Archives par mot-clé : Wallonie

CASSEZ LA VOIE

On ne remerciera jamais assez les agents des TEC. Voilà des Belges respectueux de la régionalisation du pays et qui prennent bien soin, à chacune de leurs grèves, de n’emmerder que les Wallons. Tous les Wallons. Mais rien que les Wallons.

Ce sont bien les seuls de toute l’Europe, de toute la planète, qui ne descendent jamais à Bruxelles pour crier, casser et pire si affinités. Même leurs bus ne viennent pas polluer nos rues vu qu’ils restent la plus grande partie de l’année sagement rangés au garage.

Alors que les indépendantistes catalans, les ex-sidérurgistes lorrains, les agriculteurs allemands et français, les fans de foot marocain, les enragés du R.S.C. d’Anderlecht, les Kurdes, les opposants russes, les groupies de Vargass 92, la star de Snapchat (vous suivez ?) sont attirés par la capitale belgo-européano-flamande comme les rats par le fromage. Même les Anonymous s’en viennent protester bras dessus, bras dessous dans les rues de la capitale, ce qui est un peu paradoxal. Mais est-ce plus logique de casser les vitrines de la place de la Monnaie pour faire la fête à une vedette des réseaux sociaux ? A Bruxelles, la différence entre réel et virtuel tend à s’estomper. Façon de prouver qu’elle est une ville high tech, une cité du futur. Même si les embouteillages, les tunnels en ruines et les chantiers de travaux interminables nous font heureusement bien vite retomber sur terre.

Il faut vraiment être coincé pour ne pas venir casser sa voix à Bruxelles. Les habitants de Bali ont renoncé à défiler dans le quartier européen pour dénoncer le réveil du volcan Agung à cause de la fermeture de l’aéroport. Les astronautes de la Station Spatiale Internationale n’ont pas réussi à décrocher l’autorisation d’atterrir pour avertir Jan Jambon de l’invasion imminente des Martiens tant que les négociations entre le fédéral et les trois régions sur le survol de Bruxelles ne sont pas clôturées, que le Conseil d’Etat n’a pas donné son avis, ceci sous réserve des recours des habitants devant les tribunaux.

Quant aux fans de Johnny Halliday, assommés par la disparition de leur idole, ils sabotent le voyage à Bruxelles parce que le père du chanteur qui l’avait abandonné à sa naissance y est enterré.

Tout le monde défile à Bruxelles sauf les Bruxellois. Quelle que soit leur origine, ils sont les seuls à ne pas arpenter la ville au pas de Loi. Eux, ils préfèrent flâner et admirer les facettes extravagantes de cette cité folle, mal foutue et délirante qu’ils aiment tant.

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Ps : Allez plutôt défiler devant la magnifique et hilarante collection de cartoons de nos meilleurs artistes réunie sous le titre « Belgium Art Cetera » qui revisite l’histoire de l’art belge. Jusque fin janvier au Musée Belvue.

E PERICOLOSO SPORGERSI

Dans son magnifique roman « Le Guépard », Lampedusa saisit la Sicile en 1860, au moment où elle va basculer. Dominée pendant des siècles par les propriétaires terriens, l’île accueille avec enthousiasme Garibaldi, ses chemises rouges. Et les idées de la révolution française. Le héros du livre, Tancredi, jeune aristo cynique, comprend que pour que sa caste ne soit pas balayée, il n’y a qu’une solution qu’il résume dans cette belle formule: « il faut que tout change pour que tout reste comme avant. »

La Wallonie et la Sicile, unies depuis longtemps par des liens profonds, ont beaucoup de traits en commun : longtemps occupées par les mêmes puissances étrangères, elles ressentent le même besoin d’immobilité, déguisé derrière une fièvre de réformes. Elles tolèrent quelques pratiques mafieuses. Et elles partagent l’amour des félins. Les événements des derniers mois devraient donc inspirer un de ces jours un « Guépard » version wallonne.

