L’HOROSCOPE EUROPEEN CONTINUE…

chronique
Lion :Allemagne. C’est pour mater vos envies d’être le roi des bêtes (et méchants) que l’Europe a été créée. Maintenant, on ne sait plus très bien si vous êtes lion ou si devenu vierge. Depuis que vous avez épousé votre sœur, votre enclos est à nouveau au centre de la ferme. Votre dresseur est une femme à poigne qui mène l’exploitation au doigt et à l’œil. Si elle est venue de l’autre côté du rideau de fer, elle n’a pas l’air de se laisser contaminer par le spectre de la dame de fer.

Balance : Tchéquie. A l’heure où les frères allemands décidaient de se marier, vous avez choisi de vous séparer de votre conjoint slovaque. Cela nous a fait de la peine. On vous appréciait marchant bras dessus, bras dessous. Havel est tchèque, Dubcek slovaque ; le contraire aurait paru aussi magnifique. Votre divorce nous a tous attristés. C’est pourquoi on vous a invités à entrer ensemble dans la famille. On compte maintenant sur votre sens de la folie et de la dérision pour donner un sens à notre avenir. Puisse Mercure et Venus vous inspirer !

Scorpion : Roumanie. Décidément, vous n’avez pas de chance. A l’heure où la plupart de vos voisins rejoignaient la famille, vous traîniez encore loin derrière avec vos camarades bulgares. Finalement, quand vous avez passé la porte, vous avez été accueilli avec des grognements. Trop de clichés vous collaient comme des casseroles : le long règne ubuesque de Ceausescu, une succession de dirigeants plus habiles dans la manipulation et le mensonge que dans la gouvernance, les enfants vendus, la corruption et le château de Dracula. On oublie trop souvent que vos enfants s’appellent aussi Ionesco, Enescu ou la sublime gymnaste Nadia Comanesci. Et que c’est cela le supplément d’âme que vous apportez à la famille.

Sagittaire :Finlande. Grâce à vous (et à vos copains lituaniens et hongrois), l’Europe découvre qu’une partie de la famille parle une langue mystérieuse. Vos écrivains sont excentriques (Arto Paasilinna), votre cinéma étrange et peu compréhensible. C’est peut-être parce que l’Europe a perdu le goût du mystère qu’elle est devenue si ennuyeuse. Et si demain, le finnois devenait la langue unique de l’empire ? Ca nous obligerait à nous poser des questions ; c’est très sain, ça !

Capricorne : Danemark. On dit des capricornes qu’ils ont une vision pessimiste de l’univers et particulièrement de la nature humaine, qu’ils devraient avoir un sentiment plus léger de la vie et réserver une part plus grande à la fantaisie et à la joie de vivre. On ajoute qu’ils ont la critique facile et acerbe et une grande difficulté à faire confiance aux autres. Vous retrouvez-vous dans ce portrait, amis danois ? La question n’est pas provocation de ma part : ne le dites à personne mais, comme vous, je suis capricorne !

Alain Berenboom
www.berenboom.com

HOROSCOPE EUROPEEN

chronique

POISSON (France)

La rencontre entre Pluton et Venus se passe plutôt mal depuis que Mars vient se mêler de leurs affaires. Méfiez-vous de l’inattendu. Sous ses allures respectables de brave paysan, Mars reste le symbole de la guerre. Il pourrait causer bien du souci à votre couple si vous n’y prenez garde. Un conseil : détournez l’attention par un tour de passe-passe car la séduction de Mars peut vous être fatale.

BELIER (Grande-Bretagne)

Le départ annoncé de Mercure, le petit messager aux pieds agiles, donne des ailes à son frère, le sombre Uranus. Depuis le temps qu’il piaffait pour diriger les affaires ! Mais l’arrivée d’Uranus laisse perplexe. Le reste de la famille européenne attend de voir si Uranus s’intéressera plus que Mercure à leurs intérêts communs. Et, au fond de l’Olympe, de l’autre côté de l’océan, Jupiter ne sait plus à quel saint se vouer pour apporter ses messages, ce que faisait si bien Mercure, toujours prévenant et souriant.

TAUREAU (Pologne)

Deux planètes jumelles tournant l’une autour de l’autre dans une valse folle ne font guère avancer le système. Votre grise mine à tous les deux ne rendent pas votre domaine très accueillant. Pas plus que vos co-locataires, des néo-fascistes peu ragoûtants. D’ailleurs, beaucoup de membres de votre famille préfèrent choisir l’exil, même s’ils ne sont pas toujours accueillis par de belles paroles : le « plombier polonais » est devenu synonyme de repoussoir. Il est temps d’ouvrir les fenêtres sinon vous risquez d’étouffer ce qui reste de la famille !

