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RIRE AVEC BART

   Certains ont eu un haut-le-cœur devant la dernière fantaisie de l’irrésistible bourgmestre d’Anvers, construire une prison belge au Maroc pour y fourrer nos détenus marocains. Editos, réactions indignées, déclarations politiques outragées. Allez ! Vous n’avez donc pas compris ? C’était une blague !

On croyait que ce qui séparait le nord du sud, c’était la couleur des poteaux de signalisation et le nombre de pandas dans les zoos. Le sens de l’humour ne serait-il plus le même de part et d’autre de la frontière linguistique ? Ce qui fait la joie des habitants de Steenokkerzeel n’amuse donc plus à Jehay-Bodegnée ? Si le rire perd sa vertu universelle, où va le monde ?

Charlot faisait rire petits Chinois, petits Finnois ou petits Boliviens avec les mêmes pitreries. Et sans sous-titres. Comme Laurel et Hardy et même Louis de Funès. Et Tintin est traduit dans le monde entier. L’ami Bart cherche depuis longtemps à s’inscrire dans cette grande tradition. Lui qui a réussi à incarner en une même carrière d’abord Olivier Hardy puis Stan Laurel à lui tout seul n’aurait-il pas le droit d’être considéré comme le descendant de ces grands comiques du siècle dernier ?

Je pense qu’il y a un vrai malentendu. Ou que les journalistes francophones, toujours si suspicieux à l’égard des initiatives flamandes, n’aient retenu qu’une partie du sketch, le rendant incompréhensible.

Dans la version longue, Bart suggérait d’autres idées toutes aussi désopilantes. Ainsi, il proposait que la fonction de ministre soit réservée aux Belges de souche. Si survient, par exemple, un Italien d’origine, pourrait-il siéger au gouvernement ? Mais non, s’écriait-il, faites-le gouverneur de la Sicile ! (On rit).

Autre petite blague de notre potache anversois: pourquoi pas Kris Peeters comme premier ministre fédéral ? Kris Peeters ? L’homme qui a fait sa carrière grâce à l’organisation patronale flamande ultra nationaliste, lui qui est si fier d’avoir le premier appelé à une révolution « copernicienne », entendez à vider entièrement l’état central de l’essentiel de ses compétences ? Autant lui demander de présider ce qui reste de la banque pourrie de Dexia.

C’était d’ailleurs la conclusion de Bart De Wever : tout ce qui ne va pas en Belgique, ou plutôt tout ce qui le dérange, loin d’ici – comprenez loin de Flandre. Les ministres fédéraux sur l’île d’Elbe, le Standard de Liège au Congo, les journalistes du Soir en Syrie, le roi à Monaco, Didier Reynders à Macao, les syndicats en Chine, les livres sur la deuxième guerre mondiale au pilon et les Wallons aussi. On gardera juste Stromae, qui fait tant d’argent qu’on peut le faire passer pour Flamand, et Annie Cordy qui est intransportable vu la suppression de la sécurité sociale.

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SALAUD DE PAUVRES

Contrairement à ce que de méchants artistes affirment haut et fort, la ministre de la culture, Fadila Laanan a des lettres.

En se moquant dans un tweet du « combat de pauvres » auquel se livrent les artistes de théâtre, n’a-t-elle pas fait référence à l’une des plus belles nouvelles de Marcel Aymé, « La Traversée de Paris » ? « Salauds de pauvres ! » lance un des personnages (incarné à l’écran par Jean Gabin) aux clients d’un bistrot où il s’est réfugié pour échapper à une patrouille allemande dans le Paris de l’Occupation.

D’accord, madame Laanan ignorait sans doute la réplique fameuse de Marcel Aymé. Mais n’est-ce pas encore plus beau qu’une ministre connaisse l’œuvre d’un grand écrivain sans le savoir et même sans l’avoir lu ? Quel exemple pour la jeunesse, qui a tant de mal avec les classiques de la littérature. Ne vous fatiguez plus, jeunes gens, les grands écrivains parviennent désormais à faire entendre leur voix via vos tweets sans que vous soyez obligés d’ouvrir leurs livres.

Les pauvres ont la cote décidément dans notre pays. Mais tous ne sont pas tous traités de la même façon. Il y a les pauvres riches et les pauvres pauvres.

La banque Dexia, dont le déficit est plus grand que toutes les taxes que le père Fouettard nous apporte cette année dans son panier, doit paraît-il garder belle allure parce qu’elle représente ce que la Belgique fait de mieux. Cadeau : quelques milliards.

Les artistes en revanche dont la ministre de la culture n’a jamais très bien compris à quoi ils servent sont bons pour se serrer la ceinture : les fonctionnaires sont tellement plus utiles pour représenter la culture de la communauté française et tellement plus simples à mettre en scène : il ne faut ni les maquiller ni les habiller. Et ils répètent parfaitement les textes qu’on leur donne sans discuter les répliques.