Premier épisode : Garibaldi-Lutgen débarque sur les rives du Grognon et chasse par surprise le propriétaire assoupi, Elio-Tancredi, qui occupait les lieux depuis des siècles. L’ancien garde-chasse d’Elio, Lutgen, ne sachant que faire de sa victoire offre le château à un nouveau maître, qui porte bien son nom, Chastel.

Deuxième épisode : Elio-Tancredi, redevenu soldat errant, change son fusil d’épaule. Il se débarrasse de ses signes de noblesse trop apparents, de ses nœuds pap’-paillette, et de quelques courtisans trop voyants pour se déguiser en prolétaire, couteau entre les dents. Prêt à reprendre le château d’assaut à la tête de la populace, y compris s’il le faut avec l’aide de Raoul et de sa bande de sans-culottes. A nous la Bastille, ou plutôt l’Elysette ! Mort au traître !

Une fois le château repris, promet-il, le pouvoir sera exercé par les citoyens – tous, sauf le garde-chasse, enfermé dans un obscur cachot, et Raoul exilé en Flandre.

Entre temps, pour prendre ses ennemis à revers, Tancredi-Elio a poussé son copain Olivier Maingain à empêcher le feu de gagner Bruxelles et de dévorer ses deux autres domaines.

Inspiré du Guépard, ce feuilleton est aussi une histoire de félin. Lutgen en félin faussement patelin, Di Rupo en félin frétillant, Zakia Khattabi en chatte échaudée, Olivier en charivari, Chastel en félin repu.

Mais, avant de sortir leurs griffes, toutes ces bêbêtes feraient bien de méditer sur quelques proverbes célèbres. On ne vend pas un chat dans un sac, cher Benoit. Malgré le bruit et la fureur, il n’y a pas de quoi fouetter un chat, cher Elio. A chat malin, chat malin et demi, cher Olivier.

Et surtout s’inspirer de ce proverbe chinois : « Il est difficile d’attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout quand il n’y est pas. »

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DEBOUT LES DAMNES, ETC

Goblet, reviens, ils sont devenus fous !

Depuis que Marc Goblet s’est retiré, tout va de travers: les patrons licencient à la pelle et les travailleurs, au lieu de se révolter, de défiler dans les rues de Charleroi sur les énormes engins flambant neufs qu’ils viennent de fabriquer, continuent d’aller tranquillos au turbin. Même les TEC n’ont pas connu un jour de grève. Même les TEC !

On pensait que la classe ouvrière n’avait plus que ses yeux pour pleurer et le mouchoir de Paul Magnette pour les essuyer jusqu’à l’annonce surprise de Charles Michel.

Je suis prêt, a-t-il annoncé la voix un peu tremblante tout de même, et le poing timidement levé, de reprendre le rôle du flamboyant leader syndical, après le refus cassant de Marie-Hélène Ska. La patronne de la CSC a déclaré en effet à propos de son ancien collègue, désolé, les mecs, un mâle pareil, il n’y qu’un autre mâle pour le remplacer. Imagine-t-on le Roi Lear jouée par une femme ?

Avec sa belle barbe, Charles Michel a donc senti que l’annonce de la fermeture de Caterpillar ouvrait une nouvelle page de son destin. Du ciel, une voix lui a murmuré à l’oreille : Charles, le moment est venu pour toi de changer de registre.

Fini les cocktails avec les patrons, où il est obligé de parler néerlandais pour tenir son rang face aux leaders de la N-VA, fini les voyages autour de la planète pour vanter en anglais les bienfaits des intérêts notionnels et de toutes nos autres turpitudes fiscales réservées aux capitaux lointains pour les attirer dans notre pays fatigué. Fini tout ça. Charles $ Michel est mort. Vive Charles camarade Michel !

