Le dernier qui part jette la clef

chronique
A partir du 1er juillet, plus rien n’a d’importance. Tout ce qui paraissait incontournable, onbespreekbaar se délite dans le sable, la mer et le vent. L’air passe enfin. Les nœuds, les blocages s’évanouissent, Charleroi, le programme de la NVA, BHV, le plan Marshall, les mecs qui se remontent les bretelles à longueur d’années, les nanas qui veulent montrer qu’elles aussi ont des biscottos, les chefs, les sous-chefs, les futurs chefs et ceux qui veulent faire croire qu’ils ne sont pas encore has been, tout ça, c’est fini. On arrête tout et on marche dans l’eau.
Les très sérieux présidents des conseils d’administration courent les écoles pour écouter, plus anxieux que leurs enfants, le résultat des délibés avant de se remettre de leurs angoisses en enfilant short et tongs et en construisant des châteaux de sable avec l’énergie qu’ils mettent à racheter et à revendre des entreprises. Des châteaux qui vont disparaître une heure plus tard, dès la marée haute.
Pastis, épilation et régime maillot, le tour de France, le concours de pétanque, voilà désormais ce qui compte. La seule question existentielle qui se pose est celle-ci : combien de fois, penses-tu, ces scampis ont-ils été congelés, dégelés et congelés à nouveau ? Ah ! Qui décrira la terreur de l’homo sapiens confronté aux mystères de la chaîne du froid dans les restos de plage de la Méditerranée ?
Ce n’est pas seulement une pause, c’est l’histoire qui bascule : Tony Blair quitte le pouvoir, Paris Hilton sort de prison, les socialistes wallons perdent le contrôle absolu de Charleroi. Une époque nouvelle commence : l’Europe se promet un vrai président, Elio di Rupo accède à la présidence du P.S., Michel Daerden exige la présidence de la gauche bouchon.
On ferme tout ce qu’on croyait indispensable : l’ordinateur, la télé, la radio, le mobile, le bulletin des enfants, le rapport de l’informateur. Le catalogue des Trois Suisses vient d’arriver et on se met enfin à lire des romans.
Reste à affronter les soldes, une épreuve terrible, nouvelle preuve que rien n’a d’importance : cette veste, cette paire de sandales à semelles compensées, ce sac qui valait deux mois de salaire, symboles magiques mais inaccessibles de la réussite, on vous les donne ou presque. On s’était donc trompé sur toute la ligne : tout ça ne valait rien. Pas plus que les promesses électorales imprimées en couleurs sur les tracts qui traînent encore dans la cave avec la photographie chiffonnée de ceux qui n’ont pas été élus et de ceux qui l’ont été mais qui se demandent déjà pourquoi faire. Il n’y a pas qu’eux. Le 1er juillet, on se demande tous si on ne s’est pas trompé de vie.

Alain Berenboom
www.berenboom.com

DREAM TEAM

chronique
Nicolas Sarkozy a fait fort : Kouchner aux affaires étrangères, un super ministère de l’environnement, la présidente de Ni putes Ni soumises et l’ex-patron d’Emmaüs : que du beau linge dans un gouvernement dit de droite ! On imagine mal la gauche française déployer pareil tableau de chasse. Face à lui, le pauvre Hollande n’en mène d’ailleurs pas large. Entre Sarkozy qui lui pique le meilleur de la troupe, Ségolène qui le chasse de l’appartement en gardant la vaisselle et les poids lourds du PS qui le poussent au fond du placard, il rame à Solférino et songe à partir en week-end avec Alain Juppé pour soigner sa dépression.
Emerveillé par le numéro de Nicolas 1er, dont il est un des plus fervents groopie, Didier Reynders fantasme sur une dream-team à la belge. Les traîtres magnifiques sont à la mode. Qui va croquer les oranges bleues ? Si l’on range à gauche Van Cauwenberghe, Happart ou Despiegeleer, il ne devrait pas avoir top de mal à convaincre des vraies stars et même quelques B.V./W.
Michel Daerden par exemple, l’incarnation de la vraie gauche bouchon prendrait la Santé (pas la prison, les hôpitaux). Au grand dam de Steve Stevaert qu’un passé de bistrotier prédestinait à la fonction. Le gouverneur du Limbourg continuera donc à chasser les chenilles processionnaires.
Josy Dubié aurait accepté le secrétariat d’état à la Condition féminine, ce qui pourrait pousser Richard Fourneaux à la Condition masculine. Il se tâte encore.
Pure provocation à l’égard de son ami Alain Zenner – ancien curateur des Forges de Clabecq- ou vraie conviction, D. Reynders songerait très sérieusement à Roberto D’Orazio pour dynamiter la Justice.
Divine surprise, Kim Clijsters n’aurait pas dit non au portefeuille des Affaires étrangères. Dame ! Elle parle au moins trois langues et pratique le grand écart mieux que la plupart de nos politiciens professionnels. Autre nouveauté, un ministère confié à deux co-ministres : les frères Dardenne qui hésitent entre l’Intérieur et l’Extérieur Nuit.
Notre meilleur produit d’exportation, la B.D. serait pour la première fois dans un gouvernement. Tintin, trouvant les oranges bleues trop amères, le rôle serait confié à Gaston Lagaffe, le héros sans emploi, ce qui le prédestine à la fonction de ministre sans portefeuille mais avec hamac.
Au ministère de l’avenir, François Schuiten ; aux droits de l’homme, Marion Hänsel et Toone VII au ministère du bruxellois, qui devrait remplacer français et flamand comme seule langue officielle du pays, une solution qui réglera enfin ces stériles et épuisantes querelles communautaires.
Reste le poste le plus disputé, le ministère de la Perfidie. Aux dernières nouvelles, c’est Guy Spitaels qui tient la corde.

