UNE ANNEE TROP BELLE POUR TOI

chronique
Sarkozy, Hillary et Barak, Justine et quelques milliards de Chinois seront les héros de 2008. Mais qui seront les loosers de l’année ? C’est à eux, à ces futurs ratés de l’Histoire, que nous voulons présenter nos vœux.
Sans s’avancer beaucoup, on peut désigner le prochain président russe comme la vedette des anti-héros. Un homme dont personne ne connaîtra le nom, l’image, l’utilité et dont le programme sera prudemment pilonné avant même d’être distribué. Un destin de fantôme.
En Belgique, ce rôle sera tenu par Yves Leterme qui passera sans doute dans les manuels scolaires comme le plus mystérieux ex futur premier ministre. Tout le monde se doute qu’un nouveau grain de sable venu des plages de la Vlaamse kust grippera le mécanisme lorsque arrivera le moment promis de la passation de pouvoir. Coup de poignard de ses copains, croc-en-jambe de ses alliés, pied de nez de ses adversaires, peu importe d’où surgira le coup. Mais on voit déjà le visage pathétique du premier démo-chrétien contemplant le fauteuil inaccessible du premier fédéral. « Allons z-enfants de la patrie, le jour de gloire n’est toujours pas arrivé… »
En Grande-Bretagne, après les années Blair paillettes qui se sont terminées avec le goût du champagne éventé, on attendait l’homme qui a tant attendu. Et on n’a rien vu. Monsieur Brown, un produit blanc ? C’est la question à 1 000 £, celle que les bookmakers agitent pour faire monter les enchères. A moins qu’il ne sorte un truc de son chapeau ? L’indépendance de l’Ecosse par exemple, qui sera plus facile à proclamer que le retour de tous les Tommies d’Irak.
En Israël, on se demande avec angoisse quelle nouvelle gaffe ramènera E. Olmert à la une de l’actualité ? Entre scandales financiers, incapacité à négocier la paix et guerre ratée, il lui sera difficile de se surpasser. Certains murmurent déjà que Sharon, même dans son état, ferait mieux que son successeur.
Et l’Europe ? Eternellement enlisée dans un futur prometteur, va-t-elle enfin faire des claquettes dans son nouvel habit de lumière ? Le mini traité est sans doute un peu court mais, comme chacun sait, court c’est sexy. En attendant le super-président made in Europe dans une maison blancheke sur les bords de la Senne, les membres de l’Union continueront cahin-caha à se refiler anonymement la patate chaude tous les six mois.
Reste Charleroi. Courage, citoyens carolos ! Le reste du monde va mal. Mais Charleroi va de l’avant. Après le smog des comptes, le crachin politique et le brouillard de la pollution, que pourrait-il encore vous arriver ? Rien que du bon. C’est ce que nous vous souhaitons ainsi qu’à tous les lecteurs. Et même aux autres.

Alain Berenboom
www.berenboom.com

SALUT LES COPAINS !

chronique
Quand un homme politique n’a rien à dire, c’est facile à deviner : il salue. Observez-le : à la sortie du palais royal, en descendant de l’avion, après une réunion, fonçant vers sa voiture, visitant les SDF, les malades, les travailleurs licenciés, il agite la main comme une star, les lèvres cousues. Dispensé, par ce geste, de s’expliquer devant micros et caméras.
Pendant la crise, c’est fou ce que les politiciens ont salué. Plus ils voyaient Yves Leterme, plus ils agitaient la main ! Les muscles des poignets des négociateurs doivent être dans un drôle d’état !
L’accouchement pénible du gouvernement Verhofstadteke et sa vie limitée annoncent de nouvelles tensions. Le moment où apparaîtra la zizanie se verra à la mise en scène des mains. Regardez bien. Si nos élus, au lieu de se précipiter vers les journalistes, passent rapidement au large en agitant fiévreusement leurs paluches, c’est le signe que ça va mal.
Drôle de signe quand on y songe. D’habitude, le salut est un geste d’ouverture vers le rêve, l’absolu, un nouvel univers : « Salut aux coureurs d’aventures ! » le beau roman de John Buchan. « Salut, les copains ! », l’émission d’Europe n°1, symbole d’un changement d’époque. Ou l’adieu à un grand destin : Salut, l’artiste ! Ou : Ave César, ceux qui vont mourir te saluent !
Rien de tel dans le salut du politicien coincé. Sommé de s’expliquer devant ceux qui les ont élus, il affiche le regard égaré et le sourire crispé de celui qui n’a même plus le courage d’agiter la langue de bois. A l’époque de l’image, il croit que le geste remplace le mot. Que l’homme civilisé n’a plus besoin de contenu. Tout est dans l’imaginaire que son geste va faire naître. S’adressant aux citoyens par dessus la tête des journalistes (ah ! la démocratie directe), il suggère de lui faire confiance, il apaise, il tient les choses en mains au sens propre du mot. La parole est inutile, déformée même par les media, source de confusion. Leurs mains le démontrent : eux, ils travaillent.
Le président Sarkozy, maître de cette technique, donne l’exemple. Peu importe ce que font ou que disent Rachida Dati ou Rama Yade; leur présence est le message. Rama Yade peut fustiger le guide de la révolution libyenne. Tant qu’elle parade à la gauche de Sarkozy et Dati à droite, leurs messages sont inaudibles, inutiles. Carla Bruni vient renforcer cette garde rapprochée et ce pouvoir de l’image. Taisez-vous Elkabbach ! disait jadis G. Marchais. On ajoutera aujourd’hui : Regardez !
Restera aux citoyens une parade, bien belge, celle de répliquer aux hommes politiques : Salut en de kost !

