La semaine de l’Ă©crivain
Vendredi 22 août 2008,
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LA SEMAINE DE L’ECRIVAIN

Publié dans LIBERATION
Samedi 2 août 2008
Le roi et le bouffon

samedi 26 juillet : Un’ djate de cafè ?

Fin de vacances dans les Pouilles. Depuis des années, je parcours ce pays sublime et pauvre, découvrant des petites villes débordant d’églises et de palais baroques (qui donc a eu l’idée de construire d’aussi somptueux palazzi dans ces coins perdus ?), vestiges d’une grandeur oubliée, qui se cognent à des villes westerns, maisons en parpaing, immeubles à moitié terminés et abandonnés, séparés par une campagne à couper le souffle, où des oliviers centenaires poussent sur une terre brune rouge, belle comme une poterie inca. De temps en temps, quand il entend parler français, un vieil homme buriné, dont on se dit qu’il ne connaît que le patois de Ostuni ou de San Vito, se retourne et vous propose en wallon « un’ p’tite djate de cafè ? » avec l’accent de Charleroi.
Des centaines de milliers d’Italiens, dont beaucoup de cafoni des Pouilles, sont venus travailler dans les mines et les haut-fourneaux wallons à la Libération. Conditions de vie et de travail à la Zola. En vertu d’un accord de 1946, l’Italie vendait à la Belgique quelques milliers de livres de chair fraîche contre quelques tonnes de charbon… Réfugié dans un trulli (petite maison qui ressemble furieusement à une maison schtroumpf avec son immense toit en forme de chapeau champignon), en pleine campagne, je creuse cette histoire trop oubliée pour alimenter mon prochain roman. La dernière partie d’une trilogie, sous forme de polar, sur la Belgique de l’immédiate après-guerre. Dans « Périls en ce Royaume », la question royale, le début de la fracture entre flamands et francophones et les luttes au sein de la gauche belge. Dans « Le Roi du Congo », qui paraît en janvier prochain, mes personnages partent au Congo belge, que personne n’imagine indépendante malgré les premiers mouvements de libération « indigènes », puisqu’elle fournit aux Américains l’uranium de la bombe atomique. Dans le troisième, encore sans titre, ce sera l’immigration des Pouilles dans une Wallonie qui se croyait triomphante.

Dimanche 27 juillet : Demande femmes croque-morts

Mystérieux SMS d’une amie, resté coincé sur mon mobile : « Leterme chez le roi ». La formule énigmatique signifie que notre terne premier ministre a une fois de plus échoué et qu’il démissionne. La crise dure depuis un an. Une déglingue du pays accélérée, inexplicable. Le royaume devenu fédéral se sépare chaque jour davantage entre une république des Flamands et une Wallonie qui rêve de son glorieux passé quand elle menait le royaume. Seule la région bilingue (multilingue) de Bruxelles reste la vitrine de notre pays de cocagne et empêche toute séparation car aucun des deux partenaires ne peut ni ne veut se priver du cœur battant du pays. La méfiance entre les deux communautés devient caricaturale. Beaucoup de Wallons pensent que la Flandre, qui vote à droite à 80 %, est prise en otages par ses extrémistes, les néo-fascistes du Vlaams Belang et les séparatistes pervers de la « Nouvelle alliance flamande » (qui n’est pas une secte, quoique…), tandis que la Wallonie est considérée par beaucoup de Flamands comme une région en ruine, les Pouilles du Nord - le soleil et le baroque en moins- où des générations de chômeurs s’engraissent grâce au fric des nouveaux riches Flamands, tout en votant pour un parti socialiste gangrené par de minables scandales financiers. Est-ce un signe ? Je lis que la Belgique manque de croque-morts et que de plus en plus de femmes sont attirées par le métier…

