SALUT PUBLIC

Le coup d’état s’est produit au soixante-neuvième acte des gilets jaunes. Depuis le début des manifestations, quelques-uns étaient morts de vieillesse, d’autres d’une maladie du foie, pardon du froid. Mais il restait assez de braillards vaillants pour bloquer à nouveau Paris et quelques villes de province. Une fois de trop. Prétexte pour Jean Luc Mélenchon de prendre le pouvoir. Il faut dire que ce samedi-là, un commando avait réussi à entrer dans la maison de la radio, un autre à TF1 et, à la suite d’un relâchement de la sécurité, la lassitude aidant, à s’emparer de l’Elysée. Macron s’était défilé dans le paquet de linges, sauvant sa tête.

Profitant des cris de victoire des manifestants, Mélenchon proclamait aussitôt la création d’un Comité de Salut Public (il connaît ses classiques) et prenait les commandes dans l’intérêt général, à titre provisoire, entouré de deux pro-consuls, Marine Le Pen et Patrick Balkany. En attendant d’improbables élections une fois le calme revenu.
Un référendum proposerait bientôt le texte d’une nouvelle constitution (il suffira de cliquer oui ou non sur chaque article sur un site créé pour l’occasion), un nouveau Code de la Route (obsession des gilets jaunes) et un nouveau code des impôts (selon la même procédure).
La première initiative du « consul » Mélenchon a été inattendue. Il a décidé par ordonnance le rétablissement du calendrier révolutionnaire de jadis, et ce à dater du 25 nivôse an 228 (le calcul repart de 1793). Idée subtile car, complètement perdus, les gilets jaunes n’ont pu organiser leur soixante-dixième acte, incapables de convertir leur agenda (grégorien) en agenda républicain. Fin des désordres.
A la frontière belge, les émigrés français se mêlent aux Britanniques. Théo Francken s’arrache ses rares cheveux. Il est ministre de l’Accueil du gouvernement flamand. Submergée par la vague, la Flandre risque d’être noyée par le flux des Français qui déjà réclament –foutus arrogants !- que tout soit bilingue, du nom des rues aux papelards administratifs. En néerlandais et en même temps en français, c’est l’héritage de la culture Macron.
Tous n’ont pas eu la chance de passer la frontière. Un certain nombre de « collaborateurs de la politique néo-libérale » ont été arrêtés. Et condamnés à visionner en boucle au fond de leurs cellules les discours de Mélenchon jusqu’à ce que mort s’ensuive. « Le mot qui tue », a résumé le pro-consul pour décrire cette résurgence de la Terreur.
L’asile politique lui ayant été refusé en Grande-Bretagne qui a définitivement largué les amarres d’avec le continent, le président déchu Macron s’est réfugié à Guernesey, dans la maison où Hugo qui s’y était exilé jadis a écrit « Les Misérables ». Ce qui lui a permis de citer le grand poète français : « Mieux vaut être la dent que l’herbe » !
Les commentateurs s’interrogent…

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BABY NEIL

Violentes manifestations sur le campus de Berkeley (Californie) pour empêcher un proche de Trump de prendre la parole à la tribune de la célèbre université. Les forces de l’ordre ont dû intervenir et déployer les grands moyens.

1967 ? Non, 2017 ! Comme pour fêter le jubilé des démonstrations contre le président Lyndon Johnson. A l’époque, la révolte d’une partie des Américains n’a pas empêché l’élection à la fin de cette année-là de Richard Nixon mais le mouvement finira par porter ses fruits. Nixon sera emporté avant la fin de son mandat. Non sans avoir dû boire auparavant le vin jusqu’à la lie en négociant, la mort dans l’âme, la fin de l’engagement raté des Etats-Unis au Vietnam.

Coïncidence, c’est justement en cette même année 1967 qu’est né Neil Gorsuch.

L’homme que Donald Trump  vient de nommer au siège vacant de la Cour suprême pour faire basculer la Cour dans le camp des partisans des thèses juridiques et éthiques les plus réactionnaires. Favorable à la peine de mort, opposé à la limitation des armes, à l’avortement et même à la contraception, Neil Gorsuch se flatte d’être un excellent pêcheur mais c’est le genre qui ne remet jamais ses prises à l’eau. Jamais.

On ne sait comment vivaient ses parents quand est né Baby Neil. Portaient-ils les cheveux longs ? Des colliers de fleurs ? Ont-ils défilé contre la guerre du Vietnam ? Manifesté pour le droit à l’avortement que la Cour suprême allait légaliser en 1973 ? A-t-il grandi, bercé par les odeurs de fumette ?