Alain Berenboom
www.berenboom.com

VERSION LIBYENNE

chronique
Selon le guide la révolution libyenne, M. Kadhafi, Jésus n’a pas été supplicié sur la croix. Un sosie, affirme-t-il sans rire, avait pris sa place. On voit ainsi, et c’est rassurant, que l’influence pernicieuse des Monty Python s’étend désormais jusqu’aux confins de l’Egypte. Ayant délaissé les cadavres exquis, Kadhafi rit. Est-ce le signe que l’on peut désormais rire de tout même au Moyen Orient ? Que l’affaire des caricatures de Mahomet est définitivement ensablée et qu’on peut en remettre une couche ? Ou plutôt la confirmation que le premier libyen dit n’importe quoi ? Ce qui relativise un peu ses engagements solennels sur l’arrêt des recherches militaires de son pays en matière d’armes de destruction massive ou sa promesse de renoncer à financer les terroristes.
Une petite phrase prononcée lors du dernier sommet Europe-Afrique la semaine dernière aurait dû mettre la puce à l’oreille, lorsqu’il affirmait, péremptoire, que le terrorisme est la seule arme des pauvres contre les riches. Salaud de pauvres ! comme disait Marcel Aymé. Heureusement pour eux, les dirigeants européens souffrent depuis toujours de graves défaillances de l’ouïe. Et le nouveau président français, M. Sarkozy, a manifestement été contaminé par le mal dès son premier sommet européen. Au lieu de décommander séance tenante la visite de ce fou à Paris, il a pris ses propos pour de sympathiques plaisanteries, avec le résultat que l’on voit : les facéties du Guide ont déstabilisé son gouvernement, fâché ses parlementaires et boosté (pour quelques instants) les socialistes.
C’est peut-être un homme comme ça qu’il nous faudrait en Belgique pour dénouer la crise. Mais où ai-je la tête ? Un homme comme ça, nous l’avons ! « La RTBF et Radio mille collines, c’est kif-kif ! » « Les francophones n’apprennent pas le flamand parce qu’ils en sont incapables ! » « L’hymne national belge ? C’est la Marseillaise ! » N’est-ce pas du Kadhafi bon cru ?
Curieusement, ces formules monty-pythonesque, qui auraient tant plu dans la bouche du guide suprême de la révolution libyenne, ne valent à son auteur ni l’amitié du président français et les fastes de la république, ni la considération et le respect du président des Etats-Unis. Seulement des injures de ses collègues et des sarcasmes dans la presse. Je comprends l’amertume de M. Leterme. Quoi qu’il fasse, qu’il dise, qu’il imagine, ses propos et ses initiatives tombent toujours à plat.
Allez, Yves, du courage, manneke ! Accroche-toi. Il suffit que demain on annonce la découverte de pétrole à Poperingue ou à Steenokerzeele pour devenir le héros de la communauté internationale. A quoi tient le succès d’un humoriste …

Alain Berenboom
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SOLDATS DE PLOMB

