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FÊTE DES ROIS

Dimanche, c’est la fête des rois ! Si, si. Cette année, c’est en octobre, pas en janvier. Prévenez votre pâtissier de ne pas oublier de fourrer ce weekend end la fève au fond de la galette. Le jour des élections, c’est le seul jour de l’année où c’est vous qui décrochez la couronne. Les autres jours, c’est ceinture !

Encore vous faut-il pécher la fève, la bonne. Car dans le tas, il y en a un certain nombre qui sont pourries, creuses, contrefaites ou vraiment immangeables.

Vous me direz : les élections, c’est un moyen plus sûr de désigner le roi. On le choisit au lieu de laisser le hasard en décider. En êtes-vous si certain ? Vous votez Schmurz comme beaucoup d’autres électeurs et, surprise, son adversaire, qui a recueilli moins de voix que lui, s’est arrangé avec son petit voisin pour se partager le gâteau. Il ne vous reste plus qu’à subir son règne pendant six ans et à consoler Schmurz avec de la mousse au chocolat.

Ce qui explique la tentation de certains de remplacer les élections par le tirage au sort. Que le pouvoir soit confié à celui qui a trouvé la fève ou à celui qui l’a fourrée dans la part de gâteau de son voisin, quelle est la différence ? C’est toujours le vainqueur qui bouffe le gâteau. Et qui vous laisse l’addition et l’indigestion.

Profitez de votre dimanche. Avant que la galette ne soit découpée et partagée, on ressent un grand moment de bonne humeur et de liberté, la même excitation qu’à l’instant où l’on achète un billet de loterie et qu’on ne l’a pas encore gratté. Tout est possible. Il suffit d’un coup de pouce pour sortir de l’anonymat et décrocher la timbale. Un bref moment, on est exceptionnellement tous pareils, on a une chance égale, simples citoyens ou anciens notables, rois, reines ou valets, le même droit d’hériter de la couronne. Pendant ces quelques heures entre l’ouverture et la fermeture des bureaux de vote, les anciens rois, les chefs sortants, tellement désireux de prolonger leur règne, ont si peur de vous, un telle frousse de perdre leur sceptre et leur p’tit bout de pouvoir, qu’ils sont prêts à vous offrir toute la pâtisserie. En tout cas à vous le promettre.

Mangez tout ce que vous pouvez, car, dès le lendemain de la fête des rois, ce sera carême…

Mais vous n’aurez pas tout perdu car le monde imaginaire que vous n’avez pas décroché, vous pourrez continuer à en rêver grâce aux livres. Par une jolie coïncidence, dimanche vous serez à la fois lecteur et électeur ! C’est la « fureur de lire ». Un prétexte pour rappeler que « L’Homme qui voulut être roi » n’est pas seulement une ambition politique mais aussi une très belle nouvelle de Kipling (et un magnifique film de John Huston).

Dans les livres que vous lisez, vous êtes tous les jours le roi de la fête !

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MAÎTRES DU MONDE

 