En tout cas, sa mère a été la première responsable de l’Agence de protection de l’environnement, une agence que Trump songe à supprimer. Au passage, on se dit qu’on aurait tort de comparer Trump à Reagan. Car c’est lui qui a nommé la maman de Neil. Il est vrai que Reagan a conservé quelques réflexes de son passé démocrate et peut-être de ses rôles dans les films très « libéraux » de son réalisateur fétiche, Allan Dwan.

On ne manquera donc pas de penser que, devenu grand garçon, Neil G. a voulu couper le cordon ombilical et effacer l’esprit de ses années de jeunesse. Retour vers le futur…

Entretemps, devenu un éminent juriste, il s’est attaché à défendre ce qu’on appelle une « lecture originelle » de la Constitution américaine. Selon lui, le texte fondateur ne peut se lire  que tel que les pères fondateurs l’ont établi en 1787 sans être interprété ou adapté à l’évolution de la société (or, c’est ce qui avait permis à la Cour de légaliser l’avortement). Ca promet !

L’ancien président Obama a des cheveux gris à se faire. Si son sort et ses droits sont revus à la lumière des règles de vie de la fin du dix-huitième siècle, il n’est pas certain qu’il puisse longtemps jouir de la jolie propriété où il s’est retiré à Washington à moins d’y travailler comme cireur de chaussures.

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SUJET D’ACTUALITE

   Ce jour-là, le roi redeviendra sujet. Sujet, enfin ! Après tant d’années où il a été objet. Objet de culte ou de médisances, de critiques ou d’admiration, de harcèlement ou de rassemblement. Objet entre les mains des politiques et des medias. Chez nous, le roi ne règne pas. On règne sur lui.

Certains s’étonneront pourtant : pourquoi se prive-t-il des « privilèges » de sa fonction ? Vous appelez ça un privilège d’être le seul citoyen condamné au silence dans un pays où le sport national, avant le vélo et le ballon, est de se plaindre, de critiquer ou de se moquer, en tout cas de parler, de jacasser, de jacter, de discutailler, de jargonner, bref de l’ouvrir tout simplement ? Se taire, un privilège ? Dans un peuple de bavards, c’est plus lourd qu’un discours d’inauguration, plus lourd même qu’une couronne !

Au point qu’une fois, tout de même, le roi a fini par donner de la voix quand les politiques avaient perdu la leur. Heureusement que, dans le silence assourdissant, il a alors osé sortir de son mutisme ! Mais, la crise réglée, il est rentré dans le rang avant qu’on lui dise : « On la ferme, sire ! »

Transformé en sujet, le roi sera enfin souverain. Car, beaucoup l’oublient, ce n’est pas le chef de l’état mais le peuple qui est souverain, pour reprendre la jolie formule de la constitution de 1793, comme l’a souligné le roi lui-même dans son allocution.

Objet, il était muet. Sujet, il a droit au verbe. Et aux adjectifs, en veux-tu en voilà ! Ainsi qu’aux compléments, des compliments qu’il mérite assurément pour la superbe mission qu’il a accomplie depuis vingt ans.

Désormais, ce n’est plus seulement sur son yacht qu’il sera seul maître à bord après Dieu: c’est le sujet qui commande la phrase, mille sabords ! Lui qui décide du singulier comme du pluriel, du masculin et du féminin, qui accepte ou non de s’adjoindre une ou plusieurs subordonnées. Il peut ouvrir des parenthèses (il est sain de faire entrer l’R quand les D risquent d’être pipés), glisser des sous-entendus, ajouter des tas de mots, même gros, et les faire suivre de points d’exclamation en forme de coups de poing s’il en a envie (Attention ! Sujet méchant ! Le verbe meurt mais ne se rend pas !)

Le sujet est libre de sa langue, avec ou sans sous-titres. Et, sans sa majesté, il peut se montrer, comme n’importe quel citoyen, bon ou mauvais sujet.

Il pourra défiler librement, s’il en a envie. Faire un petit voyage à Liège, pour crier avec les supporters, sous les fenêtres du Standard : « Président ! Casse-toi ! » Ou à Anvers, pour chanter devant l’hôtel de ville « Vive la Belgique ! L’union fait la force ! » Ou, à la hollandaise : « Je maintiendrai ! »

Qu’il doit être agréable, après avoir été roi des Belges, de reprendre enfin de l’empire sur sa vie…

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