Les poivrots aussi ont des soucis à se faire. Quand le gouvernement ne se met pas d’accord sur les recettes nouvelles, c’est toujours eux qui trinquent…

Imaginez alors la situation d’un artiste poivrot. Sa vie est devenue impossible. D’autant que,  pour se consoler, il n’aura même plus de quoi se payer un paquet de cigarettes. Vu leur prix, il n’y a plus que les ministres qui pourront en acheter, les exilés fiscaux français. Et les dirigeants de Dexia.

Ajoutons à la liste des pauvres pauvres les chômeurs, condamnés à devenir mendiants s’ils refusant les nombreuses offres de boulot que leur proposent les  entreprises de leur région, Ford, Mittal, Duferco, Philips, etc.

S’ils veulent éviter de faire la manche, on ne peut que leur conseiller de devenir artiste. C’est plus chic d’être insulté par une ministre que par un bête passant.

 

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QUEL BELLA COMBINAZIONE !

Amaï, les amis ! Quelle semaine !

D’abord la nationalisation d’une des deux dernières grandes banques (soi-disant) belges. En un week-end, le très libéral ministre belge des finances et son très modéré premier ministre ont fait ce que le parti communiste français a réclamé vainement pendant plus de cinquante ans…

Coupant l’herbe sous le pied du P.T.B. et de ses chapelletjes.

Quelqu’un a-t-il vu passer le communiqué de félicitations de monsieur d’Orazio au camarade Reynders ?

Et la lettre affolée de l’O.C.D.E. demandant à Mr Leterme si la nationalisation de la Dexia est le modèle des mesures qu’il compte imposer aux états désormais sous sa férule ? Ils ne savaient donc pas à l’O.C.D.E. qu’avec Leterme, c’est tous les jours rock and roll ?

D’accord, chez nous, on ne nationalise que les entreprises en perdition, le temps de trouver le fossoyeur qui va les enterrer. Mr Mittal, une fois ses actuelles petites affaires liquidées, pourrait peut-être s’intéresser à notre Nouveau Crédit Communal-Le Retour ? Le nettoyage des locaux par le vide devrait être dans ses cordes…

Dans la foulée, le successeur de notre éternel premier démissionnaire annonce la sixième réforme de l’état. His-to-rique ?

Disons que cette réforme est à l’image d’Elio Di Rupo devant les micros flamands : laborieuse, un peu schieve, pas souvent compréhensible mais courageuse et de toute façon inévitable.

La « note » du formateur remodelant le pays fait penser à la décision du garagiste qui décide de démonter le moteur en vous disant : comme votre bagnole est fichue, je vous propose un dernier truc. On va mettre les boulons dans un autre ordre et on verra bien si votre tacot veut encore démarrer.

En tout cas les deux événements auront fait au moins un heureux, Jean-Luc Dehaene, débarrassé en même temps de ces scrogneugneu de Français qui l’empêchaient de gérer en chef Dexia et d’une ènième mission royale de la dernière chance pour scinder B.H.V.

A ce sujet, que pense-t-il de l’accord qui vient d’être réalisé (et que lui n’avait pas réussi à nouer) ?

Si on l’interroge, peut-être va-t-il citer cette réflexion très belge de Sigmund Freud (que son papa, qui était psychiatre, a dû lui apprendre): « Faute de pouvoir voir clair, nous voulons à tout le moins voir clairement les obscurités. »

Quant à la bande des huit, elle a aussi des raisons d’être satisfaite des bazars qu’elle a réussi à nouer. Comme le chantait jadis Tohama : « Ah ! Qué bella combinazione ! Yé mé donne, Tou mé redonnes. Mon amour, comment résister ? Jé bouillonne. Eteignons l’électricité ».

Elio au pouvoir, ça nous promet plus de paillettes que Leterme d’Ypres. Et des néons dont notre pays a bien besoin pour retrouver un peu de lustre…

 

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LES BONS CONTES FONT LES BONS AMIS

Adieu veau, vache, cochon, couvée. La grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un bœuf. Le loup et l’Agneau. Maître Corbeau sur un arbre perché…

On ne sait trop quelle fable résume le mieux les mésaventures de Dexia (et des autres banques belges). Mais une chose est sûre : les bons contes font les bons amis.

Si les grosses huiles de Dexia et compagnie avaient lu La Fontaine au lieu de la page bourse du Financial Times (à l’affût de l’article dressant leur portrait. Promis ! Juré ! avait assuré leur attachée de presse), ils n’en seraient pas là.

Et cette idée aussi de confier à l’époque le management d’une banque à un type qui s’appelle Pierre Richard ! Puis de s’étonner que le bazar tourne à la catastrophe !