Alain Berenboom
www.berenboom.com

TOUT NUS & A VELO

chronique
Avec le réchauffement climatique et la mode bio, les manifestations changent de look. Au défilé de protestataires emballés dans des parkas matelassés succèdent les adeptes du naturel. Après Saragosse, c’est à Paris que des militants vélocipédiques ont parcouru les rues sur leurs engins en exhibant fièrement les leurs. N’en déplaise aux vieux militants, parfois un peu coincés, le slogan bombé sur un drap et l’Internationale chantée en chœur, ça n’intéresse plus personne. Pour attirer l’attention du citoyen, ce n’est plus le poing qu’on lève.
La grève de la faim aussi est passée de mode. Le temps où Gandhi soulevait l’Angleterre est bien fini. Malgré la mort d’irréductibles partisans de l’I.R.A., madame Thatcher avait été réélue sans difficultés. Et l’Inde choisit maintenant l’arme atomique pour imposer ses vues.
Les épouvantables massacres en Afrique noire, les violences barbares des terroristes irakiens ont habitué l’opinion publique à une escalade de plus en plus atroce dans l’expression des revendications. La surenchère est triste hélas. Ne reste que le cul pour sensibiliser les citoyens blasés et monter à la tête de ceux qui tentent à tout prix de devenir des vedettes ou d’afficher leurs idées.
Michel Daerden a bien essayé l’alcool mais son message était si dilué que la méthode a démontré ses limites. La prochaine fois, faisons-lui confiance, lui aussi descendra le pantalon.
Le sexe a envahi les journaux et l’internet mais il continue de titiller et de faire scandale: la pub, les shows télé n’ont rien trouvé de mieux pour se vendre. Voilà donc les revendications politiques gagnées à leur tour par le fléau.
Les cyclistes défilent dans le plus simple appareil pour protester contre l’envahissement des villes par les bagnoles. Demain, à qui le tour ? José Bové qui a beaucoup perdu de sa superbe depuis la dernière campagne électorale française mais qui affiche toujours sa moustache en forme de guidon de vélo pourrait être tenté d’attaquer la prochaine fois Mac Donald à poil. Et José Happart, en chute libre dans le coeur des électeurs, se rappeler qu’il existe des francophones dans les Fourons et leur proposer de poser sans défroques devant le palais du gouverneur du Limbourg jusqu’au jour du rattachement à Liège – ou à la pneumonie. Dans quelques semaines, lorsque les socialistes seront dans l’opposition, ils pourront peut-être reprendre l’idée à leur compte ; cela fera un scandale qui fera oublier ceux de Charleroi, de la gestion des habitations sociales et autres.
Reste une limite : le froid. Mais à la manière dont nos gouvernants s’intéressent à l’évolution climatique, l’hiver n’existera bientôt plus.

Alain Berenboom
www.berenboom.com

LE CAROLO UGLY BROTHER

chronique
Les thèmes des reality shows et autres star ac’ commençant à s’épuiser, les producteurs ont compris que, pour relancer l’intérêt des téléspectateurs, il fallait surenchérir dans le guignol en jouant la carte du sordide. Aux Pays-Bas, grâce au très raffiné Endemol (propriété notamment de Silvio Berlusconi), une cancéreuse en stade terminal trônant sur un plateau télé va choisir le bénéficiaire de son rein entre plusieurs candidats (applause !)
En Belgique, c’est la ville de Charleroi qui relève le gant. Lassés des quolibets et des lazzis, les dirigeants socialistes locaux ont longtemps cherché le moyen de redorer leur image auprès du public. Les inculpations n’ont en effet servi à rien, ni les contritions et autres excuses. Les élections communales pas davantage. Dans l’isoloir, les citoyens perdus devant ces listes décourageantes de noms et de sigles inconnus, poussent un grand soupir, haussent les épaules et cochent comme toujours le nom de leur seigneur (leur saigneur serait plus exact). Après ça, ledit roi, réélu pour la centième fois, fait semblant dans un grand geste de générosité de s’entourer de nouveaux bouffons. Mais, personne ne s’y trompe, le spectacle reste le même. Comment alors provoquer un électrochoc qui redonnerait à la population le goût de la politique ?
Une idée géniale vient de jaillir dans le cerveau fertile de certains de ces messieurs : un jeu, un show, le Carolo Ugly Brother. La démocratie ayant démontré son inutilité, place à la télé ! Un outil que le citoyen d’aujourd’hui comprend et manie bien mieux que le crayon électronique.
A l’occasion des élections, il s’agit (en principe) de choisir les meilleurs dirigeants. On a vu le résultat… Avec le jeu télé, plus d’hypocrisie : le gagnant est vraiment le dirigeant le plus affreux. C’est celui qui a commis le plus d’infractions qui accumule les points. Spéculation immobilière grâce à des renseignements d’initiés ou faux procès-verbaux du conseil communal, c’est pas mal mais insuffisant pour accéder aux demi-finales. L’achat de vins avec la caisse des habitations sociales, c’est mieux. Une caisse noire dans le dos du service troisième âge, c’est assez dégoûtant pour valoir une prime. L’argent des contribuables dépensé pour équiper des maisons de campagne, payer les frais de bouche et les voyages lointains des grands chefs, c’est classique mais vu le montant, cela mérite un coup de chapeau. Le financement d’une équipe sportive à Carcassonne, ça c’est beaucoup plus original. Pour ma part, je vote la qualification en finale de l’auteur de cette trouvaille. Mais on attend la suite avant de désigner le vainqueur. A Charleroi, on n’est jamais déçu. L’imagination est au pouvoir (de l’argent).

Alain Berenboom
www.berenboom.com