Dans son nouvel habit, il peut crier haut et fort et en wallon sa solidarité avec le prolétariat. Debout les damnés de la terre wallonne ! Paul Magnette et Raoul Hedebouw en restent comme deux ronds de flancs, dépassés sur leur extrême gauche. Celui-là, ils ne l’avaient pas vu venir. Pas plus que son appel à faire « l’union sacrée » avec toutes les forces de Wallonie, entendez les socialistes pour « soutenir les travailleurs » contre l’abominable capitaliste américain. Tremblez, au fond de l’Illinois !

Pour un premier essai, franchement, c’est pas mal, mais pas encore tout à fait ça. Le vocabulaire est un peu pauvre, un peu plat, la voix ne porte pas très loin, certainement pas jusqu’aux Etats-Unis. On sent notre jeune Premier pas tout à fait à l’aise dans le costume, avec son foulard rouge trop neuf, un casque jaune tout juste sorti du stock américain et la photo de Raoul Hedebouw au mur.

Charles devrait peut-être potasser son Shakespeare pour monter en puissance. Dans « Le Roi Lear » justement, il trouvera une belle formule : « C’est un malheur du temps que les fous guident les aveugles ». A condition de préciser que le fou est américain et non pas le chef du gouvernement belge…

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WALLONMAN EST ARRIVE, HE, HE

Jusqu’ici, les Flamands avaient leurs BV et les francophones leur Fédération BW. C’était trop simple. D’où cette nouveauté, sortie d’une nuit d’insomnie de J. C. Marcourt, le plan W.

Pourquoi l’idée que des B.V. wallons réfléchissent à l’avenir de leur région provoque-t-elle une telle tempête dans un verre de pekèt ou plutôt de faro ? Ca fait longtemps qu’ils auraient dû y penser ! De là, à mettre les Bruxellois à la porte de leur toute fraîche Fédération, voilà qui ne plaît pas vraiment dans les chaumières de la capitale.

« Si c’est comme ça, je vais devenir flamand ! » a menacé Philippe Moureaux, jamais en retard d’une réflexion politique longuement mûrie. Mais l’ancien boss socialiste bruxellois est tellement tordu que, s’il faut croire certaines rumeurs, cette annonce n’est qu’un prétexte pour changer de sexe linguistique. Atteint par la limite d’âge, il envisagerait de recommencer à zéro une carrière dans le Nord. Nul doute qu’il y sera à l’aise. Son goût du sarcasme grinçant, de préférence méchant et injuste, n’a rien à envier à celui de Bart De Wever. Et, comme tous deux sont historiens, on se réjouit déjà de les voir s’affronter au jeu à la mode à la télé flamande « De Slimste Mens Ter Wereld ».

« Qui a gagné la bataille des éperons d’or ? M. De Wever lève la main ? » 

« Et la seconde guerre mondiale ? Tiens ? M. De Wever reste muet. M. Moureaux peut-être? »

Depuis qu’Elio Di Rupo ne s’exprime plus que dans un néerlandais compréhensible seulement à Amsterdam, ça grenouille dans le marigot wallon. Tout le monde se bat pour devenir calife à la place du calife.

Privé de l’ombre de son président de parti que le rendait tellement plus grand, Rudy Demotte semble avoir fondu comme neige au soleil. Les deux belles casquettes qui trônaient sur sa tête lui tombent sur le nez. Tandis que son cher camarade, J.C. Marcourt se découvre une vocation de flambeur wallon, lui dont on ne connaissait que les qualités et la prudence de technicien de l’économie. Marcourt en réincarnation d’André Renard ? En clone de Kriss Peeters namurois ? Yes ! Wallonman est arrivé !

Comme les hommes politiques n’ont rien à nous offrir, vu l’état des finances publiques, on peut s’attendre à une surenchère dans la gesticulation autour du W vu que ça ne coûte pas cher. Sauf au Scrabble où décrocher cette lettre magique est une véritable mine d’or.

Creuse, Marcourt, creuse !

 

PS : dans notre série « le bon plan cinoche du week-end », courez voir « Miss Mouche » de Bernard Halut, une tragédie qui a les apparences d’une comédie, le film le plus inventif tourné en Fédération WB depuis « La Fée » !

 

 

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