Pendant un bref instant, on aura l’impression d’être le maître du jeu. Ce dimanche matin, dans la file devant le bureau de vote, nous allons redessiner le monde d’un simple clic. Un bulletin dans l’urne et, hop ! tout va basculer. Le droit à la pension dès l’âge de trente-cinq ans ; Maggie De Block condamnée à examiner tous les pensionnaires des centres fermés, un à un, avec interdiction de toute expulsion tant qu’elle n’aura pas terminé l’ensemble de ses visites ; seuls les martiens pourront désormais être nommés ministres à condition de n’être nés ni wallons ni flamands mais obligatoirement petit homme vert ; la Belgique changera de nom pour s’appeler Eden (jugé touristiquement plus porteur) avec un drapeau en forme de serpent (la pomme, c’est déjà pris par plus puissant que nous); le terre sera plate; école le matin et cinéma tous les après-midis, sauf le mardi où il y a piscine; les fritkots seront obligatoires sur toutes les places du royaume avec sauce andalouse sous peine d’amende ; un jour par an, chacun à son tour, nous aurons droit d’être le roi, à condition de ne pas en profiter pour revendre les bijoux de famille; Bart De Wever sera nommé bourgmestre de Mons pour organiser les festivités kosmopolites (ça le changera) de la capitale kulturelle de l’Europe 2015 tandis que Melchior Wathelet jr deviendra maïeur d’Anvers afin d’empêcher les bateaux de survoler la ville; Alost sera capitale du pays avec carnaval tous les jours ; Bruges, rattachée à Bruxelles en échange de Koekelberg, qui ira prendre l’air à la mer ; Seraing, rendue immortelle par les frères dardenne, vendue aux Américains pour être reconstruite pierre par pierre à Hollywood ainsi que son bourgmestre (attention de numéroter ses abatis pour ne pas le remonter de travers comme une bête commode Ikea!) sauf le stade de Sclessin qui sera rebâti sur le Mont Olympe, sa véritable place. Avec l’argent de la vente, on construira une maison du peuple qui, pour une fois, sera une maison du peuple; la N.S.A. s’installera à Oreye avec pour mission de rechercher l’OTAN perdue ; la sixième réforme de l’état sera inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco et ses auteurs recherchés pour crime contre l’humanité.

Dès lundi, au travail, les élus ! Et, pas question d’attendre à nouveau cinq ans pour vérifier que toutes ces belles promesses électorales ont été tenues. Avec internet, gare à vous, chaque mois, les citoyens auront le droit d’effacer, grâce à un vote électronique, les politiciens qui ont manqué à leur parole ou qui ont mangé leur chapeau. A la trappe, paresseux et menteurs !

Pardon ? C’est à moi de voter ? Excusez-moi, j’étais distrait. Un beau rêve…

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L’ESPRIT DE L’ESCALIER

   L’autre jour, en arrivant à Liège, j’ai désespérément cherché un escalator pour changer de quai à la gare des Guillemins. Pas d’escalier mécanique, pas de banc non plus. Tout le mobilier s’était envolé, emporté dans les ailes si belles tracées par Calatrava, un architecte qui fait dans le génie, pas dans les transports en commun. Un artiste qui n’a jamais dû prendre un train dans sa vie. Jamais attendu dans une gare, jamais porté de bagages.

A la gare du Palais, une petite halte quelques kilomètres plus loin, signée d’un architecte modeste et inconnu, enfin un escalator ! Mais à l’arrêt ! Bien échauffé grâce à Calatrava, j’ai grimpé allègrement les marches de l’escalier mécanique aussi figées que le robot qu’affrontaient Jo, Zette et Jocko dans « Le Manitoba ne répond plus ». Au sommet, un avis m’attendait : la SNCB présente ses excuses aux voyageurs. L’escalator est définitivement hors service.

Définitivement hors service. Rêvons un peu. Tout s’arrête une fois pour toute. La Belgique, l’Europe, le monde. Enfin ! Plus un bruit, plus ce mouvement incessant, cette alerte permanente, ces écrans scintillants qui nous encerclent, nous interpellent, nous donnent des ordres auxquels nous obéissons sans plus réfléchir, saoulés par la marée. Hors service. Quel soulagement !

Imaginez que dans deux dimanches, au moment de voter Bart de Wever, l’écran annonce à l’électeur anversois dewéverisé: le ministère de l’intérieur présente ses excuses aux électeurs. La machine est définitivement hors service.

Ou en Floride, au moment de bourrer les urnes de faux bulletins à la gloire de Romney, soudain, la machine se révolte et les rejette en crachotant. Hors service !

