Passage d’Alain Berenboom et présentation de son livre dans l’émission « Mille Feuilles » sur la Deux (RTBF) le mardi 12 février à 22 heures et rediffusion le lendemain 13 février à 10 heures du matin.
Mois : janvier 2008
LA ROUE TOURNE

Viendra un jour où le salon de l’auto se transformera en salon du vélo. Déjà, qu’on y célèbre la lutte contre la pollution. De mauvais esprits parlent à ce propos de cynisme, de rideau de fumée. Alors qu’un petit tour dans les travées du Heysel leur aurait permis de découvrir que les 4×4 sont désormais fournies avec des pédales et que les dernières voitures pour branchés, type blindés, importées directement de Bagdad, sont strictement réservées aux victimes de car jacking sur prescription médicale d’un psychiatre.
Pendant ce temps, de l’autre côté de la planète, les cyclistes sont progressivement chassés des rues de Pékin et de Shanghai pour ne pas perturber le trafic grandissant. Et ne pas mourir étouffés par le diesel.
Faut-il s’en plaindre ? L’industrie du cycle va disparaître des pays « émergents » où elle s’était délocalisée pour revenir chez nous. La cour des comptes vient de le souligner : dans l’état de délabrement où elles sont, qui peut encore circuler en voiture sur les routes du sud du pays ? Il n’y a plus que les aveugles et les alcooliques qui imaginent un avenir pour le réseau routier wallon. Le aveugles, les alcooliques et Michel Daerden.
Peu à peu, la campagne reprendra possession de nos régions. On ne circulera plus qu’à pied, à cheval et en vélo. Avec pour conséquence la fermeture des industries polluantes dont les produits ne pourront plus voyager. Adieu, monsieur Mittal et votre soif de CO2 ! Adieu MM. Carrefour et Delhaize et vos gigantesques parkings de béton ! Supprimons l’électricité, pour prévenir la fin du pétrole. Et de l’internet pour prévenir la fin de l’électricité. Du frigo et des hôpitaux. Et du téléphone pour cesser de se plaindre. Le chômage ? Ne vous en faites pas. On remplacera les boulots terribles, la sidérurgie, le montage de voitures, la chaîne, les grandes surfaces par des métiers disparus : maréchal ferrant, aiguiseur de couteaux, allumeurs de réverbères, crieurs publics, cantonniers.
Et ce jour-là, les nouveaux pays producteurs, la Chine, l’Inde et les autres, découvriront qu’il existe à l’ouest une région vierge, un nouveau marché à conquérir, de futurs consommateurs pour leurs produits. Vous les verrez débarquer en Wallonie et construire à nouveau routes et autoroutes, bâtir des usines flambant neuf, des équipements sportifs dernier cri, apporter bagnoles, ordinateurs et autres appareils. Un petit effort et nous aurons épargné la coûteuse « petite vignette » de M. Daerden et les travaux pharaonesques de type Country Hall de Liège. Et nous nous serons peut-être débarrassés entre temps de quelques « gestionnaires » du genre dévastateurs de la Wallonie…
Vive le vélo !
Alain berenboom
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A TABLE !

Cette semaine, en marge de l’Open d’Australie, Bruxelles accueille un nouveau championnat de tennis de table, l’Octopus, un machin qui rassemble plein de stars mais qui ressemble à un jeu concours. Alors, prêts ? Jouez !
Première question : combien de pieds a la table ? Si l’on annonce dix-huit invités, ils sont en réalité vingt, à lire les noms des participants. Donc : chercher les intrus. Quand vous les aurez trouvés, passer à la question suivante…
Pourquoi « Octopus » ? Ce mot (venu de l’anglais, adopté par le néerlandais mais inconnu en français) désigne un poulpe à huit bras, une bête redoutable qui étouffe tous ceux qui passent à sa portée. Devinez qui va étrangler qui ? Puis continuer…
Quelle sera la forme de la table ? Ronde sans aucun doute comme la plus célèbre table de l’histoire, celle des chevaliers réunis autour du roi Arthur, sur la suggestion de Merlin.
