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FINI DE RÊVER !

Un musicien est en train de jouer devant le public pendant qu’un autre artiste montre ses œuvres lorsqu’une horde de policiers débarque dans la salle, interrompt la séance, fait sortir les spectateurs, les mains sur la tête, et embarque quelques participants.

La scène se passe à Bruxelles. Pas à Téhéran. Ni à Kinshasa. Même pas à Damas.

Ce sont de vrais policiers, pas des provocateurs déguisés. Des « Feds » avec les braves pandores du bourgmestre de Bruxelles.

On nous a dit qu’il y avait des étrangers dans la salle, explique notre populaire ministre de l’intérieur. Certains d’entre eux pire que des étrangers : des réfugiés. Un statut intermédiaire entre l’homme de Neandertal et l’animal de (mauvaise) compagnie.

Mr Jambon qui connaît le pouvoir des mots a compris que sa fonction est de garder l’Intérieur à l’abri de toute influence extérieure. Oubliant que si l’on ferme les portes et les fenêtres, on meurt étouffé.

Les artistes ne sont pas au-dessus des lois. Mais quand ils sont en représentation, ils ne sont plus de simples individus, des quidams anonymes, ils nous apportent aux spectateurs qui se sont rassemblés une part d’âme. Ils ne sont ni Belges ni étrangers. Mais des passeurs de rêve, ce qui, autant que le pain, est indispensable à la survie de notre société.

La violence provoquée par le vice-premier ministre rappelle cette phrase redoutable lancée par le tsar aux Polonais après l’annexion du royaume par la Russie : « Fini de rêver ! »

Dans son superbe roman « Station Eleven » (édit. Rivages), Emily St John Mandel raconte l’histoire d’une troupe de théâtre ambulant circulant sur les routes américaines après une apocalypse et qui joue Shakespeare devant les survivants. « Survivre ne suffit pas », telle est leur devise.

On ne comprend pas pourquoi Jan Jambon s’en prend soudain aux immigrés, lui qui avait, dès sa prise de fonction, déclaré que « Les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. » Une telle compréhension pour ceux qui avaient flirté avec les envahisseurs aurait dû rassurer tous ceux qui aujourd’hui accueillent des étrangers.

Mais, faisant preuve d’une irrationalité dont on accuse généralement les artistes, lui qui se montrait si humain avec les Allemands perd toute bienveillance lorsque nos visiteurs débarquent d’un autre coin de la planète.

Quelle mouche l’a piqué ? A-t-il agi sur conseil de son collègue Francken, qui a toujours raison depuis qu’il caracole dans les sondages ? Qu’il se rappelle de cette réplique de Molière : « Hélas, qu’avec facilité, on se laisse persuader par les personnes que l’on aime ! »

Charles Michel devrait en prendre de la graine la prochaine fois qu’il sortira de son silence embarrassé pour venir au secours des deux poids lourds de son gouvernement.

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L’ AN 01

En ce vingt janvier 2018, la Maison blanche brûle de mille feux. On fête aujourd’hui la première année de l’accession au pouvoir du président Trump.

Dans le boudoir, où son serviteur noir l’aide à s’habiller, le milliardaire s’impatiente.

– Passe-moi mon pantalon un peu plus vite que ça, enfoiré de Barack ou je t’envoie sur le chantier du mur des Mexicains fissa !

– Je ne m’appelle pas Barack, m’sieur le président. Mon nom est William.

– William ? Ca tombe bien. Tu sais ce qu’il a dit ton glorieux ancêtre britannique ? « Être ou ne pas être ». Ou bien, tu veux rester ministre de l’intérieur ou tu préfères rejoindre tes copains chicanos. Mon nœud papillon, maintenant. Non, le rouge.

– Quand vous m’avez nommé au gouvernement, vous ne m’aviez pas précisé que je devais vous aider à vous habiller.

– A quoi tu crois que ça sert le ministre de l’Intérieur, Barack ? Pour gérer le pays, on a les flics. Le ministre de la Santé s’occupe de botoxer ma femme. Et le ministre des affaires étrangères d’empêcher les étrangers de s’approcher de moi.

– Mais qui s’occupe alors des rapports avec les autres états ?

– Quels rapports ? Je n’ai de rapports qu’avec des femmes blanches américaines.

– Et le reste du monde, alors ?

– C’est la première réussite de mon magnifique bilan. Depuis que les Etats-Unis ont ramené nos boys au pays, la Russie et la Chine s’épuisent à dépenser des milliards de dollars pour essayer de gérer la planète. Poutine a beau avoir annexé le reste de l’Europe, c’est le bordel partout avec les petits chefs locaux qu’ils ont nommés. En Wallonie, le président Hedebouw se fait remonter les bretelles par les terroristes du Front Paul Magnette. En France, où cet enfoiré de Popov a parachuté une femme (une femme !), Marine Le Pen, ils sont au bord de la guerre civile. En Allemagne qu’ils ont cru malin de rediviser, ils sont obligés de reconstruire un mur. Je leur fournirai de la main d’œuvre quand elle aura terminé de bâtir le mien. Et qui vend des armes à tout ce beau monde ? J’avais promis que l’industrie américaine allait s’emballer. Encore une promesse tenue !

– Même aux Etats-Unis, vous avez fait bien des mécontents, m’sieur le président. Vous vous en rendez compte ? Vous devriez être plus prudent si vous voulez décrocher un second mandat.

– Tu mets mes chaussettes à l’envers, bougre de Barack ! Justement, depuis que le Congrès a aboli le droit des votes des abrutis, ma moumoute n’a pas de cheveux gris à se faire !

– Priver de vote les femmes, les Noirs, les homosexuels et les Hispaniques, c’est ça que vous appelez les… ?

– Tais-toi et passe-moi mon gilet pare-balles, mon riot gun et ma kalachnikov, sinon, je n’ose même pas aller aux toilettes.

– Heureusement que le seul amendement que vous n’avez pas annulé, c’est celui qui garantit à chacun le port d’armes…

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