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2121. ITINERANCE MEMORIELLE BIS.

Nous sommes en 2121. A peine élu, le soixantième président des Etats-Unis doit faire face à une vague de polémiques, de manifestations et de controverses qui minent sa popularité. Ses amours adultères récemment rendus publics avec une femme-robot mariée à une machine russe pourraient même conduire à sa destitution.

Pour y faire face, le nouveau président a trouvé la parade : sortez les mouchoirs ! Il a convoqué les journalistes, en tout cas les plus complaisants, pour l’accompagner dans une Itinérance mémorielle. Des milliers de kilomètres de route. On mangera autour d’un feu  de camp comme les cow-boys de jadis et on dormira sous la tente, après des danses rituelles exécutées chaque soir à la nuit tombée par des Amérindiens. Une espèce de tournée de cirque à travers ce qui reste du pays pour célébrer une tragédie nationale qui permettra de resserrer les rangs, les boulons et les fesses derrière le chef.

Reste à choisir la commémoration qui puisse plonger le pays dans une bonne affliction générale. Et faire oublier ces bêtes histoires d’alcôves pour midinettes que de mauvais esprits tentent de transformer en affaire politique.

En 2120, la guerre civile de 1860 sera trop lointaine pour mobiliser les citoyens. Autant en emporte le vent ! Les multiples guerres auxquelles les Etats-Unis ont été mêlées depuis deux siècles se déroulaient sur d’autres continents.

Quel drame typiquement américain visiter alors pour galvaniser les troupes ? Pardi, les terribles ruines laissées par le quarantième-cinquième président, Donald Trump !

Le soixantième président ira déposer une gerbe de fleurs sur les quelques pans restants du mur érigé par son lointain prédécesseur à la frontière avec le Mexique.

Il emmènera ensuite les journalistes sur les quais de Chicago, désormais le principal port américain depuis que tous les états riverains de l’Atlantique ont été noyés par la montée des eaux. Petit discours au pied de la Statue de la Liberté, sauvée in extremis juste avant d’être engloutie par les flots et remontée sur la Jetée Navy. Avant un survol du Texas, devenu un désert, dans lequel quelques vieux derricks abandonnés, entre les cactus, rappellent de façon exotique le passé pétrolier.

Pour ne pas terminer le tour sur une note trop lugubre, on se retrouvera à Disneyland, précieuse relique de l’Amérique de jadis, celle de toujours. De quoi se sentir regonflé d’espoir sous la bannière étoilée entre Mickey et Cendrillon.

Et l’on chantera God bless America ! resté l’air national. Une composition, soi-dit en passant, signée Irving Berlin, venu de sa Russie natale avant de devenir l’un des modèles du génie américain. Un de ces immigrés qui ont sauvé les Etats-Unis et assuré sa grandeur…

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HOU !

Si vous aimez la musique de l’Amérique triomphante des années cinquante, ne manquez pas la réédition en un coffret de plusieurs albums de Rosemarie Clooney – oui, la tante de George-who else ? Elle fut une grande star à l’époque, qui enregistra du jazz (un magnifique album avec Duke Ellington) mais surtout de la variété avec grand orchestre et plein de cuivres. La voix grave et fraîche, entraînante et pétillante, elle se mit aussi aux rythmes à la mode, mambo et cha-cha-cha, qui la firent grimper en tête des hit-parades.

Avec les années soixante, les musiciens ont dû abandonner la musique sud-américaine. La « nouvelle vague » ne jurait plus que par le twist, le jerk et autres rythmes yéyé. Les goûts changent. Hier, dans le vent et si vite ringard. Bon gré, mal gré, tous les musiciens de l’époque ont changé de partitions sauf un, celui qui était chargé dans les orchestres de crier « hou ! » entre deux mesures pour relancer le rythme du mambo ou du cha-cha-cha. Un homme impossible à recaser. En réécoutant ce coffret, je songe avec nostalgie à ce musicien oublié, ce figurant essentiel laissé sur le carreau, sa seule spécialité ayant été balayée par la loi cruelle de la mode.

A-t-il trouvé un autre job ou a-t-il connu le destin de Johnny Weissmuller, abandonné par ses producteurs comme un jouet cassé lorsqu’il était devenu trop vieux pour jouer Tarzan et qui passait ses nuits à lancer son fameux cri dans les clubs de L.A. puis dans l’asile de fous où il avait été enfermé ?

A chaque génération, dans chaque métier, il y a un type qui fait « hou ! », un homme ou une femme qui connaît un bref moment de gloire avant de sombrer dans l’oubli, inutile et obsolète.

En politique, ce destin guette tous ceux qui ont semblé un moment porté par le courant vers les étoiles et qui sont retombés tout aussi sec dans la poussière. Leur discours enflamme les foules et, soudain, on ne sait trop pourquoi, il sonne creux. Jean-Marie Dedecker, par exemple, ceinture noire du populisme en Flandre, a fait « hou » (et même « hou ! hou ! fais-moi peur ! ») deux ou trois saisons avant de quitter le tatami, remplacé dans le rôle par Bart De Wever, qui chante la même chanson mais qui a délaissé le « hou ! » d’un autre temps pour un branding up to date. Ou Steve Stevaert, papillon éphémère et tragique du néo-socialisme flamand, qui s’est étalé quand il a tenté le grand écart entre la gauche de jadis et une espèce de libéral-modernisme aux contours flous.

On croise les doigts pour qu’Hillary Clinton ne connaisse pas un tel destin. Elle qui clame haut et fort : Allez, les filles ! On arrive, on se retrousse les manches et on dit aux mecs, bougez-vous de là ! Vous avez crié Hou ! trop longtemps !

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