Non seulement, ces gens n’ont jamais ouvert un livre mais ils ne vont même pas au cinéma ! Et l’on se demande pourquoi ils se comportent comme des manches ? Faut sortir un peu de B.H.V., monsieur le président Dehaene ! Et pas seulement l’argent de votre commune des caisses de Dexia !

Tous ces braves gens sont passés à côté de la vraie vie, celle qui est racontée par les romans et les films. C’est la fiction qui fait tourner le monde, pas les tableaux Exell. Ecoutez les conteurs, messieurs-dames les banquiers, si vous entendez que vos comptes surnagent !

Tout, dans cette affaire Dexia, rassemble les éléments qui font les belles histoires, celles qu’on raconte aux enfants avant de s’endormir pour leur apprendre les valeurs qui doivent guider leur vie : des dirigeants arrogants, finalement leurrés comme n’importe quel bête déposant par des promesses fallacieuses; un paquet de fric qui n’a pas plus de consistance qu’un morceau de beurre au soleil.

N’oublions pas d’y ajouter des gouvernants publics ridicules (qui détenaient le contrôle du capital), systématiquement dépassés par les événements, mais essayant de jouer aux pompiers maintenant que la baraque a complètement carbonisé alors qu’ils se contentaient de compter leurs sous-sous lorsque l’incendie s’allumait sous leurs yeux.

Leur comportement rappelle une autre fable célèbre, Le Coche et la Mouche : une mouche pique les chevaux qui peinent à tirer une charrette embourbée puis s’écrie :

« J’ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine./ ça, messieurs, payez-moi de ma peine ».

Inutile d’ajouter que, quels que soient le gâchis, les sommes englouties, les acquisitions périlleuses, les décisions boiteuses, personne ne sera coupable de rien.

« Selon que vous serez puissants ou misérables/ les jugements de Cour vous rendront blancs ou noirs » conclut La Fontaine dans « Les animaux malades de la Peste » où il énonce ce constat bien contemporain : « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés. »

 

 

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LE TRESOR DE MEME

Le sauvetage de Fortis et de Dexia a donné des idées. On croyait les caisses de l’état vides. Erreur. Mémé avait caché dans un placard, sous plusieurs couches de vieux pulls troués par les mites, derrière la pile de journaux qu’elle avait gardés de l’époque où la Belgique était heureuse (la première victoire de Merckx, le mariage de Baudouin et de Fabiola, la visite du pape, la demande de naturalisation de Johnny Hallyday) quelques lingots d’or. Ce trésor, qui avait échappé aux Allemands et à tous les gouvernements dépensiers qui les ont suivis, mémé avait décidé cette fois de le sortir de sa planque. Pour une juste cause. L’effondrement des mines, de la sidérurgie ou de la Sabena, c’était pas gai mais tant pis. Mais la Banque qui vacille, c’est la Belgique qui disparaît.
Ainsi donc, l’état avait des économies… C’était le neveu de mémé, monsieur Didier, qui gère ses finances en bon père de famille, qui s’est souvenu de l’or, sous les pulls et les journaux. Naïvement, monsieur Didier croyait que la famille allait se réjouir d’avoir retrouvé le coffre et d’en avoir généreusement distribué le contenu. Pensez-vous ! Depuis, il ne cesse d’être sollicité, harcelé, critiqué. Il a beau dire qu’il a perdu les clés du placard, que d’ailleurs, il n’y a plus rien dedans, qu’il ne connaît pas les autres cachettes de mémé, et que sa mémoire n’est plus ce qu’elle était, rien n’y fait. Chaque jour, ils sont là à supplier, à mendier, à tendre la main. La société Untel qui a tant fait pour la Belgique, les joyeux mijoleurs du dimanche, les supporters de Mouscron, de La Louvière. Et pas seulement les Belges, hein ! On ignore comment ils l’ont appris. Mais, même les Somaliens frappent à sa porte ! Fortis se serait-elle vantée jusque sur les plages de la mer rouge des gentillesses de mémé et de son neveu ?
Cette fois, ce sont les patrons qui montent au créneau. Si les banquiers ont droit aux bijoux de famille, pourquoi pas nous ?
Dites donc, m’sieur Didier, à quelques semaines des élections, vous ne voulez tout de même pas qu’on mette nos employés à la porte, n’est-ce pas ? Alors, un p’tit geste…
Pourquoi ne pas faire payer par le contribuable le salaire de nos employés ? Poliment, on appelle ça la mise au chômage technique.
Le problème c’est que, le trésor de mémé étant dépensé, ne reste que le contribuable pour payer, c’est-à-dire justement les travailleurs qu’on menace de licencier. Autrement dit, pour garder leur emploi, les salariés vont devoir payer à l’état le montant de leur propre salaire pour que les entreprises ne les licencient pas, tout en assurant le salaire, les boni et autres primes de leurs dirigeants. Vous me suivez ?

Alain Berenboom
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