Né à Bruxelles d’un père venu d’une petite ville près de Varsovie en Pologne et d’une mère née à Vilno lorsque la ville était russe (actuellement Vilnius), Alain Berenboom est devenu un écrivain belge de langue française !
Sa culture cosmopolite explique sans doute que son œuvre romanesque promène le lecteur tout au long de la planète, même si ses héros (pour être juste des anti-héros souvent ambitieux mais qui n’ont pas les moyens de leurs aspirations) ont bien des traits dominants de l’art belge : l’auto-dérision, une soif de panache et de folie mêlée à une modestie excessive et un amour de la vie et de la sensualité.
Après des études de droit à l’université libre de Bruxelles, il est devenu avocat, spécialisé en droit d’auteur, du cinéma et de la presse et professeur à l’université de Bruxelles. Il est l’auteur du traité de référence belge en matière de droit d’auteur.
Il a publié son premier roman … dès la chute du mur de Berlin et la libération de l’Europe : La Position du missionnaire roux (décembre 1989) (voir sa Bibliographie).
Sa première pièce de théâtre, l’Auberge espagnole a été créée au palais de justice de Bruxelles pour l’an 2000 (sur une mise en scène de Christine Delmotte) lorsque Bruxelles a été désignée capitale européenne de la culture.
A l’occasion du soixante-dixième anniversaire du roi des Belges, Albert II, qui coïncidait avec le soixante-quinzième anniversaire de Tintin, il a initié un recueil de nouvelles, intitulé Drôles de Plumes », mettant en scène Tintin à Bruxelles qui rassemblait une dizaine d’écrivains francophones et flamands de Belgique, introduits par le Français Erik Orsenna et le Hollandais Cees Nooteboom). La sortie du livre a donné lieu à une grande fête des écrivains et éditeurs belges au palais royal de Laeken avec fanfare et lectures des textes.
En mars 2008, l’œuvre d’A. Berenboom a été couronnée par le prix F.Denayer décerné par l’Académie de Langue et de Littérature française de Belgique. Le jury a justifié sa décision ainsi:
« Sept romans jalonnent l’œuvre littéraire d’Alain Berenboom, réputé par ailleurs comme une autorité internationale dans le domaine du droit d’auteur, qu’il enseigne à l’université de Bruxelles. Dès la parution de La position du missionnaire roux, un écrivain s’imposait, avec son ton, son point de vue, ses inquiétudes, son style, sa langue. Un humour qui est toujours une philosophie, une lecture du réel, dont les références sont les plus éminentes, de Swift à Allen, de Saroyan à Dino Risi. Berenboom, on le voit, a ses références à travers le monde, et elles ne sont pas que littéraires d’ailleurs, puisque le cinéma, qui le passionne depuis toujours, et dont il a une connaissance encyclopédique, justifiant qu’il soit administrateur de la cinémathèque de Belgique, est un de ses pôles magnétiques, et une source d’inspiration, comme on le voit dans son avant-dernier roman, Le goût amer de l’Amérique, en grande partie centré autour de la figure de James Stewart. Berenboom, on le lit dans sa chronique hebdomadaire du quotidien Le Soir, est très préoccupé par le sort de la Belgique, ce qui se ressent aussi dans certains de ses livres, comme Le lion noir, et dans son tout récent livre, Périls en ce royaume, qui est en train de récolter un grand succès.
D’une cohérence évidente, son travail témoigne sous une apparence légère et ironique d’une réflexion constante sur la justice, la démocratie, la solidarité. Et des indignations que peuvent susciter les manquements à l’égard de ces valeurs. »
Et encore ceci…
Lors de la parution de son premier roman, La Position du Missionnaire roux, beaucoup de commentateurs furent surpris « de l’apparent décalage entre le sérieux de sa vie professionnelle d’avocat et de professeur d’université et ses audaces de romancier » (D. Meurant). L’humour mordant, l’impertinence du romancier, autant que l’érotisme parfois provocant de son roman semblaient bien loin des vertus qu’on attend des hommes de robe. Depuis, alors qu’on a appris à mieux connaître la justice belge, c’est plutôt Berenboom qui fait sérieux… Sérieux, il l’était en fait. Si La Position du Missionnaire roux, le Pique-nique des Hollandaises ou la Jérusalem captive sont des romans hilarants, il aurait suffi de rien pour qu’ils tournent à la tragédie. La famine, la dictature, l’injustice, l’abus de pouvoir, la connerie sous toutes ses formes et particulièrement celles des détenteurs de pouvoir sont des thèmes centraux de son oeuvre.