chronique
Jadis, les choses étaient simples : d’un côté il y avait les vilains tyrans, de l’autre les braves résistants et les irréprochables démocraties. Que c’était reposant ! Les choses se sont singulièrement brouillées depuis. Le ying et le yang n’y retrouvent plus leurs petits.
Du côté du pouvoir, s’il reste quelques dictateurs à l’ancienne, ce sont désormais des pièces de musée, modèle Kim Jong-Il, le leader bien aimé respecté de Corée du Nord. Les potentats modernes ont parfaitement digéré le mode d’emploi de la démocratie et l’avantage médiatique d’une bonne journée d’élections. L’apparence de démocratie suffit pour profiter des largesses des Américains et des Européens, recevoir un beau télégramme de félicitations du président Sarkozy et faire partie de cette si respectable « communauté internationale », le club des gens bien.
Poutine, ayant fait disparaître – plus ou moins- légalement les principaux media d’opposition (et leurs journalistes) et cassé toute opposition politique en envoyant les uns en exil et les autres en prison, a démontré la supériorité de la loi et de l’ordre sur la méthode bête et brutale du parapluie bulgare que lui enseignaient ses maîtres. Au Congo, Kabila a très bien appris comment l’enfant d’un coup d’état pouvait être élu d’un coup de baguette magique (avec les félicitations et l’argent des plus exemplaires démocraties). Au Pakistan, le pervers Musharraf a imaginé un excellent moyen pour assurer son poste : puisque la cour constitutionnelle refusait de le nommer, il suffisait de nommer une autre cour pour gagner les élections. En Iran, seul Dieu décide qui est candidat et qui va en prison, ce qui évite les mauvaises surprises. Fez blanc et blanc fez.
Les rebelles ne sont pas en reste. Elle est loin l’époque où l’on admirait les magnifiques barbudos de Cuba qui allaient balayer les affreux Américains et les courageux Vietcong qui défendaient leur pays envahi par les barbares. Mieux vaut oublier ce que sont devenus Castro et Hô Chi Minh arrivés au pouvoir. Leurs enfants sont pires. Les images et la lettre de Ingrid Betancourt ont définitivement convaincu les candides que, quel que soit le dégoût que l’on peut ressentir face à certains dirigeants colombiens, les FARC ne sont qu’une bande de criminels brutaux et inhumains. Ne valant guère mieux que leurs cousins du Sentier Lumineux au Pérou et leurs clones talibans d’Afghanistan ou d’Irak. Sans oublier certains guérilleros auto-proclamés d’Afrique.
Au moment où nos apprentis politiciens s’amusent à jouer à cache-cache dans une pièce obscure appelée Belgique, il est bon de se rappeler que la démocratie et la liberté sont plus fragiles que le verre du Val Saint-Lambert.

Alain Berenboom
www.berenboom.com

Cher Saint Nicolas

chronique
Cher Saint Nicolas,

Kom j’ai été très sage cette année, je t’adresse, en toute confiance, ma liste de kadeaux. Des petits kadeautjes car je me doute que pour toi aussi, avec la hausse du prix du fourrage et de l’essence, c’est pas Noël.
J’ai pris soin d’éviter ce qui pourrait fâcher. Depuis six mois que je me suis lancé dans l’écriture, j’ai compris que le travail d’un écrivain, ce n’est pas d’accumuler des mots mais de choisir ceux qu’il faut effacer.
D’abord, j’aimerais recevoir un kostume de vieux sage. J’ignore à quoi ressemble cet accoutrement mais je te fais confiance. Chaque fois que j’ouvre la bouche, tout le monde s’enfuit comme si j’étais le bonhomme Thermogène crachant les flammes de l’enfer. Sous le masque du sage, il paraît (c’est mon ami Bart De Wever qui me le souffle et il est toujours de bon conseil) que mes demandes les plus dingues passeront pour de gentilles suggestions. On me dit que tu as déjà fourni ce genre de panoplies à quelques amis, comme à ce stoeffer de Jean-Luc Dehaene et à ce serpent d’Herman Van Rompuy.
Je voudrais aussi une ardoise magique comme celle que tu m’avais donnée quand j’étais enfant et qu’un de mes collègues a dû me dérober. Tu sais, un de ces plaques vernies sur laquelle ce qu’on écrit s’efface clic, clac ! en un tournemain. J’en ai vraiment besoin. Regarde où m’a conduit d’avoir signé les yeux fermés un papier griffonné sur un coin de table par mon ami Bart peu avant les élections. Je n’y ai pas fait attention. Cela ressemblait à une liste de courses comme celle que me remet ma femme chaque fois qu’elle m’envoie chez Delhaize et que j’oublie dans la voiture, pressé que je suis d’échapper aux SDF qui agitent leurs petites tasses sous mon nez dès que j’ôte ma ceinture. Bart est un bon garçon. Il est prêt à oublier ce papelard. Mais ses associés sont terribles. Chaque nuit, ils viennent agiter ce ridicule contrat sous mon nez. Grâce à l’ardoise magique, Bart peut me faire signer n’importe quoi en toute tranquillité. Fini le chantage ! Hop ! Effacé ! Avec Sarkozy, j’ai vu dans quel bourbier se met un homme politique qui se met en tête de tenir ses engagements électoraux. C’est un comportement qui met en danger l’ordre public.
J’ai aussi besoin d’une nouvelle femme, grand saint. Plus moyen de s’en passer en politique. Ce sont elles qui font la loi. J’ai bien essayé d’en trouver une grâce à l’émission de V.T.M. « Boer zkt vrouw » (Paysan cherche Femme) mais la seule proposition que j’ai reçue, d’une certaine Joëlle Milquet, m’inquiète. Je n’aime pas les poupées qui font toujours non, non, non, non, toute la journée.
Ne reste que toi, grand saint, pour assurer mon salut. Allez, fais-moi une surprise ! Tu ne peux savoir kom j’en ai besoin…

Pour Yves,
Alain Berenboom
www.berenboom.com