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LES OISEAUX S’ENTETENT

Le dernier rhinocéros mâle de l’espèce des rhinos blancs du Nord vient de disparaître dans la réserve d’Ol Pejeta au Kenya après une longue maladie.

Certains pourraient se dire que l’événement est de peu d’importance face au génocide rwandais qui s’est déroulé non loin de là – le temps que nous détournions les yeux -, ou des massacres qui se poursuivent en direct en Syrie, au Yemen et dans plein d’autres coins de la planète.

Mais toutes ces tragédies ne nous empêchent pas de nous arrêter, émus, bouleversés, par la disparition du dernier mammifère d’une espèce vivante.

Une espèce massacrée tout le siècle dernier par les braconniers et les chasseurs, qui vendaient sa corne comme un piment aphrodisiaque à des crétins en quête de virilité. Exemple des méfaits dévastateurs à la fois des fake news et des obsessions sexuelles.

Pendant ce temps, l’homo sapiens se montre impuissant à régler des bêtes problèmes quotidiens et à empêcher la fin d’une espèce animale alors que nos connaissances scientifiques nous permettent de nous promener dans l’espace, de discerner la poussière dégagée par le Big Bang il y a quatorze milliards d’années et de photographier ou presque des braves gens buvant une petite mousse sur le bord de mer d’une des planètes du système Trappist à 39 années-lumière de la Terre.

On ne peut s’empêcher de remonter à ce jour de moins 33.000 avant notre ère, un lundi je crois, vers 12 h 45, où un de nos ancêtres, qui se dirigeaient vers sa grotte pour casser la croûte avec madame et les enfants, a croisé sur les bords du chemin, le dernier Neandertal, à qui il a refusé un petit morceau de dinosaure en grommelant: « Rentre dans ton bled, étranger ! » Quelques heures plus tard, sortant d’une petite sieste, il a aperçu le corps sans vie de l’ultime représentant de son espèce.

A propos de dinosaures, autre info alarmante de la semaine, la disparition des oiseaux, après celle annoncée des abeilles.

Plusieurs institutions scientifiques françaises ont sonné l’alarme après avoir observé une « véritable catastrophe écologique », la disparition d’un tiers de la population des oiseaux en quinze ans.

Dans « Le Secret de la Licorne », un homme qui vient de se faire abattre rue de Labrador a tout juste le temps de montrer à Tintin trois moineaux en train de picorer, désignant ainsi son assassin. Cette scène appartient au passé : qui peut se vanter d’avoir vu un seul moineau à Bruxelles ?

Pour échapper à l’effacement, jadis, les dinosaures sont devenus oiseaux. En quelle espèce vont-ils se transformer cette fois ? Appel à l’imagination !

Ps : pour ceux qui frissonnent à l’idée des derniers moments de la race humaine, lisez ou relisez ce magnifique classique de Richard Matheson « Je suis une légende » (Folio).

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SAPIENS SAPIENS

Jadis, on pensait que le rire est le propre de l’homme. Depuis, des scientifiques fort sérieux ont découvert que la plupart des animaux se marrent beaucoup plus que nous. Que nos amis les bêtes nous pardonnent de ne pas partager leur hilarité. On n’a plus vraiment la tête à rire ces temps-ci.

Comme nous sommes très attachés à notre titre de roi de la planète Terre, nous avons cherché d’autres explications à la supériorité de l’homo sapiens sapiens. Hélas, deux informations récentes mettent à mal une fois de plus notre statut de race élue élue.

Des chercheurs ont découvert que certains animaux parvenaient à fabriquer des outils aussi bien que nous et surtout à transmettre cet art et le maniement des ustensiles à leurs congénères et descendants sans intervention humaine. Pour les petits curieux, je précise que ces observations ont été faites d’abord sur une espèce particulière de perroquet, les cacatoès de Goffin, qui vivent en Indonésie. Mais aussi sur des corbeaux de Nouvelle Calédonie et des pinsons-pics –les bien nommés.

Le perroquet ne se contente donc pas de répéter toutes les conneries proférées par son maître (« Caramba, encore raté ! Grrrros plein de soupe ! ») Voilà qu’il se met à imiter ce que nous faisons de plus stupide, travailler.

Ce ne sont donc plus seulement les êtres humains qui pourront fièrement afficher sur leur devanture leur nom suivi de celui de leurs enfants mâles pour prouver la pérennité de leur commerce (Lagardère & Fils, Tobback & Fils, Michel & Fils) mais aussi les perroquets. Cacatoès Goffin & Fils. Corbeau & Renard & Fils. Sacré coup à notre orgueil, non ?

L’autre coup au moral nous est venu du Rocher de Gibraltar.

Sur la paroi d’une grotte –que bizarrement personne n’avait explorée auparavant- on a repéré un étrange dessin, des formes abstraites tracées au grattoir par un homme de Neandertal.

Comment être sûr que ce ne sont pas les restes du tag d’un voyou du coin ? Les scientifiques sont formels (dans ce cas…) C’est ce stupide primate sans menton, cette barrique poilue, la souche ratée de notre belle race, abandonnée par Dieu quand il a vu son erreur et qu’il a corrigée en nous fabriquant à son image, qui est l’auteur de ce dessin. Que représente-t-il ? Une espèce d’auto-portrait façon Mondrian ? Une quête de l’absolu, une angoisse du vide, comme on l’a dit des abstraits du siècle dernier ? Plutôt qu’une bête exposition de mammouths comme le dessinaient les enfants de ses collègues sapiens à Lascaux ? Quand on voit les prix qu’atteignent aujourd’hui n’importe quel œuvre de Rothko ou de Pollock, on peut affirmer que cet artiste brute de Gibraltar a intérêt à revenir. Il pourra s’offrir une grotte cinq étoiles.

Qui prétendra encore que le plus sapiens, c’est nous ?

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