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CACHEZ CE SEIN

Un sein. Et la glace est en feu. Le sein de la patineuse française Gabriella Papadakis qui a jailli de sa petite robe mal fermée un instant au cours de l’épreuve de patinage artistique des JO d’hiver.

Saluons l’incroyable force de caractère et les nerfs d’acier de Gabriella et de son partenaire qui ont continué leur numéro sans broncher (et décroché la médaille d’argent) alors que l’émotion des spectateurs devant l’image de ce sein à peine entrevu a suscité autant de bruit que l’apparition de la Vierge.

Tous ceux qui n’ont rien à faire ni des JO ni du patinage artistique, ceux qui ne connaissaient même pas l’existence de cette épreuve, se sont subitement emballés devant ce déballage. Comme si ce sein changeait tout. Bousculait l’ordre établi. Comme s’il était symbole, symptôme, syndrome. Mais de quoi ?

Ce n’est pas le premier sein qui a bousculé l’histoire. Sans remonter jusqu’à ce magnifique tableau où Gabrielle d’Estrées, la presque reine de Henri IV, se fait pincer le sein par sa sœur, aussi nue qu’elle, la chronique mondaine récente s’est déchaînée devant le sein de Sophie Marceau, entr’aperçu lors d’un Festival de Cannes, et celui de Janet Jackson, surgi lors de son show pendant le Super-Bowl de 2004 (et sanctionné d’une lourde amende !) Demandez-vous pourquoi tout le monde se souvient de ces brèves histoires de seins, comme si elles étaient des marqueurs de notre culture, au même titre que la promulgation de l’édit de Nantes (soufflé par Gabrielle d’Estrées) 1598, la bataille de Marignan 1515, Stalingrad 1942-43, New York 2001, et l’effondrement des tunnels de Bruxelles 2016.

Des broutilles ? Mais alors pourquoi ce sont ces détails que l’on retient de l’info et de l’Histoire ? Si, dans une époque où la sexualité s’expose partout et de façon aussi banale, la vue brève d’un sein nu suscite autant de commentaires, c’est que cette image a une signification qui nous touche au plus secret de nous-mêmes. Comme si la découverte du sein était pareille à celle de l’Amérique : l’intuition d’un monde nouveau, inconnu, la promesse de plaisirs inouïs, de pièges atroces, d’espoirs insensés, l’espoir fou d’or et d’argent.

PS : En Turquie, ce sont de vrais saints dont il faut parler. Asli Erdogan (homonyme sarcastique du pacha d’Ankara), qui préside la Foire du Livre de Bruxelles cette année, après avoir miraculeusement échappé à la prison. Ou Ahmed Altan, grand écrivain lui aussi et redoutable journaliste qui vient d’être condamné à la perpétuité. Et tous ces autres intellectuels, ouvriers, professeurs, fonctionnaires, éliminés, effacés de leur vie par la folie d’un chef d’état sur lequel nous fermons les yeux car il a accepté de jouer pour nous au concierge et à qui nous avons remis la clé de l’Europe avec un salaire de quelques milliards.

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