Lundi 28 juillet : Les grues en guise de montagne

Dans le plat pays qui est le mien, les grues sont à peu près ce qu’on trouve de plus haut. Et il y en a beaucoup car « la brique dans le ventre » demeure le symbole commun de tous les Belges (avec le chocolat et la bière). Et voilà que les sans-papiers s’attaquent à ce dernier carré de pure belgitude : lassés des promesses de régularisation sans cesse différées par un gouvernement qui ne parvient pas à gouverner, ils ont pris d’assaut quelques dizaines de grues dans le centre de Bruxelles, tandis que d’autres poursuivent des grèves de la faim.
Après tout, mieux vaut vivre au sommet d’une grue, en respirant l’air des montagnes, que dans ces abominables centres fermés. Des camps entourés de fils barbelés et gardés par des flics en armes (ça s’appelle comment, ça ?) dans lesquels s’entassent hommes, femmes, enfants qui n’ont pas commis d’autres crimes que de fuir le désespoir, tout abandonner. Et sur lesquels la gauche comme la droite ferment les yeux depuis des années, malgré la condamnation de la Cour européenne des droits de l’Homme.
Fils d’immigrés polonais et russe, je me sens un vrai Belge, comme les enfants des Marocains, Polonais, Turcs, Italiens, Congolais, Rwandais, et autres Portugais, qui se sont établis en Belgique, comme mes parents. Si la loi réservait la fonction de ministre aux seuls enfants d’immigrés, la Belgique redeviendrait vite un royaume uni !

Mardi 29 juillet : bienvenue chez les chtis 2

Selon un sondage de La Voix du Nord et du Soir, la moitié des Wallons sont prêts à devenir français et plus de 60 % des Français à accueillir les « départements wallons ». Retour à l’époque napoléonienne ? Le chiffre des « rattachistes » à quintuplé en Belgique en quelques mois.
Qu’on ne s’y trompe pas : il révèle moins une déclaration d’amour à la France que le dépit devant la médiocrité de nos dirigeants et leur incapacité à faire évoluer les relations entre les deux communautés linguistiques, à dégager un nouveau compromis.
Les Wallons connaissent bien les animateurs de la vie politique française. Souvent mieux que leurs propres politiciens. Et ils savent que la qualité des uns et des autres n’est pas très différente, ni très élevée dans l’échelle de Richter. Une fois Charleroi ou La Louvière devenues villes françaises, lointaine banlieue de Saint Quentin, que leur restera-t-il pour exister ? « Bienvenue chez les Chtis» a drainé quelques touristes dans le Nord. Mais après ? On ne peut tout de même pas demander aux frères Dardenne et à Chantal Akerman de tourner « Les Chtis 2 » et leurs suites chaque année ?

Mercredi 30 juillet : messagerie rose, version belge

La vie politique belge se complique à nouveau. Flamands-Wallons ? Sort des sans papiers ? Pouvoir d’achat ? Pas du tout ! Le ministre des affaires économiques annonce que la durée de la communication avec une messagerie rose pourra durer vingt minutes au lieu de dix. Protestation du ministre des consommateurs. L’affaire est transmise au conseil des ministres, qui, comme d’habitude, ne parviendra pas à trancher. La suite est connue : Leterme chez le roi…
Démissionner pour une affaire de cul est classique dans la vie politique. Mais il n’y a qu’en Belgique que le ministre qui démissionne n’a même pas eu le plaisir de toucher avant de se casser…

Jeudi 31 juillet :

Le jour le plus chaud de l’année. A la radio, les ardeurs de nos luttes tribales sont relancées par la canicule. Je ferme tout : radio, rideaux, téléphone. Pour terminer, savourer lentement comme un morceau de glace au citron vert, un roman magnifique, parfait, La Colère et la grâce de l’Ecossais Robin Jenkins (Albin Michel), histoire d’un diplomate qui enquête sur la disparition de deux compatriotes au fin fond de l’Afghanistan. Ecrit et publié en anglais en 1960, c’est peut-être le plus beau roman publié en 2008 ! Il n’y pas plus de différence entre écrivains écossais et anglais qu’entre auteurs francophones et flamands… s’ils sont bons.

