YES, WE CAN ?

Depuis l’élection de Barack Obama, je ne regarde plus tout à fait de la même façon mes amis de Matonge. Le petit coiffeur (grande vedette depuis qu’il est le figaro attitré de Emile M’Penza) pourrait demain remplacer Yves Leterme. Dieudonné, le fils de son voisin, aussi, un excellent étudiant en droit qui finance ses études en travaillant le soir dans une des ces magnifiques épiceries tropicales où on l’a l’impression de voir le soleil rien qu’en regardant la couleur des fruits. Les palabres nocturnes ne lui font pas peur. Il pourrait en remontrer à Didier Reynders, Joëlle Milquet ou Karel De Gucht, sans le secours du pot belge. En plus, il parle flamand, français et swahili. Quelles autres qualités faut-il pour être premier ministre de Belgique ? Yes, we can ! m’a-t-il lancé quand j’évoquais son destin en achetant des mangues qui avaient l’air succulentes.
We can but we may not, a-t-il ajouté en les emballant dans un journal.
Mon prof d’anglais avait déjà eu beaucoup de mal à m’enfoncer dans la tête la différence entre les deux verbes. En français, cela donnait à peu près : je peux mais je ne peux pas. Je suis capable mais la loi me l’interdit. Car, Dieudonné attend désespérément « son statut » comme il dit. Et madame Turtelboom, manifestement, n’est pas pressée. She can but she may not, dit-on au V.L.D. où l’on imagine que régulariser le sort des sans-papiers conduit à signer l’arrêt de mort du parti. Regardent jamais la télé, ces gens-là ? Ne voient pas que la planète est en train de se retourner sur son axe ? Et que la « révolution copernicienne », annoncée par le président de la Flandre, ce n’est pas vider le petit état belge de ses compétences mais changer le mode de fonctionnement des gouvernants et les règles du jeu ! Ce qu’un autre ministre V.L.D. qualifiait jadis de « nouvelle culture politique ».
Je ne sais pas ce qu’Obama fera des Etats-Unis ni ce que sa présidence changera dans le monde. Mais je vois qu’il a déjà, par la seule vertu de sa campagne, bousculé radicalement quelques idées reçues : l’image caricaturale, primaire et si répandue chez nous de l’Amérique, la force du droit de vote et de la mobilisation militante, le sens de la démocratie, toutes ces valeurs qui passaient cyniquement pour de vieilles lunes, même (surtout) auprès de notre personnel politique. Tous les observateurs aussi semblent s’accorder : la couleur de sa peau, ses origines africaines, rien de cela n’a eu d’importance dans la vague qui l’a porté à la présidence. Chez nous, au contraire, cela vaut un « ordre de quitter le territoire ».
Même si Dieumerci MBokani a encore prouvé cette semaine ses talents, il serait temps que l’on se rende compte dans notre pays que la diversité, ça paye et pas seulement au Standard.

Alain Berenboom
www.berenboom.com