Mais, si Leterme est Arthur, qui joue Guenièvre, son épouse (laquelle, on s’en souvient, trahit le roi en se jetant dans les bras de Lancelot) ? Et qui est l’enchanteur, détenteur de la baguette magique ?
Le nom de tous les chevaliers de la table ronde est connu, sauf un, celui qui a droit au « siège périlleux ». Cette place est réservée au mystérieux invité qui aura déposé le Graal sur la table. Quiconque s’avise d’occuper « le siège périlleux » sans en avoir la qualité est aussitôt englouti. Question : devinez qui va disparaître du groupe Octopus parce qu’il se sera imprudemment assis sur le siège périlleux en prétendant avoir apporté le vrai Graal ? Et passer à la question suivante.
La table est donc ronde, c’est entendu. Mais de quel bois est-elle faite ? Question plus redoutable qu’il n’y paraît. Leterme, tel qu’on le connaît suggérera à coup sûr le bouleau. Mais ses vertus de travailleur n’ont accouché jusqu’ici que d’une souris. Alors, on préférera qu’elle soit taillée dans un autre bois. Du sapin ? Il sent l’enterrement. Le chêne, on ne pourra s’en dépêtrer. Le noyer, mieux vaut ne pas y penser même si c’est le sort annoncé du groupe…
A moins qu’il ne se disperse auparavant en passant par la case chaise musicale. Grâce au futé Christophe de Borsu, brillant journaliste de la RTBF, on connaît les qualités de chanteur du président de l’Octopus. Tout le monde sait aussi que le groupe est trop nombreux pour accoucher de propositions sérieuses. L’élimination sur l’air de la Brabançonne permettra peut-être de resserrer les rangs. Nul doute que lorsque Yves Leterme restera seul à table, la solution à tous nos problèmes institutionnels sera enfin en vue. Sauf si, selon sa bonne habitude, le docteur Leterme étouffe Mister Yves. Mais peut-on vraiment tabler là-dessus ?
Alain Berenboom
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CONVERSATION CHEZ LES LETERME, MADAME MILQUET ABSENTE

Yves : Tu as entendu le président Sarkozy, Bart ? Avec Carla, paraît que c’est sérieux.
Bart : Ah ! Si nous parvenions à offrir à nos citoyens des projets aussi ambitieux et mobilisateurs que les siens.
Yves : Même qu’il lui a offert une bague de chez Dior. Dis Bart, j’y pense. T’offrirais pas une pareille à Joëlle Milquet ? ça arrondirait un peu les angles lorsque viendront les ides de mars, tu vois ce que je veux dire ?
Bart : A ce prix-là, sa bague est un exemplaire unique à mon avis…
Yves : Pas du tout, Bart. Il paraît que Cécilia avait reçu exactement la même auparavant. J’ai lu ça dans « Gala ».
Bart : Ah ? Et tu crois qu’en passant par Sarkozy, Dior me fera une réduction ?
Yves : Tu fais comme tu le sens, Bart. Mais tu sais qu’en politique, on ne se fait guère de cadeaux.
Bart : Enfin, Yves ! Que veux-tu qu’il me demande en échange ? Une nuit à Val Duchesse pendant la prochaine discussion sur la scission de B.H.V. ? Il est le bienvenu ! Je lui préparerai même quelques pistolets à l’américain et un Thermos de café.
Yves : Sarkozy voudra quelque chose de même valeur : la perle de la côte belge, par exemple, le rattachement de Knokke à la France.
Bart : On peut discuter, non ? Proposer Duinbergen ?
Yves : Bon. Disons que tu as la bague. Et alors ? Tu la donnes dans quelle langue ?
Bart : Pff ! Si je fais un discours, Joëlle va dire Neen !
Yves : Moi, je trouve que pour un brillant de près de 20.000 euro, elle peut faire l’effort de répondre : Dank U wel Bart ! Et même te donner une kusje face aux caméras. Tu remarqueras que devant les journalistes, elle n’hésite pas à s’exprimer dans un flamand convenable.