Vendredi 1 er août : le roi et le bouffon

On raconte que dans un pays lointain et à une époque reculée, une fois par an, le roi changeait de rôle avec son bouffon. Pendant un jour et une nuit, le bouffon faisait semblant de gouverner tandis que le roi amusait la galerie. Longtemps, ses sujets ne s’aperçurent pas de la substitution. Jusqu’au jour où le bouffon se mit vraiment à exercer le pouvoir. Ce qui précipita sa chute, celle du bouffon et la fin du royaume.
L’anniversaire des quinze ans du règne du roi Albert II rappelle que dans notre pays, plutôt républicain à l’origine, l’affection de la population pour son roi et la confiance dans son talent de pacificateur tranchent singulièrement avec la méfiance envers les hommes (et femmes) politiques. On rêve que si, durant une seule journée, le roi Albert II échangeait sa place avec le premier ministre, Yves Leterme, la crise profonde qui menace le pays de rupture serait réglée. Sauf que Yves Leterme n’a aucune qualité pour être bouffon. Ni roi. Ni d’ailleurs premier ministre.
Lors de la question royale qui a empoisonné la vie politique belge à la Libération et qui s’est terminée par l’abdication de Léopold III, après six ans de crise, le sud, wallon et socialiste, se battait pour la fin de la monarchie. Tandis que les démocrates chrétiens, surtout flamands, se battaient pour le retour du roi sur le trône. Aujourd’hui, retournement complet. Le nord, largement de droite, critique le (maigre) pouvoir royal alors que le sud et la gauche défendent le roi.
Ce qui réunit tous les Belges, c’est leur goût prononcé pour l’auto-dérision. De Breughel à Magritte, de Brel à Raymond van het Groenewoud, de Hugo Claus à Hergé, Franquin et Raymond Goethals. C’est aussi cela qui fait aimer le roi : de tous ceux qui nous gouvernent, il est de loin celui qui a le plus d’humour.

Alain Berenboom



GARDE A FOUS !
Samedi 28 juin 2008,
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chronique
Les querelles autour de BHV et autres gamineries ont quelque peu laissé dans l’ombre les grandes manœuvres militaires de notre nouveau taieut ! taieut ! ministre de la défense, Piet De Crem. On dirait que revêtir l’uniforme de patron des forces armées transforme les plus braves types en ganaches ridicules et dangereuses. On se rappelle en France de Jean-Pierre Chevènement, l’incarnation de la gôche de la gauche, devenu par la magie d’un maroquin sgrogneugneu vous me ferez huit jours. Oublions le spectacle pathétique de ces gros ministres de la défense qui se glissent dans le cockpit de nos redoutables avions de chasse, déguisés en Buck Danny, le temps d’une photo.
A peine dans la place forte, Piet De Crem s’y met à son tour. Dès son entrée en fonction, il a interdit à l’armée d’assurer les visites scolaires des camps de concentration : le spectacle des victimes était trop déprimant pour nos militaires. Il préfère les annonces martiales, le rassemblement dans la cour et que ça saute ! Tout ça pour se donner l’allure d’un vrai soldat en envoyant au casse-pipe quelques appareils, dont on disait pourtant que la Défense nationale n’avait même plus les budgets pour assurer leur approvisionnement.
Espérons qu’un petit malin n’ait pas eu l’idée entre temps de les équiper en réservoirs à bio-carburants, vu qu’en Afghanistan, on ne cultive plus que du pavot. Au prix de l’opium sur les marchés, faire voler nos avions serait impayable. On aurait portant aimé voir nos pilotes, bercés par la vapeur, chantant à tue-tête « ça plane pour moi ! »
L’Afghanistan vaut bien une guerre ? On comprend qu’il faille empêcher les Talibans et autres fous de Dieu de remettre la main sur ce pays martyrisé. Mais les meilleures intentions du monde tournent en eau de boudin lorsque les missions des Occidentaux lâchés sur le terrain sont floues.
L’invasion de l’Afghanistan a été autorisée par les plus hautes instances internationales et les troupes américaines ont réussi, avec leurs alliés, à chasser du pouvoir les scélérats qui avaient fait de ce pays une prison folle. Bravo. Mais, comme en Irak, le remède s’est révélé aussi mauvais que le mal, faute de projet, de préparation, de rééducation de la population, de prise en charge et d’éducation de la société civile (ce que les Alliés avaient fait après la seconde guerre mondiale en Allemagne ou au Japon.)
Envoyer quelques F-16 et des soldats courageux ne suffit pas, sans un projet précis, avec des instructions claires, un travail avec la population locale. Tout ce qui semble ici faire défaut et qui n’a jamais fait l’objet d’un débat politique. Comment dit-on en langage militaire : danger casse-cou ?