GEMEAUX (Belgique)

Les deux frères qui vivent en vous semblent se donner le mot pour être désagréables l’un envers l’autre. Ils connaissent à nouveau une période de surchauffe. L’un accuse l’autre d’arrogance ; l’autre réplique que son frère vit à ses dépens. Jusqu’ici leurs querelles n’ont pas empêché le reste de la famille européenne de séjourner dans votre maison mais si votre bagarre débouche sur la rupture, c’est toute la famille qui va partir ailleurs. Prenez-y garde !

CANCER (Luxembourg)

Vous vivez des vices cachés du reste de la famille, accueillant l’argent noir de l’un, blanchissant celui de l’autre. La famille tolère vos manières depuis longtemps mais votre refuge est menacé par une aspiration au grand nettoyage. Connaissant votre habileté à jouer avec les uns et les autres, vous trouverez certainement de nouvelles formules pour reconvertir votre abri.

VIERGE ( Italie)

A côté de votre prédécesseur, vous jouez magnifiquement les vierges. Pourtant, quand on voit le nombre de fiancées que vous avez mises dans votre lit, qui vous ont aidé à arracher les clés de la maison, on se dit que la conception de la virginité a beaucoup évolué en Europe, même dans la ville du Saint-Siège.
(A suivre)

Alain Berenboom
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CHAUD DEVANT

chronique
Vous l’avez entendu comme moi : il paraît que la planète se réchauffe. C’est à cause des échéances électorales. On n’aurait plus d’élections que la Terre tournerait tranquillement entre les quatre saisons. Mais qui souhaite un régime aussi glacé ? C’est chouette les élections : le seul moment où l’on peut rêver à quoi ressemblerait notre vie si les politiciens tenaient leurs promesses. Donc, promis, demain la Terre sera sauvée si nous votons dans le bon sens.
En France, Ségolène Royal promet de mettre en pratique le programme de Nicolas Hulot (car elle tient plus encore à TF1 qu’à la Hollande). En Belgique, le PS se documente à toute vitesse sur la question : comment faire entrer les petits oiseaux dans le plan Marshall ? Même que Dédé Flahaut, comme toujours le premier sur la balle, a mobilisé la Force aérienne pour voir le film de Al Gore, Bible désormais des hommes politiques belges. C’est vrai qu’il y a de belles images, de la musique taraboumboum comme dans les westerns et surtout qu’on comprend le texte. Ce qui change agréablement des rapports de l’ONU, des ONG ou encore des Ecolos qui, ayant déjà sacrifié quelques forêts pour imprimer leur méga-programme, ont renoncé, dans un geste éthique, à imprimer sa traduction dans une langue compréhensible. Pour ne pas être en reste, Didier Reynders profite lui aussi de la vague verte pour augmenter sournoisement les impôts : des éco-taxes, ce ne sont pas des taxes qui étranglent les contribuables mais un cadeau des citoyens à la planète.
C’est à l’heure où l’écologie devient le mainstream que les écologistes semblent avoir perdu la pêche. Etrange paradoxe. Même le magazine Elle s’y met. Entre des pages de pubs pour des sacs en crocos et des rivières de diamants (des produits naturels) et une fille nue en couverture (pour protester sans doute contre le travail des enfants qui permet à l’industrie textile « française » d’accumuler les profits), le numéro de la semaine nous présente les stars convertis à la cause écologique : Di Caprio ne jure que par la Prius de Toyota ; même qu’il a acheté 4 véhicules pour sa famille ! Quant à la somptueuse Darryl Hannah –un modèle pour le réchauffement naturel des mâles-, elle ne roule plus qu’à l’huile de friture. Bien sûr, je sens la fritte quand je descends de voiture, reconnaît-elle mais sauver la planète mérite un tel sacrifice. Puisque le plan Marshall est à la recherche d’idées nouvelles, en voilà une à notre portée : transformer toutes nos stations d’essence en fritkot. L’énergie belge pour sauver la planète, ça vaut bien tous les discours. Avec mayonnaise ou pickles ?

Alain Berenboom
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Mieux vaut être pauvre …

