L’ENFANT ROI

A quoi ressemblait le petit Bart quand il était bébé ?
C’est la seule question qu’on a encore le droit de se poser à propos du président de la N-VA depuis que le conseil de l’ordre national des Médecins a accueilli sa plainte et condamné un médecin qui s’était permis d’exprimer une opinion sur le caractère trrrrès dominant du grrrand Bart – je veux dire sur le Bart qui joue à l’adulte, à l’homme de fer et même de fer à repasser puisqu’il a réussi mieux que ma femme à journée à ce que les négociations soient pliées…
Alors, bouche cousue si vous ne voulez pas vous retrouver condamné ! Et remontons le temps, à l’époque où parler d’un enfant roi ne valait pas une sanction.
Bartje devait être un bel enfant. Etendu dans son petit lit, le regard doux après avoir mangé une gaufre ou deux (ou trois), il attendait impatiemment que papa ou mama lui raconte une histoire. Alors ! ça vient ou quoi ? Ici et tout de suite ! D’accord, Bartje, dors, dors, mon petit frère. Slaap, kindje, slaap…
Oui. Bartje adorait écouter de belles histoires avant de fermer les yeux. Peau d’âne, Riquet à la houppe, le petit poucet, mon bébé ? Non, non ! Surtout pas. Les contes de Perrault sont des histoires de fransquillons ! D’une époque où c’est la France qui occupait Bruxelles et non pas moi ! Merci !
Alors, que veux-tu que je te raconte, Bartje ?
Une histoire de guerre ! De la deuxième guerre mondiale. C’était celle qu’il préférait. Pas comme Brassens qui aimait mieux celle de 14-18, celle où les pauvres soldats flamands se faisaient massacrer parce qu’ils ne comprenaient rien aux ordres de leurs officiers francophones. Tandis qu’en 1940,… Attention, danger, procès ! J’arrête là. Dors, dors, Bartje, mon petit frère. Slaap, kindje, slaap…
Alors que lui lisait sa maman ? Les aventures de Tintin, peut-être ? Ouille, non ! N’allez surtout pas prétendre que Bartje dévorait les aventures de Kuifje ! Tintin, écrit-il en septembre dernier, était un héros raciste et antisémite, le chouchou des Wallons derrière lequel ils se cachaient pour raconter partout qu’il n’y avait que des flamands pour collaborer avec les Allemands ! Tout doux, Bartje ! Tu dis des choses bien singulières ! Dors, dors, mon petit frère. Slaap, kindje, slaap…
Je veux mon histoire !
Mais, que suis-je encore autorisé à te raconter, mon président bien aimé, respecté, je veux dire mon fiston ? demandent découragés papa et mama.
Invente ! Tiens. Raconte-moi l’histoire d’un pays imaginaire, répond Bartje les yeux brillants en agitant ses tout petits poings. Peuplé uniquement de bébés tous à mon image et toujours d’accord avec moi.
Mais d’accord sur quoi ?
Que je suis le roi !
Mais tu es le roi, mon enfant. Dors, dors, Bartje, mon petit frère. Slaap, kindje, slaap…

www.berenboom.com

DIVINE IDYLLE

Depuis trois semaines, je suis malade. Obsédé par une chansonnette insipide, « Divine Idylle», entendue un dimanche matin à la radio juste avant la messe.
Comprenez-moi bien, docteur. Je suis tout aussi indifférent à la plastique de Vanessa Paradis, à son côté poupée triste qu’à sa voix pastille Valda. Rien chez elle ne me fait vibrer. C’est la Inge Vervotte de la chanson française. Pourtant, depuis ce dimanche maudit, je ne passe plus un jour, plus une heure sans siffloter entre mes dents cette stupide Idylle.
Avant de vous consulter, j’ai essayé de me guérir moi-même. J’ai d’abord écouté Léo Ferré en boucle, certain qu’il me ferait oublier Vanessa dont il a les mêmes dents, un peu écartées à l’avant. Mais «Jolie môme » m’a ramené à l’enfer de Paradis. J’ai tenté alors de soigner le mal par le mal et sorti mon vieux coffret Brel mais aux premières notes des « Flamingants » j’ai compris qu’il était temps de changer de disque, d’époque et de valeurs.
Voyant mon état, un ami m’a conseillé la musique planante. Au bout d’une demi-heure, je me suis endormi en rêvant de « Divine Idylle » accompagné à la cithare.
Le jazz, le rock, le punk, le house, je m’en suis mis plein les oreilles. J’ai emprunté le MP 3 de mon petit voisin pour que la musique – ou le bruit- me pénètre directement dans le cerveau. Rien à faire. J’avais beau me noyer sous les décibels, le filet de voix de la Vanessa revenait aussitôt. J’ai même acheté un CD de Carla Bruni pensant qu’une voix insipide chasserait l’autre. Pensez-vous ! Carla était si inaudible que je me suis mis à chanter ma scie pour combler le vide. J’ai fini par allumer la télé. Comme tous les jours depuis qu’ils vivent ensemble, Elio et Bart se grimaçaient devant les photographes. Et là, j’ai soudain compris le message que me répétait mon cerveau.
Dans l’espoir docile/tes ailes fragiles/Je te devine/divine idylle.
Evidemment ! C’était la voix de Bart que j’entendais dans la bouche de Vanessa. Débarrassé de sa langue de bois, Bart parlait du fond de son cœur, de ses vrais désirs.
Il suffirait d’un petit rien, peut-être de dix kilos de moins et l’affaire était bouclée
, répondait Elio avec maladresse car ça c’est du Reggiani.
Mon âme idéale/ A la larme fatale/Ma folie, mon envie, ma lubie, mon idylle, reprenait Bart, guéri de ses sarcasmes.
Sous ses airs provocateurs, ses « Vlaanderen boven ! » (pardon, Raymond van het Groenewoud !), Bart tournait la page de son passé. Citant Mitterand (« on change, c’est tout ! »).il abandonnait ses larmes de crocodile sur la tombe de son VNV de grand-père et sur celles du négationniste Karl Dillen, président fondateur du Vlaams Blok. Il aspirait à un avenir nouveau.
Je rêve idylle/Divine idylle/Mon homme idéal.
Allez, Elio, c’est toi !

www.berenboom.com