Alain Berenboom
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QUI DONC EST FLAMAND ?
Samedi 21 juin 2008,
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chronique
A écouter les émissions de jazz contemporains, on a l’impression que les frontières du jazz ont explosé. Ce qui pose la question : qu’est-ce que le jazz ? Que faut-il pour qu’un musicien entre dans ce club très select ? Pour certains, le mot vient de l’argot « gism/jasm » qui signifie force, exaltation ou sperme. En est-il de même pour les Flamands ?
Je veux dire : quelles qualités faut-il réunir pour être flamand ? Ecartons le sperme. On n’est pas flamand par l’origine familiale; nous ne vivons pas, quoique disent certains, dans le chaudron déjanté des Balkans. Personne ne met en doute la « flamanditude » de M. Leterme ni la « wallonitude » de Laurette Onkelinck. Parler la langue ne suffit pas. Parfaits bilingues, Louis Michel et Didier Reynders ne sont pas (encore) dans la course pour la présidence du NvA ni même celle de la Flandre. Herman de Croo et Mark Eyskens, qui parlent le français le plus châtié de tous les hommes politiques belges, sont flamands, n’en déplaise à leurs détracteurs. S’il fallait classer nos excellences selon la façon dont ils s’expriment, la plupart pourrait d’ailleurs fermer boutique…
Le nom n’est pas non plus une indication : les radicaux flamands comptent sur M. Bourgeois et les Wallingants sur Van Cauwenberghe.
Reste la langue du diplôme mais rien n’empêche d’étudier dans une autre langue que celle dans laquelle on a été élevé. Et le passage d’un enseignement à l’autre devient heureusement de plus en plus à la mode.
Le droit du sol n’est pas non plus une indication à entendre les cris d’orfraie poussés par certains politiciens flamands contre la présence de « francophones » sur leur sacré territoire. Suffit-il de ne pas contester la circulaire Peeters pour être flamand ou d’exiger à tout prix de lire sa note de gaz en français plutôt qu’en chiffres arabes pour perdre cette qualité ?
Quant à notre jeunesse, elle est de plus en plus bigarrée. Un ancêtre venu d’ailleurs sera-t-il demain le seul indice pour être un vrai belge ? Même pas. Ces jeunes se retrouvent aussi obligés de se déclarer flamands ou francophones, malgré eux.
La conclusion qui s’impose est donc que nous sommes tous juifs allemands. Ce qui, soi-dit en passant, résout un certain nombre de problèmes en suspens.

Alain Berenboom
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PS : Ce billet est dédié à la mémoire de Kamiel Van Hole. Ecrivain et poète flamand, il fut un amoureux de la liberté, adversaire farouche de l’intolérance. Notamment à travers diverses aventures littéraires qui réunissaient écrivains flamands et francophones, comme « Bloum à Bruxelles » (édition Le Castor astral) et « Drôle de Plumes » (édition Moulinsart). Ou les récitals du 01.10. 2006 contre l’extrême droite.