chronique
Il fait bon être pauvre ces temps-ci. En voyant les somptueuses images du film de Pascale Ferran, quel mâle n’a eu une pensée envieuse pour le pauvre garde-chasse de madame Chatterley ? Un pauvre comblé par les émois de sa superbe patronne – une pauvre petite fille riche qui aime les bois, l’eau pure, et les hommes, les vrais.
A propos d’écologie et de nature, d’autres pauvres ont aussi été à l’honneur au congrès du P.S. ce week-end : les automobilistes pauvres. Annonce inattendue du président, le parti s’opposera désormais au projet de taxe frappant les véhicules polluants. Les voitures sales, a-t-il expliqué sans rire, sont le propre des pauvres. Pas question que les vilains capitalistes de l’industrie automobile se fassent des sous en vendant aux moins nantis des voitures moins polluantes avec la complicité sournoise du ministre des Finances ! Qu’on leur laisse leur tas de ferraille ! Pour un peu, M. Di Rupo aurait expliqué qu’agir ainsi est un acte culturel : les vieilles bagnoles devraient être inscrites au patrimoine de l’humanité avec toutes les grandes figures du patrimoine wallon, le carnaval de Binche, les habitations sociales de Charleroi et le sénateur Onkelinkx.
Comme Henri Simons, frais transfuge d’Ecolo, était dans la salle, le président du P.S.s’est empressé de souligner que son combat en faveur du CO2 des pauvres n’ébranlait en rien sa volonté de combattre la pollution par tous les moyens. Ainsi, le circuit de Francorchamps offrira des auto-collants gratuits vantant les mérites des énergies renouvelables aux bolides qui s’aligneront au prochain grand prix. Le texte des auto-collants risquant d’être difficile à déchiffrer vu la vitesse des véhicules, Henri Simons a annoncé qu’il offrira gratuitement aux spectateurs sa superbe collection de lunettes aux montures vertes. Ainsi, il ne sera plus dit que les pauvres n’ont que leurs yeux pour pleurer.
Vis-à-vis des Flamands, la stratégie de M. Di Rupo est hasardeuse. Avec le plan Marshall, il s’était donné l’image d’un homme politique encourageant les jeunes entrepreneurs dynamiques, les industries performantes, les winners enrichis de demain. Un programme qui avait tout pour plaire à l’élite du Nord. Mais espérer devenir premier ministre après avoir fait campagne sur le thème « laissez aux pauvres de Wallonie le droit de rester pauvres », ce sera difficile. Beaucoup plus difficile. Restera en cas d’échec à se consoler en revoyant « La Traversée de Paris » (le beau film que Claude Autant-Lara avait tiré d’une nouvelle de Marcel Aymé) pour cette scène célèbre où Jean Gabin clame : « Salauds de pauvres ! »

Alain Berenboom
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ODE A UNE CREATURE DE RÊVE QUI A 50 ANS

chronique
Que retient-on d’un homme après sa mort ? Une image, une phrase, guère plus. Newton, une pomme. Cambronne, un mot. Henri IV, une poule. Louis XVI, une tête. Arena, une douche. Attila, un steak. Les copains de Maurice Papon ont bien retenu la leçon. Pas bête le coup de la Légion d’honneur. Tant que la presse s’interroge, on l’enterre avec ou sans son hochet ? – comme un écho à la question qui empêche le capitaine Haddock de dormir : la barbe, au-dessus ou en-dessous des draps ? – elle ne revient plus sur son passé, les innocents envoyés à la mort pendant qu’il servait Vichy et les Nazis ou durant la guerre d’Algérie. Un jour, assez vite, on se dira : Papon ? C’est pas le type décoré pour avoir débarrassé la France de quelques étrangers ? Décoré de la légion d’horreur.
Mais, j’ai tort de regretter que les souvenirs s’estompent. Les peuples qui ne parviennent pas à faire le deuil sont aveuglés par la vendetta, paralysés par la douleur de plaies jamais refermées, ivres de vengeance sanglante : en Irak, au Sri-Lanka, en Palestine, entre l’Inde et le Pakistan. A vouloir punir les injustices du passé, on ne parvient qu’à détruire le présent.
La réconciliation des anciens pays ennemis de l’Europe, n’est-ce pas la plus belle réussite du traité de Rome dont on célèbre le cinquantième anniversaire ces jours-ci ? Imaginons à quoi ressembleraient nos régions si les Français, les Polonais ou les Hollandais décidaient de se venger des exactions allemandes ? Les Français des invasions britanniques ? Les Tchèques de nos lâchetés à Munich ? Les Allemands, les Espagnols et les Italiens des crimes de Napoléon ? Les hommes de Neandertal des fanfaronnades des homo sapiens ? Les supporters du Daring de la survie de l’Union saint-gilloise ?
Les errements économiques des responsables européens, leur pusillanimité sur le plan international, l’errance des pouvoirs flottant entre trop d’institutions, le ridicule d’un parlement sans pouvoirs, la gabegie, le quotidien de la –mauvaise-gestion de l’Europe a fait oublier l’audace et la réussite du projet des pères fondateurs, fonder un ensemble politique composé de peuples antagonistes sur des valeurs de paix, de démocratie, sur l’épanouissement économique. Un beau programme, une vraie respiration dans une Histoire faite de guerres et de tourments. Alors, pourquoi l’Europe a-t-elle l’air si triste et si désespéré ? Pourquoi cet anniversaire n’intéresse personne ? Pourquoi ne crie-t-on pas sur tous les toits que l’Europe a réussi cet invraisemblable pari : vivre avec les cicatrices du passé sans ruminer la vengeance. Les cicatrices, c’est drôlement sexy, non ?

Alain Berenboom
www.berenboom.com