A quoi bon voter d’ailleurs ? Les résultats sont, paraît-il, courus d’avance. Les sondages, les réseaux sociaux en état de vote permanent et les accords électoraux pour éviter toute surprise semblent avoir bouclé une fois pour toute le sort de la démocratie communale. Tout est bloqué ? Nous votons comme les sondages, Facebook et les partis l’ont décidé ?

A moins que quelques courageux ne s’avisent de bousculer la soi-disant logique, d’arrêter le mouvement perpétuel-consensuel pour grimper en haut de l’affiche à la seule force de leurs muscles.

Certes, Di Rupo se passera bien d’escalators en panne ou pas. Lui, il est assuré d’être déposé au sommet du maïorat de Mons comme un plume sur un nuage. Mais à Anvers ? Et dans quelques autres villes phares du pays ? On tremble à l’idée que l’escalator se remette en route et emporte tout au passage ! Pourvu que les effets mécaniques, promis par les sondages et le web s’arrêtent pour laisser les meilleurs s’affronter vraiment à la force du poignet !

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LA NUIT DES LONGS COUTEAUX

Demain matin, on vote. Et demain soir ? On s’étripe.
Une fois les assesseurs rassasiés et les urnes bourrées (à moins que ce ne soit le contraire), sonne l’heure des comptes. Des règlements de compte. En coulisses et après le spectacle.
Car on assistera d’abord au ballet des vaincus qui, la bouche en cul de poule, proclameront tous leur satisfaction, la mine candide: « Je ne m’attendais pas à ce que mon parti résiste aussi bien » ou « Regardez, nous avons même progressé dans le canton de Thuin ».
Ceux qui auront vraiment pris un coup de boule s’écrieront encore : « Les sondages nous prédisaient un cataclysme; or, voyez, c’est juste une légère brise ». N’oublions pas non plus la formule : « Soyons clairs (!) En ces temps difficiles, c’est encore un miracle d’avoir reçu une telle confiance des électeurs que je remercie ».
Mais les spots éteints et les journalistes disparus, commencera la nuit des longs couteaux. Ceux qui auront mené leurs partis à la défaite seront impitoyablement condamnés à la décapitation. Adieu, monde cruel ! Il n’y a pas de pitié en politique. Il n’y a que des vainqueurs et des morts. Si on s’étonne parfois du retour d’une ancienne gloire, on en parle comme d’un revenant. Dont la tentative de reprendre pied dans le monde des vivants est vouée à l’échec. On a vu le sort de Jean-Luc Dehaene quand il a osé agiter son suaire. Le Belge sortant du tombeau ? C’est de l’histoire ancienne.
On imagine que les plus jeunes, déjà promis aux gémonies, s’accrocheront au bois de l’échafaud. Marianne Thyssen ou Alexander De Croo auront beau jeu de plaider qu’ils viennent à peine d’arriver et que leurs prédécesseurs leur avaient savonné la planche. Bénéficieront-ils du sursis ? Ce n’est pas sûr. On ne fait plus comme jadis de vieux os en politique. C’est comme sur les routes, on y meurt de plus en plus jeune. Qui se rappelle encore du sémillant Steve Steyvaert, qui n’a fait qu’un petit tour avant de disparaître ? De Maria Arena tué dans sa douche ? Ou de Daniel Ducarme que la décision de changer le nom du parti (le PD) a suffi à ébranler…
Le sort du vainqueur est-il plus enviable ? Le soir même, c’est l’euphorie. Champagne (pour la boisson, on n’hésite pas à choisir le français) ! Mais, le bref moment de gloire passé, c’est déjà fini. Obligé de se mettre aux affaires, le vainqueur ne peut gérer que la déception de ses électeurs pour les promesses qu’il n’a pu tenir et celle de ses proches pour les postes qu’il ne peut leur offrir.
Il se souviendra alors de l’avertissement lancé un jour par le francophone V. Horta à son collègue (et ennemi) flamand H. Van de Velde : « Prenez garde. Un jour, on est vedette. Le lendemain, cuvette de cabinet »…

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