TOMMEKE, TOMMEKE, WHAT DOET JE NU ?
Samedi 14 juin 2008,
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chronique
Il y a quelques années, lorsque des enquêteurs avaient trouvé des produits dopants au domicile de Frank Vandenbroucke, le champion cycliste avait déclaré qu’il les avait achetés pour son chien.
Tom Boonen n’a pas de chien. Ni chat, ni poisson rouge, ni dinosaure, ni personne pour encaisser à sa place le rail de cocaïne dans lequel il s’est planté. Notre superbe champion du monde, maillot vert au Tour, vainqueur du dernier Paris-Roubaix, est à la dérive. Exclu du Tour de France. Chassé du tour de Suisse. Incertain pour le championnat du monde. Sous le coup de poursuites pénales. Tommeke s’est excusé d’une voix blanche (évidemment) tandis que son directeur sportif vantait le mérite des coureurs qui le remplaceront lors du prochain Tour…
Les observateurs s’interrogent sur cet incroyable dérapage. En principe, les champions ne se plantent que dans la descente, jamais dans l’ascension. Boonen, il est vrai, est un piètre grimpeur. Comment expliquer cette incroyable gaffe ? Dans un sport en pleine implosion, les vedettes tombent comme des mouches. Celles qui survivent sont aux abois. Traquées, guettées, sous le coup de rumeurs permanentes.
Toujours sur la défensive, malgré son talent, son image d’homme propre, équilibré, de rouleur superbe, Tom est un artiste rappelant les grandes figures de jadis, Impanis, Rik Van Looy, Eddy Merckx, Roger de Vlaeminck. Equilibré ? Non, sans doute. Pardon, Justine, mais se domicilier à Monaco, cela démontre déjà un cynisme indigne d’un champion. Et la coke, d’autres fêlures. Un homme qui a prouvé qu’il est au-dessus des autres par son art ne peut prétendre qu’il est au-dessus des lois. Au contraire.
Mais quelle sanction lui appliquer ? Le mettre hors course, c’est tuer ce qui reste du cyclisme. La prison ? Pour qu’il sombre définitivement ?
Reste les peines de substitution. Deux cent cinquante heures de travaux d’intérêt général. Genre promener le chien de Vandenbroucke et lui parler pour le désintoxiquer. Lire la Bible à Yves Leterme sur son lit d’hôpital. Dans ce domaine, le juge a un grand pouvoir d’appréciation. On pourrait exiger de Boonen une solution à la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles Hal Vilvorde avant le 15 juillet s’il veut représenter la Belgique au prochain championnat du monde. L’organisation du mariage de Bart de Wever et d’Olivier Maingain avec Arno à l’accordéon. L’envoyer auprès du président Kabila plaider la cause de la Belgique en échange de l’organisation d’un tour du Congo auquel il devra participer (il n’a pas hésité à jouer le clown dans un improbable tour du Quatar). Bref, les projets ne manquent pas pour remettre en selle notre champion. Allez, Tommeke !

Alain Berenboom
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LE NOIR ET LE JAUNE
Samedi 31 mai 2008,
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chronique
Je vous annonce une bonne et une mauvaise nouvelle.
La bonne : la Belgique a une politique étrangère.
Voici la mauvaise.
L’histoire commence Ă  LĂ©opoldville. Croyant servir le roi LĂ©opold II (ce que personne n’a osĂ© dĂ©mentir pour ne pas le fâcher car ses colères sont terribles), monsieur Charles De Gucht, est descendu de son beau vaisseau. Et lĂ , surprise : la grande et majestueuse statue de Stanley qui dominait le fleuve a disparu. EnlevĂ©e, l’œuvre monumentale que la Belgique avait offert Ă  sa colonie comme un vulgaire portrait de Saddam Hussein. En cours de nettoyage, lui a-t-on dit pour ne pas l’irriter. Ah ya ? Awel ! C’est bon pour une fois ! Tournant son regard de l’autre cĂ´tĂ© de la route, il a aperçu que des Chinois Ă©taient en train d’y travailler. Des Chinois aussi agrandissant le port. Des Chinois partout ! LĂ , il est vraiment devenu rouge. Les dents serrĂ©s, il a expliquĂ© aux chefs des Noirs que les Jaunes, c’est pas bon pour eux. A rappelĂ© le souvenir de l’horrible Fu Manchu. Les rapports d’Amnesty International sur les violation des droits de l’homme au pays de Mao. L’histoire de l’esclavage (non, ça c’est les Arabes. Ah oui, excusez-moi, je mĂ©lange un peu les pinceaux). Il a aussi vantĂ© l’excellence des entreprises belges qui sont prĂŞtes Ă  offrir des beaux 4 x 4 Ă  qui veut parce que, comme l’a si aimablement rappelĂ© notre ministre, chez vous, tout le monde est corrompu. Et, comme après un long silence, personne dans l’assistance n’a levĂ© le doigt pour demander une 4×4, il s’est vraiment mis en rogne et il a conclu, l’index levĂ©, que comme le disait si bien une de leurs compatriotes Ă  son enfant (immortalisĂ©s par HergĂ©) « Si toi pas sage toi y en seras jamais comme Tintin ».
Tout content d’avoir fait son devoir moral et flatté ses électeurs de Berlare, notre Excellence est parti pour Pékin.
En débarquant de son beau vaisseau, il a immédiatement remarqué que la gigantesque sculpture que les contribuables belges ont offert à l’empire du Milieu l’attendait, toute belle et toute blinquante, le vice-maire de Pékin planté à côté, un beau sourire sur les lèvres (le maire, lui, était en train d’essayer sa nouvelle 4 x 4. Mais c’est une autre histoire).
Fu Manchu ? Les droits de l’homme ? De quoi parlez-vous ? Tout ce bazar, c’est bon pour les discours en Afrique. A Pékin, on ne se rappelle que les rapports d’Amnesty International dénonçant les horreurs de la guerre dans l’est du Congo. Et on montre du doigt tous ces chefs noirs qui s’en mettent plein les poches.
Heureusement que la Belgique a une politique étrangère.

