie mon billet de l’EuroMillions qu’il n’y a pas beaucoup de députés wallons qui ont pris la peine d’analyser chaque page de ce texte avant de le rejeter…

Et tout aussi peu de représentants italiens, espagnols, slovaques, flamands, polonais ou bulgares qui l’ont approuvé après avoir sacrifié leurs soirées télé pour étudier les mille et une dispositions qui libéralisent le commerce entre les deux côtés de l’Atlantique nord.

Dire que certains suggèrent de soumettre l’approbation du Traité à référendum de la population !

L’inquiétant de cette affaire ? Ce n’est ni les poses électoralistes des uns ni les appels à la raison des autres. C’est que ni les uns ni les autres n’y comprennent rien. Les citoyens comme leurs principaux dirigeants ne savent exactement de quoi on parle.

N’est-ce pas de plus en plus souvent le cas de ces textes qu’on bricole entre grand messe gouvernementale et commissions parlementaires nationales ou européennes et que personne ne parvient à traduire en termes simples, seule garantie de la démocratie ?

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