Bart (méfiant) : Dis-moi, Yves, pourquoi veux-tu à tout prix me pousser dans les bras de cette péronnelle ? Déjà qu’elle a failli mettre notre ménage en l’air.
Yves : Fais un effort, Bart, je t’en prie. Sans elle, c’est Guy l’Italien qui ramasse tout ce qu’on a semé. Nous, on perd tout. Adieu veau, vache, cochon, couvée.
Bart : Leterme qui cite La Fontaine et qui fait la pub de Milquet. Yves, tu as passé trop de temps avec les fransquillons ! Si tu veux absolument avoir l’air moderne et faire ménage à trois, pourquoi ne pas draguer chez nous ? La petite Caroline Gennez du S.P.A, par exemple ?
Yves : Une rouge ? Pourquoi pas Bea Ghysen, la patronne de Spirit ? Elle a l’air assez libérée…
Bart : Une ancienne Volksunie ? Non, merci. Les relations incestueuses, ça me dégoûte !
Yves (avec un soupir) : Alors, retour à la case départ : Milquet.
Bart : Bon. Mais la bague, on l’achète chez nous, à Carrefour !
Yves : Carrefour ? Mais, c’est comme Dior : le fief de Sarkozy !
Alain Berenboom
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PUZZLE

En ce début d’année, j’ai la curieuse impression que les choses ne s’emboîtent pas.
Tenez cette histoire de terrorisme qui a gâché les derniers jours de 2007 alors qu’on venait enfin de caser Leterme dans une armoire. Il paraît que d’affreux barbus se terrent quelque part dans l’ombre en menaçant de faire sauter Bruxelles. C’est l’alerte 4 nous annonce-t-on d’un air consterné (à nous de convertir ce chiffre par l’échelle de Richter pour mesurer le tremblement de terre qui nous pend au nez). Le jour de son installation, le premier ministre joue le mystère tragique, le ministre de l’Intérieur agite sa langue de bois et le feu d’artifices est supprimé pour éviter les rassemblements. Résultat : au lieu de se masser sur le mont des Arts, la foule envahit la Grand-Place. C’est en déplaçant la population de trois cent mètres qu’on a déjoué les plans diaboliques des barbus ? Si on n’a pas eu droit aux pétards, on a reçu un joli rideau de fumée.
L’affaire de la libération de trois otages en Colombie nous donne le même sentiment d’avoir été pris pour des ballots. Les FARC annonçaient un geste humanitaire (ce mot doit avoir pour eux la même signification que pour Staline ou pour Kadhafi), le président Chavez ronronnait sur tous les écrans du monde et les média décrivaient d’avance le déroulement des opérations, faisant déjà des FARC des guérilleros plutôt que des criminels, de Chavez un nouveau Mandela – oubliant au passage le sort des centaines d’autres otages détenus par les narco-terroristes. Aussitôt, le président colombien exhibait le soi-disant l’enfant otage, prétexte pour les terroristes de ne pas libérer les victimes promises. Après ce spectacle retransmis sans le moindre sens critique par les media, comment s’étonner de son épilogue ? La pièce étant déjà jouée et le public ayant applaudi, la libération des figurants n’aurait plus rien apporté aux acteurs vedettes.
Les puzzles incompréhensibles, les pièces qui ne s’emboîtent pas, risquent de se multiplier dans les mois à venir : l’élection présidentielle américaine est toujours l’occasion de promesses absurdes, de rêves glorieux et d’avenir enchanté. La campagne électorale de N. Sarkozy nous en a donné un avant-goût que la situation économique de son pays va l’obliger à prolonger. Poutine en fera autant pour étouffer les critiques sur l’état de survie de la majorité de la population russe.
Reste heureusement la politique belge : peu de risque chez nous de vivre pareilles mystifications après le gouvernement transitoire. 2008, on nous l’a promis, ne nous offrira ni rêves ni paillettes mais l’étripage autour de BHV, le crêpage sur la fédéralisation tous azimuts, le dépeçage du pays. Et on se plaint ?
Alain Berenboom
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