Tous les romans de Berenboom se déroulent dans les coins les plus brûlants de la planète, l’Afrique dans La Position du missionnaire roux., la Chine dans la Table de riz (son roman le plus noir et le plus mélancolique), la Pologne en pleine décommunisation dans le Pique-Nique des Hollandaises ou le fonctionnement de la bureaucratie européenne dans La Jérusalem captive.
Comme l’écrivait D. de Saint-Vincent, « Berenboom règle ses comptes à l’humanité. C’est un tir nourri comme à la foire, (il) casse la baraque. C’est Tom Sharpe en visite chez les humanistes on en sort plié en deux et vaguement inquiet sur la nature humaine » ( Le Quotidien de Paris). Jacques De Decker le qualifie de « déboulonneur d’idoles intellectuelles » (Le Soir) et le Dictionnaire des Belges parle du « talent original de cet observateur fantasque et lucide de la réalité planétaire contemporaine ».
Mais c’est l’humour avant tout qui définit le mieux son style, l’humour sous toutes ses formes, « de l’ironie féroce ou douce-amère au burlesque le plus délirant. Il fait feu « contre tous les conforts idéologiques » (D. Meurant). L’humour juif? Oui, mais plutôt l’humour burlesque et dévastateur des cinéastes (Groucho Marx, Jerry Lewis et Woody Allen) que l’interrogation métaphysique des romanciers new-yorkais (E. Colpin).
Il était temps que la littérature française retrouve avec lui cette tradition « d’auteurs à la fois brillants, iconoclastes et incisifs », « qui jettent un peu d’huile dans le feu pâle sur lequel mijote – comme une soupe déjà éventée – le roman de papa » (D. Walther, Dernières Nouvelles d’Alsace).
Ses livres
(plus de détails sous l’onglet Bibliographie)
Dans « La Position du Missionnaire roux », une histoire d’amour ratée entre un directeur du secteur lait en poudre de Nestlé et une belle juriste est aussi une dénonciation du charity business en Afrique, à travers le récit d’un détournement d’avion farfelu.
Dans « La Table de riz », il raconte l’histoire d’une jeune cinéaste chinoise aux prises avec les difficultés de la « démaoisation » du pays, qui essaye de comprendre le cinéma américain et de retrouver les splendeurs du cinéma chinois de l’avant-guerre où travaillait son père.
Dans « Le Pique-Nique des Hollandaises », un attaché culturel belge se retrouve perdu dans une Pologne en pleine transition vers le capitalisme, obligé pour organiser des événements culturels à la gloire dérisoire du cinéma belge, de participer à la « commercialisation » du camp d’Auschwitz en compagnie d’un homme d’affaires hollandais et de ses trois joyeuses compagnes.
Dans « La Jérusalem captive », il dénonce le côté kafkaïen de la commission européenne et les luttes de pouvoir universitaires à travers les errements d’un historien ukrainien réfugié en Belgique avec le précieux manuscrit de la première croisade qui met en scène un Godefroi de Bouillon fantaisiste qu’un Juif, aide-bourreau, Bertrand-Marie, lance à la conquête de Jérusalem.
« Le Lion noir » commence comme un polar, avec le meurtre du personnage principal, un consultant audio-visuel. Sur un ton qui s’apparente au fantastique, l’auteur décrit la Ville d’Anvers gagnée par l’extrême droite à travers les errances d’une jeune Française venue dans la ville pour un colloque.
Dans « Le Goût amer de l’Amérique » , un jeune homme, Georges, qui vit de petits boulots, se demande comment l’image de l’Amérique s’est dégradée. Il explore pour cela la filmographie de James Stewart, l’acteur mythique des cinéastes hollywoodiens sociaux et libéraux de jadis.
En 2008, il entame une série policière qui met en scène un jeune détective belge explorant la Belgique au lendemain de la Libération, Michel Van Loo. Le premier volume, Périls en ce Royaume » renoue avec l’humour mordant. Sous couvert d’une enquête policière, menée par le détective Michel Van Loo, l’auteur livre un portrait passionnant et piquant de la Belgique de la Libération (le roman se passe en 1947), avec plus d’un style clin d’œil aux grands écrivains de polars de l’époque, Raymond Chandler, Charles Williams ou Léo Malet. Mais son humour et sa dérision le rapprochent d’auteurs contemporains comme le Westlake du « Couperet ».