Alain Berenboom
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SAINTES TĂŠTES BLONDES
Samedi 24 mai 2008,
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chronique
Une étude a fait grand bruit cette semaine. En Belgique, les élèves des écoles libres seraient meilleurs que ceux de l’enseignement officiel. Dieu soufflerait-il sur les bonnes écoles ? Les mécréants en doutent en invoquant l’état du reste de la planète. Dieu s’occuperait des bambins de Saint-Michel et de Saint-Hubert alors qu’Irakiens, Birmans, Congolais ou Chinois meurent par milliers dans l’indifférence ?
Pourquoi pas ? Par un divin caprice, le Seigneur peut avoir décidé, dans Son incompréhensible miséricorde, de se consacrer pendant quelques semaines au sort de la Belgique pour en faire en quelque sorte son petit laboratoire. N’a-t-il pas déjà, dans Son Infinie bonté, ramené le parti social-chrétien à la tête de l’état fédéral, offert à Yves Leterme, qui ne connaissait du monde que le camping de Coxyde, les mystères du Pérou et les églises baroques de Ljubljana ? Sa sollicitude laisse présager une solution pour BHV avant Noël et le trône de Saint-Pierre à monseigneur Léonard pour la Saint-Sylvestre. Moment où Dieu, quittant notre royaume redevenu enchanté, s’occupera d’une autre population en détresse.
Faut-il s’étonner de la supériorité des écoles libres ? Le président Sarkozy, autre ami du Seigneur, a récemment rappelé la supériorité du curé sur l’instit’ – en récompense, il a reçu Carla Bruni. Ce qui a suscité cette réflexion d’un de mes amis.
De mon temps déjà, m’avoua-t-il, on allait draguer les filles à la sortie des collèges. Les filles du lycée voisin, ça faisait vraiment trop banal. D’où cette hypothèse de mon ami libre-penseur, je le précise pour être honnête: l’attirance sexuelle pour les filles cathos a-t-elle un lien avec leur supériorité intellectuelle ?
Non. Non. Dieu ne l’aurait pas permis, même si Ses desseins sont impénétrables.
Reste alors à comprendre ce qui fait des enfants du libre des petits génies et les autres des cancres.
Les curés ? Ils ne sont plus assez nombreux pour donner cours, même pas pour faire la messe. La prière ? Il y a aussi des cours de religion dans l’enseignement officiel. De toute façon, qui fait encore la prière ? Les crucifix dans les classes ? Mais peut-on supposer que Jésus soufflerait aux enfants le résultat des questions d’examens comme il le faisait jadis à Don Camillo pour l’aider à vaincre Peppone ?
On peut peut-être y voir un autre message. Les résultats de l’étude étant identiques dans les deux régions du pays, la communautarisation de l’enseignement n’aura servi à rien. Les écoles publiques pourraient donc songer à autre chose. Par exemple apprendre vraiment les deux langues nationales à tous les enfants de ce délicieux pays ?

Alain Berenboom
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